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Full text of "Le connétable de Richemont (Artur de Bretagne) (1393-1458)"

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LE CONNÉTABLE 

DE RIGHEMONT 



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.lommiers. - Imp. P- BRODARD et GALLOIS. 



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^l^^"^ LE CONNÉTABLE ' ' '' 

DE RICHEMONT 

(ARTUR DE RRETAGNE) 
(1393-1458) 



PAR 

E.^ COSNEAU 

/// 

PROFESSEUR AGRÉGÉ d'hISTOIRE AU LYCÉE HENRI IV 
DOCTEUR ES LETTRES 



563535 

PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET G'° 

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 

1886 

Droiti de proprtéU et de trailuclion réMrT^a 



A MONSIEUR 

J. J. BAILLEUL 

DOTEN DE l'ordre DES AVOCATS A LA COUR DE PARIS 



Ce livre est dédié, 

comme un faible témoignage de profonde reconnaissance 

et de respectueuse affection. 



E. GOSNEAU. 



\H\ 



PRÉFACE 



En moins, d'un siècle (1370-1458), pendant une des pé- 
riodes les plus critiques de notre histoire, la Bretagne a 
donné trois connétables à la France, du Guesclin, sous 
Charles Y, Olivier de Glisson, sous Charles VI, Artur de 
Bretagne, comte deRichemont, sous Charles VII. Le moins 
connu des trois est le connétable de Richement. Il n'a pas 
laissé un nom populaire, comme plusieurs de ses compa- 
gnons d'armes, Dunois, La Hire', Saintrailles, et pourtant il fut 
un des personnages les plus considérables de son époque. 

Issu d'une famille souveraine et alliée aux maisons 
royales de France, d'iVngleterre, d'Ecosse, de Navarre * ; 
élevé par Philippe le Hardi et par le duc de Berry, frères de 
Charles V; jeté, dès l'adolescence, au milieu des guerres 
civiles qui suivirent l'assassinat de Louis d'Orléans ; fami- 
lier du dauphin Louis, duc de Guyenne, dont il épousa plus 
tard la veuve, Marguerite de Bourgogne ; beau-frère du 
régent Bedford et de Philippe le Bon ; neveu d'Amédée VIII, 
duc de Savoie; connétable de Charles VII pendant trente- 
trois ans, et enfin duc de Bretagne, Richement semblait 
destiné à fixer l'attention de ses contemporains et celle de 
la postérité. Ses principales actions sont rapportées par les 
chroniqueurs; sa vie a même été racontée par son écuyer, 
Guillaume Gruel, qui vécut longtemps auprès de lui et qui 

1. Voir le tableau généalogique des ducs de Bretagne de la maison de 
Dreux et les autres tableaux (ci-dessous, p. 639 et suiv.). 



VHI PRÉFACE 

le suivit dans ses campagnes; mais ces informations sont 
incomplètes sur bien des points. Gruel déclare lui-même 
qu'il « a mis en escript /)ar^ee des faits du bon duc Artur' ». 

Richement a joué un rôle assez important pour qu'on 
désire le bien connaître; or ni les chroniques, ni les his- 
toires générales de la France, ni même les histoires parti- 
culières de la Bretagne, ni celles du règne de Charles YII 
ne peuvent satisfaire pleinement cette curiosité. La diver- 
sité des jugements qu'on trouve dans les chroniqueurs et 
dans les historiens est une autre cause d'embarras. Pour les 
uns, le connétable de Richement est un grand homme, 
sinon le plus grand homme de son siècle; pour d'autres, 
il n'est qu'un ambitieux sans scrupules, un général inca- 
pable, un ministre hautain, impérieux, dur, qui voulait impo- 
ser au roi ses services despotiques, sans justifier ses pré- 
tentions par de véritables talents ^ 

Raconter sa vie d'une manière plus complète et plus 
exacte, à l'aide de documents nouveaux; faire ressortir 
davantage son rôle ; montrer la part qu'il eut dans la déli- 
vrance et la régénératioQ de notre pays; exprimer un juge- 
ment aussi éloigné d'une admiration irréfléchie que d'une 
malveillance passionnée : tel est le but de ce travail. 

L'auteur n'a pas la satisfaction d'avoir trouvé tous les 
renseignements dont il avait besoin ', ni la prétention d'avoir 
dit le dernier mot sur un sujet aussi important. Il s'esti- 
mera heureux si, par ses efforts, il a fourni un utile contin- 
gent à l'histoire d'un prince trop peu connu et d'un règne 
qu'on ne pourra jamais trop connaître. 

1. Gruel, p. 229. — Voy. Appendice I, 

2. Voy. Appendice II. 

3. Il tient à réitérer ici l'expression de sa vive gratitude à ceux qui ont 
bien voulu l'aider dans ses recherches, à MM. A. Pauly, Déprez, U. Ro- 
bert, de la Bibliothèque nationale; à M. P. Guérin, des Archives natio- 
nales; à M. de Ribier, archiviste au ministère des Affaires étrangères; à 
M. le D'' Giraudet, de Tours ; à MM. Maître, Quesnet, Vaesen, Flourac, 
archivistes de la Loire-Inférieure, de l'Ille-et- Vilaine, de la ville de Lyon, 
des Basses-Pyrénées; à M, A. Dupuy, professeur à la Faculté de Rennes; 
à M. J. Flammermont. Il accueillera encore avec la même gratitude les 
observations et les renseignements qu'on voudra bien lui adresser. 



PRINCIPALES SOURCES 



I. — MANUSCRITS. 

1>> A la Bibliothèque nationale. 

Fr. 5037 (c.-à-d. manuscrit français 5037), fos 43 et suivants. -^Chro- 
nique d'Artur III, duc de Bretagne, par Guillaume Gruel; manuscrit du 
XV* s. (Voy. ci-dessous, p. 291, note 2, et p. 471). 

Fr. 8818 et 8819. — Comptes de Robin Denisot, receveur du conné- 
table de Richemont à Fontenay-le-Comte (1428-1435). 

Fr. 23018 (ancien Ms. Cordeliers 16). — Chronique finissant à l'an- 
née 1431. La partie relative au règne de Charles VI a été publiée par 
M. Douët d'Arcq, dans le t. VI de son édition de Monstrelet. 

Fr. 1371, — Chronique Antonine. 

Duchesne 48 (c.-à-d. t. 48 de la collection Duchesne). Ce manus- 
crit contient une copie de la Chronique d'Alençon « escripte par Per- 
CEVÀL DE Caigny, cscuier d'escuierie du duc d'Alençon (fo^ 63-110). Elle 
finit au 10 décembre 1438. La partie relative à Jeanne d'Arc a été 
publiée par J. Quicherat, dans la Bibliothèque de TÉcole des Chartes, 
2e série, t. II, p. 171 et suiv. 

Fr. 26038-26085. — Volumes de documents classés par ordre chrono- 
logique, faisant partie de la riche collection des Quittances et pièces 
diverses. 

Fr. 25709-25712 — Recueil de Chartes royales classées dans l'ordre 
chronologique. 

Fr. 25776-25778. — Recueil de Montres de gens d'armes classées 
dans l'ordre chronologique. 

Collection Clairambault. — Titres scellés, documents originaux 
classés dans l'ordre alphabétique. 

Pièces originales. — Collection très volumineuse de documents 
classés par ordre alphabétique. 

Collection Bréqdigny-Moreau. — Copies de documents relatifs à 
l'Angleterre et à la France (surtout les t. 80-83, désignés ainsi : Bré- 
quigny 80-83, ou, mieux, Moreau 704-707). 

Portefeuilles Fontanieu. — Copies et indications de documents, 



X PRINCIPALES SOURCES 

classées dans l'ordre chronologique, avec quelques originaux; t. 105- 
106 et suiv. jusqu'au t. 121-122. 

Collection de Bourgogne. — Copies de documents relatifs à la Bour- 
gogne; surtout les t. 96-103. 

Collection de Picardie^ ou titres de D. Grenier; surtout les t. 20, 
20 bis, 96, 100. Copies de documents relatifs à la Picardie. 

Collection de Lorraine; t. 292-295, etc.; comprenant beaucoup de 
documents originaux. 

Collection Dupuy. — Copies de documents, avec quelques titres 
originaux. 

Collection de Brienne. — Copies de documents, avec quelques titres 
originaux. 

Collection Doat. — Copies de documents, relatifs surtout aux pays 
du S.-O. de la France. 

Trésor généalogique de D. Villevielle. — Indications et analyses 
de documents, classées dans l'ordre chronologique. 

Fr. 4054 (ancien Ms. Baluze 9037). — Recueil précieux de docu- 
ments originaux, relatifs à l'Angleterre et à la France, publiés, en 
grande partie, par J. Stevenson dans les Letters and papers illustra- 
tive, ou par M. de Beaucourt dans son édition de M. d'Escouchy, t. III. 

Fr. 5909. — Formulaire du temps de Charles YII, avec copies de 
documents importants de cette époque. 

Fr. 5022, 2701. — Discours de J. Jouvenel des Ursins. 

Fr. 11542. — Copies de comptes relatifs à la Bretagne. 

Fr. 20684. — Copies de comptes. 

Fr. 4484. — Comptes d'Andry d'Espernon, trésorier des guerres. 

Fr. 4485, 4491, 4488. — Comptes de P. Sureau, receveur général en 
Normandie, pour les années 1424, 1425, 1428. 

Lat. 6024 (c.-à-d. manuscrit latin 6024), comprenant aussi des docu- 
ments français d'une grande valeur. 

2° Aux Archives nationales. 

K 54-K 72. — Cartons des rois. Ces cartons contiennent beaucoup 
de documents originaux, classés par ordre chronologique, sur les 
règnes de Charles VI et de Charles VII. — L'inventaire de cette col- 
lection a été publié par M. Tardif, sous ce titre : Monuments histori- 
ques. Cartons des Rois. Paris. Claye, 1866, in-4o. 

JJ 156-JJ 187. — Registres du trésor des Chartes, contenant des 
copies de chartes royales de la même époque, classées dans l'ordre 
chronologique. 

J 166-J 647. — Autres documents divers, relatifs aux grandes famil- 
les et aux provinces de France, aux États étrangers, dans les cartons 
J 166, J 171, J 183-J 188,'J 241, J 245, J 274, J 293, J 355, J 359, J 368-J 371, 
J 378, J 382, J 396, J 409, J 475, J 647, etc. 

X'* 1478-Xi" 1483. — Registres civils du Parlement de Paris (Conseil) 
pendant les années 1400-1458 (avec une lacune de 1443" à 1452). Ils 
relatent les délibéi-ations du Conseil, les noms des membres du par- 
lement et même les principaux événements contemporains. 



MANUSCRITS XI 

Xi* 4789-Xia 4800. — Registres civils du Parlement de Paris. Ma- 
tinées (Plaidoiries). 

X»* 9190-X" 9201. — Registres du Parlement de Poitiers. 

X** 20-X'' 27. — Registres criminels du Parlement de Paris. 

X'» 8602-X*a 8603. — Ordonnances royales, indiquées quelquefois 
sous le titre de Ordinationes Barbinse (Oi'donnances IJarbines), notam- 
ment le volume X'* 8605. 

KK 47, 50-36, 243-244, 250-269, 402-404, 553, etc. 

Comptes de la maison royale et d'autres maisons princières de 
France (maisons d'Orléans, d'Anjou, de Berry, domaine de la ville de 
Paris, etc.). 

Z'' 3-Z'a 18. — Registres de la Cour des aides. 

yi-Y'. — Livres de couleur du Châtelet, appelés, chacun séparé- 
ment. Livre rouge, Livre vert, Livre jaune, etc. Ils comprennent des 
ordonnances relatives à la ville de Paris, aux corporations et à leurs 
bannières, aux métiers, à la voirie, et aussi d'autres documents 
comme des traités de paix, etc. 

Y 3220-Y 3232. — Registres civils de la Prévôté de Paris. 

P 2529-P 2332. — Mémoriaux de la Cour des comptes. Copies mo- 
dernes. 

PP 118. — Table des mémoriaux de la Cour des comptes. 

LL216-LL218,414. — Registres capitulaires de Notre-Dame de Paris. 

3" A la Bibliothèque de l'Institut. 

La collection Godefroy. L'inventaire de cette collection a été publié 
par M. L. Lalanne. 

4° A la Bibliothèque de l'Arsenal. 

Le Ms. 3059 (Histoire), c.-à-d. le Jouvencel de J. de Bueil, avec le 
commentaire de G. Tringant. 

5» Au Ministère des Affaires étrangères. 

Les t. I, VII, XII, XX, XXI (F'rance), etc., contenant des copies de 
documents relatifs à la France, à la Bourgogne, à la Bretagne, etc. 

6" Archives départementales de la Loire-Inférieure. 

Ce dépôt est très riche en documents originaux. Les documents 
employés dans ce volume sont indiqués en note au bas des pages. 

7° Archives municipales de Lyon. 

Elles contiennent notamment des lettres du connétable de Riche- 
mont et de Charles VII, qui sont indiquées dans les notes ou données 
en appendices. 

8° Archives des Basses-Pyrénées. 
9" Archives de l'Ille-et- Vilaine. 



XII PRINCIPALES SOURCES 



II. — IMPRIMES. 

G. Gruel. — Histoire d'Artur III ^ duc de Bretagne, comte de Riche- 
mont, dans la collection Michaud et Poujoulat, t. III. Paris, 1837, 
in-40. 

La chronique de G. Gruel se trouve aussi dans Vllistoire de Char- 
les VII de D. Godefroy, dans le Panthéon littéraire et dans la Collec- 
tion Petitot, t. VIII. 

Religieux de Saint-Denis. — Chronique du Règne de Charles VI. 
Edit. L. Bellaguet (dans la collection des documents inédits sur l'His- 
toire de France). 

JuvÉNAL DES Uhsins (ou Jouveuel des Ursins), dans YHistoire de 
Charles VI, par D. Godefroy; Paris, 1653, in-f . 

P. Fenin. — Mémoires. Edit, de Mlle Dupont (Société de l'Histoire 
de France). 

Le Bourgeois de Pauis. — Journal. Edit. A. Tuetey. Paris; Cham- 
pion, 1881, in-4o. 

Berry. — Histoire chronologique de Charles VII, dans l'Histoire de 
Charles VII, par D. Godefroy. Paris, 1661, in-fo. 

J. Le Fèvre de Saint-Remy. — Chronique. Edit, F. Morand (Société 
de l'Histoire de France). 

Enguerrand de Monstrelet. — Chronique. Edit. Douët d'Arcq(M). 

Mathieu d'Escouchy. — Chronique. Edit. du Fresne de Beaucourt [Id.). 

Jean Chartier. — Chronique de Charles VIL Edit. Vallet de Viriville. 
Paris, Janet, 1858, in-16. 

CousixoT. — Geste des nobles. Chronique de la Pucelle. Chronique nor- 
mande de P. Cochon. Edit. Vallet de Viriville. Paris, A. Delahaye, 
1859, in-18. 

T. Basin. — Histoire de Charles Vil et de Louis XI. Edit. J. Quicherat 
(Société de l'Histoire de France). 

J. de Wayrin. — Anchiennes Cronicques d'Engleterre. Edition de 
Mlle Dupont (Société de l'Histoire de France). 

J. Quicherat. — Procès de Jeanne d'Arc (Société de l'Histoire de 
France). 

A. Hellot. — Les Cronicques de Normandie. Rouen, 1881, in-S». 

SiMÉON Luge. — Chronique du Mont-Saint-Michel, t. I (Société des 
anciens textes français). 

Chronique Martinienne. Edit. gothique d'Anthoine Vérard. 

Ch. Robillard de Beaurepaire. — Chronique normande de P. Cochon. 
Rouen, 1870, grand in-80. 

J. Maupoint. — Journal, publié par M. Fagniez dans le t. IV de la 
Société de l'Histoire de Paris. 

M.artial d'Auvergne. — Les Vigiles de Charles VIL Edit. Coustelier. 
Paris, 1724, 2 vol. in-12. 

Olivier de la Marche. — Mémoires. Edit. du Panthéon littéraire. 

J. DU Clercq. — Mémoires {Id.). 

G. Ghastellain. — Œuvres. Edit. Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 
1863, 8 vol. in-8". Chronique de J. deLalain dans le Panthéon littéraire. 



IMPRIMES XIH 

Kervyn de Lettenhove. — Chroniques Belges (voy. les t. II, III). 

De Smet. — Chroniques de Flandre (voy. le t. III). 

Nicole Gilles. — Les Cronicques et annalles de France. Edit. gothique 
de 1520. 

Meyer. — Commentarii, sive annales rerum FlandHcarum. Antverpiae, 
la61. 

Th. Rymer. — Fœdera et Conventiones, etc. Hagœ Coraitis, 1739-1735 
(voy. les t. in, IV, V; le t. X est un abrégé des neuf précédents). 

Gallia Christiana. 

Ordonnances des rois de France. 

A. Champollion-Figeac. — Lettres de rois et reines, efc. ' (Collection 
des documents inédits sur l'Hist. de France). 

J. Delpit. — Collection générale des documents français qui se trou- 
vent en Angleterre. Paris, 1847, in-4''. 

Vandenbrœck. — Extraits analytiques des anciens registres des Con- 
saux de Tournay. Tournay, 1861-1863, in-8». 

M. Canat. — Documents inédits pour servir à VHîstoire de Bourgogne. 
Chalon-sur-Saône, 1863, in-B». 

Gachard. — Rapport sur les archives de Dijon. Bruxelles, 1843, in-8". 

Catalogue des archives de Joursanvault. Paris, Techener, 1838, in-8°. 

L. Redet. — Catalogue des chartes de D. Fonteneau. Paris, 1839, in-8«>. 
(Se trouve aussi dans le t. IV des mémoires de la Société des Anti- 
quaires de l'Ouest). 

V. Varin. — Archives de Reims (Collection des documents inédits sur 
l'Hist. de France). 

Lepage. — Documents sur l'histoire de Lorraine. Nancy, 18S3, in-S". 

Alain Bouchard. — Les Cronicques annales d'Angleterre et de Bre- 
taigne. Edit. goth. de 1341, in-f". 

P. Le Baud. — Histoire de Bretagne. Edit. d'Hozier. Paris, 1638, in-f^. 

B. d'Argentré. — Histoire de Bretagne. Editions de 1618 et de 1668. 
D. G. A. Lobineau. — Histoire de Bretagne. Paris, 1707, 2 vol. in-fo, 
D. P. H. MoRicE. — Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne. Paris, 

1730-1736, 5 vol. in-f", dont trois de Preuves (le t. II est de D. Tail- 
landier). 

D. Plancher. — Histoire générale et particulière de Bourgogne. Dijon, 
1739-1781 ; 4 vol. in-I» (le 4« volume est de D. Salazard). 

D. Calmet. — Histoire de Lorraine. Nancy, 1747-1733 (voy. le t. V). 

D. Félibien ET D. Lobineau. — Histoire de Paris. Paris, 1723, in-f». 

H. Sauval. — Histoire et recherches des Antiquités de la ville de 
Paris. Paris, 1724, in-f°. 

D. Vaissete. — Histoire générale de Languedoc. Paris, 1730-1743 
(voy. les t. IV, V). 

La Thaumassière. — Histoire de Berry. Bourges, 1689, in-f". 

Du Boulai (C. Egassius Bulœus). Historia JJniversitatis Parisiensis. 
Paris, 1663-1673, in-f» (voy. le t. V). 

G. A. DE La Roque. — Histoire généalogique de la maison de Har- 
court. Paris, 1662, in-f. 

S. Guichenon. — Histoire généalogique de la royale maison de Savoye. 
Lyon, 1660, in-f». 



XIV PRINCIPALES SOURCES 

S. GuicHENON. — Histoire de Bresse et de Bugey. Lyon, 1650, in-f». 

Le p. Daniel. — Histoire de France. Paris, 1753, 111-4° (voy. le 
t. VII). 

Le p. Daniel. — Histoire de la milice française. Paris, 1721 , 2 vol. in^". 

Le p. Anselme et Dufourny. — Histoire généalogique et chronologi- 
que de la maison royale de France. Paris, 1726-1733, 9 vol. in-f". 

D. Martène. — Veterum scriplorum, etc., amplissima collectio. Paris, 
1733, in-fo. 

L'Art de vérifier les dates, par un religieux bénédictin de la Congré- 
gation de Saint-Maur. Paris, 1783-1787, 3» édition, 3 vol. in-f''. 

SiMÉON LucE. — Histoire de Bertrand du Guesclin, t. I. Paris, Ha- 
chette, 1876, in-8'>. 

Valletde Viriville. — Histoire de Charles VII. Renouard, 1863-1865. 
3 vol. in-8». 

G. DU Fresne de Beaucourt. — Histoire de Charles VII. Paris, Li- 
brairie de la Société bibliographique, t. I et II, in-8o, 1881, 1882. 

H. Wallon. — Jeanne d'Arc. Paris, Hachette, 1873, 2 vol. in-18. 

J. Quicherat. — Rodrigue de Villandrando. Paris, Hachette, 1879, 
in-8''. 

L. Delisle. — Histoire du château et des sires de Saint-SoMveur-le- 
Vicomte. Paris, A. Durand, 1867, ia-8°. 

A. Tuetey. — Les Ecorcheurs sous Charles Vil. Montbéliard, 1874, 
2 vol. in-8°. 

J. Flammermont. — Les Institutions municipales de Sentis, dans le 
45° fascicule de la BibUothèque des Hautes-Études. 

Lecoy de La Marche. — Le roi René. Paris, Didier, 1873, 2 voL in-8». 

Ant. Thomas. — Les Etats provinciaux de la France centrale. Paris, 
Champion, 1879, 2 vol. in-8°. 

Kervyn de Lettenhove. — Histoire de Flandre. Bruxelles, 1847-1855; 
6vol.in-8o. 

Bibliothèque de l'Ecole des Chartes. 

Bulletin de la Société de VHistoire de France. 

Mémoires et Bulletin de la Société de VHistoire de Paris. 

Le Cabinet historique. 

La Revue historique. 

La Revue des questions historiques, etc., etc. 



OUVRAGES ANGLAIS 

Harris Nicolas. — Proceedings and ordinances of the Privy council 
of England, edited by sir Harris Nicolas, under the direction of the 
commissioners on the public records of the Kingdom. London, 1834- 
1837, 7 vol. gr. in-8o. 

Rolls of Parllvment (ou Rotuli parliamentorum), 7 vol. in-f°, dont 
le 7" est un Index (voy. les t, III, IV, V). 

Fr. Devon. — Issues of Ihe Exchequef, temp. Henry III to Henry VI, 
frona the Pell records. London, 1837, gr. in-8°. 



OUVRAGES ANGLAIS XV 

Collection des rerum Britannicarum Scriptores medii œvi : 

J. Stevenson. — Letters and papers illustrative of the wars of the 
English in France during the reign of Henry the Sixth. London, Long- 
man, 1861-1864, 3 vol. gr. in-S". 

J. Stevenson. — Narrative of the expulsion of the English from Nor- 
mandy. Ce volume contient l'ouvrage latin de Robert Blondel intitulé 
De rednctione Normanniœ; la partie de la Chronique du héraut Berry 
l'elative au recouvrement de la Normandie et les Conférences entre 
les ambassadeurs de France et d'Angleterre, en 1449; gr. in-8''. 

J. DE Waurin, seigneur de Forestel. — Cronicques de la Grant Bre- 
taigne, edited by S.-W. Hardy. London, Longman, 1864-1879, in-8''. 

Th. Walsingham. — Historia Anglicana. London, Longman, 1864, 
2 vol. in-8». 

Tn. Walsingham. — Ypodigma Neustriae, edited by H.-T. Riley, Lon- 
don, 1876, 1 vol. in-8o. 

J. Capgrave. — The Chronicle of England, edited by F.-C. Hinges- 
ton. London, 1838, in-8"'. 

J. Capgrave. — Liber de illustribus Henricis, edited by F.-C. Hinges- 
ton. London, 1838, in-8'>. 

Ch. a. Cole. — Memorials of Henry the flfth. London, 1838, in-8». 

J. Endell Tyler. — Henry of Monmouth (or Memoirs of Henry the 
flfth). London, 1838, 2 vol. in-8''. 

Polydore Vergil. — Three hooks of Polydore VergiVs English history, 
edited by sir Henry Ellis. London, 1844, in-S" (Works of the Camden 
Society). 

Holinshed. — Chronicles of England. London, 1377, 2 vol. in-f". 

Grafton's Chronicle. London, 1809, 2 vol. in-4°. 

H vll's Chronicle (History of England) , edited by H. Ellis. Lon- 
don, 1809, in-4". 

W. Dugdale. — The Baronage of England (ou Baronagium). Lon- 
don, 1673, 2 vol. in-fo. 

Sharon Tiirner. — History of England in the middle âge. London, 
1823, ia-4o(voy. le t. HI). 

S. Harris Nicolas. — History of the battle of Agincourt, 2® édition, 
London, 1832, in-8°. 

M''s A. Strickland. — Lifes of the queens of England. London, H. Col- 
burn, 1844, 10-8" (voy. le t. III). 

N. B. — Les autres indications de documents manuscrits ou d'ou- 
vrages imprimés se trouvent en notes, au bas des pages. 



LE CONNÉTABLE 

DE RIGHEMONT 



PREMIERE PARTIE 

ENFANCE ET DÉBUTS D'ARTUR DE BRETAGNE 



CHAPITRE PREMIER 

ENFANCE ET ADOLESCENCE d'aRTUR DE BRETAGNE (1393-1410) 

Naissance d'A. de Bretagne. — Sa famille. — Mort de sou père. — Enfance 
d'Artur. — Il reçoit le titre de comte de Richemont. — Sa mère épouse 
Henri IV et va en Angleterre. — Artur est élevé par le duc de Bourgogne, 
puis par le duc de Berry. — Il réprime une sédition à Saint-Brieuc. — 
Il entre dans le parti Armagnac, après l'asssasinat de L. d'Orléans. — 
Nouvelle querelle entre les Montfort et les Penthièvre. — Traité de 
Chartres. Ligue de Gien. — Esprit du temps. — Influences qui agissent 
sur le caractère d'Artur. 

Artur de Bretagne, comte de Richemont, naquit au château 
de Succinio \ près de Vannes, le 24 août 1393 ^ Il était le second 
fils de Jean IV, le Conquérant, duc de Bretagne, et de sa troi- 
sième femme, Jeanne de Navarre *. Rien ne pouvait faire 
prévoir que cet enfant serait un jour Tun des plus fidèles cham- 
pions de la France contre l'Angleterre. Sa mère était fille de ce 

1. Canton de Sarzeau, arrondissement de Vannes (Morbihan). On voit 
encore les ruines grandioses de ce château. Rosenzweig, Répertoire archéol. 
du Morbihan, article Sarzeau, p. 219-228. 

2. Voy. Gruel, p. 185. D. Lobineau, t. II, col. 8S0. 

3. Il eut pour nourrice Annette de Lesteno {Preuves de Vhist. de Ureta- 
!pie, t. II, col. 900). 

Richemont. 1 



2 FAMILLE D ARTUR 

Charles-le-Mauvais, roi de Navarre ', qui avait été l'ennemi 
acharné de la France pendant les règnes de Jean -le -Bon et 
de Charles V. Jean de Monlfort, l'aïeul paternel d'Artur, avait 
été secouru par les Anglais, quand, après la mort de son frère, 
Jean III, duc de Bretagne, il avait disputé sa succession à sa 
nièce, Jeanne de Penthièvre (1341); il avait fait hommage à 
Edouard III ; il était mort en combattant contre le roi de 
France, Philippe VI, qui soutenait Jeanne de Penthièvre et son 
mari, Charles de Blois (1345). Jean IV ^, fils de Jean de Monlfort, 
avait été élevé en Angleterre ; il avait eu pour tuteur Edouard III ; 
il avait épousé, en premières noces, une de ses filles ^ ; c'est avec 
son aide qu'il avait pu disputer le duché de Bretagne à Jeanne 
de Penthièvre ; c'est grâce au capitaine anglais J. Ghandos qu'il 
avait gagné la bataille d' Aurai, où Charles de Blois avait perdu 
la vie et Du Guesclin la liberté (28 septembre 1364). En vain 
Charles V, pour détacher Jean IV de l'Angleterre, l'avait re- 
connu duc de Bretagne par le traité de Guérande (12 avril 1365) '*; 
il n'en était pas moins resté l'allié d'Edouard III. Chassé en 1372 
par Du Gucschn, rétabli en 1380, reconnu de nouveau par 
Charles VI (1381), mais obUgé de continuer la lutte contre Jean 
de Blois, fils de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre, il 
avait toujours gardé la même sympathie pour l'Angleterre, la 
même racune contre la France ^. Le mariage de Jean de Blois 
avec Marguerite de Clisson, fille du connétable de Charles VI, 
avait encore irrité Jean IV (20 janvier 138'). Peu après, il avait 
fait traîtreusement arrêter Clisson, et on croit qu'il n'avait pas 
été étranger à une tentative d'assassinat dirigée contre lui, 
en 1392, par P. de Craon \ 

1. Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, mort le l^"' janvier 1387 
(voy. Anlselme, I, 452; Secousse, Mémoires pour servir à l'histoire de 
Charles II, roi de Navarre, Paris, 1758, ia-4'', t. I, p. 250). 

2. Ce prince est aussi appelé Jean V par divers auteurs; mais les vieux 
historiens de la Bretagne, Le Baud, d'Argentré, et les bénédictins D. Lo- 
bineau, D. Moriçe n'admettent au nombre des ducs ni Jean de Montfort 
ni Charles de Blois (D. Lobineau, I, 337; A. Dupuy, Réunion de la Breta- 
gne à la France, Hachette, 1880, in-8°, I, 18, 21, 22). 

3. Voir le tableau généalogique. 

4. J, 241b, n» 45. Jean IVrend hommage à Charles V en 1366 (J, 241i>, n" 47, 48). 

5. Sur la guerre de la succession de Bretagne, voir : les Vrayes chroni- 
ques de Jehan Le Bel, éd. Polain, Bruxelles, 1863, 2 vol. in-8», I, p. 225- 
249, 277 et suiv, ; II, p. 5-23. Froissart, éd. S. Luce, II, 87 et suiv.;III, ch. 
LI-LIV; t. VI, ch. LXXXIX, puis l'édit. du Panthéon littéraire. D. Morice, I, 
245-254, 271 et suiv. S. Luce, Hist. de B. du Guesclin, I, ch. II, V, VII, J, 
242, n»» 56 et 57 «- 3, t. Le Religieux de Saint-Denis, I, 57-63, 127, 285. 
D'Argentré, 720. 

6. Froissart, dans le Panth. litt., III, 116 et suiv. Religieux de Saint- 
Denis, I; 481 et 499, II, 5, 9, 11. 



MORT DE JEAN IV (1399) 3 

A l'époque où naquit Artur de Bretagne (1393) , Jean IV et 
P. de Graon faisaient une guerre acharnée aux Penthièvre et à 
Glisson *. Un traité conclu en 1395 ^ termina la guerre sans 
opérer une réconciliation véritable. Le duc de Bretagne mourut 
quatre ans après (2 novembre 1399) ^. On crut qu'il avait été 
empoisonné. Glisson et surtout sa fille Marguerite, comtesse de 
Penthièvre, furent soupçonnés. On dit aussi qu'elle excita son 
père à faire périr les enfants de Jean IV, pour donner à son 
mari, Jean de Blois, le duché de Bretagne, mais que Glisson 
repoussa ses sollicitations avec horreur *. 

Artur était donc tout enfant quand il perdit son père; il n'avait 
que six ans. Outre son frère aîné, Pierre, qui devint alors duc de 
Bretagne, sous le nom de Jean V, il avait deux autres frères, 
Gilles et Richard, et trois sœurs, dont l'une, Marie, était fiancée 
à Jean I" comte d'Alençon ^. La mort de Jean IV laissa tout à la 
fois ses enfants et son duché à la merci d'ambitions rivales. Le 
duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, frère de Gharles V, et le 
duc d'Orléans, Louis, frère de Gharles VI, qui se disputaient le 
gouvernement du royaume pendant la démence du roi, se dispu- 
tèrent aussi la garde du duché de Bretagne et des petits princes 
bretons. Le duc d'Orléans, protecteur de Glisson et des Pen- 
thièvre, fit intervenir Gharles VI, qui avait marié, en 1396, une 
de ses filles, Jeanne, au jeune duc de Bretagne ^. Le roi de France 
écrivit à la veuve de Jean IV pour la prier de confier le gou- 
vernement du duché à Olivier de Glisson. Le duc d'Orléans vint 
même à Pontorson % avec des gens d'armes et voulut se faire 
remettre les fils de Jean IV; mais les Etats de Bretagne n'y con- 
sentirent pas '. Ils déférèrent à Jeanne de Navarre la tutelle de 
ses enfants et le gouvernement du duché '. C'est alors que le 
nouveau duc de Bretagne, Jean V, donna le comté de Riche- 
mont à son frère Artur*** (1399). 

Ce fief, situé en Angleterre, appartenait depuis longtemps 

1. Religieux de Saint-Denis, t. II, p. 31-33, 101-103. 

2. D'Argentré, 693. Religieux de Saint-Denis, II, 113-117. D. Lobineau, II, 
col. 790-791. 

3. D. Morice, I, 427. 

4. Alain Bouchard, f» 149. 

5. Voir le tableau généalogique. 

6. Religieux de Saint-Denis, II, 443, 531. Charles VI promit une dot de 
300 000 écus d'or, qui ne fut payée que plus tard. {Archives de la Loire- 
Inférieure, cass. 3, E. 9, et Portefeuille Fontanieu, 113-114, aux 2 et 3 dé- 
cembre 1423. — D. Lobineau, II, col 868-869.) 

7. Arrondissement d'Avranches. 

8. Appendice III. 

0. Le Baud, 403. D'Argentré, 703. D. Lobineau, II, col. 804, 805. 
10, Le Religieux de Saint-Denis, II, p. 733. 



4 JEANNE DE NAVARRE 

aux ducs de Bretagne. Les rois anglais le leur avaient enlevé, 
puis rendu plusieurs fois ; mais les ducs n'avaient jamais cessé 
de le revendiquer et d'ajouter à leurs titres celui de comtes de 
Richemont. La jouissance de ce fief obligeait à l'hommage envers 
le roi d'Angleterre. Il semble certain qu'Artur de Bretagne n'en 
eut jamais la possession ; néanmoins, depuis son enfance, il fut 
toujours appelé comte de Richemont, et c'est sous ce titre anglais 
qu'est surtout connu le prince qui devait devenir l'ennemi le 
plus déterminé des Anglais. Pour le moment, Henri IV venait de 
reprendre le comté de Richemont, que Richard II avait restitué 
à Jean IV en 1398 «. 

Cependant Jeanne de Navarre, pour éviter de nouvelles con- 
testations, conclut un arrangement avec Glisson et les Penthièvre 
(janvier 1400) ^. Cette fois, la réconciliation parut plus sincère, 
et ces mortels ennemis des Montfort accompagnèrent même le 
jeune duc Jean V, lors de son entrée solennelle à Rennes, le 
22 mars 1400 ^. Le lendemain, on vit, dans une cérémonie tou- 
chante, le vieux Clisson armer chevaliers les petits princes 
bretons, Jean, Artur et Gilles, devant le maître autel de l'église 
Saint-Pierre. Ainsi, le frère d'armes de B. Du Guesclin *, l'an- 
cien connétable de Charles VI ouvrait au futur connétable de 
Charles VII la carrière où il devait plus tard marcher sur les 
traces de ces glorieux devanciers. 

Toutefois les événements semblèrent d'abord prédestiner le 
jeune comte de Richemont à servir l'Angleterre bien plus que 
la France. Sa mère, Jeanne de Navarre, épousa Henri IV de Lan- 
castre ^, qui avait renversé, en 1399, et fait périr, en 1400, 
Richard II, gendre de Charles VI ". En cas de guerre avec la 
France, Henri IV tenait beaucoup à l'alliance de la Bretagne. 
On craignit qu'il ne voulût faire venir en Angleterre les fils de 
Jean IV, avec leur mère. Les seigneurs bretons s'en émurent; ils 
avertirent la cour de France, où était encore la jeune fiancée de 
Jean V. Le duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, protecteur et 
proche parent des Montfort ^, vint en Bretagne. Il prodigua les 

1. Appendice l\. 

2. D. Lobineau (I, p. 499; IF, col. 803-804) donne la date du 3 janvier et 
D. Morice celle du l'^'' janvier {Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. 701). 

3. D. Morice, I, p. 430. Le Baud, p. 437; d'Argentré, p. 706; D. Lobineau, 
II, col. 872-874. 

4. Anselme, VI, p. 201, 202. . " 

5. Voy. Appendice V. 

6. H. Wallon, Richard II, Paris, Hachette 1864, 2 vol. ia-S", surtout les 
livres XI, XII, XIII, t. II, p. 244 et suiv. Voir aussi p. 113 et suiv. Frois- 
sart, p. 320 et suiv. Religieux de Saint-Denis, II, p. 707. 

7. Jeanne de Navarre, mère de Jean V et de Richemont, était, par sa 



ARTUR AVEC PHILIPPE-LE-HARDI (1402) 5 

présents *, se concilia d'utiles sympathies et sut mener à bonne 
fin des négociations difficiles. Il conclut, le 19 novembre 1402, 
un traité par lequel Jeanne de Navarre lui laissait la régence du 
duché, la tutelle de ses enfants et l'autorisait à les emmener 
avec lui, à condition qu'il les présenterait en Bretagne toutes les 
fois qu'il en serait requis ^. 

Cet arrangement déplut aux Penthièvre et à leurs partisans. 
Des seigneurs bretons, notamment Glisson, voulurent s'opposer au 
départ des enfants. Il fallut que le duc de Bourgogne fît, pour 
ainsi dire, enlever les jeunes princes (3 décembre 1402). Quelques 
jours après, la veuve de Jean IV quittait Nantes (26 décembre) 
et s'embarquait au port de Crozon ^, le 13 janvier 1403, pour 
l'Angleterre *. Son mariage avec Henri IV eut lieu le 7 février 
suivant. On peut dire que le petit Artur perdit alors sa mère. 11 
ne la revit plus qu'à de rares et courts intervalles. Il devenait, 
en quelque sorte, orphelin. Il n'avait guère que neuf ans. 

Cependant Philippe le Hardi conduisait à Paris Jean V, Artur 
et Gilles (décembre 1402). Richard restait seul en Bretagne. 
Artur et Gilles étaient encore si petits qu'ils ne pouvaient guère 
chevaucher et qu'il fallait mener leurs chevaux par la bride ■'. 
Si ces enfants éprouvèrent du chagrin en quittant leur mère, leur 
frère Richard, leurs sœurs, leur pays, ils devaient d'ailleurs suivre 
sans répugnance un parent généreux, qui leur avait donné de 
beaux cadeaux, des colliers d'or, garnis de rubis et de perles. 
Charles VI reçut avec bonté les jeunes princes ^. Il y eut, à la 

mère, Jeanne de France, nièce de Philippe-le-Hardi. Voy. tableau gé- 
néal. 

' 1. Arch. du minisiére des aff. étrangères, t. XXI (France), f" 22. D. Plan- 
cher, III, 18o, 186. 

2. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 2, E 5. — Les fils du duc de Bour- 
i-'ogne, Jean, comte de Nevers, et Antoine, comte de Rethel, prirent le 
même engagement. 

3. Arrondissement de Ghâteaulin. 

4. D. Lobineau, II, col. 878. Jouvenel des Ursins, 150, ap. Godefroy. 
Walsingham, Ypodigma Neustrise, éd. H.-T. Riley, London, 1876, p. 397. 
J.Stevenson, II, 2' partie, p. 7o8.Fr. Devoii, Ixsues of the Exchequer. London, 
1837, p. 292. Voy. la vie de Jeanne de Navarre dans Agnès Slrickland, Lires 
of the queens of England, London, 1844, p. 43-113, t. III, in-S". H. Vanden- 
broeck, Extraits analytiques des anciens registres des Consaux de Tournai, 
Tournai, 1861-1863, t. I, 32. 

5. Gruel., 186. Ciairambault, t. 116, f» 9037, et D. Lobineau, II, col. 
808, 809. 

6. D. Lobineau. II, col. 808. D. Plancher. III. 186, 188. Monstrelct. I. 
33. Jouvenel des Ursins, 130. Religieux de Saint-Denis, III, 41. Pendant que 
le duc de Bourgogne était à la cour de France furent stipulés plusieurs 
mariages, celui de Louis, duc de Guyenne, avec Marguerite de Bourgogne, 
fille de Jean, comte de Nevers, celui de Michelle de France, cinquième 



6 ENFAÎSCE d'arTUR 

cour, des fêtes où Artur vit les enfants du roi et ceux de Philippe- 
le-Hardi. Alors furent célébrées les noces de Jean V et de Jeanne, 
troisième fille du roi ; puis Artur et Gilles accompagnèrent en 
Flandre Philippe le Hardi, pendant que, leur frère aîné, le duc 
de Bretagne, restait à la cour de France. 

On ne sait presque rien sur ces premières années d'Artur de 
Bretagne. « Au plustost qu'il peut avoir congnoissance, dit son 
biographe, luy fut baillé, pour le gouverner, un notable escuyer 
du pays de Navarre, nommé Péronit, qui très bien le traicta et 
conduisit, tellement que plusieurs fois l'ay ouy se louer et dire 
beaucoup de bien de luy \ » Il n'est guère possible de deviner 
quelles influences avaient jusqu'alors agi le plus fortement sur 
l'esprit du jeune Artur, mais on ne saurait expliquer par les 
impressions si profondes et si durables de l'enfance l'attache- 
ment qu'il montra dans la suite pour la France. Il était trop 
jeune quand il perdit son père pour avoir hérité de sa haine 
contre la France, mais des liens puissants l'attachaient aux 
maisons d'Angleterre et de Bourgogne, qui furent ennemies de 
Charles VII. Ni ses sentiments de Breton, ni les traditions de sa 
famille, ni l'exemple de son père, ni les leçons de sa mère, la 
fille de Gharles-le-Mauvais, la femme de Henri IV, ni la poli- 
tique changeante de son frère Jean V, ni les conseils de son 
grand-oncle, Philippe-le-Hardi, ou ceux de son cousin, Jean-sans- 
Peur, ne pouvaient le préparer au rôle que lui réservait l'avenir; 
surtout à une époque où l'idée de la patrie française n'existait 
pas encore, où « le désordre était dans chaque Etat, dans 
chaque famille, où dans chaque cœur d'homme il y avait une 
guerre civile ^. » 

Il put voir dans son berceau royal l'enfant qui devait s'ap- 
peler Charles VII, né le 22 février 1403 ^, car il vint à Paris tout 
juste à cette époque, n'étant pas demeuré longtemps en Flandre. 
Le jeune duc Jean V, qui avait atteint sa quinzième année, fut 
déclaré majeur * et rendit hommage à Charles VI, le 12 jan- 

fille de Charles VI, avec Philippe, fils aîné du comte de Nevers, et celui 
de Jean, duc de Tonraine, 40 fils du roi, avec une fille du comte de Nevers. 
Le 8 mai, le duc de Bourgogne reçut à dîner le roi, la reine et divers 
princes et princesses, notamment la duchesse de Bretagne, auxquels il fit 
de riches présents. Arch. du min. des aff. étr., t. 21 (France), h 22. D. 
Plancher, 111,196-198, et Preuves, p. ccxi-ccxvi. Portef. Fontanieu, 103-106, 
f 336 et suiv. J, 409, n"» 45, 47, 48. 

1. Gruel, 183. 

2. Michelet, Hist. de Fr., Paris, Librairie internat., 1871-73, V, p. 2-T. 
Vallet de Viriville, Histoire de Charles VU, Ij 23-27. 

3. G. du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, Paris, iSSi,. 
lib. de la Soc. bibliogr., t. I, p. 3. 

4. Le duc de Bourgogne garda le gouvernement du duché de Bretagne 



MORT DE PHILIPPE-LE-HARDI (1404) 7 

vier 1404. Artur et Gilles revinrent sans doute en France à ce 
moment, puis Jean V retourna en Bretagne *. Gilles fut placé 
auprès du dauphin Louis, duc de Guyenne, et resta désormais à 
la cour de France ^. S'il fallait en croire le Religieux de Saint- 
Denis, Artur, envoyé alors en Angleterre, aurait obtenu le 
comté de Richemont et en aurait fait hommage à Henri IV; mais 
il semble, au contraire, prouvé par les documents que ce fief 
resta au comte.de Westmoreland et passa ensuite au duc de 
Bedford ^. Artur était auprès de Philippe-le-Hardi, quand ce 
prince, atteint d'une épidémie, mourut à Hal, le 27 avril 1404 *. 
Son corps fut conduit à Dijon, pour être inhumé aux Chartreux, 
près de cette ville. Après avoir assisté aux derniers moments de 
son grand-oncle, Artur ne cessa de suivre et de garder pieuse- 
ment sa dépouille mortelle, en compagnie de ses fils. Le funèbre 
cortège séjourna dix jours à Douai, du 5 au 14 mai, et dix-huit 
jours à Saint-Seine ^, en attendant le nouveau duc de Bour- 
gogne, Jean, qui était allé à Paris, rendre hommage à Charles VL 
Le 15 juin, il partit de Saint-Seine pour Dijon, où l'inhumation 
eut lieu le lendemain. Artur, tout vêtu de noir, chevauchait à 
côté de ses cousins, Jean-sans-Peur et Philippe, qui condui- 
saient le deuil. Il était encore si petit qu'il fallait mener son 
cheval par la bride. Le 17 juin, il assista aussi à l'entrée solen- 
nelle du nouveau duc de Bourgogne dans sa ville de Dijon *. 

Ainsi le jeune comte de Richemont vécut de bonne heure 
dans l'intimité de cette puissante maison de Bourgogne, à la- 
quelle devaient l'unir des liens encore plus étroits ; il connut les 
fils de Philippe-le-Hardi ; il partagea les jeux de ses petits-en- 
fants, un peu plus jeunes que lui, Philippe ^, qui devint duc de 
Bourgogne en 1419, et Marguerite, qui devint comtesse de Riche- 

jusqu'en 1404. Arch. des aff. étr., t. 21 (France), f" 20. Le 13 janvier 1404 
il n'avait plus ce gouvernement. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 2, E. 5, 
et Preuves de Vhist. de Bret., II, col. 735-740. 

1. D'Argentré, 713-715, donne la date du 7 janvier, mais on trouve celle 
du 12 dans une pièce des Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 33, E, 90, et 
dans le Portef. Fontanieu, 105-106, f^ 442. — Religieux de Saint-Denis, 
t. III, p. 129. 

2. Religieux de Saint-Denis, t. III, p. 131. Malgré le témoignage de D. Mo- 
rice (I, 434), il est très peu probable qu'Artur soit allé en Angleterre à cette 
époque. Il était auprès de Philippe-le-Bon. — D. Lobineau (I, 505) ne men- 
tionne pas ce détail. 

3. Voy. Append., IV. 

4. Monslrelet, I, 87. Religieux de Saint-Denis, I, 145. — Hal, en Belgi- 
que, sur la Senne, au S. de Bruxelles. 

5. Arrondissement de Dijon. 

6. D. Plancher, III, 200-203, 211, 212. Gruel, 186. 

7. Philippe, l'aîné des enfants de Jean-sans-Peur, était né le 30 juin 1396. 



b ARTUR AVEC LE DUC DE DERRY 

mont, après avoir perdu son premier mari, le dauphin Louis, 
duc de Guyenne ; il put même contracter avec le petit Philippe 
de Bourgogne une de ces amitiés d'enfance qui laissent des sou- 
venirs ineffaçables. Ces circonstances fortuites expliquent peut- 
être, en partie, des faits de la plus haute importance, comme le 
mariage d'Artur avec la sœur de Philippe-le-Bon et la réconci- 
liation de ce prince avec Charles VIL 

Peu après les obsèques de son père, Jean-sans-Peur revint à 
Paris, au mois d'août 1404. Artur y trouva ses oncles, Charles III, 
roi de Navarre, et Pierre, comte de Mortain *, avec la reine de 
Navarre ^. Le 31 août, à l'hôtel Saint-Paul, devant une brillante 
assemblée de princes et de grands seigneurs, fut célébré le ma- 
riage de Marguerite de Bourgogne avec le dauphin Louis ^. 
Artur de Bretagne y assista sans doute. Il était loin de prévoir 
que cette princesse, encore enfant à cette époque, serait, vingt 
ans plus tard, comtesse de Richemont. 

Autre particularité notable. Après la mort de Phihppe-le- 
Hardi , Artur de Bretagne fut confié au vieux duc de Berry, 
qui était aussi son grand-oncle maternel. Or le duc de Berry fut 
également chargé de l'éducation du Dauphin *, qui était d'un 
an plus jeune qu'Artur et qui avait déjà pour compagnon 
son frère, Gilles de Bretagne. Charles de Bourbon, comte de 
Clermont, et Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, étaient 
élevés chez le duc de Berry ^. Artur se lia d'amitié avec eux. Le 
premier devint plus tard son beau-frère ; le second resta tou- 
jours un de ses plus fidèles amis. Placé ainsi auprès du dauphin 
de France, sous la diret;tion d'un prince éclairé, libéral, ami des 
lettres et des arts, dans un milieu où il rencontra l'aimable et 
brillant duc Louis d'Orléans ^ et son fils Charles, le gracieux 
poète, Artur fut sans doute instruit avec autant de soin que pou- 
vaient l'être, à cette époque, les enfants des familles royales. Le 
duc de Berry « luy bailla bonne ordonnance en sa maison et 



1. P. 2297, f" 333. 

2. Eléonore, fille de Henri II, roi de Caslille. 

3. D. Plancher, III, 215,216. Religieux de Saint-Denis, III, 213. 

4. Monstrelet, I, 114. D. Morice, I, 437. Le Dauphin Louis était né le 22 
janvier 1397. Il eut en 1400 le titre de duc de Guyenne. Le duc de Berry 
avait la lientenance de Guyenne et Languedoc. (J., 369, n"* 2, 3 bis, 11. 
P. 2297, f<" 325, 703, 817, 821.) 

5. Titres de la maison de Bourbon, P. 1373 *, cote 2153. 

6. Chron. de Jean de Saint-Paul, p. 68, publiée par A. de La Borderie, 
Nantes, 1881, in-8°. — Artur put aussi connaître les nombreux officiers 
et familiers du duc de Berry, comme M. Gouges de Gharpaignes, Arnaud 
Guilhem de Barbazan, etc., qu'il devait retrouver plus tard auprès de 
Charles VII (KK. 51, f" 14-16). 



JEAN V s'allie avec l. d'orléans (1406) 9 

commença à avoir estât ' ». De son côté, Jean V lui donna la 
seigneurie du Gavre *. En gardant auprès de lui, à la cour de 
France, Artur et Gilles, le duc de Berry voulait détacher la Bre- 
tagne de l'alliance anglaise et peut-être aussi de l'influence 
bourguignonne '. Vers le même temps (1405), il envoyait à 
Jean V sa femme, fille de Charles VI *. Le jeune duc ne parta- 
geait pas la haine de son père pour la France. D'ailleurs, il y 
avait toujours en Bretagne un parti français ^, et les Bretons com- 
battaient volontiers les Anglais sur terre et sur mer ^ ; mais il y 
avait un autre parti qui voulait ménager l'Angleterre, de sorte 
que la politique de Jean V flotta toujours indécise entre ces 
impulsions tour à tour prépondérantes. 

Il avait aussi à se préoccuper des Penthièvre, qui ne renon- 
çaient pas à leurs espérances. Le nouveau duc de Bourgogne, 
Jean-sans-Peur, au lieu de rester, comme son père, allié des 
Montfort, prit parti pour les Penthièvre, en mariant sa fille Isa- 
belle avec Olivier de Blois, fils aîné de Jean de Blois et de 
Marguerite de Glisson (juillet 1406) ^ De son côté, Jean V fit 
alliance avec le duc Louis d'Orléans *, jadis protecteur des Pen- 
thièvre, mais ennemi déclaré de Jean-sans-Peur. Afin de se 
tenir prêt à toute éventualité, il conclut une trêve avec Henri IV 
(11 juillet 1406) ^ Il se donna d'autres alliés en mariant, par 

\. D. Morice, I, 437. Gruel, 186. Dans un compte du 3 novembre 1405, 
on trouve Lyonnel Renis et Armel de GMteaugiron, écuyers du c. de Ri- 
chemont (D. Lobineau, II, 811). A. de Châteaugiron était un des officiers 
du duc de Berry (KK, 250, f«» 14-16). 

2. Arrondissement de Saint-Nazaire. 

3. Le l'"' décembre 1403, alliance entre la reine de France Isabeau et les 
ducs de Berry et d'Orléans (K. 35, n" 36). Le 17 février 1406, Isabeau de 
Bavière écrit au duc de Bretagne et lui promet de le favoriser, défendre 
et garder tant qu'elle vivra. — Portef. Fontanieu, 107-108, f" 109. 

4. Le Baud, 440. D'Argentré, 715. 

5. A. Dupuy, Réunion de la Bretagne à la France, t. I, 14-19. 

6. La France soutenait le prince gallois Owen Glendowr contre Henri IV, 
qui avait renversé Richard II, gendra de Charles VI {Portef. Fontanieu, 
105-106, p. 433 et suiv., surtout p. 488 et .326; t. 107-108, p. 83, 109. 
P. 2297, f» 341. Monstrelet, I, 69, 72, 73, 81, 114, Religieux de Saint-Denis, 
III, 105-111, 113-115, 171-181, 197-201, 223, 317-329, K. 35, n» 32. Rymer, IV, 
l'c partie, 69. — Le s. de Penhoet, Guillaume et Tanguy du Ghastel, le mar. 
de Rieux, etc., se signalèrent dans ces combats (1403-1403). 

7. Religieux de Saint-Denis, III, 397. Jouvenel des Urs., 185. D. Morice, 
I, 438. Jean de Blois était mort en janvier 1404. Ses filles étaient allées 
ensuite à la cour de Bourgogne {Arch. des aff. étr., t. 21, France, f-' 117- 
119, 120, 123.) 

8. Par un traité conclu à Tours le 29 décembre 1406 (orig. aux Arch. 
nat., K. 37, n« 1). 

9. Arch. de la Loire-Inf., casa, il, E, 121. Portef. Fontanieu, 107-108, ^ 195. 
Rymer, IV, P« partie, 114, 117, 121, 137, 135. 



40 ASSASSINAT DE L. d'ORLÉANS (1407) 

l'entremise du duc de Berry, sa sœur Blanche avec Jean d'Arma- 
gnac (30 juillet 1406) *, et sa plus jeune sœur, Marguerite, avec 
Alain de Rohan, comte de Porhoet, fils du vicomte de Rohan ^ 
et petit-fils de Glisson (23 avril 1-407). Le vieux connétable 
mourut, dit-on, le jour même où fut conclu ce mariage ^, qui 
enlevait aux Penthièvre leur plus solide appui en Bretagne. Sa 
mort fut le signal d'une nouvelle guerre entre les Montfort et 
les Penthièvre. 

Cette rivalité sans cesse renaissante, ces alliances des Pen- 
thièvre avec Jean-sans-Peur et des Montfort avec les ducs de 
Berry, d'Orléans et le comte d'Armagnac devaient avoir une 
influence manifeste sur la destinée du comte de Richemont. Vers 
cette époque, il alla en Bretagne, et, les habitants de Saint-Brieuc 
s'étant mutinés, Jean V l'envoya réprimer cette révolte *. Il 
commença ainsi l'apprentissage du commandement, sous la 
direction de quelque capitaine expérimenté, et il le continua 
pendant les tristes guerres qui suivirent l'assassinat de Louis 
d'Orléans (23 novembre 1407) ^. L'auteur de ce crime, Jean- 
sans-Peur, vit se déclarer contre lui les ducs de Berry et de 
Bourbon ^, les comtes d'Alençon et d'Armagnac et, avec eux, le 
duc de Bretagne et le comte de Richemont. 

Attaché par des liens de famille à Charles VI et à Henri IV, 
aux maisons d'Orléans et de Bourgogne, possesseur d'un Etat à 
peu près indépendant, auquel sa situation même entre la France 
et l'Angleterre assignait un rôle considérable, le duc de Bretagne 
devait être sollicité par des influences contraires, sans pouvoir 
se tenir dans la paisible neutralité qu'il eût préférée. Il fut, pour 
ainsi dire, condamné à une politique incertaine, hésitante, dont 
ses frères, Artur et Gilles, subirent les contre-coups. 

Entraîné d'abord dans le parti Armagnac ou des princes 
d'Orléans, Jean V vint deux fois à Paris, en 1408 \ pour pro- 



1 . Fils aîné du fameux Bernard YII d'Armagnac et de Bonne de Berry, 
fille aînée du duc de Berry. — D. Morice, I, 439, et Preuves, II, 771-774. 
Anselme, III, 420. Arch. de la Loire-Inf., cass. 3, E. 9. 

2. Alain VIII, vicomte de Rohan, avait servi sous Du Guesclin et sous 
Glisson. Il avait épousé Béatrix de Glisson, fille du connétable. Il mourut 
en 1429 (Anselme, IV, S6-57). 

3. D. Morice, I, 439, 44X), et Preuves, II, col. 783-786. D'après Anselme, VI, 
202, Glisson mourut le 6 février 1407, au château de Josselin. 

4. Cruel, 186. D'Argentré, 718. 

5. Xia 1479, P 2 V. Arch. du min. des aff. étr.,\. 21, f 83 v». 

6. Jean I*"", qui avait épousé Marie de Berry. 

7. A la fin de février (Y*, f» 251 v», 253; Monstrelet, I, 167, 173-176), puis 
en août (X»a 1479, f» 40 v°, 41, 42 v" et 43). Religieux de Saint-Denis, IV, 37, 
Y2, f" 199. 



QUERELLE ENTRE LES MONTFORT ET LES PEISTHIÈVRE (1407) 11 

léger la reine Isabeau contre le duc de Bourgogne, qui conti- 
nuait de soutenir Olivier de Blois. Il conclut des traités d'alliance 
avec Valentine Visconti *, veuve de Louis d'Orléans, avec son 
fils aîné Charles et avec le comte Bernard d'Armagnac, le 
véritable chef du parti qui s'apprêtait à combattre Jean-sans- 
Peur *. 

Artur, âgé de quatorze ans en 1407, se trouva, lui aussi, mêlé 
aux événements dramatiques de cette époque. Il put voir le 
ca'davre mutilé de Louis d'Orléans ; Valentine Visconti venant 
demander justice à Charles VI, avec ses enfants et sa bru, Isa- 
belle de France, veuve, à dix ans, du roi Richard II ^ ; Jean 
Petite justifiant le duc de Bourgogne, puis l'abbé de Sérisy, pro- 
nonçant contre l'assassin un long réquisitoire ; la cour obligée 
de fuir deux fois devant Jean-sans-Peur, sous la protection des 
troupes bretonnes ; scènes émouvantes, qui durent laisser dans 
sa mémoire une impression profonde *. Il s'associa même aux 
protestations que souleva le crime de Jean-sans-Peur^. 

En même temps, l'interminable querelle des Montfort et des 
Penthièvre était ranimée par une contestation relative à la sei- 
gneurie de Moncontour ®, que le duc de Bretagne voulait donner 



1. Fille de Jean Galeas Visconti, duc de Milan, née en 1370, morte en 
1408. 

2. Traité de Jean V avec Val. Visconti le 17 mai 1408 (voy. Portef. Fonta- 
7neu, 107-108, f»» 273 et 277; K, S7, n» 1). 

Traité de Jean V avec le duc d'Alençon le 4 juin 1408 [Arch. du minis- 
tère des aff. étr., t. 362, France, f 39 v"). 

Traité avec le c. d'Armagnac, le 4 septembre (Arch. de la Loire-Inf., 
cass. 76, E, 181, et Arch. du min. des aff. étr., ibid., f • 40-41). 

Autre traité conclu à Paris avec Val. Visconti et Ch. d'Orléans, le 18 
septembre {Arch. de la Loire-Inf., cass. 75, E, 177, et Arch. du min. des 
aff. étr., ibid.). 

3. Elle avait épousé Ch. d'Orléans, fils aîné de Louis, et mourut en 1409, 
à l'âge de vingt ans (K. 55, n- 27-31). 

4. Jouvenel d. U., p. 190-191; Relig. de Saint-Denis, III, 749-753, 767; 
Monstrelet, 1, 177, 268-348, 388. Portef Fontanieu, 108-109, f° 259. Le corde- 
lier J. Petit, qui osa faire l'apologie de l'assassinat de L. d'Orléans le 8 
mars 1408, avait été nommé conseiller du duc de Bourgogne, à 100 1. t. de 
pension par an, le 20 février précédent [Arch. des Aff. étr., France, t. XXI, 
f- 82 V, 83, 85 v). 

5. Le nom d'Artur de Bretagne figure, avec ceux des ducs d'Orléans, 
de Berry, de Bourbon, etc., dans une protestation de ces princes contre le 
duc de Bourgogne, assassin de L. d'Orléans (J. Tardif, Cartons des Rois, 
p. 430, n° 1842. Ce document ne se trouve plus dans le carton K, 56, 
n» 20). 

6. Arrondissement de Saint-Brieuc. — Par lettres du 12 septembre 1408, 
le roi défend à tous ses sujets d'aller en Bretagne prendre part à la que- 
relle entre le duc et la comtesse de Penthièvre {Portef. Fontanieu, 107-108, 
f« 293). 



12 THAITÉ DE CHARTRES (1409) 

à son frère Artur. Jean V conclut une nouvelle trêve avec 
Henri IV ; il lui rendit hommage pour le comté de Richemont et 
fut secondé par des troupes anglaises dans la guerre qu'il fît au 
comte de Penthièvre *. 

Enfin Artur de Bretagne faillit prendre part à une autre 
guerre entre le duc de Bourbon, qui était Armagnac, et le comte 
de Savoie, Amédée VIII ^, beau-frère et allié de Jean-sans-Peur. 
Pour défendre le Beaujolais, le duc de Bourbon avait appelé à 
son secours les comtes de la Marche, de Vendôme ^ et de Riche- 
mont ; mais il entama des négociations avec Amédée VIII, et 
l'expédition n'eut pas lieu *. 

D'ailleurs les occasions de guerroyer ne manquèrent pas. Le 
9 mars 1409, il y eut, à Chartres, une réconciliation apparente 
entre les princes d'Orléans et l'assassin de leur père ". Riche- 
mont assista sans doute à cette cérémonie, avec le roi de Navarre 



1. Ch. de Blois avait autrefois donné la seignearie de Moncontour à 
J. de Beaunianoir et à sa femme Marg. de Rohan, qui l'avait laissée à son 
petit-fils Roland de Dinan; celui-ci l'avait donnée à son frère puîné Robert; 
enfin Robert de Dinan avait cédé cette terre au c. de Penthièvre pour 
celle d'Avangour {9 mai 1407). Jean V, après avoir approuvé cet échange, 
par l'acceptation du droit de rachat, avait ensuite déterminé Roland de 
Dinan à donner la seigneurie de Moncontour, pour celle du Gàvre, au comte 
de Richemont, le 4 février 1409. Le c. de Penthièvre voulut empêcher 
les Bretons d'occuper Moncontour. Jean V, après avoir fuit hommage à 
Henri IV pour le comté de Richemont, appela les Anglais, qui enlevèrent 
l'île de Bréhat au c. de Penthièvre. La duchesse de Bretagne ayant repro- 
ché à son mari cette alliance avec les Anglais, Jean V s'emporta, dit-on, 
jusqu'à la frapper. A cette nouvelle, la reine Isabeau, irritée, voulut en- 
voyer contre son gendre le duc de Bourgogne, avec qui elle s'était récon- 
ciliée, en novembre 1409. Jean V les apaisa par des négociations. (D. Morice, 
Preuves, II, col. 789-791, 805-806, 827. X"> 8602, î" 230-233. D'Argentré, 426- 
427. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 65, E, 163. Portef Fontanieu, 107- 
108, f° 401. Religieux de Saint-Denis, IV, 31S-317. Monstrelet, II, 35, 36, 59, 
64. Pièces orig., t. 245, dossier 504 [Beaumanoir], no 18.) 

2. Fils d'Amédée VII (+ 1391), et de Banne de Berry, qui fut mariée en- 
suite au fameux Bernard VII d'Armagnac, en 1393. Amédée VIII fut le 
premier duc de Savoie. Il avait épousé, en 1393, Marie de Bourgogne, 
fille de Philippe-le-Hardi. 

3. Jacques de Bourbon, c. de la Marche et Louis de Bourbon, son frère 
cadet, c. de Vendôme, tous deux fils de Jean F*", comte de la Marche et de 
Vendôme (-j- 1393). — Jacques de Bourbon épousa Beatrix de Navarre, fille 
du roi Charles III, puis la fameuse Jeanne II, reine de Naples (Anselme, 
I, 321, 322). 

4. Religieux de Saint-Denis, IV, 241-249. Arch. du min. des aff. étr., 
t. 21, f°» 109 v», 117. Le connétable d'Albret fut envoyé dans le Beaujolais 
au secours du duc de Bourbon [Pièces orig., t. 24, n° 109). 

5. X*» 1479, f« 65. Ici, le greffier du parlement écrit, en marge : « pax, 
pax.... et non est pax! » -^ Religieux de Saint-Denis, IV, 191-203. Mons- 
trelet, I, 396-397. Moreau. 1423, n»' 48, 50, 51. 



LIGLE DE GIEN (1410) 13 

et les ducs de Berry et de Guyenne *. Un an plus tard, la rup- 
ture était complète, et le duc de Bretagne entrait dans la ligue de 
Gien, formée par les Armagnacs contre Jean-sans-Peur, qui tenait 
en son pouvoir le roi, la reine et le dauphin (15 avril 1410) *. 

Jean V promettait, pour sa part, mille hommes d'armes et 
mille hommes de trait.*; mais il montra une duplicité qu'expli- 
quent d'ailleurs l'incertitude des événements, la politique égoïste 
et les mœurs de cette époque. Voyant son alliance recherchée 
par les deux partis, il tint une conduite équivoque et s'inspira 
surtout de ses intérêts. Sans rompre avec les coalisés de Gien, il 
écouta les propositions avantageuses de Jean-sans-Peur, qui 
voulait, en gagnant le duc de Bretagne, enlever à la ligue son 
plus puissant auxiliaire *. Par l'intermédiaire de Charles III, roi 
de Navarre et de son frère Pierre, comte de Mortain, oncles de 
Jean V, le duc de Bourgogne fît conclure, à Paris, un traité entre 
le duc de Bretagne et les Penthièvre, qui renoncèrent à leurs 
prétentions sur Moncontour (8 août 1410) ^ ; enfin il signa lui- 
même avec le duc de Bretagne un autre traité qu'il fit approuver 
par le roi. Jean V reçut 20 000 écus pour payer les gens d'armes 
qu'il devait envoyer au duc de Bourgogne ^. 



1. A cette époque, le duc de Berry donnait à Gilles de Bretagne un petit 
ours d'or, émaillé de blanc, garni de pierres précieuses (KK, 230, f» 46). — 
La duchesse de Bretagne venait de faire cadeau d'une riche houppelande 
h Artur et à ses deux frères, Gilles et Richard. Un peu plus tard, le duc 
de Berry en fit un semblable à son neveu Artur (Voy. Append., VI). 

2 Relig. de Saint- Denis, IV, 317-319. Monstrelet, II, 59, 65. X'» 1479. f« 98 ; 
Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 34, E, 93. Ms. du Puy, 564, P 549. J. 369. 
n» 9, 10, 11. Jouvenel d. U., p. 203. —Le 18 avril 1410, Bern. d'Arma- 
gnac mariait sa fille, Bonne d'Armagnac, avec Charles, duc d'Orléans. Arch. 
des aff. étr. (France), t. XXI, f 108 v». K, 553, n» 6. Monstrelet, II, 65, 66. 
Traité conclu dès 1409 entre Jean V et Bern. d'Armagnac. Arch. de la 
Loire-Inférieure (cass. 76, E, 181). Autre traité, en 1410, avec le c. de Cler- 
mont (iôideyn, et P. 13582 n° 548). — Autres traités entre les ducs d'Orléans, 
de Bourbon et le c. d'Armagnac (K36, n°' 25 *- "' 6, 7, 8). Le 14 mai est conclu 
le mariage de Jean, fils du c. d'Alençon, avec Jeanne, fille de Ch. d'Orléans, 
née en 1409 (K, 553, n° 7). 

3. Portef. Fontanieu, 107-108, f»» 459-467. D. Lobineau, II, col. 881. 
Jean V étoit venu à Gien sous prétexte de faire la paix avec les Penthièvre 
(Moreau, 1424, n" 61). 

4. Jean V était à Paris le 30 juin 1410 (P. 2297, f° 1087). 

5. Preuves de Vhist. de Bretagne, t. II, col. 835-840. Le traité fut ratifié 
par la comtesse de Penthièvre le 11 décembre et par le duc de Bretagne 
le 23 décembre 1410. — Le Baud, p. 446. 

6. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 75, E, 177. Portef. Font., 107-1 08, f- 485- 
490 et 501-523. X<« 1479. f» 129, au 3 septembre Monstrelet, II, 80. Le 14 
août, Charles VI écrit au duc de Bretagne, pour le prier de venir à Paris 
avec le plus grand nombre possible de troupes {Arch. de la Loire -hiférieure, 
cass. 38, E, 104). Le même jour, le roi casse les alliances conclues entre 



14 ESPRIT DU TEMPS 

Si secrètes que fussent ces négociations, les coalisés de Gien en 
eurent connaissance. Ils chargèrentle comte d'Armagnac* d'aller 
trouver le duc de Bretagne, pour lui rappeler ses engagements. 
Dans cette situation embarrassante, Jean V eut l'adresse de mé- 
nager les deux partis. Il déclara qu'il n'avait jamais eu l'intention 
de combattre le duc de Bourgogne, et il refusa d'aller lui- 
même au secours des princes d'Orléans; mais, cédant aux ins- 
tances du comte d'Armagnac, il permit que son frère Artur 
amenât au duc de Berry tous les Bretons qui voudraient le sui- 
vre , ce qui ne l'empêcha pas d'envoyer son autre frère Gilles au 
duc de Bourgogne ^. Il fut convenu que Richemont irait se 
joindre aux Armagnacs avec 6000 hommes, parmi lesquels se 
trouvaient des Anglais ! Jean V recherchait alors les faveurs du 
roi d'Angleterre et faisait de nouvelles démarches pour obtenir 
la restitution de son comté de Richemont ^. 

Quel désordre, quelle confusion dans les idées, dans les esprits, 
dans les événements ! Un roi fou et un dauphin encore enfant 
jouets d'ambitions rivales ; une reine impopulaire et méprisée, 
s'alliant avec l'assassin du prince qu'elle avait aimé*; les oncles 
de Charles VI se disputant le pouvoir par tous les moyens ; l'in- 
térêt et l'égoïsme inspirant seuls la politique; des haines féroces 
et des réconciliations menteuses; des revirements soudains et 
monstrueux °; le crime hautement avoué, glorifié, triomphant, 
puis flétri et condamné; des partis implacables. Armagnacs 
contre Bourguignons, Penthièvre contre Montfort; tel est le spec- 
tacle que présente alors la France. C'est au milieu de cette 
époque si troublée, de ces événements tragiques, de ces familles 
si divisées, dans ce royaume, dans cette cour en proie à la dis- 
corde, que le jeune comte de Richemont passa ses premières 
années et que son caractère se forma. La rudesse et la dureté 
qu'on lui reprocha plus tard, la tendance à employer les moyens 
violents tenaient peut-être à des dispositions naturelles, mais 

les ducs d'Orléans, de Berry, de Bretagne, etc. {Arch. de la Loire-Infé- 
rieure, cass. 7b, E, 177, et Portef. Font. 107-108, f- 493.) 

1. Bernard VII, qui avait épousé Bonne de Berry, fille du duc de Berry 
et veuve d'Amédée VII, c. de Savoie. 

2. Gilles se trouva ainsi en compagnie d'Olivier de Blois, l'ennemi de 
sa maison. 

3. Relig. de Saint-Denis, IV, 236. D. Lobineau, I, 516, et II, col. 833, 834. 
Appendice IV. 

4. Vallet de Viriville, Isabeau de Bavière. Paris, Techener, 1859, in-8'', 
p. 9, 13, 16. 

5. Le 9 mars 1408, Charles VI déclare le duc de Bourgogne innocent de 
l'assassinat de L. d'Orléans, puis, mieux informé, il annule la précédente 
déclaration, le 2 juillet 1408 (K, 56, n» 17«, Ms. Moreau, 1423, n» 48). Faveur, 
disgrâce et exécution. de Jean de Montaigu (J. 369, n" 3-8). 



INFLUENCES ET EXEMPLES 15 

s'expliquent aussi par les influences et les exemples au milieu 
desquels il grandit. Il n'avait pas dix ans quand sa mère le quitta, 
et les caresses, les douces leçons qui auraient assoupli sa i*udo 
nature manquèrent trop à son enfance. Le vieux duc de Berry, 
pour lequel il paraît avoir eu de l'affection, n'était pas un mo- 
dèle de désintéressement et de loyauté ; le duc de Bretagne 
montrait une duplicité précoce ; le duc de Bourgogne subordon- 
nait cyniquement le droit à la force; la cour de France n'était 
pas une école de bonnes mœurs *. Enfin, quand Artur, dès l'âge 
de dix-sept ans, se trouva jeté au milieu de la guerre civile, ce 
fut pour voir sans cesse des scènes de pillage, de meurtre et les 
abominables excès des soldats des deux partis, tous également 
haïs, redoutés et maudits par le peuple. Dans ce chaos effroya- 
ble de convoitises, de vengeances et de haines, d'alliances éphé- 
mères, de luttes toujours renaissantes, où chacun songeait à soi 
et personne à la France, comment distinguer la bonne cause et 
marcher, d'un pas sûr, dans la voie du devoir? Pourtant ces 
exemples ne furent pas aussi funestes qu'on le pourrait croire au 
jeune comte de Richemont; sa ferme raison triompha de ces in- 
fluences mauvaises, et, plus tard, il se souvint de ce qu'il avait 
vu dans ces jours néfastes, quand, devenu connétable, il réprima 
si vigoureusement les désordres des routiers et les révoltes 
féodales. 

1. A. Sarradin, Etude sur Eust. des Champs, Versailles, Cerf et fils, 1878, 
in-8°, p. 156 et suiv. 



CHAPITRE II 

RÔLE DE RICHEMONT DANS LA GUERRE ENTRE LES ARMAGNACS 
ET LES BOURGUIGNONS. BATAILLE d'azINCOURT (1410-1415) 



Artur de Bretagne amène des troupes aux Armagnacs. — Traité de Bicêtre. 
— Nouvelle guerre civile. — Richement prend Saint-Denis. — Il va en 
Bretagne, puis avec le c. d'Alençon. — Alliance des Armagnacs avec 
les Anglais. — Richemont est chargé de recevoir les Anglais. — Traités 
de Bourges et de Buzançais. — Les Armagnacs au pouvoir. — Artur est 
mis auprès du dauphin, dont il devient le favori. — Troisième guerre 
civile. — Richemont reçoit un commandement. — Grande démonstration 
militaire à Paris contre les Bourguignons. — Jean-sans-Peur devant 
Paris. — Richemont lieutenant du dauphin. — Il prend part aux sièges 
de Compiègne, de Soissons, d'Arras. — Premier traité d'Arras. — Riche- 
mont reçoit le gouvernement du duché de Nemours. — Le dauphin 
s'empare du pouvoir. — Il donne à Richemont la lieutenance de la 
Bastille et la seigneurie de ParLhenay. — Richemont va combattre le 
sire de Parthenay, — Invasion de Henri V. — Bataille d'Azincourt. — 
Richemont prisonnier. 

Le hasard des événements voulut qu'au début de sa carrière 
militaire Richemont combattît le roi de France, ou plutôt les 
Bourguignons, qui tenaient alors Charles VI en leur puissance, 
comme il combattra plus tard Charles VII, ou plutôt les favoris 
auxquels il voudra l'arracher. Au milieu des vicissitudes qui 
livraient tour à tour le pouvoir royal au parti le plus fort, il put 
voir trop souvent qu'on ne respectait guère la volonté du roi, 
surtout quand il n'agissait pas dans la plénitude de sa raison ou 
de sa liberté. Ainsi, en 1410, le jeune Richemont, en prenant 
l'écharpe des Armagnacs * , s'enrôlait dans un parti rebelle , 
avec les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, les comtes 
d'Alençon et d'Armagnac, pendant que le roi, c'est-à-dire le 
duc de Bourgogne, ordonnait à tous les vassaux fidèles de s'armer 

1. « Si portèrent pour enseigne bendes étroites qui estoient de linge sur 
leurs espaules pendans au senestre bras, de travers, ainsi que porte un 
diacre une étole, en faisant le service d'église. » (Monstrelet, II, 90.) 



ARTUR AVEC LES ARMAGNACS 17 

contre eux. Le dernier survivant des oncles de Charles VI, le 
vieux duc de Berry, croyait avoir, tout autant que Jean-sans-Peur, 
le droit de gouverner l'Etat; il ne voulait point reconnaître la 
volonté royale dans les ordres que le duc de Bourgogne publiait 
au nom du roi *. 

Le 2 septembre 1410, les princes réunis à Tours rédigèrent 
des lettres, où, en protestant de leur respect, de leur dévoue- 
ment pour le roi, ils déclaraient qu'ils voulaient lui rendre la 
liberté, l'exercice réel de son autorité souveraine et « pourveoir 
au bon gouvernement du peuple, de son royaume et de la chose 
publicque ». Le nom du comte de Richemont était joint à ceux des 
princes qui avaient signé ce manifeste ^. Charles VI eut beau 
enjoindre aux rebelles de renvoyer leurs troupes et de venir vers 
lui « en leur simple estât », ils n'en tinrent aucun compte. Après 
avoir attendu quelque temps les renforts que Richemont devait 
leur amener, les Armagnacs s'avancèrent jusqu'à Montlhéry ^ et 
vinrent se loger aux environs de Paris. 

Le duc de Bourgogne avait aussi rassemblé à Saint-Denis et 
dans le voisinage une puissante armée. Tous ces gens de guerre, 
Armagnacs, Brabançons, Lorrains, Bourguignons, commettaient 
d'horribles ravages, sans épargner « les églises, ni les personnes 
d'églises ». Il y avait dans l'armée bourguignonne un grand 
nombre de Bretons, amenés par le comte de Penthièvre *. En 
vain le roi confisqua les biens des rebellés et leur enjoignit 
encore de renvoyer leurs troupes; ils persistèrent dans leur at- 
titude et vinrent s'établir à Bicêtre, à Gentilly, à Vitry, à Saint- 
Marcel, aux portes mêmes de Paris. La désolation et l'effroi 
régnaient dans la ville ; les vivres n'y pouvaient plus parvenir. Les 
Parisiens prirent les armes pour se garder eux-mêmes et allu- 
mèrent partout de grands feux pendant la nuit. 

Cependant les Bretons de Richemont n'arrivaient pas , bien 

1. D'après le Relig. de Saint-Denis (IV, 319), ce fut le duc de Berry qui 
forma la ligue de Gieu. Jeau-sans-Peur l'en accusait formellement (Moreau, 
1424, n" 61). 

2. X<» 8602, f» 228, 229. Relig. de Saint-Denis, IV, 429. X^a 1479, f 130. 
D. Félibien, II, 749, et IV, 554. Le roi était rentré à Paris le mardi 16 sep- 
tembre X»a 1479, f° 131 v°. 

3. Arrondissement de Corbeil. 

4. X»», 4789, f» 2. Arch. des aff. élr. (France), t. XXI, fos 108 v», 111 y-, 112, 
117. Monstrelet, I, 398, 397. Le Fèvre de Saint-Remy, I, p. 21. Le Bourgeois 
de Paris, p. 7-10. Le Religieux de Saint-Denis (témoin oculaire de ces faits), 
IV, 327, 329, 337, 331. Xii 1479, f 137, au 12 novembre. Le duc de Berry 
arriva le lundi avant la Saint-Denis, c'est-à-dire vers le commencement 
d'octobre, à son château de Bicêtre (Religieux de Saint-Denis, IV, 377). 
Gilles de Bretagne était alors à Paris. Il assistait au Conseil du roi le 
8 octobre (X»*» 8602, fos 251, 252). 

Richemont. 2 



18 TRAITÉ DE BICÊTRE (1410, 2 NOVEMBRE) 

qu'ils fussent prêts à partir avant la fin de septembre. Des en- 
voyés des ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon étaient même 
allés en Bretagne leur payer leur solde *. Jean V cherchait à 
gagner du temps par des lenteurs calculées. Vers le milieu d'oc- 
tobre, le duc d'Orléans envoya encore en Bretagne un de ses 
conseillers, Nicolas Le Dur, pour hâter le départ de Richemont ^. 
Celui-ci put enfin partir, avec un grand nombre de jeunes sei- 
gneurs, de chevaliers et d'écuyers. Il arriva bientôt à Bicêtre^ 
« excusant son frère tellement quellement ». Il amenait au moins 
6000 chevaux K 

Les Armagnacs serrèrent Paris de plus près. Richemont occu- 
pait, avec ses troupes, le village de Genlilly. Il venait, avec les 
autres princes, à Bicêtre, où le duc de Berry avait un somptueux 
château. C'est là que fut conclu, le dimanche 2 novembre 1410, 
un traité qui suspendit à peine pour quelques mois la guerre 
civile ^. L'arrivée de Richemont avait vraisemblablement hâté 
la conclusion de la paix. 

Les deux partis continuaient de s'observer avec défiance. Le 
duc d'Orléans ne pouvait ni oublier ni pardonner le meurtre de 
son père; il reprochait au duc de Bourgogne de conserver le 
pouvoir, contrairement au traité de Bicêtre, et Jean-sans Peur 
accusait le duc d'Orléans de ne point désarmer. Le 18 juillet 1411, 
les trois fils de Louis d'Orléans ^ adressaient un défi au duc de 
Bourgogne, et bientôt la guerre se rallumait ^. 

Les choses se passèrent à peu près comme l'année précédente. 
Le roi publia encore contre les rebelles des mandements dont 
on ne tint nul compte, et le duc de Guyenne écrivit à Jean-sans- 
Peur de venir, avec autant de troupes qu'il en pourrait amener. 



J. Append,, VIL 

2. Append., VIII. 

3. Cagny, dans le manuscrit Duchesne, 48, f"' 74, 75. Berry ap. Godefroy, 
421. D. Lobineau, II, col. 881. Monstrelet, II, 95. Jouv. des U., p. 207. 
Les Armagnacs- restèrent environ un mois devant Paris [Pièces orig., 
t. 2156, n» 456). 

4. Religieux de Saint-Denis, IV, 379-385. Catalogue Joursanvault, t. I, 
p. 43, D" 316. Moreau, 1424, n"» 53 et 61. Le duc de Berry devait avoir 
« le gouvernement » du duc de Guyenne, conjointement avec le duc de 
Bourgogne, qui se l'était déjà fait donner par lettres du 27 décembre 140^ 
(Moreau, 1423, n» 52 et 1424, n» 33). 

5. Charles, duc d'Orléans; Philippe, comte de Vertus; Jean, comte d'An- 
goulême. 

6. K, 56, no 18. K, 57, n» 1. X'> 1479, f» 1, v». Jouvenel des U., 217. Reli- 
gieux de Saint-Denis, IV, 387, 401, 407, 411, 435-439. Le duc dOrléans 
avait fait broder sur ses panonceaux et sur ses étendards le mot justice^ 
d'un côté, en lettres d'or, de l'autre, en lettres d'argent. Catal. Joursanvault 
t. rr, p. 15, n» 99. 



NOUVELLE GUERRE CIVILE (1411) 19 

le servir contre le due d'Orléans et ses alliés. Pour comble de 
désordre et de honte, les Anglais furent sollicités d'intervenir 
dans ces querelles. Il en vint de Calais avec les Bourguignons 
et du Bordelais avec les Armagnacs, Jean-sans-Peur se dirigea 
sur Paris avec une armée forte d'au moins 60 000 hommes *. Le 
duc d'Orléans marcha aussi sur Paris avec des troupes parmi les- 
quelles se trouvaient Richemont et ses Bretons, bien que le roi 
eût écrit au duc de Bretagne pour lui demander encore des 
secours ^ (H septembre 1411). 

Ainsi, deux fois en moins d'un an, le jeune comte de Richemont 
se trouvait mêlé à ces horribles guerres civiles où « frères ger- 
mains estoient l'un contre l'autre et le fîlz contre le père ^ », où 
tout sentiment de patriotisme se serait afffaibli s'il eût déjà 
existé, où s'allumaient des haines ardentes et tenaces. Quand, 
vingt -cinq ans plus tard, Richemont chassa les Anglais de 
Paris et ramena les soldats de Charles VII dans cette ville, où les 
Armagnacs avaient laissé de si odieux souvenirs \ il y trouva 
encore des défiances et des rancunes qui entravèrent longtemps 
ses efforts. En 1411, comme l'année précédente, il fut exposé à 
combattre son frère Gilles, qui était « continuellement en com- 
pagnie du Dauphin, duc de Guyenne, » et servait auprès de lui 
les intérêts du parti bourguignon, Gilles se trouvait même à 
Paris. Le Conseil royal, présidé par le duc de Guyenne, publia 
un mandement qui menaçait des peines les plus rigoureuses 
tous les alliés des princes d'Orléans et qui les déclarait rebelles, 
adversaires du roi et de son royaume. Parmi les noms qu'on 
voit au bas de ces lettres figure celui de Gilles de Bretagne ^ 



1. K, 57, n»sH, 12. Religieux de Saint-Denis, IV, 461, 463, 467, 469- 
473, 475, 477, 523. Jouv. des U., p. 230, 231, 233, Henri IV envoya le 
comte d'Arondel au duc de Bourgogne, Ai'ch. des aff. étr. (France), t. XXI, 
f°« 118 et 142. — Glairambault, t. 39, P 2933, et t. 35, f» 4185. Fr. 23709, 
nO' 668, 669. K 72, n» 56*. De Sraet, Chron. de Flandre, III, 241. Le Fevre 
(le Saint-Remy, t. I, 30, 36. Fr. 26038, nos 4533^ 4534. Monstrelet, II, 189, 
202, J 339, n» 28. ~ E. Giraudet. Histoire de Tours, 1873, in-S», I, 193. 

2. Religieux de Saint-Denis, IV, 481-483. Le 22 juin, Richemont était 
à Bourges avec le duc de Berry et le comte d'Eu (J 186b, n» 78). En juin 
et juillet, le duc de Bretagne était à Paris, avec le Dauphin (JJ. 165, f>s 215 
v, 131 \o, 242 V". Clair., 218, f» 9881. Fr. 23709, n" 636, p. 2297, f 1087. 
La lettre du roi au duc de Bretagne est aux Arch. de la Loire-Inf., cass. 38, 
E, 104. Voir aussi Preuves de D. Morice, t. II, col. 858-860. Le 9 septembre 
procession à Paris pour la paix (X^a 1479, f* 172). 

3. Monstrelet, II, 203. 

4. Le Bourg, de Paris, p. 10-12. 

5. Monstrelet, II, 190, 191. Arch. de la Loire-Inf., cass. 138, E, 104 (let- 
tres du 15 avril, du 18 mai, du 11 septembre), X»» 8602, f»* 286 v», 288 V. 
K 57, nos 13 et 13 bis. Moreau, 1424, n» 54. 



20 RICHEMONT PREND SAINT- DENIS (1411) 

(3 et 14 octobre). Son frère Artur resta néanmoins avec les 
rebelles. D'ailleurs, sans changer de parti, il se trouvera bientôt, 
avec le roi et le duc de Guyenne, contre Jean-sans-Peur, devenu 
rebelle à son tour. 

Les Armagnacs voulaient entrer dans Paris, pour s'emparer 
de Charles VI, « car c'estoit leur désir » ; mais, cette fois encore, 
les Parisiens firent bonne garde. Le duc d'Orléans s'établit à 
Saint- Ouen et dans les villages voisins, pour observer la capi- 
tale, et il chargea Richemont d'assiéger Saint-Denis (4 octo- 
bre 1411). Les Bretons commencèrent par s'emparer du fau- 
bourg de Saint-Remy, puis ils livrèrent, pendant plusieurs jours, 
des assauts terribles à la porte de Seine, moins forte que les 
autres, mais ils furent repoussés par Jacques de Vienne. Alors 
ils construisirent des machines, notamment des mantelets qui 
les préservaient des projectiles lancés par les assiégés. Ils em- 
ployèrent à ces travaux les charpentes des constructions élevées 
pour la foire du Lendit ; ils se mirent à combler les fossés; ils 
détournèrent le Grould, qui rendait inabordable une partie 
de l'enceinte. Après un nouvel assaut, ils forcèrent Jean 
de Châlon, prince d'Orange, à capituler, le 11 octobre. Ce 
fut là le premier succès militaire du jeune comte de Riche- 
mont \ 

L'armée orléanaise continua de bloquer Paris, arrêtant les 
vivres, pour accroître la disette, et commettant, sur les proprié- 
tés et sur les personnes, les plus affreux excès. Les Bretons ne 
se signalaient pas moins au pillage qu'au combat. Ils voulurent 
même, avec les Gascons, piller la riche abbaye de Saint-Denis. 
L'archevêque de Sens, Jean de Montaigu^, qui « pour dalmatique 
portoit le haubert et pour crosse une hache ^ », eut grand'peine 
à contenir ces forcenés. 

Dans la nuit du 14 au 15 octobre, le comte d'Armagnac, avec 
les sires de Gaucourt *, de Gombour et des Bretons, surprit le 
pont de Saint-Gloud, que leur livra Golinet de Puiseux. La garde 

1. Voy. le Religieux de Saint-Denis, témoin oculaire de ces événements 
et bien placé pour les connaître, t. IV, p. 495-505. Jouv. des U., p. 272. 
Clair., t. 5, f» 187; t. 66, f" 5093; t. 93, f<'7223; t. 99, f° 7711; t. 111; fos 8689, 
8701, 8709; t. 105, f" 8165; t. 112; f^ 8775. Fr. 25709, n° 669. 

2. Frère du grand maître d'hôtel du roi, exécuté en 1409 (le Bourg, de 
Paris, 6, 16). 

3. Monstrelet, II, 192. Religieux de Saint-Denis, IV, 507, 513, 517-519. 
Xia 8602, fos 286-288. JJ 165, f» 116. 

4. Raoul V de Gaucourt, un des hommes les plus remarquables de ce 
temps. Il était attaché aux ducs de Berry et d'Orléans {Pièces oing., 1. 1292, 
dossier 29110 (Gaucourt), n°^ 8, 13, 16-18, etc. La Thaumassière, Hist. de 
Berry, Bourges, 1689, in-f», p. 586 et suiv. 



JEAN-SAIN S-PEUR REPREND SAINT-CLOUD (1411) 21 

de ce poste important fut confiée à Richemont, qui y mit le sire 
de Combour et Guillaume Bataille *. 

Saint-Gloud et Saint-Denis donnaient aux Armagnacs les deux 
rives de la Seine. De là, ils menaçaient Paris.- Ils poussaient, tous 
les jours, des courses jusqu'aux murs de la ville et dans les envi- 
rons. Les Bretons avaient même un autre poste plus rapproché, 
à la Chapelle Saint-Denis. Les Parisiens faisaient des sorties. 
C'est ainsi qu'ils allèrent, avec le boucher Legoix, incendier le 
magnifique château de Bicêtre 2. 

La haine des partis s'envenimait. A Paris, on publia, dans les 
carrefours, de par le roi, un arrêt de bannissement contre les 
ducs de Berry, d'Orléans et leurs alliés; on lut dans toutes les 
églises, « à cloches sonnées et chandelles allumées », une bulle 
d'Urbain V, prononçant contre les rebelles l'excommunication 
et l'anathème. Ils en furent d'abord troublés, puis courroucés, 
et ils ne mirent que plus d'acharnement à continuer la guerre ^. 

Cependant le duc de Bourgogne arrivait à Pontoise (16 octo- 
bre), où il fut rejoint par le comte de Penthièvre, son gendre. A 
peine entré à Paris, il fit attaquer le poste de La Chapelle, où les 
Bretons s'étaient fortifiés de leur mieux. Il y eut là une vive es- 
carmouche. Les Bourguignons, soutenus par les archers anglais, 
avaient l'avantage ; mais ils reculèrent, quand ils surent que les 
Armagnacs de Saint-Denis, de Montmartre et des endroits voi- 
sins s'avançaient pour leur couper la retraite *. 

Jean-sans-Peur voulut réparer cet échec et dégager Paris. 
Dans la nuit du 8 au 9 novembre, il sortit, par la porte Saint- 
Jacques, avec un corps de 10 000 hommes, où se trouvaient les 
Bretons du comte de Penthièvre et les Anglais. Il assaillit le 
pont de Saint-Cloud, vers huit heures du matin. Surpris par cette 
brusque attaque, les Bretons et les Gascons se défendirent vigou- 
reusement, mais, accablés par le nombre, ils furent, pour la 
plupart, tués ou pris et, parmi ces derniers, le sire de Combour 
et Guill. Bataille. La tour du pont tenait encore. Les Armagnacs 
de Saint-Denis vinrent se ranger en bataille le long de la Seine, 
en face des Bourguignons, de sorte que le fleuve séparait seul 
les deux armées. Les Armagnacs, voyant qu'il n'y avait rien à 

1. Xia i479, f» 179 V». Le Bourg, de Paris, p. 12, note 5. Religieux de 
Saint-Denis, IV, 509. Jouv. des U., 228. Monstrelet, II, 192. Le Baud, 447. 
D'Argentré, 727. Félibien, I, 753. Berry, 422, 423. 

2. Monstrelet, II, 197. Religieux de Saint-Denis, IV, 521. 

3. Il s'agit d'une des bulles qu'Urbain V avait publiées contre les 
grandes compagnies, de 1364 à 1369. — Monstrelet, II, 239. Religieux de 
Saint-Denis, IV, 533-551. X*'^ 8602, f» 241. 

4. Religieux de Saint-Denis, IV, 515, 527. Monstrelet, II, 198. Le Bourg, 
de Paris, 14. Clair., t. XXI, f» 1519. 



22 GUERRE DA?JS LES PROVINCES (1412) 

faire, rentrèrent à Saint-Denis et s'éloignèrent dès le lendemain. 
Comme les défenseurs de Saint-Cloud étaient excommuniés, 
leurs cadavres restèrent sans sépulture dans la campagne, où 
les chiens venaient les dévorer '. 

Cet échec des Armagnacs devant Paris ne termina pas la 
guerre; elle continua dans les provinces^. Jean-sans-Peur pour- 
suivit de tous les côtés les princes d'Orléans et leurs alliés, 
dans l'Ile-de-France, dans le Maine, la Normandie et le Perche, 
dans le Poitou, dans le Berry, dans le Nivernais et jusque dans 
le Beaujolais. Le comte de Richemont alla secourir son beau- 
frère, le comte d'Alençon, contre Waleran de Luxembourg ', 
que le duc de Bourgogne avait fait nommer connétable, en 
place de Gh, d'Albret *, destitué comme rebelle. Il reprit aux 
Bourguignons quelques places dont ils s'étaient emparés, no- 
tamment Saint- Remy-au-Plain, vers la fin de 1411 &, 

L'hiver interrompit à peine les opérations militaires. Au prin- 
temps, elles devaient recommencer avec plus de vigueur. Le duc 
de Bourgogne avait résolu d'assiéger Bourges, pour frapper un 
coup décisif, et, dans ce but, il réunissait des forces considéra- 
bles. Les Armagnacs étaient décidés ù emploj^er tous les moyens 
de résistance, même à s'allier avec le roi d'Angleterre. Ils écri- 
virent au duc de Bretagne et envoyèrent auprès de lui son frère 
Artur, pour solliciter de nouveaux secours. Jean V, qui craignait 
d'attirer la guerre dans ses Etats, continuait de se montrer tout 
à la fois Armagnac et Bourguignon. 11 promettait, en même 
temps, ses services au roi et aux princes d'Orléans; il écrivait à 
Charles VI qu'il ne permettrait à personne de lever des troupes 

1. Xia 1479, f" 174 v°. Le Bourg, de Paris, 13. Religieux, IV, 557-563. 
Jouv. des U., 233. Le Fèvre de Saint-Remy, 1, 39, 40. Gruel, 186. Mons- 
trelet, II, 202 et suiv. — Ypodigma Neustrise, p. 433, et Historia anglicana 
(Walsingham), II, 283,286, London, 1863-64, in-S». Clair., t. 87, f- 6895. 
JJ 165, f- 70 v°, 250. JJ. 166, f«s 14, 16, 23, 26, 77, 100. Félibien, I, 756. 
Catal. Joursanvault, II, 220, n" 3376. D. Lobineau, II, col. 881-882. D. Gre- 
nier, 89, f" 233. Fr. 5024, f" 201. 

2. Voy. Le Fèvre de Saint-Remy, I, p. 43 et suiv. Religieux, IV, 569, 579, 
603, 611, 613, 615, 619. Félibien, I, 759, 760. JJ 160, f^ 250. Fr. 26038, 
n» 4584. Clair., t. 55, f" 4185. Le 12 mars 1412, le roi donne à Olivier de 
Blois, comte de Penthièvre, les comtés de Blois et de Dunois, confisqués 
sur le duc d'Orléans rebelle (JJ 166, f» 107 v«). 

3. Waleran III de Luxemburg, fils de Guy de Luxembourg, comte de 
Ligny et de Saint-Pol [Pièces orig., t. 1778, dossier Luxembourg, n<>s 21, 22; 
P. Fenin, 29, note 1 ; Anselme, III, 723 et suiv., VI, 223). 

4. Charles I" d'Albret (-j- 1415) [Anselme, VI, 203 et suiv.]. Pièces orig., 
t. 24. Il était attaché, depuis longtemps, à la maison d'Orléans (Pièces orig., 
t. 24, nos 85, 109, 111, 121). 

5. Jouvenel des U., p. 236. Monstrelet, II, 235. Religieux de Saint-Denis, 
IV, 673-675. Saint-Remy-au-Plain, arrondissement de Mamers (Sarthe). 



RICllEMOrîT EN BRETAGNE (1412) '23 

•en Bretagne pour le compte des princes révoltés, et il informait 
le duc de Berry que le comte de Richemont allait partir, avec un 
grand nombre de gens d'armes, pour aller à son aide. Le bailli 
du Maine ayant intercepté l'argent que les chefs armagnacs 
envoyaient pour payer ces troupes de Richemont, leur départ 
fut ainsi retardé *. Autre mésaventure fâcheuse. La lettre de 
Jean V au duc de Berry fut également saisie et envoyée au roi. 
Charles VI écrivit, le 17 mars, au sire de Montfort, pour le char- 
ger d'exprimer tout son mécontentement au duc de Bretagne et 
à son frère Artur, et de les exhorter à venir le servir « le mieux 
accompaignés et le plus hastivement que faire se pourra ^ ». 
Cette curieuse lettre, qui montre si bien la duplicité de Jean V, 
ne produisit aucun effet. Alors le duc de Guyenne envoya Gilles 
en Bretagne négocier avec le duc, son frère, pour le détacher 
du parti Armagnac. Gilles essaya aussi de gagner son autre 
frère Artur; il lui fit de vifs reproches, « et eurent grandes pa- 
roles ensemble; » mais, quoi qu'en dise le Religieux de Saint- 
Denis ^, il ne réussit pas mieux auprès du comte de Richemont 
qu'auprès du duc de Bretagne ; les événements le prouvent assez. 

A ce moment, Jacques de Heilly *, maréchal du Dauphin, et 
Jean Larchevèque, seigneur de Parthenay, faisaient la guerre 
aux Armagnacs dans le Poitou, Ils assiégeaient Ghizé ^. Riche- 
mont allait marcher au secours de cette place quand Jacques de 
Dreux, qui apportait un mois de solde à ses troupes, fut pris 
dans le Maine, avec son argent, comme on vient de le voir. Ce 
«contre-temps arrêta Richemont, et la garnison de Ghizé fut ré- 
■duite à capituler*. Cet incident ne mériterait guère d'être remar- 
qué, si Artur de Bretagne n'avait eu à combattre, un peu plus 
tard, ce même Jean Larchevèque, dont les biens confisqués de- 
vaient lui être donnés par le duc de Guyenne. 

jQuant au duc de Bretagne, non seulement il n'abandonna pas 
les Armagnacs, mais encore il les servit de tout son crédit pour 
leur faire obtenir l'alliance de Henri IV. Vers le commencement 
d'avril (1412), des envoyés des ducs d'Orléans, de Berry, de 
Bourbon et du comte d'Alençon furent aussi arrêtés dans le 

1. D. Morice, I, 450. Religieux de Saint-Denis, IV, 611-613. 

2. Preuves de D. Morice, II, col. 867, 868. 

3. « Cornes de Dive Monte... monitis fratris sui, domini Egidii, quena 
dominus dux Guiennae ad ducem fratrem miserai, gracia fœderis compo- 
nendi, cum vicissitudine rerum mutans propositum, ducem Aurelianis ad 
tempus relinquere dignum duxit. » (P. 614.) Gruel, 186. Le 6 avril, (iiltes 
•était encore à Paris (Monstrelet, 11^ 237). 

4. Clairambault, 28, f» 2033. 
3. Arrondissement de Malle. 

5. Religieux de Saint-Denis, t. lY, p. 611-613. Jouv. des U., p. 237. 



24 RICHEMONT AVEC LE COMTE d'ALENÇON 

Maine, pendant qu'ils se dirigeaient vers la Bretagne, pour 
passer de là en Angleterre. On saisit sur eux des lettres adressées 
au roi et à la reine d'Angleterre, au duc de Bretagne et au comte 
de Richemont. Avec eux se trouvait un chambellan de Jean V *. 

Le 6 avril, à l'hôtel Saint-Paul, dans un grand conseil auquel 
assistaient les rois de France et de Sicile ^, les ducs de Guyenne 
et de Bourgogne, le chancelier du Dauphin lut les lettres et les 
instructions remises par les princes rebelles à leurs envoyés. 
On y vit qu'ils devaient demander à Henri IV 300 lances et 3000 
archers. Pour mieux exciter la colère de Charles VI, le chance- 
lier déclara que les rebelles avaient fait serment « de détruire 
le roi et le duc d'Aquitaine, le royaume de France et la bonne 
ville de Paris! » Le pauvre roi fondait en larmes. Il voyait bien 
que ces mauvais traîtres en voulaient à lui, à tout le royaume et 
à ses fidèles amis. Il leur demanda aide et conseil. Aussitôt le 
roi de Sicile, le Dauphin, le duc de Bourgogne et les autres sei- 
gneurs, s'agenouillant devant le roi, s'engagèrent à le servir de 
tout leur pouvoir. Parmi ces seigneurs se trouvait Gilles de Bre- 
tagne, qui jurait ainsi de combattre les rebelles, c'est-à-dire ses 
deux frères, le duc Jean V et Artur ^. 

Malgré les remontrances du roi, le comte de Richemont avait 
réuni « une très belle et grande compaignée •» de 1600 cheva- 
liers et écuyers, qui, par affection pour lui, s'enrôlaient volon- 
tairement sous ses ordres *. Parmi eux, on remarquait le vicomte 
de La Belière, Armel de Ghâteaugiron, Eustache de La Houssaye, 
Alain de Beaumont et Guillaume de La Forest, vieux capitaines 
dont l'expérience et les conseils pouvaient être utiles à leur 
jeune chef. Ce ne fut point le duc de Berri qu'il alla d'abord re- 
joindre, mais le comte d'Alençon, qui avait fort à faire pour 
défendre ses domaines contre le connétable de Saint-Pol et 
Louis II d'Anjou, roi de Sicile. Richemont et son beau-frère pri- 
rent alors Sillé-le-Guillaume et Beaumont ^ Laigle ** et plusieurs 
autres places ''. — Ils s'approchaient ainsi des côtes de Norman- 

1. Monstrelet, II, 236-238. Religieux de Saint-Denis, IV, 625-629. De La 
Barre, itfe'wi. potir servir à l'hist. de France et de Bourg. Paris, 1729, in-4% 
p. 126. Catal. Joursanvault, I, IS, n" 103. Le Fèvre de Saint-Ilemy, I, 50. 

2. Louis II d'Anjou, roi de Sicile (+ 1417), fils de Louis P"" d'Anjou et 
petit-fils du roi de France Jean II, le Bon. Louis II avait épousé, en 1400, 
Yolande d'Aragon (Anselme, I, 231 et suiv.). 

3. Monstrelet, II, 237-254. Religieux, IV, 625-631. Gilles était aussi au 
conseil le l-"- avril (JJ 166, f» 102). 

4. Gruel, 186. 

5. Arrondissements du Mans et de Mamers (Sarthe). 
6 Arrondissement de Mortagne (Orne). 

7. Religieux, IV, 635. Monstrelet, II, 249, 233. Gruel, 186. JJ 166, fos 123» 
129 V», 136. Le Fèvre de Saint-Remy, I, 54. 



ILS VONT RECEVOIR LES ANGLAIS (1412) 25 

die, pour attendre les troupes que le roi d'Angleterre allait 
envoyer au secours des Armagnacs. Ceux-ci avaient, en effets 
signé, à Bourges, le 8 mai 1412, un traité avec Henri IV, qui 
chargea aussitôt son second fils, Thomas, duc de Clarence, de 
conduire en France une petite armée *. 

Le moment était décisif. Le duc de Bourgogne faisait les plus 
grands efforts pour accabler les Armagnacs avant l'arrivée des 
Anglais. Il emmenait alors le roi, avec le Dauphin, au siège de 
Bourges 2. L'armée royale arriva devant cette ville le 11 juin, mais 
elle éprouva une résistance énergique. Bientôt une chaleur 
excessive, des pluies torrentielles, les émanations des marais, 
l'odeur que répandaient de nombreux cadavres de chevaux en- 
gendrèrent une épidémie qui fit beaucoup de victimes, notam- 
ment P. de Navarre, oncle de Richemont. Enfin, le duc de Cla- 
rence débarquait, avec environ 8000 Anglais, à la Hougue Saint- 
Vaast ', dans le Cotentin. Le comte de Richemont et le comte 
d'Alençon allèrent au devant d'eux et « d'un cuer joyeux les 
receurent * ». Ils se dirigèrent aussitôt vers Bourges, en repous- 
sant le duc d'Anjou et le comte de Penthièvre, qui lui avait 
amené des renforts. Leur approche détermina le duc de Bour- 
gogne à traiter. Les Anglais étaient parvenus jusqu'à Vendôme 
quand le comte de Richemont fut informé que la paix venait 
d'être conclue à Bourges, le 15 juillet 1412 ^. 



1. Monstrelet, II, 339, chap. CGI. Le Fèvre de Saiat-Remy, I, 58-62. 
Rymer, IV, 2e partie, 4, 5, 8, 12-15, 16, 17, 18, 20-22. Ypodigma Neustrix, 
434-437, Proceedings, II, 28-31. Le duc de Bretagne, qui négociait lui- 
même avec les Anglais, ne fut pas étranger à ce traité. Ai^ch. de la Loire- 
Inf., cass. 47, E, 121. Arch. des aff. ét>\, t. 362, f»' 47 v*», 48. Rymer, 8, 10, 
15. Preuves de D. Morice, II, col. 863-864. Le Fèvre de Saint-Remy, 337-338. 
Le duc de Bourgogne fit aussi son possible pour avoir l'alliance des Anglais. 
Proceedings, II, 19-24. Rymer, 3, 6. Fr., 25709, n» 677. Walsingham, Histo- 
ria anglicana, II, 288. Graftoii's Chronicle, London, 1809, in-4». I, 503. 
Fr. 20416, f» 38. JJ 166, f» 246. Il y eut certainement des Anglais dans 
l'armée royale pendant cette campagne (Clair., 62, f» 4823). 

2. X>" 1479, f- 204 v». 

3. Arrondissement de Valogues. 

4. Monstrelet, II, 291. 

5. Fr. 26038, n^^ 4603, 4615. Xi» 8602, f" 257 V. Clair., t. 20, fo^ 1389-1392 
et 1403, 1411 ; t. 23, f" 1691, 1692. X>* 1479, f" 204 v-, JJ 166, f = 161, 168 v», 
174. Fr. 25709, n"^ 681, 682, 687. KK 250, f»^ 10 et 11. Religieux, IV, 641- 
645, 651-657, 663, 675-679, 683-689, 693-701, 705, 719-725. Monstrelet, II, 
271-293. Berry, 424. Proceedings, II, 33. Cagny, f» 77. Gruel, 186. Le Fèvre 
de Saint-Remy, t. I, 68, 69. Grafton, I, 504-505. Xi* 4785, f»' 317 v, 321. 
D. Félibien, I, 760; III, 527-530. Moreau, 1424, n»' 56, 61. K 60, n" 3. K 72, 
n* 56'*. La paix fut jurée le 22 août, à Auxerre. X" 1479, f»' 210, 212, 215 v». 
X" 8602, fos 272 v°, 277. H. Vandenbroeck, Consaux, I, 92, 93. Voy. Âp- 
pend., IX. 



26 MORT DE GILLES (1412) 

Avant d'aller rejoindre les ducs de Berry et d'Orléans, il se 
rendit à Vannes, où se négociait le mariage de sa nièce Anne, 
fille aînée de Jean V, avec Charles de Bourbon, fils aîné du duc 
Jean de Bourbon. Dans le traité de mariage, on trouve certaines 
clauses qui établissent dès lors les droits éventuels d'Artur, de 
Gilles et de Richard au duché de Bretagne. Le duc et la du- 
chesse s'engageaient, en outre, à dédommager les jeunes princes 
de la part qu'ils devaient avoir dans la dot de la reine leur 
mère et à leur assigner des revenus en compensation. 

Ce traité fut signé à Rennes, le 19 juillet 1412. Artur le ratifia, 
en son propre nom et au nom de ses frères, Gilles et Richard *. Le 
même jour, Gilles de Bretagne mourait, à Gosne, de l'épidémie qui 
avait fait tant d'autres victimes pendant le siège de Bourges ^. 
C'était un jeune prince de grand avenir, fort aimé du Dauphin, 
sur lequel il exerçait une véritable influence. Sa mort si préma- 
turée fut un malheur pour le duc de Bourgogne, auquel il était 
dévoué, car son frère Artur allait bientôt le remplacer auprès 
du Dauphin, pour servir les intérêts du parti armagnac. 

Dans la guerre qui venait de finir, Richemont, quoique bien 
jeune, avait eu un rôle important. Malheureusement ces discor- 
des civiles, ces déplorables alliances ne lui donnaient que de 
mauvais exemples. II eût mieux valu qu'il apprît le métier des 
armes en combattant contre les Anglais qu'en marchant avec 
eux contre le duc de Bourgogne, son cousin, contre P. de 
Navarre, son oncle, contre Gilles de Bretagne, son frère, contre 
le roi de France et contre des Français. 

En quittant Rennes, il alla retrouver les ducs de Berry, d'Or- 
léans et les autres princes qui accompagnaient le roi. Il y eut à 
Melun de grandes fêtes, par lesquelles Armagnacs et Bourgui- 
gnons célébrèrent une réconciliation qui ne devait pas être de 
longue durée. On fit approuver le traité de Bourges par Char- 
les VI, qui se trouvait alors dans un meilleur état d'esprit. Il 
pardonna aux rebelles, les reçut en bonne paix et leur rendit 
leurs biens '. 

Cependant les Anglais, irrités d'un dénouement auquel ils 
avaient contribué, sans en tirer profit, devenaient fort gênants 
pour leurs alliés, qui les avaient abandonnés avec si peu de scru- 
pules. Ils réclamaient le prix de leur intervention et s'étaient 
avancés jusque dans la Touraine et l'Orléanais, ravageant tout 

1. Preuves de thist. de Bret., t. II, col. 871-874. Anne mourut peu après 
(Ans.,I, 456). 

2. X»' 1479, fo 210. 

3. XI' 8602, f<" 274, 277. Religieux, IV, 719-721. Monstrelet, II, 293. 



LES ARMAGNACS AU POUVOIR (1413) 27 

sur leur passage. Après avoir fait mine de les vouloir combat- 
tre, il fallut s'entendre avec eux, aux conditions les plus dures. 
Le duc d'Orléans conclut le traité de Buzançais * avec le duc de 
Clarence, qui emmena ses troupes en Guyenne, non sans com- 
mettre de nouveaux ravages (14 novembre 1412) ^. On eut 
•encore la velléité de faire la guerre aux Anglais. Le duc de 
Bretagne lui-même semblait disposé à y participer, quand la 
mort de Henri IV (22 mars 1413) et le départ de Clarence pour 
l'Angleterre retardèrent les hostilités ^. 

Il eût pourtant mieux valu combattre l'étranger que de 
retomber dans les discordes qui allaient livrer aux coups de 
Henri V la France affaiblie, mais la fureur des partis ranima 
bientôt la guerre civile. Les Armagnacs ne pouvaient se résoudre 
à laisser au duc de Bourgogne le pouvoir qu'il avait su garder, 
même après le traité de Bourges. En déchaînant les bouchers 
ei la populace de Paris, il restait maître de la capitale, du Dau- 
phin, du roi, du gouvernement. Cette domination violente pro- 
duisit bientôt une réaction favorable aux Armagnacs *. Le duc de 
Berry en profita pour conclure, à Pontoise, un traité qui empêcha 
une nouvelle guerre (12 janvier 1413) et réduisit Jean-sans-Peur 
à quitter Paris (23 août). Les Armagnacs devinrent à leur tour 
maîtres de la capitale et du pouvoir ^. Artur de Bretagne revint 
à Paris, avec ses frères, au commencement de septembre ^. 

C'est alors que le duc de Berry, pour mieux tenir le Dauphin 

1. Arrondissement de Châteauroux. 

2. K S9, n<' 2, 3, 4. K 72, n» 56». KK 250, f- 10 v°, 11, 63, 89, 124. KK 238, 
f»' 13, 45, 56 V», 69, 118 v°. Fr. 1182, f°» 3, 4 v% 6. Clair., t. 13, f» 855; t. 46, 
fo 3405; t. 49, f» 3713 ; t. 62, f° 4823; t. 83, f 6703 ; t. 97, f 7567 ; t. 98, 
f» 7639; t. 100, f» 7729; t. 102, f° 7899; t. 104, f» 8183. — Moreau, 1424, 
n" 61. A. Champollion-F., Louis et Ch. d'Orléans, Paris, 1844, ia-80, I, 
290, 310, 317, 318.Moaslrelet, II, 303, 339. Religieux, IV, 721, 733-737. Catal. 
Joursanvault, I, 81, n" 552: II, 220-222, n»» 3376-3379, 3382. JJ 167, f" 364. 
La rançon du c. d'Angoulême n'était pas encore entièrement payée en 
1447. K 72, n« 56i3. a. Ghanipollion-F., Lettres des rois et reines, II, 328-332. 

3. Moustrelet, II, 337. Religieux, IV, 769. Jouvenel des U., 266. Le Fèvre de 
Saint-Remy, t. I, 73, 74. X'« 1479 f» 237 v°. Fr. 26039, n° 4750. Clair., t. 27, 
f« 1979; t. 93, f» 7243. 

4. P. Les Essarts, prévôt de Paris, depuis le 12 septembre 1411, fut déca- 
pité aux halles, le samedi 1" juillet 1413 (Xi» 1479, f°» 172 v», 247). 

5. K 58, n» 5. Rymer, IV, 2" partie, 47 et suiv. Moreau, 1424, n"» 37, 58. 
Monslrclet, II, chap. Cil et. suiv. Religieux, V, 1-67, 75, 81, 83-93, 95-121, 
149, 153, 161. Jouv. des U., 257-264. Le Fèvre de Saint-Remy, t. I, 88-107. 
X»' 1479, f" 248-250, 251 v». 254. K 950, n« 15. Fr. 23018, f 346 v». Féli- 
bien, I, 771-772; IV, 557-558. Fr. 1182, f- 3. GataL Joursanvault, I, 16, 
n» 211. LL 214, f» 187. Fr. 2832, f- 296. Le 5 septembre 1413, le roi révoque 
les lettres de confiscation et de bannissement publiées auparavant contre 
les Armagnacs (LL 214, f»- 232-237; Le Fèvre de Saint-Remy, I, 110-116). 

6. Le Fèvre de Saint-Remy, I, 117. Monstrelet, II, 403. Cousinot, 150. 



28 RICIIEMOINT AUPRÈS DU DAUPHIIN (1413) 

SOUS son influence, plaça auprès de lui le comte de Richemont. 
Dans l'état d'esprit où était habituellement le roi, le Dauphin 
devenait l'auxiliaire le plus précieux pour le parti qui voulait 
gouverner la France; mais ce prince, d'un caractère faible, fri- 
vole, versatile, avait besoin d'être surveillé et dirigé *. Louis, 
duc de Guyenne, avait alors près de dix-sept ans ; Artur de Breta- 
gne en avait vingt; l'âge, sinon le caractère et les goûts, facilita 
une liaison qui semble avoir été très intime. Dès lors, le comte de 
Richemont assista souvent aux délibérations du conseil et s'ini- 
tia aux affaires du gouvernement. C'est ainsi qu'on le voit figu- 
rer, avec les ducs d'Anjou, de Berry, d'Orléans, de Bourbon, les 
comtes d'Alençon et de Vertus, dans la séance où fut décidé le 
bannissement des chefs du parti bourguignon (18 septembre 
1413) \ 

Devenu le favori du Dauphin, il eut, dans sa maison, une 
situation brillante. Ce changement exerça sur tout le reste de 
sa carrière une influence qu'il ne pouvait soupçonner à cette 
époque. Il put vivre alors dans l'intimité de la duchesse de 
Guyenne, qu'il épousa plus tard, et son mariage avec cette prin- 
cesse, sœur de Philippe-le-Bon, contribua grandement à sa for- 
tune ^ 

Un détail assez curieux montre bien que des relations ami- 
cales s'établirent promptement entre le duc de Guyenne et 
Artur de Bretagne. Le Dauphin, qui aimait beaucoup les joyaux, 
les objets d'art, désirait voir les merveilleux bijoux que possé- 
dait le duc de Berry *. Il partit, un jour, avec le comte de Riche- 
mont, incognito et vêtu de manière à se dissimuler parmi les 
gens de sa suite. Le duc de Berry avait fait prévenir les officiers 
de sa maison que le comte de Richemont allait à Bourges; il 
leur avait recommandé de le recevoir et de le fêter comme lui- 
même, de lui montrer tous ses bijoux et tout ce qu'il voudrait 
voir. Les jeunes princes passèrent quelques jours à Bourges ^. 



1. Voir son portrait dans Félibien, IV, 567-561. Relig., V, 17, 587-588. 
Monst., II, 334. 

2. Depuis le mois de septembre 1413, on voit souvent Richemont au 
Conseil. K 58, n° 5, et X" 8602, f"' 286 v°, 300, 301. P 2298, f» 30. Fr. 21405, 
fos 56, 58, 61, 63. Ordonn. X, 184. Fr. 25709, n»» 706, 708. JJ 167, f» 397, 557. 
Jouv. des U., 272-274. Religieux, V, 183. Monstrelet, t. II, 464; VI, 123. D. 
Plancher, III, 397. Preuves de D. Morice, II, col. 921. — Moreau, 1424, n" 68. 

3. Gruel, 186. 

4. Voir KK 258. Il y a dans ce registre l'énumération d'une quantité 
incroyable de bijoux. On trouve souvent, en marge, les noms de ceux à 
qui ces bijoux ont été donnés et, entre autres, le nom du duc de Guyenne. 

5. Gruel, 186. L. Pannier, Les joyaux du duc de Guyenne, Paris, Didier, 
1873, in-8°. 



RICHEMONT AUPHÈS DU DAUPHIN (1413) 29 

Pendant ce temps, la duchesse de Bretagne arrivait à Paris. 
Jean V fut très mécontent, quand il apprit que son frère et son 
beau-frère venaient de partir. Il crut que le Dauphin avait fait 
ce voyage pour ne point voir sa sœur, la duchesse de Bretagne, 
et il trouva une préméditation blessante dans un acte qui n'était 
qu'une fantaisie déjeune homme. Il fut d'ailleurs détrompé par 
le prompt retour d'Artur, qui se hâta de ramener le Dauphin à 
Paris. Ce prince fit un accueil cordial à sa sœur. La jeune 
duchesse reçut de riches présents. Le duc de Berry lui donna le 
magnifique rubis de la Caille, qui appartenait jadis à la maison 
de Bretagne '. 

Le mariage de L. de Bavière, frère de la reine de France, 
avec Catherine d'Alençon, veuve de P. de Navarre et tante de 
Richemont ^, donna lieu à de grandes fêtes {i^' octobre 1413). 
On y vit paraître le duc d'York et d'autres ambassadeurs 
anglais, qui venaient négocier le mariage du nouveau roi 
d'Angleterre avec Catherine de France, la plus jeune fille de 
Charles VI. Les Armagnacs voulaient prévenir en cela le duc de 
Bourgogne, qui songeait aussi à marier une de ses filles avec 
Henri V, pour avoir l'alliance de l'Angleterre ^ 

Richemont eut le regret de voir éclater alors entre son frère, 
Jean V, et le duc d'Orléans, une querelle de préséance. Le 
comte d'Alençon prit parti pour le duc d'Orléans et s'emporta 
jusqu'à dire au duc de Bretagne, son beau-frère, a qu'il avoit 
au cuer un lion aussi grand qu'un enfant d'un an *. » Le roi 
donna raison au due d'Orléans, et Jean V quitta Paris très 
mécontent ; toutefois il laissa son frère Artur à la cour. Il avait 
besoin de ses bons offices pour obtenir la restitution de Saint- 
Malo. Richemont fît auprès du Dauphin et du Conseil de si vives 
instances qu'on lui promit de rendre cette ville à son frère *^. 

Il eut, à cette époque, l'occasion de voir souvent le jeune 
Charles, comte de Ponthieu, qui fut roi, neuf ans après, sous le 
nom de Charles VII. Il put aussi connaître la reine de Sicile, 
femme de Louis II d'Anjou, Yolande d'Aragon ", qui vint pas- 
ser quelques semaines à Paris, pour assister aux fiançailles de 

1. Gruel, 187. Fr. 26040, n» 48ol. Catal. Joiirsanvaull, I, 97, no 624. Clair., 
t. 123, f» 531. Monstrelet, II, 403. 

2. Le roi avait donné le comté de Mortain au Dauphin, qui le donna 
ensuite à L. de Bavière (J 369, n»» 19, 20). 

3. Religieux, V, 205.Jouv. des tJ.,26o. Arch. des aff. étr. (France), t. 21, 
fo 134. 

4. Monstrelet, II, 409. 

3. Gruel, 187. Saint-Malo ne fut rendu à Jean V que le 9 octobre 1415 
(Arch. des aff. étr., t. 6, France, fo 42 ; JJ 169, fo 1). 
6. Fille de Jean I*', roi d'Aragon. 



30 TROISIÈME GUERRE CIVILE (1414) 

sa fille, Marie d'Anjou, avec le comte de Ponthieu (décembre 
1413). Yolande repartit bientôt, avec les jeunes fiancés (5 février 
1414); mais Richemont n'oublia pas cette princesse, qui lui ren- 
dit plus tard de si grands services ^ 

La lutte entre les Armagnacs et les Bourguignons allait re- 
commencer. Le roi de Sicile venait d'abandonner le duc de Bour- 
gogne, pour s'allier avec les Armagnacs et de lui faire une mor- 
telle injure, en lui renvoyant sa fille, Catherine, fiancée à son 
fils aîné Louis d'Anjou (novembre 1413) ^. Alors Jean-sans-Peur 
rassembla des troupes, malgré la défense réitérée du roi, et il 
essaya d'agir auprès de son gendre, le Dauphin; mais les Arma- 
gnacs se tenaient sur leurs gardes. Le 12 janvier, les ducs de 
Berry, d'Orléans et d'Anjou, d'accord avec la reine Isabeau, 
firent arrêter, au Louvre, plusieurs serviteurs du Dauphin, gens 
dévoués au duc de Bourgogne et qui exerçaient une influence 
fâcheuse sur l'esprit faible et inconstant du jeune prince. Son 
nouvel ami, le comte de Richemont, ne pouvait sans doute pré- 
valoir contre cette influence, car le Dauphin avait écrit trois fois 
au duc de Bourgogne pour le prier de venir au plus vite l'arra- 
cher à sa captivité (4, 13, 22 décembre 1413). Dès le lende- 
main, par un revirement auquel Richemont contribua peut- 
être, il défendit à son beau-père de rassembler des troupes et 
de venir vers lui, ce qui n'empêcha pas Jean-sans-Peur de mar- 
cher sur Paris avec toutes ses forces^. 

La guerre civile allait donc encore désoler ce malheureux 
royaume, qui en avait déjà tant soufl'ert. Cette fois, sans changer 
de parti, Richemont se trouvait parmi les défenseurs de la cause 
royale. Le 22 janvier 1414, le roi le retenait à son service, avec 
100 hommes d'armes et 130 hommes de trait*. Le 26 et le 31 jan- 
vier, Artur prit part aux conseils où l'on décida de combattre le 
duc de Bourgogne ^. Sur ces entrefaites, on apprit, à Paris, 
l'approche de Jean-sans-Peur. Une grande agitation se manifesta 



i. De Beaucourt, Charles VU, I, 15-16. — Religieux, V, 161. 

2. Monstrelet, II, 414. Le Fèvre de Saint-Remy, I, 123-126. D. Plancher, 
III, 397. Moreau, 1424, n" 61. Arch. des aff. étr., t. 21, fos 108 \o, 117 v», 
131 v, 133 v°. 

3. Arch. des aff. étr , t. 21, f'IoS. Religieux, V, 233-241. xMonstrelet, II, 421, 
425, 430, 440-441; VI, 137. Le Fèvre de Saint-Remy, t. I, 138-142. D. Plan- 
cher, III, Preuves, p. cclxxxvhi. Ces revirements soudains excitaient des 
murmures. Le 12 décembre 1413, Charles VI donne au comte de Vertus 
la maison de G. Barrau, notaire et secrétaire du roi, qui avait désapprouvé 
la paix d'Auxerre et « étoit indigné que les choses qui auparavant étaient 
déclarées mauvaises revinssent à droit et équité. » (JJ 167, f* 395.) 

4. Preuves de D. Morice, II, col. 902. 

5. Fr. 25709, n° 707. 



DÉMONSTRATION A PARIS (1414) 31 

aussitôt dans la ville, le dimanche 4 février. Le Dauphin dînait 
chez un chanoine, au cloître Notre-Dame, quand on vint l'avertir 
de ce qui se passait. Bientôt arrivèrent le roi de Sicile, les princes 
d'Orléans, les comtes d'Eu ', d'Armagnac et do Richemont, avec 
une multitude de gens de guerre, toute une armée, que Mons- 
trelet évalue à 14000 hommes. Les Armagnacs voulaient faire un 
grand déploiement de forces, pour prévenir une tentative de 
soulèvement, car le duc de Bourgogne avait de nombreux parti- 
sans à Paris, surtout dans le quartier des Halles, Il fallait asso- 
cier le Dauphin à cette manifestation, pour montrer au peuple 
que le Bourguignon agissait sans l'aveu de son gendre et qu'il 
était véritablement rebelle. Le duc de Guyenne se prêta, sans ré- 
sistance, à cette humiliante comédie. On le fit monter à cheval 
et on le mit à la tète du principal corps de troupes, avec le roi 
de Sicile et le duc d'Orléans ^. 

Le comte de Richemont conduisait l'avant-garde , avec les 
comtes d'Eu et de Vertus. Ils chevauchaient tous trois en tête 
de leurs gens. Bernard d'Armagnac menait l'arrière-garde. Ceux 
des Parisiens qui étaient du parti d'Orléans, bourgeois, gens de 
robe et gens d'Eglise, montés et armés, faisaient cortège au Dau- 
phin ' . 

Cette armée alla d'abord se ranger devant l'hôtel de ville ; les 
trompettes sonnèrent, et le chancelier de Guyenne dit à haute 
voix que le Dauphin remerciait le peuple de Paris de son bon 
vouloir et de sa loyauté. Il l'exhorta vivement à résister au duc 
de Bourgogne, qui enfreignait la volonté royale et violait la paix, 
en s'autorisant de prétendues lettres écrites par son gendre. Or 
le Dauphin ne lui avait pas écrit ; son chancelier l'affirmait, et le 
jeune prince déclara hautement qu'il disait bien la vérité. On 
se rendit ensuite à la croix du Trahoir,dans le quartier des Hal- 
les, où il y eut une répétition de la même scène, puis on laissa 
le duc de Guyenne rentrer au Louvre, et le duc de Berry alla 
l'y visiter, pour le maintenir dans ses bonnes dispositions. Le len- 
demain et les jours suivants, les seigneurs parcoururent fré- 
quemment les rues. Les conseillers du parlement et de la cour des 
comptes furent obligés, quoi qu'il leur en coûtât, de chevaucher, 
avec leurs gens armés, pour maintenir l'ordre dans la ville *. 

1. Ch. d'Artois, comte d'Eu. Né en 1393, il avait le même âge que Riche- 
mont. Il était fils de Phil. d'Artois, comte d'Eu (-}- 1397), et de Marie de 
Berry, fille du duc de Berry, mariée ensuite, en 1400, à Jean l", duc de 
Bourbon. 

2. Moiistrelet, II, 429. Xi» 1479 f»% 283 V et 284. X** 4790, f 38 v». D. Plan- 
cher, III, 397. Moreau, 1424, n» 61. 

3. X»" 4790, fo 38 v». 

i. Monstrelet, II,chap. GXV, p. 428. Le Fèvre de Saint-Remy, 1. 1, 142-14i. Il 



32 JEAN-SANS-PEUR DEVANT PARIS (1414) 

Le 7 février, le duc de Bourgogne vint s'établir à Saint-Denis, 
d'où il envoya son roi d'armes, Artois, avec des lettres pour le 
roi, la reine, le duc de Guyenne et les Parisiens. On ne le laissa 
pas entrer dans Paris, et le comte d'Armagnac lui déclara que, si 
lui, ou un autre envoyé du duc de Bourgogne, pénétrait. dans la 
ville, on lui couperait la tête. Le samedi, 10 février, Jean-sans- 
Peur rangea ses troupes en bataille sur les hauteurs de Mont- 
martre. Il espérait que cette vue encouragerait les Parisiens à 
prendre les armes. Ses coureurs parurent jusque dans le mar- 
ché aux porcs; Enguerrand de Bournonville* s'avança jusqu'au- 
près de la porte Saint-Honoré, avec 400 hommes; mais les Pari- 
siens, contenus par la crainte que leur inspirait le terrible comte 
d'Armagnac, n'osèrent répondre à ce pressant appel ^. 

Le même jour, le duc de Bourgogne et ses partisans furent 
déclarés rebelles, ennemis du bien public, et le roi appela aux 
armes tous ses vassaux pour combattre leurs criminelles entre- 
prises. Le lendemain, pendant la nuit, Jean-sans-Peur fît atta- 
cher aux portes de Notre-Dame et du palais et en divers autres 
endroits des lettres où il se plaignait des Armagnacs, qui tenaient 
le roi et le Dauphin « en servage » et où il affirmait son bon droit, 
avec la ferme volonté de le défendre. Il quitta Saint-Denis dans la 
nuit du 15 au 16 février, pour aller dans ses Etats réunir de plus 
grandes forces. Le dimanche, 25 février, au parvis Notre-Dame, 
devant l'Université, l'évêque de Paris et le peuple, on brûla le 
discours de J. Petit. Enfin, dans un conseil tenu, le 2 mars, à 
l'hôtel Saint-Paul, il fut décidé que Charles VI irait combattre 
les rebelles, et tous, même le Dauphin, jurèrent qu'ils poursui- 
vraient le duc de Bourgogne, jusqu'à ce que lui et les siens 
fussent détruits, ou au moins humiliés, et remis en l'obéissance 
du roi. Le comte de Richemont assistait à ce conseil et jura aussi 
la ruine de Jean-sans-Peur ^. 

est étonnant que le bourgeois de Paris ne parle point de cette démonstra- 
tion. Voir p. 47, 48. Xi» 4790, f» 38. D. Félibien, I, 774, 775; IV, 539. H. Van- 
denbroeck, Consaux, I, 107. 

1. Capit. de la garde du duc de Bourgogne {Arch. des aff. étr., t. 21, 
fo 134). 

2. Religieux, V, 243-247. Monstrelet, II, 432. X«' 1479, f» 285. « Ce dit jour, 
environ neuf heures avant disner, se sont les seigneurs de la court levez 
et partiz de la chambre, pour ce que l'on a rapporté que le duc de Bour- 
goigne estoit, à grant effort de gens d'armes, ordonnez comme en bataille, 
entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint-Deniz, tenant les champs 
devant Paris ; et, pour en savoir quelque chose, je montay au plus hault 
de la tour criminelle de céans et viz lesdits gens d'armes es champs 
d'entre le Rôle et Montmartre. « (Xi» 4790, f» 40.) «^ 

3. D. Plancher, 111, 398-402. D. Félibien, IV, p. 559. K 60, nos 4^ 5. Reli- 
gieux, V, 249-269 et 271-279, 287. Monstrelet, II, 438, 439, 441-457, 464; VI, 



RICHEMOÎST LIEUTENANT DU DAUPHIN (1414) 33 

Une maladie épidémique retarda quelque temps le départ du 
roi; mais une partie de l'armée, avec le connétable d'Albret, alla 
d'abord asssiéger Gompiègne. Le mercredi 4 avril 1414, le roi 
partit de Paris, avec un brillant cortège de princes, de seigneurs 
et une multitude de gens de guerre. Tous, même le roi, por- 
taient la bande ou écharpe d'Armagnac, au lieu de la « noble 
et droite croix blanche, que lui et ses prédécesseurs avaient tou- 
jours portée en armes * ». Il laissait à Paris les ducs de Berry et 
d'Anjou. 

Il avait retenu, le 31 mars, à son service, aux gages de 600 li- 
vres tournois par mois, le comte de Richemont, avec 50 hommes 
d'armes. Par lettres datées du même jour, il avait ordonné que 
le jeune prince breton fût attaché à la personne du Dauphin, duc 
de Guyenne, sous lequel il commandait, à 1000 livres de gages 
par mois, 3000 hommes d'^armes et 1500 hommes de trait. Il y 
avait dans cette compagnie des capitaines comme l'amiral Gli- 
gnet de Brebant, David de Rambures, miître des arbalétriers, 
Arnauld Guilhem de Barbazan. — Parmi les Bretons que Riche- 
mont conduisait, on remarque Jean de Gambout, son maître 
d'hôtel, et Jean de Ghâteaugiron, son secrétaire et trésorier ^. 

L'armée royale, réunie à Senlis, alla continuer le siège de 
Gompiègne, avec le connétable. Le comte de Richemont, qui 
était, pour ainsi dire, le lieutenant du Dauphin, se trouvait déjà 
au premier rang parmi les chefs de l'armée. Il fut chargé de 
bloquer la ville d'un côté, avec le duc d'Orléans et les comtes 
d'Eu et d'Alençon, pendant que le duc de Bar ' et le comte d'Ar- 
magnac la bloquaient de l'autre. Gompiègne ne tarda pas à capi- 
tuler (7 mai 1414) * et l'armée alla aussitôt assiéger Soissons. Gette 
forte place fut vaillamment défendue par un des capitaines les plus 
renommés du parti bourguignon, Enguerrand de Bournonville. 

139-144; 221. X»" 1479, fo^ 285 v», 286 v». X'» 4790, f»' 40, 41 v", 44. Fr. 
n» 708. 25709, P. Fenin, édition Dupont, 35. Clair., t. 82, f" 6453. — Arch. du 
min. des aff. étr., t. 21, f» 132 v». H. Vandenbroeck, Consaux, I, 108-110. 

1. Monstrelet, II, p. 466. JJ 167, f- 557. X»» 4790, f»^ 49 V, 50. 

2. Preuves de D. Morice, II, col. 904 et suiv. — Préparatifs contre le duc 
de Bourgogne. Fr. 25709, n"^ 706-708, 711. Fr. 26040, n" 4862. Clair., t. 20, 
l'o 1409; t. 31, f» 2341; t. 33, f» 2429; t. 81, f» 6355;t. 96,fo 7479; 1. 100, f» 111 ; 
t. 113, f»' 8879-8381. LL, 214, f» 273. D. Grenier, 89, f» 238. X'" 1479, f'^ 287, 
289. JJ 167, fo'^ 607-608. Le Bourg, de P., 49, 50. Jouv. des U., 267, 272. 
Monstrelet, II, 465. Religieux, V, 281. Berry, 427. Moreau, 1424, nos 62, 62', 
62^. De Smet, Chroniques de Flandre, t. III, p. 345 et suiv. Le Fèvre de 
Saint-Remy, I, 158 et suiv. X»» 4790, f»» 36, 120 v». 

3. Edouard III, fils de Robert, duc de Bar, et de Marie de France, 
deuxième fille du roi Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg. 

4. Fenin, 39. Religieux de Saint-Denis, V, 303-305. Jouvenel des U., 275. 
Monstrelet, III, p. 1-3. 

Richemont. 3 



34 SIÈGES DE SOISSONS ET d'ARRAS (1414) 

Le lundi 21 mai, avant l'assaut, le comte de Richemont fut fait 
chevalier, avec Louis de Bavière et plusieurs autres seigneurs. 
Après un combat terrible, les assaillants allaient être encore re- 
poussés, quand des Anglais de la garnison ' ouvrirent une porte 
à d'autres Anglais qui se trouvaient dans l'armée royale. En- 
guerrand de Bournonville fut pris tout sanglant, couvert de 
blessures. La ville subit toutes les horreurs de la guerre. Ni les 
maisons, ni les monastères, ni les églises ne furent épargnés. 
Au milieu du pillage et du massacre, les soldats assouvissaient 
encore leurs fureurs bestiales. Les chroniqueurs s'accordent à 
flétrir ces atrocités. « 11 n'est point chrestien qui n'eust pitié de 
voir l'horrible et très misérable désolacion qui fut faicte en 
icelle ville. » Ces hideuses scènes durent faire une impression 
profonde sur l'esprit du jeune comte de Richemont, qui fut 
aussi impuissant que les autres chefs à contenir la frénésie de 
ses Bretons ^. 

L'armée royale marcha ensuite contre le duc de Bourgogne. 
Richemont suivait toujours le Dauphin. Il assista au conseil où 
fut agité le sort de la ville de Bapàume ^, qui s'était rendue. Le 
roi fit grâce aux habitants *. Le siège d'Arras, qui fut la der- 
nière opération de cette campagne, dura environ cinq semaines 
(28 juillet-4 septembre). Le duc de Bourbon et le connétable ar- 
rivèrent le 28 juillet, avec l 'avant-garde. Derrière eux vint se 
placer, en deuxième ligne, le comte de Richemont, avec les Bre- 
tons. Les assiégés, commandés par Jean de Luxembourg^, se dé- 
fendirent vaillamment. Ils avaient des arquebuses, ou canons à 
main, d'invention nouvelle, qui firent beaucoup de mal aux 
troupes royales. Le roi avait une bonne artillerie, mais il parait 
qu'elle ne fut pas toujours bien dirigée, parce que les Bourgui- 
gnons avaient gagné le chef des canonniers. Du côté où com- 
mandait Richemont, il y avait une grosse pièce, nommée la 
Bourgeoise, qui d'abord produisit de grands ravages dans la 
place et devint bientôt inoffensive. Richemont en fut averti. Il 
menaça de mort le traître, s'il ne faisait son devoir; mais cet 



1. Le duc de Bourgogne négociait alors avec Henri V. Ces négociations 
aboutirent à la convention de Leicester (23 mai), qui fut confirmée par le 
traité d'Ypres (de Beaucourt, Charles VU, I, 132-134). 

2. Monstrelet, III, 1-11. Le Religieux, témoin oculaire, V, 303-327,331. 
X'» 1479, f» 296. D. Félibien, II, 776. Bourg, de P., 52, 53, note 2. X'» 4790, 
f» 81 vo. Le Fèvre de Saint-Remy, I, 165-166, 370. Fr. 25709, no 708. 

3. Arrond. d'Arras. 

4. JJ 167, f«s 556, 557. 

5. Jean II de Luxembourg, seigneur de Beaurevdr. Richemont épousa 
en troisièmes noces sa nièce Catherine, en 1445. 



TRAITÉ d'aRRAS (1414, 4 SEPTEMBRE) 35 

homme s'enfuit dans la ville et donna aux assiégés des rensei- 
gnements dont ils profitèrent. 

De part et d'autre on se fatiguait du siège, quoique des joutes, 
des festins , des chevauchées dans le voisinage apportassent 
quelques diversions aux ennuis de cette campagne. Enfin, là, 
comme devant Bourges, la dyssenterie faisait beaucoup de vic- 
times. Tout cela détermina le roi et le duc de Guyenne à écouter 
les propositions que la comtesse de Hainaut *, le duc de Bra- 
bant ^ et les députés des trois états de Flandre vinrent apporter, 
au nom du duc de Bourgogne. Un traité fut conclu, grâce à l'insis- 
tance du Dauphin (4 septembre 1414). Le duc de Bourgogne fît 
remettre au roi les clefs de la ville et de la cité d'Arras ; les 
Armagnacs ôtèrent leur écharpe, les Bourguignons leur croix de 
Saint-André, et les partis semblèrent réconciliés encore une fois^. 

Un grave accident hâta le départ de l'armée royale. Le feu, 
ayant pris au logis du comte d'Alençon, gagna tout le camp, 
dans l'espace d'un quart d'heure. Il fallut s'enfuir précipi- 
tamment. Des prisonniers, des malades laissés dans les tentes, 
périrent au milieu des flammes. Au retour, le roi s'arrêta quel- 
que temps à'Senlis *. Le 29 septembre, il retint à son service le 
comte de Richeraont, avec 500 hommes d'armes et 100 hommes 
de trait, à cheval, pour être continuellement en sa compagnie 
et en celle du duc de Guyenne ^. Artur revint à Paris le 14 octo- 
bre, avec le roi et le Dauphin. Le duc de Berry vint à leur rencon- 
tre. Sur le passage du cortège, la foule criait ; « Noël! vive le roi 
et son fils, le haut duc d'Aquitaine ''! » 

Cependant, le malheureux Charles VI était retombé dans sa 
maladie ordinaire. Le Dauphin gouvernait ', mais, à cause 
de son humeur versatile, il était toujours surveillé par les princes 
du parti armagnac. Le vieux duc de Berry cherchait d'ailleurs à se 
l'attacher par sa générosité. Il lui donna son beau château de 

1. Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe-le-Hardi, mariée à Guil- 
laume IV de Bavière^ comte de Hainaut. 

2. Antoine de Bourgogne, fils de Philippe-le-Hardi. 

3. Monstrelet, III, 18, 24, 30-32; VI, 164 et siiiv. Religieux, V, 347, 361- 
363, 371-399. P. Fenin, 48-50. Jouv. des U., 276-278. Bourg, de P., 55. Gruel, 
187. D. Mor., I, 456. D. Plancher, ïll, 413-418. P. 2298, P^ 133-150. Xi» 1479, 
fo 304. Xia 8602, fos 291, 292. Fr. 23709, n» 710. Moreau, 1424, n» 64. — De 
Beaucourt, Charles VII, I, 134, 135 note 2. — Le Fèvre de Saint-Remy, I, 
181 et suiv. 

4. Religieux, V, 381, 445. Monstrelet, III, 34. Bourg de P., 55. 

5. Preuves de D. Mor., II, col. 908. Richemont était au Conseil le 6 oc- 
tobre (Fr. 21 403, f» 63). Appendice X. 

6. Monstrelet, III, 47. Religieux, V, 447. 

7. Le 22 septembre, à Senlis, le roi lui avait donné le gouvernement. 
i,Xia 8602, f- 291.) 



36 RICFIEMOM FAVORI DU DAUPHIN 

Mehun-sur-Yèvre • et de riches joyaux. Néanmoins, le Dauphin, 
las de la surveillance qui pesait sur lui, tenta de s'y soustraire, 
avec Taide des Bourguignons qui étaient encore à Paris. Un 
complot fut tramé pour chasser les chefs armagnacs de la capi- 
tale. Les gens du quartier des Halles devaient prendre les armes, 
mettre le duc de Guyenne à leur tête et tuer tous ceux qui s'op- 
poseraient à leur entreprise. Dans ce danger, les bons offices de 
Richemont ne furent sans doute pas inutiles à ses amis les Arma- 
gnacs. Les ducs d'Orléans et de Bourbon, prévenus à temps, 
entourèrent le Louvre de troupes, pour garder le Dauphin, et 
chassèrent de Paris quiconque était soupçonné d'être attaché au 
parti bourguignon. 

Le comte de Richemont était alors occupé à licencier 300 
Bretons de sa compagnie, qui étaient restés aux environs de la 
capitale, où ils vivaient de pillage, en attendant leur solde. Par 
lettres du 24 octobre, il lui fut alloué 900 livres, afin qu'il pût 
payer ses gens d'armes et les renvoyer en Bretagne ^, Vers la fin 
de ce même mois, le Dauphin quitta brusquement Paris, comme 
s'il eût voulu s'enfuir, et se dirigea vers le Berry. Aussitôt Riche- 
mont partit, avec le comte de Vertus, pour l'aller rejoindre, soit 
que cela eût été convenu entre eux et le Dauphin, soit plutôt 
parce que les ducs de Berry et d'Orléans craignaient qu'il ne 
se rendit auprès de Jean-sans-Peur. En tout cas, les deux jeunes 
princes étaient chargés de ramener à Paris, le plus tôt possible, 
le duc de Guyenne. Ils allèrent à Bourges, puis au château de 
Mehun-sur-Yèvre, et revinrent tous les trois à Paris, vers le 
commencement de décembre ^. 

Soit que la surveillance dont Richemont entourait le Dauphin 
fût adroitement dissimulée, soit qu'il fût d'accord avec lui pour 
tromper les Armagnacs, il n'avait jamais joui d'une faveur plus 
complète, et il en reçut alors une preuve éclatante. Par lettres 
du 29 décembre 1414, le roi lui donna le gouvernement du 
duché de Nemours *, qui appartenait à Charles III, roi de Na- 
varre. Ce prince, bien différent de son père, Charles le Mauvais, 
était d'un caractère doux, pacifique et loyal. Très attaché au 
duc de Bourgogne, il l'avait soutenu pendant la guerre civile, 
et il se trouvait compromis après sa défaite, comme tous ses 



1. Arrondissement de Bourges. 

2. Religieux, V, 449. J. de Cambout, maître d'hôtel, et J. de Château- 
giron, trésorier de Richemont, reçurent du roi chacun 100 I. t. en récom- 
pense de leurs services (Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 909). 

3. Monstrelet, III, 53. Le Fèvre de Saint-Remy, I, 195, 196. 

4. Nemours, arrondissement de Fontainebleau. 



IL A LE GOUVERNEMENT DU DUCHÉ DE NEMOURS 37 

autres partisans *. On n'alla pas jusqu'à confisquer son duché 
de Nemours, mais le roi, c'est-à-dire le duc de Guyenne, déclara 
qu'il en reprenait possession et en donnait le gouvernement, 
jusqu'à nouvel ordre, au comte de Richemont. 

Il y avait là une sorte d'adoucissement à la mesure rigoureuse 
qui frappait le roi de Navarre. Nul ne pouvait gouverner ses do- 
maines avec des soins plus dévoués que son neveu Artur de 
Bretagne, et ces considérations avaient déterminé le choix du 
roi. S'il en eût été autrement, si Richemont avait profité de son 
crédit pour se faire donner, d'une manière déguisée, les biens 
de son oncle, il eût montré par là une ambition peu scrupuleuse ; 
mais il est bien plus vraisemblable que, ne pouvant obtenir pour 
lui une amnistie complète, il chercha ainsi à lui rendre ser- 
vice ^ 

Il ne quitta guère Paris pour exercer les nouvelles fonctions 
que le roi lui confiait. Il usa sans doute du droit de nommer un 
lieutenant, chargé de gouverner, à sa place, le duché de Ne- 
mours, car il assista, le 3 janvier 1413, au service solennel qui 
fut célébré à Notre-Dame, en l'honneur de Louis d'Orléans, puis 
à deux autres services semblables, dans la chapelle des Géles- 
tins et dans celle du collège de Navarre. Il put entendre le 
célèbre Gerson faire l'apologie de Louis dOrléans et demander 
que son meurtrier fût poursuivi, humilié, obligé de confesser 
son crime et de faire réparation. 11 alla peut-être voir son frère 
le duc Bretagne, et sa belle- sœur, qui étaient venus à Mon- 
targis auprès de la reine Isabeau; mais on le retrouve encore 
à Paris le 26 janvier, au conseil du roi, avec les ducs d'Orléans 
et de Berry. A ce moment, Jean V était' déjà revenu à Nantes ^ 

Au commencement de février, une nouvelle ambassade, con- 
duite par le comte de Dorset *, oncle de Henri V, vint à Paris, 
pour négocier le mariage de Catherine de France avec le roi 
d'Angleterre. Richemont assista probablement aux fêtes que le 
roi donna en l'honneur des ambassadeurs anglais; mais on ne 
voit pas qu'il ait, comme le duc d'Alençon ^ et plusieurs autres 



1. Alain Bouchard, f" \M. Arch. des aff. étr., t. 21 (France), f»» 123, 
124 v% 125 V. Xi<^ 4789, f» 206 v". 

2. Voy. Append.fXI. Le roi de Navarre avait beaucoup de dettes. Il devait 
notamment une somme considérable au duc de Bretagne et à ses frères, 
à cause du mariage de leur mère (Preuves de D. Morice, II, col. 871-874). 

3. Monstrelet, III, So-57. Pièces orig., t. 2157, n» 494. — Arch. de la 
Loire-Inf., cass. 33, E, 90. 

4. Thomas Beaufort, frère de Henri IV. 

5. Le comté d'Alençon fut érigé en duché le 1" janvier 1415, en faveur 
de Jean I" (X»» 8602, f» 201 v»). 



38 LE DAUPHIN s'empare UU POUVOIR (1415) 

princes, rompu des lances devant la reine et la duchesse de 
Guyenne. Enfin, le 13 mars, il jura la paix d'Arras, qui venait 
d'être ratifiée, après de nouvelles négociations avec la comtesse 
de Hainaut *. 

Peu après la confirmation du traité d'Arras, le Dauphin 
accomplit un petit coup d'Etat auquel Richemont ne resta pas 
étranger, quoiqu'il fût contraire aux intérêts de son parti. Le 
duc de Guyenne voulait exercer lui-même, sans tutelle, le pou- 
voir, dont on ne lui laissait que l'apparence. Au commencement 
d'avril lilS, comme la reine Isabeau était à Melun, le Dauphin 
l'y alla voir. Les autres princes, qui étaient à Paris, furent in- 
vités par la reine et son fils à se rendre auprès d'eux Pendant 
qu'ils étaient occupés de différentes affaires avec la reine, le 
Dauphin partit secrètement et revint à Paris. Il fit fermer les 
portes de la capitale et ordonna aux princes de se retirer cha- 
cun dans ses domaines et de ne point venir à Paris, sans y avoir 
été appelés par le roi ou par lui-même. Ils obéirent et s'en 
allèrent, le duc de Berry à Dourdan ^, le duc d'Orléans à Orléans, 
le duc de Bourbon dans son duché. Jean-sans-Peur était alors 
dans ses États, le roi était malade à l'hôtel Saint-Paul, et le 
duc de Guyenne se trouva enfin maître absolu du gouverne- 
ment •'. 

On peut croire qu'Artur de Bretagne l'avait bien secondé 
dans toutes ces circonstances. Car il était auprès de lui et jouis- 
sait de sa faveur la plus complète. Après s'être fait nommer ca- 
pitaine de la bastille Saint-Antoine (9 avril), en place de Louis 
de Bavière, le Dauphin en confia aussitôt la garde au comte de 
Richemont, qu'il prit pour lieutenant (10 avril) *. 

Il était facile d'exploiter la bienveillance d'un prince aussi 
prodigue que le duc de Guyenne. L'occasion était bonne ; Ri- 
chemont sut en profiter. Il ne refusait au Dauphin aucun ser- 
vice. « Et adonc le duc d'Aquitaine, accompaigné du conte 
de Richemont, estant au Louvre, osta sa femme de la compai- 
gnie de la Royne et la fist mestre à Saint-Gerraain-en-Laye ^. »• 

1. Monstrelet, III, 59, 60, 62, et pièces justif., VI, 164-173. Rellg., V, 403- 
413, 415, 421-437. X>» 8602 fos 296-299 et 300-301. Bourg, de P. 59. Le Fèvre 
de Saint-Remy, I, 205-212. K 57, no 10. — Moreau, 1424, nos 63, 66. D. Plan- 
cher, III, 419-421. Pièces orig. (Orléans, t. VII), n" 496. D. Félibien, I, 
778, 779. 

2. Arrondissement de Rambouillet. 

3. Monstrelet, III, 67, 70. Xi» 8602, f» 300. « Ainsi demoura le duc de 
Guienne fort asseulé du sang royal et ne demora avec lui que le conte 
de Richemont. » (Le Fèvre de Saint-Remy, I, 214.) 

4. Preuves de D. Morice, II, col., 902 et suiv. 

5. Monstrelet, t, III, p. 70. Le Dauphin tenait alors auprès de lui, aa 



IL DONNE PARTHENAY A RICHEMONT (4415) 39 

Il voulait, en l'éloignant ainsi, se livrer, sans contrainte, à son 
goût pour les plaisirs. Jean-sans-Peur fut très irrité de cette 
offense, mais sa fille n'en garda pas un ressentiment implacable 
au comte de Richemont. Quant au Dauphin, il lui prodiguait les 
marques de sa faveur. Non content de l'avoir fait nommer gou- 
verneur du duché de Nemours et lieutenant de la bastille Saint- 
Antoine, il lui donna encore la seigneurie de Parthenay et 
d'autres terres qui venaient d'être enlevées, par confiscation, à 
Jean Larchevêque, un des plus puissants seigneurs du Poitou *. 

Jean II Larchevêque, après avoir pris parti pour les ducs de 
Berry et d'Orléans, en 1410, les avait abandonnés, en 1413, pour 
se joindre aux Bourguignons. Quand Jean-sans-Peur fut vaincu 
et humilié à son tour, ses partisans furent punis avec toute la 
rigueur qu'il avait lui-même montrée auparavant à l'égard des 
Armagnacs. Non seulement Jean Larchevêque se vit enlever sa 
charge de sénéchal du Poitou, mais encore le roi confisqua ses 
terres, pour cause de rébellion et de félonie, par lettres du 6 
mai 1415. Ces biens furent d'abord donnés au duc de Guyenne, 
par lettres du 14 mai suivant, et celui-ci en gratifia aussitôt son 
favori Artur de Bretagne ^ (23 mai 1415). Les domaines des 
Larchevêque comprenaient une grande partie de la Gâtine du 
Poitou, c'est-à-dire les baronies de Parthenay, Secondigny ^, 
Béceleuf *, Coudray-Salbart ^, avec les nombreux fiefs qui en 
dépendaient, et, en outre, d'autres seigneuries, comme Vou- 
vant ®, Merveut ' dans le Bas-Poitou, Ghâtelaillon ^. Richemont 
devenait ainsi possesseur de grands domaines ; mais , avant 
d'en avoir la jouissance incontestée, il lui fallut surmonter bien 
des obstacles ". 

Jean Larchevêque ne se laissa pas dépouiller sans résistance. 
Comme il était puissant, on dut envoyer des troupes contre lui *". 

Louvre, une jeune fille nommé la Gassinelle (Jouv. des U., manuscrit 
Fr., S020, f" 118, v). Guill. Cassinel, père de cette jeune fille, faisait alors 
partie du Conseil du roi {Fr. 25709, n» 721). 

1. Bélisaire Ledain, Hùt. de la ville de Parthenay, Paris, A. Durand, 
1838, in-S", p. 202 et suivantes. 

2. Appendice, XII. 

3. Arrondissement de Parthenay. 

4. Arrondissement de Niort. 

5. Id. 

6. Arrondissement de Fontenay. 
1. Id 

8. Arrondissement de La Rochelle. 

9. Bélisaire Ledain, p. 13 et 14. 

10. Ghron. de J. Raoulet dans le 3« vol. de J. Chartier, édition Vallet de 
V., p. 134. — Richemont était encore à Paris à la fin de mai (Fr. 21405, 
^ 64, et Clair., t. V, f» 91). 



40 RICIIEMONT CAPITAINE GÉNÉRAL (1415) 

Le roi donna le commandement de ces troupes au comte de 
Richemont, avec le titre de capitaine général, en le chargeant 
de réduire à la soumission le sire de Parthenay et ses alliés '. 
Cette petite armée se trouva réunie vers la fin de juin. On y 
remarquait Charles de Mauny et Guillaume de La Forest, che- 
valiers, Guillaume Baron, Jean de Dercé, David Tanac, Jacob du 
Fou et beaucoup d'autres écuyers, dont les noms se retrouvent 
dans les documents de cette époque. Richemont avait hâte de 
partir pour cette expédition qui l'intéressait personnellement, 
car la guerre avec les Anglais était imminente, et la France allait 
avoir besoin de toutes ses forces^. Il s'empara promptement des 
places de Jean Larchevèque ; celle de Vouvant lui fut livrée par 
la femme même de ce seigneur^. Parthenay, qui était une des plus 
fortes villes du Poitou "*, avait été mise en état de défense et 
pouvait résister longtemps. Richemont en faisait le siège, quand 
il fut rappelé par des lettres pressantes du roi et du Dauphin. 
Henri V avait envahi la France (août 1415), pris Harfleur ^, qui 
était alors le principal port de la Normandie ^ (14 septembre), 
et il s'avançait vers Calais. 

Richemont leva aussitôt le siège de Parthenay et se hâta d'al- 
ler rejoindre le duc de Guyenne (octobre 1415). Il emmenait une 
nombreuse compagnie, qui comprenait plus de 500 chevaliers 
ou écuyers bretons, entre autres le sire du Buisson, qui portait 
sa bannière, Bertrand de Montauban, Edouard de Rohan, etc. De 
son côté, le duc de Bretagne marchait, à la tête 10 000 hommes, 
au secours du roi de France, son beau-père, qui était à Rouen, 
avec le Dauphin, le duc deBerry et le duc d'Anjou. Le Dauphin ' 
prit pour lieutenant le comte de Richemont et lui donna le com- 
mandement de ses gens d'armes, ainsi que son enseigne. L'armée 
française, avec le connétable d'Albret, les ducs d'Orléans, de 
Bourbon et d'Alençon le comte de Vendôme, le maréchal de 
Boucicaut % s'avança jusqu'à la Somme, pour y arrêter les An- 
glais, comme avant la bataille de Crécy. Elle se réunit d'abord 
à Abbeville. Parmi les grands seigneurs qui la commandaient, 

1. Append., XIII. 

2. Appendices, XII, XIII. 

3. Xia4791, fos273 v», 274. 

4. Bélis. Ledain, p. 5, 12 et 207, 208. 

5. Arrondissement du Havre. 

6. Monstrelet, III, 83. Bourg, de Paris, 61, 62. Religieux, V, 337-543. 
Gruel, 187. Fenin, 38, Fr. 26040, nos 4989-4991. 

7. Le Dauphin avait été nommé, le 26 avril 1415, lieutenant et capitaine- 
général pour le fait de la guerre (J, 369, n° 22). 

8. Jean le Meingre de Boucicaut, maréchal de France, un des capi- 
taines les plus illustres de cette époque. 



OVASION DE HENRI V (1415) 41 

se trouvait Artur de Bretagne. Il avait enfin l'occasion de com- 
battre, non plus pour un parti, mais pour la France *. 

Henri V passa la Somme, le 19 octobre, sur les ponts de 
Voyennes ^ et de Béthencourt % que les habitants de Saint- 
Quentin n'avaient pas rompus, malgré les ordres du roi. Le len- 
demain, dans un conseil tenu à Rouen, il fut décidé qu'on livre- 
rait bataille aux Anglais, contrairement à l'avis du vieux duc de 
Berry, qui n'avait pas oublié le désastre de Poitiers. Il obtint du 
moins que le roi n'assisterait pas à la bataille. 

Le jeudi 24 octobre, l'armée française se concentra tout en- 
tière près d'Azincourt ■*, où les Anglais devaient passer le lende- 
main, pour aller à Calais. Le roi d'Angleterre s'était logé dans 
le petit village de Maisoncelles, à environ trois portées d'arc des 
Français. Dans la nuit, le duc d'Orléans fit appeler le comte 
de Richemont, et ils allèrent, avec 2000 hommes, jusqu'auprès 
du camp des Anglais. Ceux-ci, craignant une attaque, sortirent 
de leurs retranchements. Une escarmouche s'engagea; mais, 
après avoir fait une simple reconnaissance, le duc d'Orléans et 
Richemont ramenèrent leurs gens au camp. Il n'y eut rien de 
plus cette nuit-là. 

Le lendemain, vendredi 25 octobre, au point du jour, les Fran- 
çais commencèrent à se ranger en bataille. Ils formaient trois 
corps de troupes. Le comte de Richemont était à l'avant-garde, 
avec le connétable d'Albret, les ducs d'Orléans et de Bourbon, 
le comte d'Eu et le maréchal de Boucicaut ^. Ils attendirent les 
Anglais jusque vers dix heures. Le roi d'Angleterre envoya 
200archers, qui, dérobant leur marche par une adroite manœuvre, 
entrèrent à Tramecourt ® et vinrent s'établir dans un pré , tout 
à côté de Tavant-garde française , sans avoir été aperçus. En- 
suite l'armée anglaise s'avança tout entière, en belle ordonnance, 
les archers en avant. Les Français, beaucoup plus nombreux que 
leurs ennemis, les attendaient avec confiance, comptant sur une 
victoire assurée. Les Anglais s'approchèrent en poussant un cri 
terrible, et aussitôt les archers, qui étaient cachés tout près de 
l'avant-garde française, se mirent à lancer des traits. Les autres, 
au nombre d'environ 3000, s'avançaient avec le reste de l'armée 

1. Preuves de D. Morice, II, col. 921. D'Argentré, 729. Le Baud, 450. 
Monstrelet, III, 98. Religieux de Saint-Denis, V, 547. Fr. 25709, n»s 726, 727. 
Clair., t. 17, f 1171. Alain Bouchard, f» 152. 

2. Arrondissement de Péronne. 

3. Id. 

4. Arrondissement de Saint-Pol (Pas de-Calais). 

5. Clair., t. 39, f» 2939. 

6. Arrondissement de Saint-Pol, c. du Parcq, 



4^ BATAILLE d'aziiscourt (141o, 25 octobre) 

anglaise, en tirant du plus loin qu'ils pouvaient, de toutes leurs 
forces. Les Français étaient tellement serrés les uns contre les 
autres, qu'ils pouvaient à peine lever le bras pour frapper. Les 
traits lancés sur cette masse compacte y firent, en peu de temps, 
d'effroyables ravages. Un corps d'élite, composé de 800 hommes 
d'armes à cheval et commandé par l'amiral Clignet de Brebant, 
était charge de rompre les archers anglais; mais 120 hommes 
seulement s'élancèrent avec Guillaume de Saveuse, qui fut aussi- 
tôt précipité à terre et percé de coups. Les autres, incapables de 
gouverner leurs chevaux au milieu d'une grêle de traits, recu- 
lèrent en désordre sur l'avant-garde, la rompirent en plusieurs 
endroits et la refoulèrent dans des terres nouvellement remuées. 
Dès lors, la déroute commença. Ceux qui tinrent pied furent mas- 
sacrés par les archers anglais, qui, jetant- leurs arcs et leurs 
flèches, frappaient avec les épées, les haches, les maillets. Après 
avoir enfoncé Pavant-garde , ils pénétrèrent jusqu'au centre , 
qui fut également rompu. Sur le faux bruit quelesFrançaisavaient 
pris son camp et allaient tomber sur ses troupes par derrière, 
Henri V donna l'ordre de tuer les prisonniers. Sa victoire fut 
complète. Le connélable d'Albret, les ducs d'Alençon, de Bra- 
bant, de Bar et une foule d'autres grands seigneurs périrent dans 
cette funeste journée. Parmi ceux qui gisaient sur cet horrible 
champ de carnage, on trouva le jeune comte de Richemont 
sous un monceau de cadavres. On le reconnut à sa cotte d'armes, 
bien qu'elle fût toute souillée de sang. On le crut mort, mais il 
n'était que blessé, peu grièvement. Il resta prisonnier, avec les 
ducs d'Orléans, de Bourbon, les comtes d'Eu, de Vendôme et le 
maréchal de Boucicaut. Parmi les Bretons de sa compagnie, plu- 
sieurs furent aussi faits prisonniers, Edouard de Rohan, Olivier de 
La Feillée, Jean Giffart et le seigneur du Buisson ; d'autres furent 
tués, comme Jean de Ghâteaugiron, son secrétaire et son tréso- 
rier, Guillaume de La Forest, son maréchal, Bertrand de Mon- 
tauban, Jean de Goetquen, Geoffroy de Malestroit, Guillaume 
Le Veer, etc. *. 

1. Sur la bataille d'Azincourt, voir : Fr. de Kausler, Atlas des balailles, 
Mersebourg, 1839, Atlas, feuille IX. J. de Waurin, édition anglaise de 
W. Hardy, 193, 205-221, 230. Le Bourgeois de Paris, p. 64, 65. Le Fèvre 
de Saint-Remy, I, 240-238, 269. Harris Nicolas, History of the battle of 
Azincourt, London, 1832, in-8», 2» édition, notamment p. 108, 110, 138 et 
les cartes. Walsingham, Ypodigma Neustris, 464-467. Historia Anglic, II, 
311-314. C.-A. Gole, Memorials of Henry the fifth, London, 1858, in-8", 
p. 46, 122, 123. Chronicle of J. Harding (témoin oculaire), Londini, 1543, 
fo 210. Holinshed, Chronicles of England, II, 551. Rolls of Parliament, IV, 
70, 85, 94, 106. J. Stevenson, II, 2» partie, 759. Graftori's chronicle, I, 
518. J. Endell Tyler, Henry of Monmouth, London, 1838, 2 vol. in-S", 11^ 



RICHEMONT PRISONNIER 43 

Le duc de Bretagne apprit bientôt ces tristes nouvelles. Il 
s'était avancé jusqu'à Amiens, avec le désir de prendre part à 
la bataille, bien qu'on lui ait reproché son inaction. Il avait in- 
sisté pour qu'on acceptât aussi le secours de Jean-sans-Peur, 
qui voulait venir; mais les Armagnacs n'y avaient point con- 
senti. Quoi qu'il en soit, on ne peut que maudire encore les 
funestes rivalités dont les conséquences se faisaient si cruelle- 
ment sentir ^ Les troupes des ducs de Bretagne et de Bour- 
gogne auraient peut être empêché le désastre d'Azincourt, et 
même, à en croire un auteur breton ^, les Anglais ont avoué 
qu'ils auraient abandonné le champ de bataille si, épuisés 
comme ils l'étaient, ils avaient eu à combattre de nouveaux 
ennemis. 

Richemontfut « mené au roi d'Angleterre, qui fut plus joyeux 
de sa prinse que de nul des autres, car il avoit ja oye la rumeur 
de luy et creoit (aussi font tous Anglois) les prophéties de Mer- 
lin, qui dient, ainsi qu'ils trouvent en leurs escripts, qu'un prince 
nommé Artur, né de la Bretagne armoricane, portant un sangler 
en son enseigne, si comme faisoit ledit comte de Richemont, 
doibt conquérir Angleterre, et, après ce qu'il en aura débouté la 
génération des Anglois, la repeuplera du lignage breton ^ » Ce 
serait pour ce motif que, du vivant de Henri V, on ne put jamais 
obtenir le rachat du comte de Richemont ^. 

Sans attacher autant d'importance à cette tradition et à l'effet 
qu'elle avait pu produire sur l'esprit de Henri V, on remarquera 
que ce prince ne voulut jamais consentir à la libération définitive 
de son captif. Ainsi Richemont perdit la haute situation qu'il 
occupait déjà, malgré sa jeunesse, à la cour de France. Sa car- 
rière, si brillamment commencée, allait être interrompue par 
une longue captivité. Il n'avait encore que vingt-deux ans. 

163 et suiv. P. Fenin, 62-66. Religieux de Saint-Denis, V, 553-571, 573-581. 
Monstrelet, III, 95, 120. Berry, 430. Jouv. des U., 312-314. Gruel, 187, 188. 
Cagny, f° 80 v°. A. Cliampollion, Lettres des rois, II, 338. H. Vaudenbroeck, 
Consaux, I, 124. E. Hardy, Origines de la tactique française, Dumaine, 
1879, in-8°, t. I, 467-476. 

1. Jouv. des U., p. 297-300 et 308-310. JJ 160, f» 1. Toutefois beaucoup 
de seigneurs bourguignons combattirent à Azincourt. Deux fils de Phi- 
lippe-le-Hardi, Antoine, duc de Brabant et Philippe, comte de Nevers, y 
furent tués. Quant à Jeaa-sans-Peur, il resta en relations avec Henri V 
pendant cette désastreuse campagne (de Beaucourt, Charles Vtl, I, 
134-137). 

2. Le Baud, p. 451. P. Fenin, 66, Monstrelet, III, 102. 

3. Le Band, p. 451. 

4. D'Argentré, p. 730. 



DEUXIEME PARTIE 

LA CAPTIVITÉ ET LA DÉLIVRANCE 
1415-1425 



CHAPITRE PREMIER 

LA CAPTIVITÉ DE RIGHEMONT (1415-1422) 

Artiir en Angleterre. — Il revoit sa mère. — Guerre contre J. Larchc- 
vêque. — Convention d'Angers. — Invasion de Henri V en France. — 
Massacre des Armagnacs. — Artur vient en France. — Assassinat de 
Jean-sans-Peur. — Emprisonnement de Jeanne de Navarre. — Richemont 
retourne en Angleterre. — Jean V s'allie avec Philippc-le-Bon. — Il est 
arrêté par les Pentliièvre. — La duchesse de Bretagne demande la déli- 
vrance de Richemont. — Traité de Troyes. — Traité de Corbeil. — 
Richemont revient en France. — Condamnation des Penthièvre. — 
Artur reçoit de Henri V le comté dTvry. — Bataille de Baugé. — Jean V 
s'allie avec le Dauphin. — Richemont ramène Jean V à l'alliance anglaise. 

— Il va avec Henri V à Meaux et à Paris. — Il retourne en Bretagne. 

— Il songe à épouser la duchesse de Guyenne. — II fait accepter à Jean V 
le traité de Troyes. — Mort de Henri V. — Situation d' Artur. — Mort 
de Charles VI. — Avènement de Henri VI et de Charles VII. 

Après la bataille d'Azincourt, Henri V se rendit à Calais, où il 
séjourna jusque vers le milieu de novembre. Richemont vit 
arriver dans cette ville plusieurs seigneurs français, notamment 
L. d'Estouteville et Raoul de Gaucourt, qui avaient défendu 
Harfleur et qui venaient, fidèles à leurs engagements, se consti- 
tuer prisonniers. Le roi d'Angleterre partit de Calais, le 16 no- 
vembre, avec ses captifs, par une sombre et triste journée. Ils 
débarquèrent à Douvres au milieu d'une tempête de neige. Sept 
jours après, ils arrivaient à Londres, où se trouvait Jeanne de 
Navarre, veuve du roi Henri IV et mère de Richemont *. 

1. Monstrelet, II, 82, 94, 111, 123. Elmhami liber metricus de Henrico Quinto, 
ap. Ch.-A. Cole {Memorials of Henry the fifth), p. 112, 113, 124. Ypodigma 



46 RICHEMONT CAPTIF EN ANGLETERRE 

Henri V était irrité contre Artur de Bretagne, qui avait com- 
battu dans les rangs de ses ennemis. Il se plaignait aussi de son 
frère Jean V, qui, au lieu d'observer une stricte neutralité, n'avait 
pas empêché les Bretons de servir la France et avait même offert 
de se joindre aux Français avantla bataille d'Azincourt. Jusqu'ici, 
Henri V avait néanmoins traité sa belle-mère avec déférence. La 
journée d'Azincourt fut, pour Jeanne de Navarre, le commence- 
ment de cruelles épreuves. Son gendre, le duc d'Alençon, qui 
avait frappé Henri V dans la mêlée, avait été tué; son fils Artur 
était prisonnier. Malgré son chagrin, elle avait dû aller, en pro- 
cession solennelle, à Wetminster, rendre grâces à Dieu, pour une 
victoire qui la blessait dans ses plus chères affections *. 

Quand elle apprit que son fils était à Londres, elle obtint laper- 
mission de le voir. Ily avait bientôt treize ans qu'elle était séparée 
de lui. Elle voulut l'éprouver et savoir si, après cette longue sépa- 
ration, il reconnaîtrait encore sa mère. Au moment de l'entrevue, 
elle mit à sa place une de ses dames d'honneur, qu'elle chargea 
de le recevoir, et se confondit elle-même parmi les autres. Bientôt 
les gardes amenèrent le comte de Richemont. H alla s'incliner 
devant celle des dames qu'il prit pour la reine, croyant saluer sa 
mère. Elle s'entretint quelques instants avec lui sans qu'il soup- 
çonnât la supercherie, puis elle lui dit d'aller saluer les autres 
dames. La reine, quand il s'arrêta devant elle, ne put contenir 
davantage son émotion. « Mauvais fils, ne me reconnaissez-vous 
pas, » dit-elle en versant des larmes? A ces mots, à cette vue, 
Richemont, saisi d'attendrissement, embrassa en pleurant sa 
pauvre mère, et ils échangèrent les plus affectueuses caresses *. 

Le bonheur de retrouver sa mère apporta un adoucissement 
à sa captivité. Elle lui donna des habits et mille pièces d'or, qu'il 
partagea généreusement avec ses compagnons et avec ses gar- 
diens; mais, dans la suite, il ne put la voir autant qu'il le dési- 
rait. Henri V était vindicatif; il ne permit pas souvent ces en- 
trevues du fils et de la mère, comme s'il eût voulu les punir 
l'un et l'autre de leur sympathie pour la France. D'ailleurs 
Artur de Bretagne et les autres captifs les plus illustres ne trou- 
vèrent pas, à ce qu'il semble, auprès de Henri V, ces égards, 
cette courtoisie, ces distractions qui jadis avaient charmé la 
captivité du roi Jean à la cour d'Edouard HL Le comte de Riche- 
mont ne put conserver qu'un seul valet de chambre, nommé 

Neustrise, p. 459, 461, 467, et Historia Anglic, p. 307-309, 314. B. Williams, 
Henrici V gesta. London, 1850, in-8, p. 58-60. Gruel, 188. Bullet. de la 
Soc. de l'HisL de France, t. Il (1835), p. 260. 

1. A. Strickland, t. TU, 96-98, et suiv. 

2. Gruel, 188. 



ÉVÉNEMENTS DE FRANCE (1415-1416) 47 

Janin Gatuyt. Put-il du moins rester avec ses compagnons d'in- 
fortune et tromper ainsi les ennuis d'une inaction forcée, qui 
devait peser à sa jeunesse? On l'ignore, car son biographe se 
borne à dire qu'il demeura prisonnier jusqu'en 1420. Depuis le 
15 juin 1418 jusqu'au 27 février 1420, il fut, ainsi que le comte 
d'Eu et le tnaréchal de Boucicaut, sous la garde de Th. Burton ; 
mais on ne voit pas s'il leur était permis de vivre en commun 
ou, du moins, d'avoir des relations fréquentes. Ils furent détenus 
dans le château de Fotheringay, où devait languir Marie Stuart '. 

Pendant la captivité de Richemont s'accomplirent, en France, 
des événements qui durent augmenter encore sa peine. Le dau- 
phin Louis mourut le 18 décembre 1415, à l'âge de dix-huit ans. 
Ce jeune prince ne méritait pas de vives sympathies ; mais il 
avait été le bienfaiteur, l'ami de Richemont ^. Six mois après, le 
vieux duc de Berry mourut aussi, le 15 juin 1416 ^. Ce fut un 
nouveau deuil pour Artur de Bretagne, qu'il avait toujours 
traité comme un fils. 

Il éprouvait, en outre, la contrariété de ne pouvoir défendre 
lui-même ses intérêts, gravement compromis par son absence 
et par la mort de ses plus puissants protecteurs. Obligé de quit- 
ter la Gàtine avant d'avoir soumis J. Larchevêque, il avait 
laissé des troupes dans les places qu'il avait occupées, sous le 
commandement de son frère Richard de Bretagne; mais J. Lar- 
chevêque, appuyé sur Parthenay, résistait avec succès. Pour 
mettre fin à une guerre qui désolait la Gâtine, une convention 
fut conclue entre Charles VI et Jean Larchevêque (12 août 1416). 
Celui-ci recouvra ses biens confisqués en 1415, mais à condition 
de les vendre au roi et au dauphin pour 141 000 écus d'or, en 
se réservant toutefois l'usufruit. Le roi s'engageait, de son côté, 
à lui faire rendre les places occupées par les gens du comte de 
Richemont *. 

A vrai dire, il n'y avait là qu'une de ces mesures d'apaise- 
ment dont les Armagnacs avaient eux-mêmes bénéficié pendant 
les vicissitudes des guerres civiles; mais Artur de Bretagne n'en 
fut pas moins irrité qu'on profitât de son absence pour le dé- 
pouiller, sans compensation. Il protesta; il invoqua les droits 
que lui conféraient les lettres de mai 1415; il maintint ses gar- 
nisons dans les places qu'elles occupaient, et la guerre continua 

1. Proceedings, t. III, 119,120, 132. Insues of the Exchequer, p. 338, 339. 

2. Religieux de Saint-Denis, V, 588. Monstrelet, III, 131, dit que « fut 
commune renommée qu'il avait été empoisonné. » D. Félibien, IV, 560, 
361. Le Bourgeois de Paris, 66,67. 

3. Monstrelet, III, 145. 

4. Bel, Ledain, Hist. de Parthenay, p. 209, 210, 214, 213. 



48 GUERRE CONTRE J. LARCHEVÊQUE (1416) 

dans la Gâtine, malgré l'inlervenlion de commissaires royaux, 
chargés de faire cesser les hostilités '. Le pays fut cruellement 
ravagé par les Bretons de Richemont et par les Picards que le 
duc de Bourgogne avait envoyés au secours de J. Larchevéque^. 
Ces derniers ayant pris, saccagé et brûlé le château de la 
Roche-Faton (près de Parthenay), de nouvelles plaintes s'éle- 
vèrent contre ces dévastations. Le dauphin Charles ^, comte de 
Poitou, se trouvait alors dans l'Ouest. Il réunit à Saumur les 
Etats du Poitou, au mois de juin 1417. Les députés de Poitiers 
« furent chargés d'exposer au prince les maux infinis que ces 
pilleries et roberies causaient aux populations et de le supplier 
d'y porter un remède prompt et efficace "* ». 

Celte affaire présentait plus de difficultés qu'elle n'en parait 
comporter de prime abord . Elle se rattachait à cette intermi- 
nable lutte des Armagnacs et des Bourguignons, qui, aux 
périls de la guerre étrangère, ajoutait ceux des discordes ci- 
viles. Jean Larchevêque, encouragé, soutenu par le duc de Bour- 
gogne, avait tout intérêt à s'en tenir à la convention du 12 août 
1416, qu'il n'avait point refusé d'exécuter. Pour le satisfaire, 
il fallait donc sacrifier le comte de Richemont. Le nouveau 
dauphin Charles, qui n'avait pas encore quinze ans, n'était pas 
en état de résoudre cette question ; mais il était habilement 
dirigé par sa belle-mère Yolande d'Aragon, tandis que le comte 
d'Armagnac, devenu connétable, exerçait le pouvoir à Paris. 

Veuve du roi de Sicile, Louis II d'Anjou ^ Yolande consacrait 
aux intérêts de ses enfants une active sollicitude et toutes les 
ressources d'un esprit supérieur. Elle négociait alors le mariage 
de son fils aîné, Louis III d'Anjou, avec Isabelle, fille aînée du 
duc de Bretagne. Elle profita de cette circonstance pour oble- 

1. Lettres du 10 septembre 1416, par lesquelles le roi ordonne à L. d'Am- 
boise, à Guill. Thoreau, à Guill. de Luce d'aller en Poitou, pour y faire 
cesser les hostilités entre le sire de Parthenay et ses adversaires {Arch. 
de la Loire-Inf., cass. 38, E, 104.) 

2. Bel. Ledain, p. 211. 

3. Son frère Jean, duc de Touraine, 2» dauphin, était mort à Compiègne 
le 5 avril 1417. Monstrelet prétend qu'il fut aussi empoisonné, comme le 
duc de Guienne (III, 168), et P. Fenin (p. 70) exprime le même soupçon. 
Les écrivains bourguignons ont sans doute accrédité ce bruit. (Vallet 
de V., Hist. de Charles VU, t. I, 24; de Beaucourt, Hist. de Charles VU, 
t. I, 20-22.) 

4. Bel. Ledain, Hist. de Parthenay, p. 211. 

5. Louis II d'Anjou, roi de Sicile, mourut le 29 avril 1417. Il avait 
épousé en 1400 Yolande d'Aragon, fille de Jean I""", roi d'Aragon. Leurs 
enfants étaient Louis III, René, Charles (comte du Maine), Marie (femme 
de Charles VII) et Yolande, qui épousa François de Bretagne, fils aîné de 
Jean V et neveu de Richemont (Anselme, I, 231, 232, 235). 



CONVENTION d'angers (1417) 49 

nir de Richemont, par l'entremise de Jean V, les concessions 
dont on avait besoin *. Artur consentit à traiter avec le Dauphin 
et donna pleins pouvoirs au duc, son frère. Par une convention 
conclue le 2 juillet 1417, à Angers, entre le Dauphin et Jean V, 
il fut stipulé que Richemont garderait en toute propriété la sei- 
gneurie de Châtelaillon, mais qu'il renoncerait à tous les autres 
domaines confisqués sur J. Larchevèque en 1415; qu'il retirerait 
ses garnisons des forteresses où elles étaient et que le sire de 
Pouzauges en prendrait possession, au nom du roi ou du Dau- 
phin, excepté les places de Mervent et de Goudray-Salbart, pour 
lesquelles le statu quo était maintenu; enfin qu'une amnistie 
pleine et entière serait accordée aux partisans du comte de Ri- 
chemont et de son frère Richard, ainsi qu'à leurs adversaires. 
Toutefois J. Larchevèque, considéré comme rebelle, de même 
que le duc de Bourgogne, fut exclu de celte amnistie. Il résista 
aux troupes du roi et ne posa les armes qu'au mois d'août, 
quand Jean-sans-Peur eut lui-même fait la paix avec le Dauphin 
(traité de Pouilly, 11-19 juillet 1419). Le sire de Parthenay 
obtint des conditions honorables, pour lui et pour ses partisans 
(31 août). Après l'assassinat de Jean-sans-Peur, il ne persévéra 
pas dans son attachement au parti bourguignon; il confirma 
même, par un nouveau contrat du 19 novembre 1419, la vente 
de ses domaines au Dauphin ^. 

En ce qui concernait Richemont, cette afi'aire semblait défini- 
tivement réglée par la convention du 2 juillet 1417, mais elle 
était loin de toucher à sa fin. Des événements qui intéressaient 
à d'autres titres le captif s'accomplirent à cette époque. Le 
3 juillet 1417 fut stipulé, à Angers, le mariage de sa nièce Isa- 
belle avec Louis d'Anjou ^. Ces relations, qui rapprochaient plus 
intimement les maisons de Bretagne et d'Anjou, ne devaient pas 
être sans influence sur la destinée de Richemont. Dans la suite, 
Yolande et ses enfants furent pour lui de précieux auxiliaires. 

Vers la même époque, Henri V fit une nouvelle expédition en 
France, et, s'il faut en croire le témoignage de Le Baud ^, il avait 

1. De Beaucourt, Hist. de Charles Vif, I, 70. 

2. Bel. Ledaim, Hist. de Parthenaij, 212-221. Le principal épisode de celte 
guerre fut le siège de Parthenay par le comte de Vertus, Phil. d'Orléans, 
■qui commandait l'armée royale (mai-septembre 1419). Gousinot, 176. J, 183, 
n» 135. J 186, n» 86, f 15. Fr. 21405, f» 90. 

3. Les fiancés étant encore enfants, le mariage ne devait avoir lieu que 
plus tard, mais il ne se ût pas, et Isabeau de Bretagne épousa, le le octo- 
bre 1430, Guy de Laval. (D. Morice, I, 463, et Preuves, II, col. 947. Anselme, 
I, 456, 457. Arch. de la Loire-Inf., cass. 4, E, 10, et cass. 76, E, 179, avec 
la signature de Yolande.) 

4. Le Baud, p. 452, 455. — Ce témoignage unique n'est pas probant. Aucun 

RiCHKMONT. i 



50 INVASION DE HENRI V (1417) 

amené son prisonnier avec lui. Richemont aurait donc assisté^ 
spectateur forcé, à cette campagne, pendant laquelle les Anglais 
s'enfoncèrent plus profondément au cœur de la France; il aurait 
été témoin de l'horrible carnage et des exécutions qui signalèrent 
la prise de Gaen par Henri V (4 septembre 1417). Le duc de Bi-e- 
tagne, voyant les Anglais maîtres du Gotentin, craignit pour ses 
Etats. Il conclut une trêve avec le roi d'Angleterre et prit l'en- 
gagement de rappeler tous les Bretons qui étaient au service de 
la France (16 novembre) '. Par son entremise, le jeune duc d'An- 
jou et sa mère firent, le même jour, une trêve semblable pour 
le Maine et l'Anjou, avec la permission du roi ^. 

La France, ainsi abandonnée de tous, envahie par les Anglais, 
était encore attaquée par le duc de Bourgogne. Depuis la bataille 
d'Azincourt^ le duc de Bretagne avait essayé plusieurs fois de le 
réconcilier avec le Dauphin et avec les Armagnacs, qui gouver- 
naient en son nom. Après avoir enlevé, à Marmoutier ', Isabeau 
de Bavière, qui s'alliait maintenant avec lui, pour échapper au 
joug du connétable d'Armagnac (2 novembre 1417), Jean-sans- 
Peur, opposant la reine au Dauphin, continua la guerre. Alors 
Richemont put voir se creuser de plus en plus l'abîme où la 
France allait s'engloutir. Les Bourguignons entrèrent à Paris, 
dans la nuit du 28 au 29 mai 1418, et massacrèrent les Arma- 
gnacs. Il y eut dès l(jrs deux gouvernements, celui du Dauphin 
et celui de Jean-sans-Peur. Bientôt Henri V s'empara de Rouen 
(19 janvier 1419) et continua la conquête de la Normandie *. 
Jamais la France n'avait couru de si grands périls. 

Le duc de Bretagne, qui jouait le rôle de médiateur entre le 
Dauphin, le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre ^, alla trou- 
ver ce prince à Rouen, vers la fin de février. Il conclut avec lui 
une trêve pour la Bretagne (19 mars) et travailla, sans grand 
succès, au rétablissement de la paix générale ^. Il profita de ses- 

document ne le confirme. D. Morice (I, 463) et D. Lobineau n'en ont tenu 
aucun compte, — Walsingham, Hisloria anglic., II, 321, et Monstrelet, III, 
188, n'en parlent pas davantage. 

1. Rymer, IV, 3^ partie, 24, 25. Toutefois le duc de Bretagne permit 
encore à ses sujets d'aller servir le Dauphin, et beaucoup de compagnies 
bretonnes firent montre à Chinon, à Bourges, à Poitiers, aux ordres du 
Dauphin. (D. Morice, I, 463). 

2. Rymer, IV, 3^ partie, 23, 24. Autorisation donnée, à Paris, "par le roi, 
le 10 novembre 1417 {Arch. de la Loire-Inf., cass. 76, E, 177). 

3. Près de Tours. 

4. Monstrelet, III, 260, 283. Fenin, p. 90. 

5. K 60, nos 10, 12. X»» 8603, fos 36-43. — De Beaucourt, Charles VII, 
t. r, 77, 103, 109, 295, 443. 

6. D. Lobineau, I, 336, et t. II, col. 927. D. Morice, I, 470. De Beaucourt,. 
I, 293, 296. — Archives de la Loire-Inf,, cass. 47, E, 121. 



AUTUR VIENT EN FRANCE (1419) 51 

entrevues avec Henri V pour lui parler aussi de son frère Artur, 
qui aspirait ardennment à redevenir libre *. Le roi d'Angleterre 
tenait trop à gagner l'alliance de la Bretagne ^ pour opposer 
à Jean V un refus absolu. Il permit donc à Richemont de venir 
en Normandie, avec Gh. d'Artois, comte d'Eu, pour traiter de 
sa rançon. Dès la fin d'avril, les deux captifs étaient prêts à 
quitter l'Angleterre ^ mais c'est seulement vers le 20 août qu'ils 
partirent de Southampton pour Harfleur, où ils espéraient ren- 
contrer Henri V. 

Combien de temps Richemont resta-t-il en France? Alla-t-il 
en Bretagne? Quels furent ses pourparlers avec Henri V? Il sem- 
ble impossible de répondre à ces questions, mais on peut du 
moins affirmer qu'il n'obtint pas sa liberté. Des événements qui 
l'intéressaient à plus d'un titre s'accomplissaient alors en France. 
Les Anglais, après avoir pris Avranches et Pontorson, avaient, 
malgré la trêve, fait des courses en Bretagne. Jean V dut rap- 
peler les troupes qu'il avait envoyées, avec son frère Richard, 
dans le Poitou, seconder celles du Dauphin contre J. Larche- 
vêque, toujours soutenu par le duc de Bourgogne *. Cette 
nouvelle guerre, suspendue par le traité de Pouilly & (11 juillet), 
fut terminée par celui de Parthenay-le-Vieux (31 août). En ce 
qui concerne Richemont, il n'y eut par là rien de changé à la 
convention d'Angers du 2 juillet 1417 ^ Il est probable qu'il était 
encore en France quand, après des négociations, auxquelles 
avait participé le duc de Bretagne, Jean-sans-Peur fut assassiné 

1. 11 ea était de même pour les autres captifs. Dès 1417, L, de Bourbon, 
comte de Vendôme, avait traité avec Henri V et donné comme garants les 
ducs d'Orléans et de Bourbon, et le comte de Richemont; mais Henri V 
exigea une fançon trop forte (Rymer, IV, 2« partie, p. 196; J. Stevenson, 
t. II, 2« partie, p. 377). Pour le duc d'Orléans, voir K 64, n»» 37'', 37*. 

2. Le 12 mars, Henri V, sur la demande du Dauphin, accorde un sauf- 
conduit à Simon Vernis, envoyé par le duc de Bretagne à son frère Artur, 
en Angleterre (Rymer, IV, 3" partie, 90). Le 9 mars, sauf-conduit pour 
deux envoyés qui vont vers le comte d'Eu. En même temps, le Dauphin 
négociait avec Henri V {Idem, 97, 98). 

3. Ils étaient alors, avec le maréchal de Boucicaut, à Fotheringay, sous 
la garde de s. Th. Burton {Issues of the Exchequer, p. 338, 359, 379; 
J. Stevenson, I, 392-394). Avant le 3 mai, ils déclarent qu'ils vont aller 
trouver Henri V en Normandie, pour traiter de leurs rançons (Delpit, 
Doc, français qui sont en Angletetre, p. 226). Ils partirent vers le 20 août 
de Southampton {Issues of the Exch., p. 360, 361). 

4. D. Lobineau, I, 336; II, col. 905. D. Morice, I, 470, 471. Le Fèvre de 
Saint-Remy, I, 370 et suiv. 

5. Près de Melun (le Bourg, de Paris, 126). Voir ci-dessus, p. 49. 

6. B. Ledain, Hist, de Parthenay, p. 214-220. Moreau, 1425, nos 77a, b.^ 78, 
79. X'» 8604, fos 38, 39. De Beaucourt, I, 143-152. Arch. du mitiislère des 
aff. étr., t. 20, f- 308 v». JJ 171, fos 90 V, 92, 94. Le Bourgeois de Paris, 126. 



52 ASSASSINAT DE JEAN-SANS-PEUR (1419) 

sur le pont de Montereau * par les conseillers du Dauphin 
(10 septembre). Prémédité ou non par les Armagnacs, ce crime 
aggrava la situation déjà si triste de la France. Le nouveau duc 
de Bourgogne, Philippe-le-Bon, voulut venger son père, dût-il 
livrer aux Anglais le royaume de ses ancêtres ^ 

En présence de ce danger, le Dauphin et ses conseillers de- 
mandèrent des secours en Espagne, en Ecosse, en Bretagne. Ils 
comptaient sur Jean V, mais celui-ci ne voulut pas envoyer de 
troupes à son beau-frère, soit que le crime de Montereau eût 
excité son indignation, soit qu'il redoutât le duc de Bourgogne 
et le roi d'Angleterre, unis maintenant par une étroite alliance '. 
Les Anglais menaçaient toujours la Bretagne. Pour comble de 
malheur, le duc apprenait alors que sa mère, Jeanne de Navarre, 
accusée d'avoir eu recours à des maléfices, dans le but de nuire 
à son beau-fils Henri V, avait été emprisonnée. Comme son père, 
Gharles-le-Mauvais, elle passait pour pratiquer la sorcellerie. A 
cette époque, une accusation de ce genre, si peu fondée qu'elle 
fût, était toujours dangereuse *. Jean V envoya l'évêque de 
Nantes, J. de Maleslroit, avec une ambassade auprès du roi d'An- 
gleterre, pour solliciter la mise en liberté de sa mère ^. Ce n'était 
donc pas le moment d'irriter Henri V en s'alliant contre lui avec 
le Dauphin. Quant à Richemont, on ne sait quelle fut son atti- 
tude dans ces circonstances difficiles. Il était peut-être retourné 
déjà en Angleterre, où on le retrouvera bientôt ^. 

Jean Louvet, Pierre Frotier, Tanguy du Ghastel, Guillaume 
d'Avaugour, hommes déterminés et peu scrupuleux, étaient alors 
les principaux conseillers du régent. Tandis qu'ils, cherchaient 
de tous côtés des secours, le duc de Bourgogne envoyait des 
mandements royaux qui défendaient de donner aide ou conseil 
au Dauphin et qui ordonnaient même de lui résister. On dit que 
la reine Isabeau aurait alors écrit au duc de Bretagne, son 

1. Montereau-faut-Yonne, arrondissement de Fontainebleau. 

2. Sur l'assassinat de Jean-sans-Peur, voir de Beaucourt, Hist. de Char- 
les VU, t. I, eh. V, p. 159-178; t. II, 631-658. Moreau, 1425, nos 82-86. — 
23 décembre 1419, traité entre Henri V et le duc de Bourgogne. (Moreau, 
nos 91^ 92. Xia 8604, f» 41 v». Voir aussi f» 45 et suiv. X»» 8603, fos 55, 56. 
59-61. K 60, no 15.) 

3. D. Morice, I, 472. D. Lobineau, I, 540. 

4. Agnès Strickland, t. III, 101. — Walsingham, Historia anglic, t. II, 
p. 331. — Issues ofthe Exch., p. 362. 

5. D. Morice, t. I, 473. 

6. Un document classé à tort parmi ceux de 1419, dans les Preuves de 
l'hist. de Bretagne (II, col. 995-997), pourrait faire croire que le duc de 
Bretagne eut, après le crime de Montereau, une entrevue à Saumur avec 
le Dauphin, et que Richemont y assistait; mais cette pièce se rapporte aux 
conférences de Saumur en 1425, 



ARRESTATION ET CAPTIVITÉ DE JEAN V (1420) 53 

gendre, pour le dissuader de secourir son fils. Quoi qu'il en soit, 
Jean V ne voulut pas se déclarer pour le régent contre le duc 
de Bourgogne *. Les Armagnacs, irrités, ourdirent alors un com- 
plot avec les Penthièvre contre le duc de Bretagne, pour lui 
opposer Olivier de Blois, petit-fils de Charles de Blois, le com- 
pétiteur de Jean de Montfort. Jean de Blois, seigneur de Laigle, 
frère d'Olivier, était auprès du Dauphin. Les conseillers du jeune 
prince promirent aux Penthièvre de les soutenir, s'ils parve- 
naient à s'emparer de Jean V, et le Dauphin les y aurait même 
autorisés par lettres scellées de son sceau ^ 

La vieille Marguerite de Glisson, qui haïssait toujours les Mont- 
fort, stimula son fils Olivier avec son énergie habituelle et pré- 
para le guet-apens où elle voulait attirer Jean V. Cela était d'au- 
tant plus facile que la réconciliation entre les Montfort et les 
Penthièvre semblait alors complète. Le duc de Bretagne, invité 
par Olivier de Blois et par sa mère à une fête au château de 
Ghamptoceaux ^, fut arrêté traîtreusement, avec son frère Ri- 
chard, par le comte de Penthièvre et Ch. d'Avangour *, le 13 fé- 
vrier 1420. Quelques semaines après, le Dauphin, qui était alors 
à Carcassonne, écrivait à Jean, comte de Penthièvre, et à son 
frère Charles, pour leur recommander de bien garder le duc de 
Bretagne et Richard (16 mars 1420) ^ 

Cet événement, qui coïncide avec l'époque la plus sombre de 
notre histoire, marque une nouvelle phase dans la vie de Riche- 
mont. Ses deux frères captifs, leur héritage menacé, c'était à lui 
qu'il appartenait de prendre en mains leurs intérêts communs, 
de punir les Penthièvre et de délivrer les prisonniers ; mais, captif 
lui-même, que pouvait-il faire ? Cette difficulté ne découragea 
pas sa belle-sœur, la duchesse de Bretagne, qui, comme autrefois 
Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort, montra un courage 

1. Monstrelet, t. III, p. 357-3S8. Vallet de V., Hist. de Charles VU, t. I, 
p. 190. Jean V conclut même un traité avec Phllippe-le-Bon, le 9 décembre 
1419 (de Beaucourt, I, 202, note 2). 

2. Monstrelet, IV, 29. D. Morice, t. I, 473. Le Baud, p. 453. D'Argentré, 
p. 736. Vallet de V., Ilist. de Charles VII, t. I, p 140, 197. De Beaucourt, 
Hist. de Charles VII, I, 202 et suiv. Charles VI accusa lui-même le Dau- 
phin de complicité avec les Penthièvre; mais ce pauvre roi était alors 
entre les mains des Anglais, qui voulaient brouiller Jean V avec le Dauphin, 
et cette accusation a ici fort peu de valeur (voy. Append. XYII). En tout 
cas, il semble certain que le Dauphin se déclara plus tard contre les cou- 
pables et les traita comme tels (X»» 9200, fos 269 v», 270). 

3. Arrondissement de Cholet. 

4. Monstrelet, IV, 29-31. D. Morice, I, 473, et Preuves, II, col. 998-1003, 
1070-1080. Arch. du min. des aff. étr., t. II, France, à 1420 (non paginé). 
Ch. de Blois, seigneur^d'Avangour, frère d'Olivier de Blois. 

5. Voy. Append. XIV. 



54 OÎN DEMANDE LA DÉLIVRANCE d'ARTUR (1420) 

tout viril, tandis que Jean V s'abaissait aux prières et deman- 
dait qu'on lui laissât la vie, même au prix de sa couronne '. La 
duchesse convoqua les Etats de Bretagne à Vannes, se présenta 
au milieu d'eux, avec ses jeunes enfants, François et Pierre, 
toucha l'assemblée par ses larmes et la conjura de prendre au 
plus tôt les mesures nécessaires pour délivrer les captifs. En 
même temps, elle envoyait une ambassade au Dauphin, son frère *, 
pour lui demander s'il avait autorisé le crime des Penlhièvre; 
elle obtenait, par l'influence de Tanguy du Ghastel , qull ne 
leur donnât plus de secours; elle leur faisait une rude guerre, 
grâce au dévouement des seigneurs bretons fidèles à leur duc. 
Dans la séance du 23 février 1420, les Elats décidèrent, d'un 
commun accord, qu'on poursuivrait la délivrance du comte de 
Richemont avec toute la diUgence et par toutes les voies possi- 
bles ^. Il fallait un chef qui, par son rang, sinon par ses talents, 
pût commander à tous, sans conteste. La duchesse écrivit plu- 
sieurs fois au roi d'Angleterre, et lui envoya des ambassadeurs 
pour le prier de consentir à la délivrance de son beau-frère, le 
comte de Richemont, ou, tout au moins, « de le prêter pour un 
temps à elle et au pays de Bretagne. » Ainsi, dit-elle, dans sa 
lettre du 5 avril 1420, « vous me alégerez fort de ma trislaicie 
et doleur et espoir me garderez de mort, car, par ce, je aure 
espérance a brief recovrer la personne de mondit seigneur et 
espoux, et, en outre, ferez audit paiis un tel plaisir qu'il ne sera 
jamais oubliz. » La fille de Charles VI en était réduite à implo- 
rer l'assistance d'un roi ennemi, qui combattait le Dauphin, son 
frère, pour lui enlever son héritage ''. 

Le 26 mars, Henri V avait déjà fait aux précédentes lettres de 
la duchesse une réponse obligeante. Il se montrait disposé à né- 
gocier avec ses envoyés ^, mais il traîna les choses en longueur. 
Richemont écrivit aussi à Henri V, le 12 avril. Il pria le roi 
de permettre qu'il allât vers lui pour traiter de sa délivrance. 
« Et, si Dieux plaist, dit-il, quand je seray par devers vous, je 
feray tant, mon honneur gai^dé, que vous devrez être content; en 
vous suppliant avoir mondit seigneur et frère pour recommand 

1. D. Morice, I, 475. 

2 En mars, Adam de Cambray est envoyé par le Dauphin en Bretagne 
(aair., 24, MTSSj. 

3. D. Morice, I, 476, et Preuves, II, col. 1001. Monstrelet, IV, 32. Montres 
des troupes levées pour délivrer Jean V, col. 1008-1016. 

4. Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1016-1017. Rymer, IV, 3« partie, 
163-164. Moreau, 704 (Bréquigny, 80), f» 159. 

5. Voy. la lettre de J. Le Brun, secrétaire du duc de Bretagne, à Henri V, 
dans Moreau, 704 (Bréquigny, 80), P^ 182 et 187, et dans Champollion-F. 
{Lettres des rois, II, 381). 



résista:sce de henri v 55 

€t en desplaisance la mauvaise traison qui li a esté faitte... 
Vostre humble parent et prinsonnier : Le conte de Richemont 
Artur. » 

Le lendemain, il écrivit au dauphin Charles, pour le prier de 
punir « celui de Painthèvre », dans le cas où il serait en sa puis- 
sance. Il invoquait « la proximité de lignaige » qui unissait le 
régent aux duc de Bretagne et à ses frères '. Il est probable que 
le Dauphin répondit à cette lettre. Quant à Henri V, malgré toutes 
les solUcitations, il ne voulut pas consentir au rachat de Riche- 
mont, non pas, comme le dit d'Argentré, à cause des prophéties 
de Merlin, « qui lui donnaient peur de cet homme ^ », mais parce 
qu'il voulait, en gardant ce précieux otage, s'assurer la neutra- 
lité, sinon l'alliance de la Bretagne. Peut-être aussi les accusa- 
tions dirigées contre Jeanne de Navarre avaient-elles indisposé 
Henri V contre son fils, en lui faisant supposer qu'ir n'était pas 
étranger à ses prétendues machinations ^. En tout cas, il est à re- 
marquer que Richemont fut alors détenu à la Tour de Londres, 
sous la surveillance de Roger Ashton, lieutenant du g;ouverneur 
de la Tour. Néanmoins, le roi d'Angleterre envoya des secours à 
la duchesse de Bretagne, pour l'aider à combattre les Penthièvre. 
Elle l'en remercie dans une lettre datée du 20 mai 1420 *. 

Henri V était alors au comble de la fortune. Après de nou- 
veaux succès militaires, il avait conclu le traité de Troyes, qui 
lui donnait l'héritage du royaume de France, avec la main de 
Catherine, fille de Charles VI (21 mai 1420) ^ Il avait le plus 
grand intérêt à faire ratifier par Jean V ce traité, car la duchesse 
de Bretagne, sœur aînée de Catherine, pouvait, à plus forte rai- 
son, invoquer les mêmes droits à la succession de Charles VI. 
Cette préoccupation manifeste de faire accepter par la Bretagne 
le traité de Troyes contribua probablement à la délivrance de 
Richemont. 

Dans sa lettre du 20 mai, la duchesse de Bretagne se borne à 



1. Ces deux lettres sont dans les Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1017, 
1018; dans Ryuier, IV, 3° partie, 166, 167; dans les Lettres des rois et reines, 
publiées par A. Champollion-F., Paris, 1848, t. 11,373, 377; dans Moreau, 
704 (Bréquigny, 80), f»s 165 et 167. Il faut bien remarquer que la seconde 
n'est pas adressée à Henri V, comme le croit D. Morice. 

2. D'Argentré, 739. Alain Bouchard, f* 153. 

3. B. Williams, Henrici V gesta, préface, p. xix. 

4. Proceedings, II, 274-273. Lettres des rois, et II, 392. Preuves de l'hist. 
de Bret., t. II, col. 1019-1021, et Rymer, IV, 3« partie, 170, 171. Voir aussi 
Moreau, 704 (Bréquigny, 80), f» 172. 

5. Rymer, IV, 3° partie, 171-177. Ordonn., XI, 86-90, 91 ; XII, 284. Vallel 
de V., Hist. de Charles VU, 1, 233, 236. JJ 171, f"' 74-76. Rolls of Pari. 
IV, 133. Xia 8603, fo61. 



56 HENRI V CÈDE (1420) 

remercier Henri V de ses secours, sans lui parler de son beau- 
frère, mais elle lui adresse une prière discrète, en demandant 
que le roi continue de la secourir. Peu après, elle chargea le 
chancelier, Jean de Malestroit,évêque de Nantes, et Guil. de Mon- 
tauban d'aller faire une nouvelle tentative auprès de Henri V en 
faveur de Richemont (15 juin 1420) *. 

C'était le moment où le roi anglais, après avoir célébré son 
mariage avec Catherine de France (2 juin), s'emparait de Sens, 
de Montereau (juin) ^ et assiégeait Melun, avec le duc de Bour- 
gogne, Pendant ce siège mémorable, que la vaillance de Bar- 
bazan devait prolonger plus de quatre mois (juillet-no vembre)^ 
Henri V avait amené à Gorbeil le malheureux Charles VI, ainsi 
que la reine Isabeau et sa fîlle Catherine. C'est à Corbeil que se 
rendirent les envoyés bretons J. de Malestroit, G. de Montauban 
et Raoul le Sage, tandis que leur compagnon, J. Le Brun, se- 
crétaire de Jean V, allait demander au comte de Salisbury ^ des 
secours contre les Penthièvre et, au besoin, contre le Dauphin, 
puis passait en Angleterre, auprès de Richemont *. 

Les ambassadeurs trouvèrent sans doute un auxiliaire puis- 
sant dans la jeune reine d'Angleterre, dont l'éclatante beauté 
avait produit une impression profonde sur le cœur du conqué- 
rant. Il est vraisemblable que la duchesse de Bretagne sut inté- 
resser sa sœur Catherine à la réussite de ses démarches. En tout 
cas, Henri V finit par se laisser fléchir. Il permit que Richemont 
fût amené en France, "et, en attendant son arrivée, il commit les 
évêques de Worcester et de Rochester pour régler, avec les en- 
voyés bretons, les conditions de son élargissement (12 juil- 
let 1420) ^ 

A cette date, le duc de Bretagne n'était plus captif. Acca- 
blés par des revers continuels, abandonnés, au milieu du péril, 
par ces mêmes ministres du Dauphin qui les y avaient con- 
duits ^, les Penthièvre avaient été forcés de relâcher leur pri- 

1. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1019-1021. 

2. II est certain que Richemont n'était pas auprès de Henri V, au siège 
de Montereau, comme on le pourrait croire d'après un fragment de chro- 
nique donné pfft" Vallet de V., dans son édition de J. Chartier (III, 245). 

3. Thomas de Montagu, comte de Salisbury. 

4. Monstrelet, III, 410, 412. X^^ 1480, f» 224. Lettre de J. Le Brun (21 
juin), dans Moreau, 704 (Bréquigny. 80), fo^ 182 et 187, et dans les Lettres 
des rois et reines, t. II, p. 381. 

5. Preuves de l'hist. de Bretagne, t. II, col. 1023. Rymer, IV, 3« partie, 
182, 183. — Le même pour (12 juillet), ordre au trésorier de l'Echiquier de 
payer 8 1. 9 s. 2 d, à Roger Ashton (lieut. du gouverneur de la Tour de 
Londres), pour les dépenses faites par Artur de Bretagne et ses gens, pen- 
dant qu'ils étaient sous sa garde [Proceedings, II, 274, 275). 

6. Le Dauphin ordonna au sénéchal du Poitou de procéder, par voie de 



TRAITÉ DE CORBEIL (1420, 22 JUILLET) 57 

sonnier, le 5 juillet. On ne pouvait donc plus invoquer, pour 
obtenir la délivrance de Richemont, le motif que la duchesse 
avait fait valoir. Il semblerait qu'elle mit une lenteur calculée à 
informer des derniers événements le roi d'Angleterre et les 
envoyés bretons, comme si elle eût craint de nuire au succès de 
négociations qui pouvaient aboutir d'un moment à l'autre. 
Quatre jours après la mise en liberté de Jean V, ces envoyés 
écrivaient au roi que leur duc était encore enfermé dans le châ- 
teau de Gouldray-Salbart, que sa délivrance n'était pas pro- 
chaine et qu'ils avaient grand besoin de mener promptement 
leur mission à bonne fin *. Le 15 juillet, Henri V était encore 
dans la même ignorance, puisqu'il nommait des commissaires 
chargés de négocier avec Alain de Rohan, lieutenant du duc en 
Bretagne, au sujet du traité de Troyes. Enfin le duc envoya 
01. d'Ust et le héraut Hermine auprès du roi d'Angleterre, pour 
lui annoncer sa délivrance et son intention de l'aller voir lui- 
même. Le 20 juillet, Henri V accorda au duc le sauf-conduit 
qu'il demandait ^. Deux jours après, fut signé, à Gorbeil, un 
traité qui stipulait l'élargissement d'Artur de Bretagne aux 
conditions suivantes : 

Le comte de Richemont promettra, par lettres patentes, 
signées et scellées de son sceau, et jurera, sur les saints Evangi- 
les, en les touchant, sur son honneur, sur l'obligation de tous 
ses biens meubles et immeubles, qvHà la Saint-Michel de Vannée 
i422 il comparaîtra, en personne et publiquement, à Londres, 
et se présentera, comme prisonnier, au roi d'Angleterre, ou à 
son héritier, ou à son lieutenant, ou au chancelier, ou au maire 
de Londres. 

Pendant toute la durée de son élargissement et jusqu'à ce 
qu'il se soit rendu prisonnier, il ne fera aucune alliance avec 
celui qui se dit dauphin du Viennois ; il n'entreprendra rien,, 
directement ni indirectement, contre le roi d'Angleterre ou ses 
héritiers, ou contre le duc de Bourgogne, ni contre aucun de 
ceux qui obéissent au roi de France et au roi d'Angleterre, héri- 
tier et régent du royaume de France. 

Pendant son élargissement, le roi d'Angleterre aura, comme 
gage et garantie, le comté de Montfort, etc. — Ce n'était pas la 
délivrance complète, car aucune rançon n'était stipulée. Riche- 
mont était libre sur parole. Jusqu'à la fin de septembre i422, 
mais il ne cessait pas d'être le prisonnier du roi d'Angleterre. 

justice, contre les Penthièvre, qui furent cités à comparaître devant lui et 
déclarés coupables du crime de lèse-majesté (X*» 9200, f- 270). 

1. Rynier, IV, 3» partie, p. 182. 

2. D. Morice, I, 476-479 et Preuves, II, 1038. Rymer, IV, 3' partie, 182-184. 



58 RICHEMOINT REVIENT EN FRANCE (1420, OCTORRE) 

C'est là ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour comprendre et 
juger la conduite du futur connétable *. 

Ce fut seulement un mois et demi après le traité de Gorbeil 
que Richemont quitta l'Angleterre pour n'y plus revenir (sep- 
tembre 1420). Sa joie ne fut pas sans mélange, car il laissait sa 
mère dans une situation inquiétante. Enfermée au château de 
Pevensey, Jeanne de Navarre fut alors dépouillée de tous ses 
biens. On croirait que le roi d'Angleterre voulait se réserver les 
moyens d'agir, au besoin, par la crainte, sur les fils de Jeanne. 
Il tenait surtout à faire jurer au duc de Bretagne le traité de 
Troyes, qui enlevait la couronne de France au Dauphin, beau- 
frère de Jean V ^. 

Enfin le duc de Glocester ^ et le conseil du roi chargèrent 
W. Meryng de conduire Richemont en France. Le 5 septembre, 
Meryng reçut le prisonnier. Il se rendit par Pontoise, Paris et 
Corbeil, auprès de Henri V, qui était alors à son camp devant 
Melun. C'est là qu'il remit Artur de Bretagne entre les mains du 
roi d'Angleterre (28 octobre 1420) *. Il y avait dans le camp 
anglais un autre captif de distinction, Jacques V^, roi d'Ecosse. 
Artur put ainsi nouer des relations avec ce prince, qui fut un 
ami de sa famille et un fidèle allié de la France. Il revit aussi 
le duc de Bourgogne, qui lui fit un accueil affectueux. Avant de 
partir, les envoyés bretons laissèrent à Richemont Robert 
Rouxel, Gervasic et l'écuyer tranchant Raoul Gruel, serviteur 
habile et dévoué, qui mérita bientôt toute la confiance de son 
nouveau maître et lui rendit de notables services. On peut 
remarquer qu'à partir de cette époque, le biographe Guil. Gruel, 
parent et peut-être frère de Raoul, est beaucoup mieux informé 
qu'auparavant ^. 

Après la capitulation de Melun ^ (17 novembre), Richemont 
suivit probablement Henri V à Paris et à Rouen '. Il resta en 



1. Ce traité, qui est en latin, se trouve dans les Pr. de Bret., Il, col. 1033- 
1037, et dans Rymer, IV, 3' partie, 184-186. Dès le 30 mai, la duchesse de 
Bretagne avait donné à ses ambassadeurs le pouvoir de promettre en 
gage à Henri V le comté de Montforl. Registre Turnus Brutus, aux Arch. 
de la Loire-Inf., fos 95, 171 y". 

2. Proceedings, II, 277-279. A. Strickland, III, 105. D. Lobineau, I, 560. 
Rymer, p. 187, et Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1037, 1038. 

3. Humplirey de Lancastre, duc de Glocester, quatrième fils de Henri IV. 

4. Proceedings, II, 277-279, et Issues of the Exchequer, 367. Religieux de 
Saint-Denis, VI, 447. 

5. Monstrelet, III, 412. Walsingham, Hist. anglic., II, 335. Gruel, ISS' 
et 189. 

6. Xia 4792, fo 234 v°. JJ 171, fo 134. Rymer, IV, 3« partie, 192. 

7. Le Bourg, de Paris, 144. 



CONDAMNATION DES PENTHIÈVRE (1421) 59 

Normandie, sous la surveillance du comte de Suffolk ', après 
avoir juré de ne pas quitter ce pays, sans l'autorisation du roi. 
Un jour que le comte de SufTolk l'avait emmené dans la cam- 
pagne, pour tirer de l'arc, ils allèrent jusqu'à Pontorson, petite 
place située sur la frontière même de la Normandie et de la 
Bretagne. Là, beaucoup de seigneurs bretons vinrent voir le 
frère de leur duc, et, comme ils étaient plus nombreux que les 
Anglais, ils lui proposèrent de le délivrer. Il refusa, ne voulant 
pour rien manquer à sa parole *. 

Cette loyauté inspira au comte de Suffolk assez de confiance 
pour qu'il permît à Richemont de voir le duc de Bretagne. Les 
deux frères, émus jusqu'aux larmes, s'embrassèrent avec effu- 
sion, heureux de se retrouver après une séparation si longue et 
de si cruelles épreuves. Il est peu vraisemblable que le duc ait 
eu l'intention d'enlever alors son frère, comme semblent le 
croire quelques auteurs. G. Gruel dit simplement que Riche- 
mont revint auprès du roi d'Angleterre et que ce prince lui sut 
bon gré d'avoir tenu sa parole. Quant à Jean V, il retourna en 
Bretagne, pour châtier les Penthièvre. Ils furent condamnés 
à mort, par contumace, aux états de Vannes, le 16 février 1421. 
Le comte de Penthièvre, Olivier de Blois, parvint à gagner sa 
terre d'Avesnes, dans le Hainaut, où il vécut obscurément jus- 
qu'en 1434. Son frère Guil. d'Avangour fut détenu au château 
d'Auray ^ ; son autre frère, Jean, seigneur de Laigle, se réfugia 
■dans le Limousin, servit fidèlement la France contre les Anglais 
et se réconcilia plus tard avec le duc de Bretagne, par l'entre- 
mise de Richemont. Jean V et ses frères se partagèrent les 
biens que les Penthièvre possédaient en Bretagne. Artur eut, 
pour sa part, l'île de Bréhat *. 

Avec les Penthièvre disparaissait le principal obstacle qui 
s'opposait à la réconciliation de Jean V et du Dauphin. Celui-ci, 
dans sa détresse, sollicitait l'alliance et le secours de la Breta- 
gne, mais le duc hésitait encore entre Henri V, qui s'efforçait 

1. Will. de La Pôle, c. de Suffolk. 

2. Xia 1480, f" 224. Rymer, IV, 3« partie, 192. Gruel, 189. Le Baud, 
458, 459. 

3. Sa captivité dura vinpt-sept ans (d'Argentré, p. 752). Quant à son frère 
Charles, il était certainement mort avant la fin de 1431 (Xi^ 9200, f» 4 v<>; 
X*" 9194, f» 14; Anselme, VI, 103). Auray, arrondissement de Lorient. 

4. Gruel, 189. Le Baud, 459. D'Argentré, 741-736. D. Morice, I, 435 
et Preuves, II, col. 1069-1080. D. Lobineau, I, 556. Richard de Bretagne 
eut aussi une partie de ces biens (Ibid., col. 1043-1046), ceux de Ch. de 
Blois, seigneur d'Avangour, et de sa femme Isab. de Vivonne, que lui 
donna le Dauphin lui-même. De là un long procès entre Isab. de Vivonne 
et Richard de Bretagne après la mort de Ch. de Blois (X'» 9200, fos 4 v', 
30, 38, 251, 269 V 386, X"», 9193, f» 125). 



60 ARTUR REÇOIT LE COMTÉ d'IVRY (1421) 

de Tattirer à lui, et son beau-frère, le Dauphin *. On regrette de 
voir, dans celte crise suprême, le captif d'Azincourt prendre le 
parti de l'Angleterre triomphante contre la France abattue. 
Préoccupé surtout de ses intérêts personnels, il ne cherchait 
qu'à plaire à Henri V. Il se rendit auprès de lui, à Rouen, où les 
envoyés des comtes de Foix ^, d'Albret^ d'Armagnac * venaient 
aussi vendre l'alliance de leurs maîtres (janvier 1421). Riche- 
mont fut traité par Henri V avec une bienveillance qui ne pou- 
vait lui paraître désintéressée. Il reçut le comté d'Ivry % en Nor- 
mandie, pour lequel il fit hommage au roi d'Angleterre, dans 
la grande salle du château de Rouen. Avant de quitter Rouen 
pour retourner à Londres, le roi promit à Richemont de lui 
donner la liberté complète, pourvu qu'il observât strictement le 
traité de Gorbeil jusqu'au mois de septembre d422, et il le dis- 
pensa de porter les armes contre son frère le duc de Bretagne, 
dans le cas où les Anglais lui feraient la guerre (17 janvier 1421). 
Quand Richemont se liait ainsi envers l'Angleterre, il savait 
combien la situation de la France était critique. On peut dire 
qu'il travaillait sciemment à la ruine de cette cause qu'il devait 
plus tard faire triompher ^. 

Un brusque revirement de fortune suivit de près le départ de 
Henri V. Le Dauphin avait reçu 5 à 6 000 Ecossais, sous les ordres 
du comte de Buchan et de Jean Stuart comte de Dernley. Ces 
troupes, réunies aux Français commandés par La Fayette, 
vainquirent, à la bataille de Baugé \ Thomas de Lancastre, due 
de Clarence, qui fut tué dans la mêlée, avec beaucoup d'autres 
grands seigneurs (22 mars 1421) ^ Ce succès encouragea les par- 
tisans du Dauphin ^ et contribua sans doute à décider le duc de 



1. Il y avait alors des négociations entre le duc et les Anglais (Le Baud, 
p. 460; Rymer, IV, 4» partie, 6, 7, 18). 

2. Jean de Grailly, c. de Foix (Anselme, III, 370). 

3. Charles II d'Albret, fils aîné du connétable (Anselme, VI, 205 et suiv.). 

4. Jean IV d'Armagnac, fils aîné du connétable (III, 420 et suiv.). 

5. Arrondissement d'Evreux. Il n'est pas probable que Richemont ait 
pris, à cette époque, Montfort, pour Henri V (voir Raoulet, ch. 13, dans le 
t. III de J. Chartier). 

6. Vallet de V., Hist. de Charles VII, t. I, 241. Rymer, IV, 3" partie, 199. 
Fenin, 153. Grafton's chronicle, 1, 543. Gh. de Beaurepaire, Les Étals de 
Normandie sous la dominatio?i anglaise, Rouen, 1870, in-4o, p. 15. Cronicques 
de Normandie, édit. Hellot, Rouen, 1881, in-8°, p. 64. D. Morice, I, 486, et 
Preuves, II, col. 1001. 

7. Le Vieil-Baugé, arrondissement de Baugé, Maine-et-Loire. 

8. Monstrelet, IV, 24, 37-39. Fenin, 153-155. Walsingham, Hist. anglic, 
II, 338-39. Coll. Moreau, t. 247, f» 223, etc. X'» 1480, f- 231 v». 

9. Villiers de l'Isle-Adam est renfermé à la bastille Saint-Antoine le 
8 juin 1421, parce qu'il est soupçonné d'avoir voulu mettre dans la ville 



JEAN V s'allie avec LE DAUPHIN (1421) 61 

Bretagne en sa faveur. Il rompit les négociations entamées avec 
les Anglais et vint trouver le dauphin à Sablé, où il conclut avec 
lui un traité d'alliance, le 8 mai 1421 *. 

Le Dauphin promit de renvoyer ses conseillers armagnacs et 
désavoua le crime des Penthièvre. Le duc de Bretagne prit l'en- 
gagement de secourir le Dauphin contre le roi d'Angleterre et 
contre le duc de Bourgogne. Il déclara que l'usurpation de 
Henri V était un attentat criminel, portant préjudice, non seu- 
lement au Dauphin, mais encore à ses parents, qui pourraient 
succéder au trône de France et spécialement à lui, Jean, duc de 
Bretagne, qui avait épousé une fille du roi Charles VI. Il con- 
damnait donc hautement le traité de Troyes et se rangeait à 
côté du Dauphin pour repousser l'usurpateur. Ce rôle n'était 
pas sans danger pour le duc de Bretagne, mais il n'était pas non 
plus sans profit. Le régent Charles donna le comté d'Etampes ^ 
à Richard, le jeune frère d'Artur, avec plusieurs seigneuries du 
Poitou, qui appartenaient aux Penthièvre. 

Deux mariages furent alors conclus, pour consolider cette 
nouvelle alliance entre le Dauphin et les princes bretons. Ri- 
chard épousa Marguerite d'Orléans, fille du malheureux'Louis 
d'Orléans ^; Jeanne d'Orléans, fille du duc Charles, le captif 
d'Azincourt, fut fiancée au jeune duc d'Alençon *, Jean II, ne- 
veu de Richemont. Les États de Bretagne ratifièrent avec em- 
pressement le traité de Sablé, « car l'alliance anglaise leur dé- 
plaisait fort ^, » et Richard, comte d'Etampes, alla se mettre, 
avec une troupe de Bretons, au service du Dauphin ^. 

les gens du Dauphin (X»» 1480, f" 234 v», et Félibien, Preuves, II, 585, 586; 
Le Baud, 460; Rymer, III, 4« partie, 18). 

1 . Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1091. Le Baud, 460. D'Argentré, 757. 

2. Voy. Append. XV. Autres dons (KK 53, fos 72 v, 73). 

3. Née en 1406. 

4. On a vu que ce mariage avait été stipulé dès 1410. 

5. D'Argentré, 757. 

6. Alain Bouchard, f"' 157 v», 158. D. Morice, I, 487, et Preuves, II, col. 
1090 et 1091. Lettres du Dauphin du 8 mai 1421, confirmées par Charles VII 
en octobre 1425, aux Archives de la Loire-Inférieure, cass. 11, E, 31, et 
cass. 38, E, 105. Monstrelet, IV, 41. Le G. de Buchan avait été envoyé 
par le Dauphin à Vannes {Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1164). Richard 
de Bretagne eut le commandement de 4000 h. d'armes et de 1500 h. de 
trait (Glairambault, t. 96, f 7495 ; Fr. 26044, nos 5670-5672). Voir aussi 
des comptes royaux au t. III de J. Chartier, p. 315. Il semble certain 
que Richemont était en France à l'époque du traité de Sablé; mais il est 
moins certain qu'il ait assisté, avec ses frères, aux conférences de Sablé, 
comme le dit M. de Beaucourt [Hist. de Charles VII, t. I, p. 224). Ni D. 
Morice (t. I; 472, 486), ni D. Lobiueau (t. I, 557;, ni Gruel (189), ni les 
comptes du Dauphin (KK oO, f» 3; KK 53, fos 72, 106) ne mentionnent ici 
le nom de Richemont. 



62 RICHEMOIST EN BRETAGISE (1421) 

A cette époque, la conduite de Richemont contraste, de la ma- 
nière la plus malheureuse, avec celle de ses frères. Il cherche à les 
détacher du Dauphin. Pendant qu'ils défendent la France, il se 
donne tout entier à l'Angleterre. Sa liberté sans doute était à ce 
prix, mais sa délivrance n'était plus nécessaire à son pays ni à 
sa famille, et, sans parler des autres considérations, l'exemple 
de ses frères aurait dû lui inspirer plus de réserve et de dignité. 

Henri V, voyant que sa présence en France était indispen- 
sable, débarqua le 10 juin à Calais avec de puissants renforts *. 
Sous sa direction, les Anglais reprirent l'avantage. Comme il 
trouvait partout des Bretons parmi les troupes du Dauphin, il 
essaya de lui ôter l'appui de la Bretagne. Le comte de Riche- 
mont ne rougit pas d'accepter alors une mission des moins ho- 
norables. Il se rendit, avec le comte de Suffolk, auprès de son 
frère, pour lui porter les propositions de Henri V et l'engager à 
rompre le traité de Sablé ^. ' 

Jean V accueillit avec joie son frère et avec courtoisie les 
autres envoyés du roi ; il leur donna des fêtes à Vannes ; mais 
Richemont ne put le déterminer à quitter l'alliance du Dauphin. 
Il eut beau lui représenter que celui-ci, en gardant auprès de lui 
les Armagnacs, avait violé ses engagements; il ne put même 
pas obtenir une simple promesse de neutralité ^ Toutefois Jean V 
réunit à Rennes les États de Bretagne pour les consulter. Les 
avis furent partagés; mais le parti français l'emporta, malgré 
le mécontentement causé par la mauvaise foi du Dauphin. 
Henri V permit à Richemont de rester encore quelque temps en 
Bretagne, dans l'espoir qu'il amènerait enfin son frère à chan- 
ger de résolution *. 

i. Monstrelet, IV, 43. Walsingham, Hùt. anglic, II, 340. 

2. « Et bien tost après (Richemont) eust congé de venir veoir le duc 
Jehan, son frère, et l'amena le conte de Suffolk. Et la cause pour quoy il 
eut congé ce fut pour relarder ^on frère d'Etampes et les Bretons d'aller 
servir le Dauphin. » (Gruel, 189.) 

3. Dans les instructions données par le Dauphin aux ambassadeurs 
qu'il envoie auprès des rois de Castille et de Léon, il est dit que le duc 
•de Bretagne est déterminé à servir le régent; qu'il a envoyé vers lui son 
frère Richard. « Et,' combien que le conte de Richemont, autre frère du 
dit duc de Bretaigne, soit venu audit pais, pour cuidier avoir gens d'armes 
en faveur de l'adversaire d'Engleterre, il n'y a riens fait. » (Lat. 6024, 
n» 12. Ce document est classé à tort sous la date 1419. Voir aussi 
Fr. 20977, f» 257.) 

4. Monstrelet, IV, 43, 69-72. Walsingham, Hist. anglic, II, 340. Le 
Baud, 461 . Richemont vit probablement Henri V et le duc de Bourgogne, 
soit à Mantes, soit à Paris (Gruel, 189, et Monstrelet, IV, 48). Au mois 
d'août, il était en Bretagne. Le 7 août, la duchesse fit un présent au 
comte de Richemont, « nouvellement venu de sa prison » [Preuves de l'hist. 
dcBret., II, col. 1164). 



IL DÉTACHE JEAN V DE LA FRANCE (1421) 63 

Il eut alors l'occasion de se rendre plus utile à son pays. 
La ville de Rennes était, à cette époque, la plus impor- 
tante de toute la Bretagne *; elle avait une industrie active, un 
commerce florissant, une population nombreuse. Des Nor- 
mands, chassés par la guerre, étaient déjà venus s'établir dans 
les faubourgs de Rennes, qui étaient peu à peu devenus trois 
fois plus grands que la ville elle-même. Artur avait été reçu à 
Rennes mieux que partout ailleurs. Il témoigna sa reconnais- 
sance aux habitants en s'occupant de leurs intérêts. Il conseilla 
au duc d'agrandir l'enceinte fortifiée et d'y enfermer les fau- 
bourgs, qui, en temps de guerre, étaient exposés à tous les 
ravages et pouvaient être ainsi un danger pour la ville. Le duc 
lui laissa toute liberté d'action. Il semblait impossible que ce 
travail fût achevé aussi promptement qu'il en était besoin; mais 
le jeune prince communiqua son ardeur aux habitants de la 
ville et du pays, qui l'aidèrent avec empressement. 

Aussitôt il traça la nouvelle enceinte ; il fit creuser des fossés 
larges et profonds, élever des palissades, et, en quelques mois, 
la ville fut ainsi fortifiée, en attendant qu'on bâtît les murs et les 
tours. Ce fut un véritable bienfait pour Rennes. Jean V promit 
des lettres de naturalisation aux étrangers qui viendraient s'éta- 
blir dans cette ville. Beaucoup de familles normandes répon- 
dirent à son appel, et cet accroissement de population fut aussi 
un accroissement de prospérité ^. 

Ces soins ne faisaient pas oublier à Richemont la mission dont 
l'avait chargé Henri V et qui motivait seule son séjour prolongé 
en Bretagne. Il rappelait sans cesse à son frère que le Dauphin 
était toujours gouverné par ses conseillers armagnacs. C'était le 
meilleur moyen d'irriter Jean V et de mettre fin à ses hésita- 
tions. Le duc n'avait plus aucun scrupule à rompre le traité de 
Sablé, mais il ne pouvait s'alher avec le roi d'Angleterre qu'en 
approuvant le traité de Troyes. Là était la cause de son embar- 
ras, d'autant plus qu'il savait la répugnance des Etats de Breta- 
gne à suivre cette politique anti-française. Richemont l'emporta, 
et, soit que Henri V le pressât d'en finir, soit qu'il voulût faire 
preuve de zèle, il partit avec un grand nombre de gens d'armes 
pour aller annoncer cette bonne nouvelle au roi d'Angleterre 
et pour se mettre à son service '. 

i , Dupuy, Mémoire sur l'industrie et le commerce en Bretagne à la fin 
du XV* siècle, dans le Bulletin de la Société académique de Brest, année 1879, 
p. 50 et suiv. Fr. 26046, n» 1. 

2. Gruel, 189. D'Argentré, 758, 7S9. D. Morice, I, 488. Arch. muuicip. de 
Rennes, travée 3, n»^ 134 et suiv., notamment le n" 136. 

3. A cette époque, les Dauphinois ayant pris Avranches, le c. de Salis- 



64 ARTUR AU SIÈGE DE MEAUX (1421-1422), 

Henri V assiégeait alors la ville de Meaux, vaillamment dé- 
fendue par le fameux bâtard de Vaurus *. Pendant ce siège mé- 
morable, qui dura sept mois (du 6 octobre 1421 au 2 mai 1422), 
Catherine de France, reine d'Angleterre, mit au monde, au châ- 
teau de Windsor (6 décembre 1421), un fils dont la faible tête 
devait bientôt porter deux couronnes. C'est aussi durant ce 
siège que Richemont arriva au camp anglais devant Meaux. Il y 
trouva, comme à Melun, l'infortuné Charles VI, le jeune roi 
d'Ecosse, Jacques I", puis le duc de Bourgogne, qui vint passer 
quelques jours auprès de Henri V, au mois de janvier 1422. 

Ainsi, pendant que des Français défendaient héroïquement 
la ville de Meaux, le comte de Richemont combattait contre 
eux dans les rangs anglais, enlevait au Dauphin l'appui de la 
Bretagne et travaillait de toutes ses forces à l'asservissement 
de la France! Après avoir abandonné la ville proprement dite 
(le 3 mars), la garnison se retira dans le Marché, où elle capitula 
(le 2 mai) ^. 

Henri V passa encore quelques semaines à Meaux, puis il se 
dirigea vers Paris, où il fit une entrée solennelle, avec les deux 
reines, Catherine et Isabeau, le roi Charles VI et un nombreux 
cortège, dans lequel figurait sans doute le comte de Richemont 
(le samedi 30 mai 1422) ^ Celui-ci assista aux fêtes qui signa- 
lèrent ce retour triomphal; il vit trôner au Louvre, au milieu 
d'une cour brillante, le conquérant anglais, véritable maître de 
la France, pendant que le pauvre vieux roi Charles VI languis- 
sait tristement dans son abandon et dans sa folie à l'hôtel Saint- 
Pol; spectacle lamentable, dont gémissaient tous les bons Fran- 
çais et qui inspire au chroniqueur bourguignon Monstrelet un 
invincible sentiment de pitié. « Et pour lors, le dit Roy ne gou- 
vernoit point sondit royaume, mais estoit gouverné et mis à 
néant, ou regard de sa grande et noble puissance qu'il avoit 

bury, gouverneur de Normandie, leur reprit bientôt cette ville. Cet évé- 
nement, qui, d'après Monstrelet, coïncide avec le départ de Richemont 
pour Meaux, explique peut-être ce départ et la détermination de Jean V. 
« En ce mesme tems, ou environ, Artur, conte de Richemont, frère au 
duc de Bretaigne, vint, à tout grant nombre de gens d'armes, au dit siège 
de Meaux, servir ledit roy d'Angleterre; ouquel service il demoura durant 
la vie d'icelluy roy » (Monstrelet, IV, 81 ; Fr. 26044, nos 5678, 5679). 

1. Monstrelet, IV, 71 et suiv. P. Fenin, 172 et suiv. Le Bourg, de Paris, 
157, 160, 164, 166-172. 

2. X^^ 1480, fos 241, 244, 248 V et 251, et Félibien, Pr., II, 586. Walsin- 
gham, Hist. anglic, II, 342. Gruel, 189. Monstrelet, IV, 81, 93, 96. P. Fé- 
nin, 172. D. Toussaints du Plessis, Hist. de l'Église de Meaux, I, 286-288. 
X'a 1481, fos 248, 231. J. Waurin, édit. anglaise, 391, 392. Chronique ano- 
nyme à la suite de Monstrelet, VI, 309. Le Fèvre de Saint-Remy, II, 49. 

3. Xia 1480, P 253. Monstrelet, IV, 96, 99. 



RICHEMONT AVEC HENRI V A PARIS (1422) 65 

autrefois eue durant son règne. Pour lesquelles choses plusieurs 
François bons et loyaulx avoient au cuer grant tristesse, et non 
pas sans cause ^ » Non, certes, pas sans cause, car la France, 
délaissée comme son roi, semblait, comme lui, prête à succom- 
ber, et ses nouveaux maîtres étaient en liesse. Le comte de Ri- 
chemont était avec eux. 

Le 31 mai, jour de la Pentecôte, il y eut au Louvre un festin 
splendide; le mardi et le mercredi, 2 et 3 juin, grande repré- 
sentation théâtrale à l'hôtel de Nesle. Le mercredi 3 juin, il y 
eut aussi, à l'hôtel de Nesle, un conseil auquel Richemont assis- 
tait, avec les ducs de Bedford * et d'Exeter ^, le comte de March * 
et révoque de Beauvais, P. Gauchon. A la même époque, la 
ville de Gosne était assiégée par les troupes du Dauphin, parmi 
lesquelles se trouvait Richard, comte d'Etampes ^ 

La conduite de Richemont et de Jean V pourrait s'excuser, en 
tenant compte de l'esprit du temps, si elle s'expliquait par le 
désir d'adoucir le sort de leur mère. En tout cas, il faut remar- 
quer que Henri V rendit à Jeanne de Navarre ses biens, le 13 juin, 
et que, s'il ne lui rendit pas en même temps la liberté, il amé- 
liora du moins sa situation. Le 9 juin, le roi d'Angleterre avait 
envoyé à Jean V un sauf-conduit pour les ambassadeurs bretons 
qui devaient venir jurer le traité de Troyes. Richemont re- 
tourna en Bretagne pour terminer cette affaire importante et 
pour entretenir son frère d'un projet tout personnel, dont il 
avait déjà parlé au duc de Bourgogne ®. 

Ils désirait épouser une sœur de Philippe-Ie-Bon, Marguerite, 
qui était revenue en Bourgogne, après la mort de son mari, le 
Dauphin Louis '. En cela il n'était pas guidé par son seul in- 
térêt; il obéissait à un sentiment plus tendre, car il n'avait 
jamais oublié cette jeune princesse, qu'il avait vue pendant plu- 
sieurs années, avant que la captivité le séparât d'elle. Quand il 

1. Monstrelet, IV, 100. Même sentiment, p. 22. Grafton^s chronicle, I, 347. 

2. Jean de Lancastre, troisième fils de Henri iV. 

3. Thomas Beaufort, frère de Henri IV (+ 1424), 

4. Edmond Mortimer , arrière-petit-fils de Lionel , deuxième fils 
d'Edouard III (+ 1424). 

5. X»a 1480, fos 232 v», 253, et Félibien, Preuves, II, 387. Monstrelet, 
!V, 106. 

6. A. Strickland, III, 106, 107. Gruel, 189. D. Morice, I, 488, et Preuves, II, 
col. 1109-1112. Hist. de Bourgogne, IV, p. 40 et suiv. 

7. Elle était arrivée à Dijon le 23 janvier 1417 (Arch. des aff. étr. [France], 
t. XXI, fos 241, 230, 265). Le 16 janvier 1420, elle s'était jointe à ses soeurs, 
Anne et Agnès, et à la duchesse de Bourgogne, pour demander au roi 
justice contre les meurtriers de Jean-sans-Peur (de La Barre, Mémoires 
■pour servir à Vhist. de France, Paris, 1729, in-4'', p. 344-347). Voir aussi 
Moreau, 1425, n« 103. 

Richemont. 5 



66 JEAN V ACCEPTE LE TRAITÉ DE TROYES (1422) 

avait confié ses intentions et ses espérances au duc de Bour- 
gogne, celui-ci avait accueilli ces confidences avec un empresse- 
ment de bon augure. Philippe-le-Bon, de même que Riche - 
mont, désirait unir par de nouveaux liens les deux maisons de 
Bourgogne et de Bretagne, qui, de tout temps, avaient été alliées. 
Il avait même déclaré au prince breton qu'il se faisait fort de 
lui donner à choisir entre deux de ses sœurs, Anne et Agnès, 
bien que l'une fût déjà promise au comte de Clermont, fils aîné 
du duc de Bourbon. Quant à Mme de Guyenne, il ne pouvait 
rien promettre sans avoir son consentement, mais il s'engageait 
du moins à employer tout son crédit pour l'obtenir. Il ajouta 
enfin qu'il n'y avait qu'à le laisser faire. Quand il retourna en 
Bourgogne, il emmena même avec lui, à Dijon, un fidèle et 
adroit serviteur du comte de Richemont, Raoul Gruel, qui 
devait prendre part à cette négociation. Le duc de Bourgogne 
ayant transmis à sa sœur la demande du comte de Richemont, 
elle répondit d'abord qu'elle ne voulait point être mariée à un 
prisonnier, mais que, quand le roi d'Angleterre lui- voudrait 
rendre la liberté, elle ferait ce que ses amis lui conseilleraient. 
Grâce au duc de Bourgogne, Raoul Gruel put parler plusieurs 
fois à Mme de Guyenne. Il fut d'ailleurs secondé par d'au- 
tres personnes influentes, qui désiraient aussi ce mariage. Lors- 
qu'il revint en Bretagne, il put donner à son maître des nou- 
velles qui le comblèrent de joie et d'espérance ^. 

Cependant Richemont continuait de servir auprès de son frère 
les intérêts de Henri V. Il désirait plus que jamais avoir sa 
liberté complète, mais il fallait bien la mériter et, pour cela, 
faire jurer le traité de Troyes par le duc et par les Etats de Bre- 
tagne. Jean V était maintenant tout gagné à l'Angleterre, mais 
les Etats, mus par de plus nobles sentiments, ne voulaient point 
trahir la France. Désespérant de pouvoir vaincre leur obstina- 
tion généreuse, le duc envoya néanmoins aux rois de France 
et d'Angleterre des ambassadeurs chargés de jurer le traité de 
Troyes; mais, au lieu de pouvoirs réguliers, consentis par les 
Etats, ils n'eurent qu'une simple procuration de Jean V, signée 
par quelques prélats , par ses commensaux et ses officiers 
(26 juin 1422) ^ 11 était grand temps que cette laborieuse négo- 
ciation aboutit, pour que le roi d'Angleterre eût la preuve de la 
bonne volonté de Richemont. Henri V touchait à sa fin. Il mar- 
chait au secours de la ville de Cosne, quand la maladie qui 

i. Gruel, 189,190. Hist. de Bourgogne, IV, 40 et suiv. 

2. D. Morice, I, et Pr., II, col. 112, 113. J, 244» n»^ 94 et 96. Voir aussi 
Porlef. Font., 111-112, f° 238. Les ambassadeurs bretons arrivèrent à Paris 
le lundi 27 juillet (X»a 1480, f° 235 v°, et Félibien, Preuves, II, 587;. 



MORT DE HENRI V (1422, 31 AOUt) 67 

allait l'emporter, à la fleur de l'âge, le contraignit à revenir au 
Bois de Vincennes, où il arriva le mardi 7 juillet. Trois semaines 
après, le lundi 27 juillet, les ambassadeurs bretons étaient à 
Paris. 

Pendant ce temps, le comte de Richemont s'occupait de ses 
propres affaires en Bretagne, avec l'espoir d'être bientôt libre. 
Il obtint de son frère un partage qui devait faciliter son ma- 
riage avec la duchesse de Guyenne et lui permettre de tenir 
un état en rapport avec son rang. Le duc de Bretagne lui pro- 
mit 5000 livres de rentes sur le comté de Montfort-l'Amaury *, 
et lui constitua trois autres mille livres sur les châtellenies du 
Gâvre, de Ghâtelaudren, de Paimpol, de LanvoUon, de La Roche- 
Derrien et de Ghâteaulin-sur-Trieux (7 août 1422). Deux jours 
auparavant, le comte de Richemont avait fait hommage au duc 
son frère, comme baron de Bretagne, c'est-à-dire comme comte 
de Goello, ou baron d'Avangour ^ A quelque temps de là, 
comme il se trouvait au Gàvre, il reçut la nouvelle de la mort 
du roi d'Angleterre. « Dieu sçait s'il en fut bien joyeux, ajoute 
naïvement son biographe, car, ceste fois, il fut quitte, et homme 
n'avoit plus que lui demander ^. » 

Revenu au Bois de Vincennes le jeudi 13 août, Henri V y était 
mort le lundi 31. Cet événement allait changer bien des choses. 
La fin si prématurée du vainqueur d'Azincourt (il n'avait que 
trente-quatre ans) fut peut-être le salut de la France. Henri VI, 
fils de Henri V et petit-fils de Charles VI, à peine âgé de neuf 
mois, fut proclamé roi d'Angleterre et, bientôt après, roi de 
France. Les ducs de Bedford et de Glocester, tous deux frères de 
Henri V, exercèrent lé pouvoir au nom de leur neveu, Bedford 
en France avec le titre de régent, Glocester en Angleterre avec 
le titre de protecteur. Quant au soi-disant dauphin Charles, qui 
portait aussi le titre de régent, les Anglais espéraient bien l'em- 
pêcher de succéder à son père et lui enlever les provinces qu'ils 
n'avaient pas encore soumises. Henri V eût été capable de réa- 
liser ce dessein; mais, lui mort, il n'y eut plus cette concentra- 



1. C'est sans doute en vertu de ce partage qu'Artur prit le titre de 
comte de Montfort. Il porte ce titre dans les documents relatifs aux négo- 
ciations d'Amiens, en avril 1423; mais il ne le prend guère qu'à cette 
époque et seulement dans cette circonstance, à ce qu'il semble. Montfort- 
l'Amaury, arrondissement de Rambouillet. Voir ci-dessus p. 60, note S. 

2. Voy. Append., XVL 

3. Gruel, 190. D'Argentré, 758-761. D. Morice, I, 489, et Preuves, II, 
col. 1115-1117. D. Lobineau, I, 561. X»» 1480, fos 254, 255, 256. Félibien, 
Preuves, II, 587. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. I, E, 1; cass. 69, E, 155. 
Registre Turnus Brulus, I, 87 V et 95 v". 



68 SITUATION d'ARTUR 

tion de pouvoir, cette unité de vues et de direction qui auraient 
pu assurer le triomphe de l'Angleterre ^. 

En ce qui concerne Artur de Bretagne, la mort, de Henri V 
avait aussi des conséquences importantes. Il se crut dégagé de 
toute obligation envers le nouveau roi; son biographe l'af- 
firme, et, après lui, d'autres auteurs acceptent, sans aucune 
réflexion, cette manière de voir 2. On ne peut oublier pourtant 
que Richemont s'était formellement engagé, par le traité de 
Corbeil, à se présenter à Londres, au mois de septembre 1422, 
devant Henri V, ou devant son héritier, ou son lieutenant, ou le 
chancelier d'Angleterre, ou le maire de Londres, pour se con- 
stituer de nouveau prisonnier. Si aucune convention posté- 
rieure n'avait modifié, sur ce point, le traité de Corbeil, on ne 
comprend pas comment Richemont pouvait soutenir, de bonne 
foi, qu'il ne s'était engagé qu'envers Henri V personnellement 
et que la mort de ce prince lui rendait son entière liberté*. 
H n'était probablement pas aussi convaincu de son bon droit 
qu'il le voulait paraître, mais il sut profiter des circonstances. 
D'ailleurs, n'était-iL pas, comme le duc de Bretagne, ami de 
l'Angleterre? Les ambassadeurs bretons chargés de jurer le 
traité de Troyes étaient alors à Paris. Bedford se gardait bien 
d'oublier une affaire aussi importante. H tenait à la terminer 
avant la mort de Charles VI. Le roi et la reine de France re- 
vinrent de Sentis à Paris le samedi 19 septembre. Peu après, le 
jeudi 8 octobre, les ambassadeurs bretons jurèrent le traité de 
Troyes, devant Charles VI lui-même. 

Le vieux roi, stylé par Bedford, répéta aux ambassadeurs 
que le soi-disant dauphin de Viennois avait dirigé le complot 
des Penthièvre, fait emprisonner Jean V et même ordonné de le 
tuer; il promit de ne jamais traiter avec le Dauphin, ni avec 
ceux de son parti, sans l'aveu du duc de Bretagne; enfin il 
lui accorda, par lettres patentes du même jour (8 octobre), 
15 000 livres de rentes, en considération des dépenses qu'il pour- 
rait avoir à faire pour soutenir le traité de Troyes et il prit l'en- 
gagement de le secourir contre quiconque lui voudrait nuire 
à l'occasion de ce traité. Quel spectacle plus triste que celui de 
ce roi insensé, presque moribond, accusant, reniant son fils, 

1. X'a 1480, f»s 2o6 V», 237 v. 

2. Gruel, 190. Le Baud, p. 468. D'Argentré, 759. Cousinot, 231. Tou- 
tefois D. Plancher (IV, 67) le considère toujours comme prisonnier, et 
D. Morice dit aussi ([, 491) qu'il n'avait pas encore ses lettres d'élargis- 
sement après son mariage. 

3. Il pouvait, tout au plus, alléguer les promesses de Henri V (voir ci- 
dessus, p. 60). 



MORT DE CHARLES VI (1422, 21 OCTOBRE) 69 

pour assurer à un prince anglais l'héritage du trône de France *? 
C'est probablement dans ces circonstances que Richemont, 
pour prix de ses services, reçut de Charles VI, ou plutôt de 
Bedford, le titre de duc de Touraine, qu'il porta pendant quel- 
ques années, avec celui de comte d'Ivry ^. N'avait-il pas bien 
mérité cette distinction en déterminant son frère à jurer le 
traité de Troyes, quand la mort de Henri V aurait pu faciUter 
au duc de Bretagne la rupture d'une alliance impopulaire et 
peu honorable? Tout au contraire, Jean V donna aux Anglais 
une nouvelle preuve de fidélité, en essayant de leur livrer l'im- 
portante ville de La Rochelle, dont le gouverneur était un 
Breton, Henri de Pluscalec. Pour déjouer cette dangereuse ten- 
tative, le Dauphin dut aller à La Rochelle, où il failHt périr 
victime d'un accident qui coûta la vie à plusieurs personnes de 
sa suite. H repartit le 14 octobre pour Mehun-sur-Yèvre, où il 
arriva le 24. Là, il apprit que Charles VI était mort à l'hôtel 
Saint-Paul, le mercredi précédent, 21 octobre, vers sept heures du 
matin. Le vendredi 30 octobre, le Dauphin prit le titre de roi de 
France au château de Mehun-sur-Yèvre. Le règne de Charles VII 
commençait. On eût beaucoup étonné le nouveau roi, si on lui 
eût dit alors qu'Artur de Bretagne deviendrait, trois ans plus 
tard, son connétable, et l'aiderait puissamment à chasser les 
Anglais de son royaume '. 

-1. Du Tillet, Recueil des rois de France, Paris, 1602, gr. ia-S", t. II, 
Traitez, p. 233. Portef. Fontanieii, 111-112, f" 283, 288. Preuves de Vhist. 
de Bretagne, II. col. 1112, 1113, 1119. Arch. de la Loire-Inférieure, CdiSS. 34, 
E, 93, et cass. 47, E, 21. J 244», nos 94^ 96. Le 17 octobre, Jean V s'engage 
à ne point traiter avec le Dauphin sans le consentement de Bedford 
(Portef. Godefroy, 164, f» 99, n° 93, à la bibliothèque de l'Institut; Fr. 
26044, n» 3781 . Voy. Append., XVII). 

2. Anselme, I, 439. Rymer, IV, 4« partie, 91, Gruel, 228,229. Dans un 
procès que Richemont eut devant le parlement de Paris, on lui donne le 
titre de duc de Touraine fX'* 1480, f* 310, au mardi 14 novembre 1424). 

3. Arcère, Hist. de la Rochelle, La Rochelle, 1736, 2 vol. in-4», I, 269. 
Cagny, f 83 v». Monstrelet, IV, 132, et VI, 324. De Beaucourt, Hist. de 
Charles VII, I, 240. KK 54, f» 22. Fr. 25710, n» 46. Fr. 6749, f" 2. X'» 1480, 
fo 239 V. KK 53, f loi v°. Sur Pluscalec, voir : J 183, nos 136-141; [Glai- 
rambauU, t. 86, à la fin, et t. 87; D. Lobineau, I, 563. 



CHAPITRE II 



RICHEMONT SE SÉPARE DES ANGLAIS ET DEVIENT 
CONNÉTABLE DE FRANCE (1422-1425) 



Entrevue et traités d'Amiens. — Richemont épouse la duchesse de Guyenne. 

— Il négocie avec Amédée VIII^ ami de la France et de la Bourgogne. 

— Deuxième entrevue d'Amiens. — Richemont voit la reine Yolande en 
Bretagne. — Il rompt avec Bedford. — Défaite des Français à Ver- 
neuil. — Détresse de Charles VII. — Il fait proposer l'épée de con- 
nétable à Richemont. — Inquiétudes des conseillers armagnacs de 
Charles VII. — Richemont se rend à Angers auprès du roi. — Philippe- 
le-Bon, irrité contre les Anglais, autorise Artur à s'entendre avec 
Charles VII. — Engagement de Richemont envers les conseillers du 
roi. — Il reçoit l'épée de connétable. 



La mort de Henri V et de Charles VI ne changea rien, tout 
d'abord, aux relations entre la Bretagne et le gouvernement 
anglais. Le duc de Bedford, régent de France pour son neveu 
Henri VI *, avait le plus grand intérêt à conserver l'alliance des 
ducs de Bretagne et de Bourgogne. En cela, il suivait la politique 
de Henri V et ses dernières recommandations ^ Philippe-le-Bon 
et Jean V furent, avec lui, les exécuteurs testamentaires de 
Charles VI ^ Le pape Martin V * ayant envoyé en France, un 
peu avant la mort de Charles VI, des légats chargés de rétablir 
la paix entre les deux royaumes, les ducs de Bedford et de Bour- 

1. Henri VI fut proclamé roi de France et d'Angleterre le 11 novembre. 
Le jeudi 19 novembre, le Parlement, l'Université, les prévôts de Paris et 
des marchands, etc., jurent fidéUté à Henri VI et à Bedford. Le soi-disant 
dauphin Charles est déclaré incapable de succéder, etc. (X^* 1480, ps 261, 
262 V.) 

2. Monstrelet, IV, 110, 111. 

3. XI* 14S0, f" 259 V. 

4. Othon Colonna, pape sous le nom de Martin V (1417-1431). Voir de 
Beaucourt, Hist. de Charles VU, t. II, p. 315 et suiv. 



ARTUR MÉNAGE BEDFORD (1422) 71 

gognc déclarèrent qu'ils ne pouvaient rien faire sans le duc de 
Bretagne et invitèrent Jean V à venir à Paris, pour s'entendre 
avec eux. L'évèque de Beauvais, Phil. de Morvilliers, premier 
président du parlement, et Renier Pot, seigneur de La Roche, 
allèrent solliciter Jean V de se rendre à cette invitation. Le duc 
répondit qu'il partirait pour Paris le 10 décembre *. Dans l'in- 
tention de Bedford, il s'agissait, en réalité, beaucoup moins de 
rétablir la paix que de conclure de nouveaux traités qui lieraient 
plus étroitement à l'Angleterre les ducs de Bourgogne et de Bre- 
tagne. Deux mariages devaient resserrer encore ces liens, celui 
de Bedford et celui de Richemont avec deux sœurs de Philippe- 
le-Bon. Guillaume Gruel avoue qu'on se fût bien passé de Bedford, 
si l'on eût pu. Les Etats de Bretagne, assemblés à Dinan, con- 
seillèrent au duc de ne point aller à cette entrevue et d'envoyer 
auprès de Philippe-le Bon le comte de Richemont, ou quelque 
autre, pour conclure ce mariage et faire un traité d'alliance avec 
lui ^ Ce n'était pas là le compte de Bedford. Secondé par Philippe- 
le-Bon et par Richemont, il fît en sorte que le duc de Bretagne 
se décidât à venir négocier avec lui, malgré la répugnance que 
les Bretons montraient à servir l'Angleterre ^. Dans un traité 
d'alliance signé le dernier jour de décembre 1422, entre le duc de 
Bourgogne et les Etats de Bretagne, on voit que Philippe exigea 
la présence de Jean V pour conclure le mariage de Richemont 
avec la duchesse de Guyenne. D'autre part, il aurait alors écrit 
à sa sœur une lettre pressante pour faire valoir le mérite d'Artur, 
et la duchesse aurait répondu que le comte devait être complète- 
ment libre avant de faire de nouvelles démarches. Celui-ci n'en 
mit que plus d'ardeur à hâter les négociations et le moment de 
sa délivrance *. 



1. Le n novembre, les ambassadeurs écrivaient de Nantes au Parlement 
pour annoncer ces nouvelles. Leur lettre fut reçue au Parlement le ven- 
dredi 4 décembre (Xi* 1480, f" 265). 

2. XI» 1480, fos 259 v» et 265. Gruel, 190. D. Morice, I, p. 490, et 
Preuves, II, col. 1125. 

3. Le monstrueux traité de Troyes avait soulevé des protestations 
indignées. "Voir par exemple dans La Barre (p. 315-322) la Réponse d'un 
loyal François au peuple de France de tous Estais, Il y a là comme iin 
premier éveil de patriotisme. Les Preuves de D. Morice (II, col. 1120 et 
suiv.) montrent que T. du Chastel, « mareschal des guerres de Mgr le 
Régent, » prenait en Bretagne des troupes pour le service de ce prince. 
(Voir aussi Portef. Fontanieu, 113-114, au 23 mars 1423, et Glairambault, 
t. 71, f° 5515, au mot Marcille). 

4. D. Morice, I, 491, &i Preuves, II, col. 1125-1128. Hist. de Bourg, IV, 67, 68. 
Richemont était à Dinan le l" janvier, à Fougères le 24, à Reunes le 
18 février, à Dinan le 20 mars {Preuves de Vhist. de Bret., II, col. 1129 et 
suiv.). Le 13 décembre, Bedford, à Vernon, signe un sauf-conduit pour 



72 ENTREVUE d'amiens (1423, avril) 

Le samedi 13 février 1423, Jean de Chénery, Henri Camu et 
Raoul Gruel, ambassadeurs du duc de Bretagne et du comte de 
Richemont, présentèrent leurs lettres de créance au parlement 
de Paris, en affirmant « la bonne volonté » qu'avaient le duc et 
le comte d'entretenir la paix. Enfin il fut convenu que les trois, 
ducs se rendraient à Amiens. Richemont parvint à emmener son 
frère, malgré les Etats de Bretagne. Pour prix de ce nouveau 
service, il espérait obtenir de Bedford sa libération définitive. 
Jean V et Artur partirent après Pâques, c'est-à-dire après le 
4 avril 1423, avec une suite nombreuse. Ils arrivèrent le 12 avril 
à Amiens, où Philippe-le-Bon les reçut avec sa magnificence 
ordinaire. Il semble que les trois princes ne furent pas fâchés de 
conférer ensemble avant que Bedford fût là. Malgré toutes les 
apparences de bonne entente, il y avait déjà dans l'âme du prince 
bourguignon des germes de mécontentement et de défiance qui 
allaient se développer de plus en plus *. 

II était très irrité contre le duc de Glocester, frère de Henri V 
et de Bedford, qui venait d'épouser Jacqueline de Bavière, com- 
tesse de Hollande, de Zélande et de Hainaut ^ (mars 1423). Cette 
jeune femme, veuve, à seize ans, du second dauphin, Jean, duc 
de Touraine (1417), avait ensuite élé mariée, par le duc de 
Bourgogne, à son cousin Jean, duc de Brabant ', prince débile 
et disgracieux, qu'elle n'aimait pas. Lasse d'une union qu'elle 
subissait avec répugnance, elle s'était enfuie en Angleterre 
dès 1420. Glocester, épris de cette princesse jeune, belle et riche, 
voulut, d'accord avec elle, faire rompre son mariage, pour 
l'épouser; mais Henri V l'avait empêché de donner suite à ce 

Jean V, afin qu'il vienne traiter de la paix et du mariage du comte de 
Richemont (Arch. de la Loire -Inférieure, cass. 47, E, 121, et Arch. des 
aff. étr., t. 362, France, fo^ 69 v", 70). Bedford envoie alors en Bretagne 
Bérard de Montferrand (pièces orig. 2019, dossier 46270, nos 14, 13). Bedford 
va ensuite assiéger Meulan, en février et mars 1423 (Fr. 26046, n° 36). 
Il n'est pas probable que Richemont ait alors aidé les Anglais à faire 
capituler Meulan, comme le dit Raoulet (à la suite de J. Chartier, édition 
Vallet de V., III, 188). Meulan capitule le 1" mars 1423 (X'" 1480, f» 270). 

1. Xi" 1480, f» 269 v% et Félibien, Preuves, II, 589. Preuves de l'hist. 
de Brei., II, col. 1139, 1140, 1173. Giairumbault, t. 53, f' 4013. Portefeuille 
Fontanieu, 113-114, au 12 et au 25 février 1423, et Arch. de la Loire-Infé- 
rieure, cass. 33, E, 93, et cass. 47, E, 121. Le 7 avril, traité d'amitié et 
d'alliance entre les États de Bretagne et le duc de Bourgogne, à condi- 
tion qu'il consente au mariage de Richemont avec la duchesse de Guyenne 
(Gachard, Rapport sur les archives de Dijon, Bruxelles, 1843, in-8'', 
p. 56, 57). 

2. Fille de Guillaume IV de Bavière et de Marguerite de Bourgogne, 
sœur de Jean-saus-Peur. 

3. Jean IV, duc de Brabant, fils d'Antoine de Bourgogne, frère de Jean- 
sans-Peur. 



CONTRAT d'aRTUR ET DE MARGUERITE 73 

projet, dans la crainte de mécontenter son puissant allié, le duc 
de Bourgogne. Après la mort de Henri V, Glocester, malgré 
Bedford, avait continué ses démarches et fait annuler, par l'an- 
tipape Benoît XIII, le second mariage de Jacqueline. Devenu son 
mari, Glocester voulut prendre possession de ses immenses do- 
maines. Phillippe-le-Bon, craignant de perdre ce riche héritage, 
soutint avec ardeur le duc de Brabant, et ainsi éclata, entre les 
ducs de Bourgogne et de Glocester, une querelle qui devait tour- 
ner au grand profit de la France *. 

Dans ces dispositions, Philippe attachait plus de prix que 
jamais à l'alliance de la Bretagne, et le mariage de sa sœur 
Marguerite avec Richemont lui convenait à tous les égards. Il 
avait ses raisons pour laisser croire que la duchesse de Guyenne, 
veuve d'un dauphin de France,Oiiettait peu d'empressement à 
devenir comtesse de Richemont, quand sa sœur Anne allait deve- 
nir duchesse de Bedford. Il savait bien qu'en réalité Marguerite 
désirait ce mariage et il exploita la situation de manière à rendre 
les futurs époux peu exigeants sur la dot^. Il fut convenu que, 
si Philippe-le-Bon mourait sans héritier, la princesse Marguerite 
aurait le duché de Bourgogne, à moins qu'elle n'aimât mieux 
entrer en partage avec ses sœurs; que, s'il avait des héritiers, 
une somme de 100 000 livres serait payée, soit avant, sflit après 
sa mort, à sa sœur ou à son mari; que, le mariage fait, il cons- 
tituerait à sa sœur une rente de 5 000 livres sur le duché de 
Bourgogne ; qu'elle garderait son droit à la moitié des meubles 
du dauphin Jean et au douaire qui lui était dû pour son premier 
mariage; enfin qu'elle renoncerait, au profit du duc de Bour- 
gogne, à toutes les promesses d'argent et de terres qui lui 
avaient été faites lors de ce premier mariage et à sa part dans la 
succession de son père et de sa mère. En somme, Philippe-le- 
Bon promettait beaucoup plus pour l'avenir que pour le présent. 
Le contrat fut signé dès le 14 avril. Ensuite les trois princes 
envoyèrent des ambassadeurs, avec de riches présents, à la 

1. Anselme, I, 249. Monstrelet, IV, 171. Kervyn de Leltenhove, Hist. de 
Flandre, Bruxelles, 1846-1830, 7 vol. in-8», t. IV, 224 et suiv. 

2. Dans son testament, la duchesse de Guyenne dit que, quand elle 
voulut épouser le comte de Richement, elle abandonna au duc de Bour- 
gogne, sur sa demande, la somme de 100 000 écus d'or qui lui avaient 
été promis, lors de son mariage avec le Dauphin : qu'elle n'a rien recueilli 
de l'héritage de son père et de sa mère, etc. {Arch. de la Loire-Inf., 
cas3. 9, E, 24.) Avant son second mariage, la duchesse de Guyenne n'avait 
reçu de son frère Philippe que 1 200 livres de rente, en attendant qu'il 
pût lui faire un établissement sortable [Hist. de Bourg, IV, 53). Il fallut 
encore de longues négociations et plusieurs arrangements pour arriver 
au règlement complet de la dot (Coll. de Bourgogne, t. 96, p. 537-544^. 
S89-594, 621-626. Fr. 4628 ; f"» 621 et suiv.) 



74 LES TRAITÉS d'amiens (1423, avril) 

duchesse de Guyenne. Elle reçut gracieusement ces envoyés et 
leur donna pour son futur mari un diamant rare, de la plus 
grande valeur i. 

Cependant le duc de Bedford était aussi arrivé à Amiens. Le 
duc de Bourgogne donna des fêtes somptueuses en son honneur ; 
mais le régent anglais voulut garder dans la munificence le 
rang qu'il occupait dans la politique. Il défraya Jean V et Riche- 
mont de toutes leurs dépenses. Les négociations, commencées 
depuis longtemps, aboutirent à plusieurs traités, le 17 avril 1423. 
L'un stipule une triple alliance entre les ducs de Bedford, de 
Bourgogne et de Bretagne, l'autre une alliance particulière 
entre Bedford et Jean V, pour le service du roi d'Angleterre, 
l'autre enfin les mariages de Bedford et d'Artur de Bretagne, 
duc de Touraine, comte de Montfort et d'Ivry, avec Anne et 
Marguerite de Bourgogne ^. Enfin, le 18 avril, fut signé, entre les 
ducs de Bourgogne et de Bretagne, un autre traité particulier, 
qui ne fut peut-être pas connu de Bedford, bien que son nom y 
soit aussi mentionné. On y prévoit la possibilité d'une réconci- 
liation entre Charles YII et le duc de Bourgogne. Il y avait là, 
en germe, la dissolution de cette triple alliance formée si labo- 
rieusemgit par Bedford. L'entrevue d'Amiens finit le 18 avril. 
Jean V revint en Bretagne et Bedford à Paris, pendant que 
Richemont allait, avec le duc de Bourgogne, à Arras (20 avril). 
Il semble certain que le régent n'avait pas voulu lui accorder 
cette liberté entière qu'il espérait obtenir, pour prix de ses bons 
offices envers l'Angleterre. Il tenait à garder le plus longtemps 
possible sous sa dépendance un otage qui pouvait lui garantir 
la fidélité de Jean V ^. 

En attendant son mariage, Richemont resta plusieurs mois 
auprès de Philippe-le-Bon, resserrant ainsi les liens d'une amitié 
qui devait être plus utile encore à la France qu'à lui-même. 



1. Gruel, 190. D. Plancher, t. III, Preuves, cccxii, et t. IV, 68-70. Gachard, 
Arch. de Dijon, 32, 57. Collect. de Bourg., t. 96, p. 533-536, 545-547. 

2. X'a 1480, f° 273. Mariage de Bedford avec Anne de Bourgogne (Collect. 
de Bourg., t. 96, p. 507-532). 

3. Originaux signés et scellés des traités du 17 avril, aux Arch. de la 
Loire-Infér., cass. 47, E, 121, et cass. 75, E, 177. Gruel, 190. U. Plan- 
cher, III, Preuves, cccxni et suiv. ; IV, 69-71, et Preuves, xxvii. D. Morice, 
I, 491, et Preuves, II, col. 1136 et suiv., 1173 et suiv. Xi» 1480, f" 273. 
Ms. Brienne 197, f» 299. Portef. Fontanieu, 113-114, au 17 avril 1423. 
P. Fenin, 199-202. Monstrelet, IV, 147-149. Inventaire des archives du 
départ du Nord, I, 338. Le Fèvre de Saint-Remy, II, 74-75. Le Bourg, de 
Paris, 185. — Le nom de Jean V et celui de Richemont figurent dans deux 
documents du 18 avril (J. Stevensom, I, 1, 7). Ce sont des lettres de Bed- 
ford au comte de Foix, qui s'alliait aussi avec l'Angleterre. 



ARTUR ÉPOUSE LA DUCHESSE DE GUYENNE (1423, OCTOBRE) 75 

Pendant leur séjour à Arras, ils présidèrent à une joute brillante 
entre Poton de Saintrailles et Lionnel de Wandonne i. Ils allè- 
rent ensuite à Gand ^, démasquer l'imposture d'une religieuse de 
Cologne, qui se faisait passer pour la duchesse de Guyenne, et 
revinrent à Arras, d'où ils repartirent le 21 août. Six jours 
après, ils arrivaient à Paris (le vendredi 27 août) ^ Le duc de 
Bedford s'avança jusqu'à la Chapelle Saint-Denis à leur ren- 
contre, leur fit un accueil empressé et les conduisit à l'hôtel de 
la reine de France. Ils séjournèrent à Paris jusqu'au 9 sep- 
tembre, puis se rendirent à Dijon (23 septembre). C'est là, dans 
la chapelle du palais ducal, que fut célébré le mariage du comte 
de Richemont avec la duchesse de Guyenne, le 10 octobre 1423. 
L'archevêque de Besançon donna la bénédiction nuptiale aux 
époux. Ainsi Marguerite de Bourgogne, que son premier ma- 
riage avec le Dauphin semblait destiner au trône de France, 
devint comtesse de Richemont. Toutefois, elle continua de 
s'appeler duchesse de Guyenne *. 

Les fêtes qui suivirent cette cérémonie n'étaient pas encore 
terminées quand arrivèrent à Dijon des envoyés d'Amédée YIII, 
chargés de faire des démarches auprès de Philippe-le-Bon, pour 
l'amener à un rapprochement avec Charles VII. Le duc de 
Savoie, petit-fils du duc de Berry par sa mère ^, avait une 
grande sympathie pour la France, et il ne cessa de travailler à 
une réconciliation entre Charles VII et le duc de Bourgogne. 
Gendre de Philippe-le-Hardi, il était, par sa femme ^, oncle de 
Philippe-le-Bon et d'Artur de Bretagne. Cette proche parenté 
donnait plus de poids à sa médiation. Déjà, au mois de jan- 
vier 1423, il avait fait une tentative auprès de son neveu Phi- 
lippe '. Cette fois, ses envoyés trouvèrent le duc de Bourgogne 
moins hostile au roi de France. Ils sondèrent aussi les inten- 
tions de Richemont, qui était, comme son beau-frère Philippe, 

1. Celui qui prit Jeanne d'Arc (Monstrelet, IV, 1S2; P. Fenin, 202). 

2. Du moins le duc de Bourgogne y alla, avec la duchesse de Guyenne. 
La fausse duchesse disait qu'elle avait dû s'enfuir, pour n'être pas forcée 
d'accepter un époux d'un rang inférieur à celui de son premier mari. 
Pour détromper les Gantois, il fallut que Philippe-le-Bon leur montrât la 
véritable duchesse de Guyenne (Kervyn de L., Ilist. de Flandre, IV, 233-37; 
Hist. de Bourgogne, IV, 79). 

3. X<» 1480i f» 281. Le Bourg, de Paris, 189. 

4. X<« 1480, fo 281 v°. Hist. de Bourg, IV, 80, 81. Le 8 septembre, Bedford 
donne au duc de Bourgogne, sa vie durant, Péronne, Roye, Montdidier, 
Tournay,Saint-Amand,Mortagne, etc. (Moreau, 1423, n°" i 16-1 18; Grue!, 190.) 

5. Bonne de Berry, qui avait épousé Amédée VII, comte de Savoie. 

6. Marie de Bourgogne, fille de Philippe-le-Hardi. Elle mourut en 1428. 

7. Il y eut alors, à Bourg, des conférences importantes, que M. de Beau- 
court a bien exposées [Charles VU, t. Il, p. 318-329). 



76 CONFÉRENCE DE CIIALON (1423, DÉCEMBRE) 

mécontent des Anglais. Fatigué de l'obstination avec laquelle 
Bedford lui refusait sa liberté, il commençait à entrevoir la pos- 
sibilité d'une rupture avec lui et l'avantage qu'il aurait, dans ce 
cas, à se tourner vers Charles YII. A la même époque (novem- 
bre 1423), la reine Yolande, revenue du Midi, depuis quelques 
mois, était à Nantes, plaidant auprès de Jean V la cause du roi 
de France *, tandis que les ambassadeurs d'Amédée VIII agis- 
saient auprès de Philippe-le-Bon. Ils déterminèrent Philippe à 
se rendre, avec son beau-frère Artur, à Chalon-sur-Saône, où 
ils eurent des conférences avec le duc de Savoie, du l'^'' au 20 dé- 
cembre 1423. 

Après cette entrevue, qui marque le commencement d'une 
évolution capitale dans sa vie politique, Richemont revint au- 
près de sa femme, à Montbard ^. La duchesse de Guyenne rési- 
dait alors dans cette ville, que son frère lui avait donnée ^. Le 
duc Philippe alla tenir, à Dijon, les Etats de Bourgogne (jan- 
vier 1424), et vint ensuite retrouver sa sœur et son beau-frère à 
Montbard. Sur la nouvelle que la duchesse douairière de Bour- 
gogne '' était gravement malade, ils partirent pour se rendre 
auprès d'elle ; mais, en chemin, ils apprirent sa mort et revin- 
rent à Dijon. Philippe-le-Bon, ses affaires réglées, se hâta de 
retourner à Paris, pour réclamer l'intervention de Bedford dan& 
son différend avec Glocester et Jacqueline de Hainaut. Le comte 
de Richemont accompagnait encore le duc de Bourgogne dans 
ce voyage ^. 

1. Elle était aussi en relations avec le duc de Bourgogne (de Beaucourt, 
t. II, p. 353 et note 1). Peu après, le duc de Bretagne recevait dans ses 
ports des Écossais qui venaient, avec Douglas et Buchan, se mettre au 
service de Charles VII, en février 1424 (Cousinot, 19S, 221 ; Berri, 370; 
Preuves de D. Morice, II, 1164; Rymer, IV, 4« partie, 107-114; Grafton, I, 
553-S54; Rolls of Parliament, IV, 210; J 183, n" 141 ; Fr. 4483, f"» 348, 334; 
D. Lobineau, I^ 563; de Beaucourt, II, 339). En même temps, Richard de 
Bretagne entrait dans une ligue conclue entre les rois de France (Charles VII), 
de Castille et d'Ecosse, les ducs de Milan et de Savoie et beaucoup de 
grands seigneurs français, par le traité d'Abbiate-Grasso, le 26 février 1424 
(Vallet de V., Hist. de Charles VU, t. I, 392-393). 

2. Arrondissement de Semur. 

3. Le 23 octobre, à Dijon, Richemont promet au duc de Bourgogne de 
lui rendre les château, ville et châtellenie de Montbard (à lui accordés 
sur les 6000 livres de rente promises à Marguerite, sa femme), quand il 
lui donnera, en France, des terres de même revenu (Gachard, Arch. de 
Dijon, p. 58). Cet engagement est ratifié le 23 octobre par Marguerite de 
Bourgogne [Ilnd.; Collect. de Bourg, t. 96, -p. 537-339). 

4. Marguerite de Bavière, veuve de Jean-sans-Peur. 

5. Hvtt. de Bourgogne, IV, 84-86. X'» 1480, f» 290. Il n'est pas inutile de 
signaler ici la duplicité de Bedford, qui agissait auprès du pape en faveur 
de son frère, tout en paraissant blâmer celui-ci devant le duc de Bour- 
gogne (J. Stevenson, II, 2" p., 388). 



TRAITÉ DE NANTES (1424, 18 MAl) 77 

Ils arrivèrent à Paris le 10 février 1424. Bedford n'y étant 
pas. ils repartirent, le 23, pour Amiens, où ils devaient avoir 
une conférence avec lui et avec plusieurs conseillers de Henri VI. 
Les envoyés des ducs de Glocester et de Brabant s'y trouvèrent 
aussi ; mais on ne put rien conclure, et il fut seulement convenu 
qu'on se réunirait à Paris, vers la Trinité *. 

Avant de retourner à Paris, le comte de Richemont se rendit 
€n Bretagne ^, où se poursuivaient des négociations qui l'inté- 
ressaient au plus haut point. La reine Yolande était revenue 
auprès de Jean V, avec le chancelier de France ^ et plusieurs 
autres ambassadeurs de Charles VII. Le 18 mai fut signée, à 
Nantes, une convention qui posait les premières bases d'un 
traité de paix entre. le roi de France et le duc de Bourgogne ^. 
La reine de Sicile et le duc de Bretagne devaient être les média- 
teurs et le duc de Savoie le conservateur de la paix. Cette con- 
vention devait être jurée par les princes qui étaient auprès du roi 
et de Philippe-le-Bon, notamment par le comte de Richemont 
et par son frère Richard, dont le nom figure officiellement 
parmi ceux des serviteurs de Charles VIL II était stipulé que les 
médiateurs pourraient mettre auprès du roi, « en son hôtel et 
en son service, de leurs gens bien notables et en tel et si bon 
nombre qu'il devra suffire pour être à son conseil » ; enfin le 
duc de Bretagne suppliait le roi de faire aux Anglais des offres 
dont ils seraient contents, pour arriver à la paix générale. Ainsi 
la reine Yolande, qui était, qui devait rester l'âme de cette poli- 
tique, faisait un grand pas dans la voie où le comte de Riche- 
mont devait bientôt la suivre et la seconder. Il est très probable 

1. Bedford alla de Rouen à Amiens, d'où il revint à Paris, le 23 mars 
<Fr. 4485, f<>s 350-353, 355, 357, 369; JJ 172, fos 241, 303). Cette deuxième 
entrevue d'Amiens n'est pas mentionnée par les historiens (D. Salazard, de 
Barante, Vallet de V., de Beaucourt), mais elle est attestée de la manière 
la plus précise par les registres du Parlement (X'a 1480, f" 290 et 291). Le 
jeudi 9 mars, la cour reçoit une lettre de Bedford, écrite d'Amiens, le 
4 mars, et annonçant la reddition du Crotoy (f» 291 v). Le 10 mars, Salis- 
bury part de Paris pour aller au Conseil tenu dans la ville d'Amiens par 
les ducs de Bedford et de Bourgogne et le comte de Richemont (f 291 v°). 
Monstrelet (IV, 175) parle de cette conférence, mais il la place inexacte- 
ment en janvier 1423 a. st. — Voir aussi Gachard. Arch. de Dijon, 124-134. 

2. Le 14 mai, le duc de Bourgogne ordonnait de payer 2300 francs au 
comte de Richemont, pour les dépenses d'un voyage qu'il allait faire en 
Bretagne (de Beaucourt, t. II, 353, note 3). 

3. M. Gouges de Charpaigne, évoque de Clermont, qui avait été chan- 
celier du duc de Berry et du duc de Guyenne et qui avait bien connu 
Richemont (Anselme, VI, 396-397; Pièces originales, t. 47, dossier Char- 
paigne, n" 31-33 et suiv.). Il était déjà allé en Bretagne en 1420 (Clair., 54, 
f» 4107). 

4. Il est intéressant de le rapprocher du traité d'Arras conclu en 143S. 



78 QUERELLE ENTRE ARTUR ET BEDFORD (1424) 

qu'il n'arriva en Bretagne qu'après la conclusion du traité de 
Nantes et que la reine de Sicile essaya de le gagner, comme ses 
frères, à la cause de Charles VII, en ouvrant à son ambition de 
larges perspectives *. 

Au mois de juin suivant, il était à Paris, avec le duc de Bour- 
gogne. Il put lui rendre compte de ce qui s'était passé en Bre- 
tagne, sonder ses intentions et s'entendre avec lui sur la conduite 
qu'ils devaient tenir à l'égard de Bedford, Philippe-le-Bon n'était 
pas encore, il s'en faut, décidé à rompre avec l'Angleterre; 
mais il ne semble pas qu'il ait conseillé à son beau-frère Artur 
une fidélité inébranlable. Las d'une situation incertaine et ob- 
scure, impatient de jouer un rôle plus actif et plus digne d'un 
prince breton mari de la duchesse de Guyenne, travaillé par 
des désirs ambitieux qui pouvaient trouver leur satisfaction 
auprès du roi de France tout aussi bien qu'au service de l'Angle- 
terre, Richemont voulut arriver, d'un côté ou de l'autre, à une 
solution avantageuse. Il est probable qu'il ne sut ni dissimuler 
cette disposition d'esprit à l'œil pénétrant de Bedford, ni adoucir 
par des formes adroites le caractère impérieux d'une mise en 
demeure qui devait le froisser ^. 

A cette époque, les environs de Paris étaient infestés par des 
routiers qui portaient de tous côtés leurs ravages, depuis que 
Charles VII les avait licenciés, pour ne garder que des soldats 
étrangers. Les Parisiens demandaient qu'on prît de promptes 
mesures pour éloigner ces pillards. Alors le comte de Richemont 
sollicita le commandement d'une petite armée anglaise destinée 
à protéger Paris, en promettant d'y joindre un corps considé- 
rable de troupes bretonnes. S'il faut en croire une tradition bien 
accréditée, Bedford, qui d'ordinaire était prudent et circons- 
pect, aurait mortellement offensé Richemont par un refus brutal 
et par des réflexions blessantes. On dit même qu'il en résulta 
une violente altercation et que le régent s'emporta jusqu'à frap- 
per son interlocuteur ^ Il est probable que la défiance de Bed- 

1. Le traité de Nantes, du 18 mai 1424, a été mentionné pour la pre- 
mière fois et analysé par M. de Beaucourt dans sa savante Hist. de 
Charles VII, t. II, 353-356, d'après les Archives de Turin. 

2. Le duc de Bourgogne était à Paris du 3 juin au 5 juillet {Hist. de 
Bourgogne, IV, 87). Bedford tint souvent conseil, à cette époque, avec 
Robert Le Sage et l'abbé du Mont-Saint-Michel, qui l'avaient accompagné 
à Amiens au mois de février et qu'il avait mandés tout exprès à Paris 
(Fr. 4485, f- 350-352, 355). 

3. « En ce temps vint d'Engleterre Artur, conte de Richemont, frère 
du duc de Bretaigne, lors tenant le parti des Anglois, lequel, en parlant 
au duc de Bethfort, régent en France, olrent aucun estrif de paroles où 
l'en dit que ledit duc lui donna une buffe; parquoy, de despit, il alla 



ARTUR SE SÉPARE DES ANGLAIS (4424) 79 

ford était en éveil depuis les conférences de Ghâlon et qu'il était 
encore plus irrité contre le duc de Bretagne et contre son frère 
Arlur, depuis qu'il connaissait leur tendance à se rapprocher 
de Charles VII. Il se garda bien de manifester son mécontente- 
ment au duc de Bourgogne, dont il avait grand besoin. Pour 
lui montrer qu'il avait tout profit à rester l'allié des Anglais, 
il lui donna même les comtés de Mâcon, d'Auxerre et la châtel- 
lenie de Bar-sur-Seine (20 juin); mais il crut inutile de prendre 
des ménagements envers son autre beau-frère, qui était encore 
son prisonnier. Ce fut une faute qui coûta cher à l'Angleterre. 
Dès lors, Richemont tourna d'un autre côté son ambition déçue 
et chercha le moyen de travailler en même temps à sa vengeance 
et à sa fortune *. 

Il dissimula d'abord ses projets, dans l'intérêt de sa sécurité 
personnelle. Il voulut aussitôt retourner en Bretagne, mais il 
jugea prudent de ne point passer par la Normandie, occupée par 
les Anglais. Il gagna secrètement la Flandre et s'embarqua dans 
un port de ce pays, tandis que ses gens, avec le sire de Beau- 
manoir, traversaient la Normandie, en répétant partout que 
leur maître les suivait. Il arriva sans accident à Saint-Malo. Il 
avait rompu pour toujours avec les Anglais *. 

Ainsi, sans le refus de Bedford, Artur de Bretagne aurait 
porté les armes contre la France, au lieu de la défendre, et cette 
conversion s'expHque par l'ambition, le dépit, la soif de ven- 
geance ! On voudrait, pour son honneur, qu'elle eût été déter- 
minée par de plus nobles inspirations ; mais les antécédents et 
la conduite de Richemont depuis sa captivité sont, malheureu- 
sement, de nature à faire croire qu'il eût combattu contre la 
France, si Bedford avait su contenter ses désirs. Cette grande 
situation que le gouvernement anglais lui refusait, il allait la 
trouver auprès du véritable roi de France ; il en avait déjà le 
secret espoir quand il avait rompu avec le régent. 

Yolande continuait d'employer tous ses efforts à réconcilier 



devers le roy Gtiarles. » (Fr. 1371, Chrou. Martinienne, f" 253; P. Fenin. 
204 et note 3; Hist. de Bourg., IV, 87, 88). 

1. J. Quicherat, Rod. de Villandrando, Hachette, 1879, in-S", p. 23 et 211. 
Vallet de V., Hist. de Charles VU, I, 428; Hist. de Bourgogne, IV, 87, 88, 
Pr. xli. Fr. 1371 (Chronique Martinienne), f" 253. Grafton, I, 333. Le 
21 juin, sur la demande du duc de Bourgogne et du f^rand Conseil de 
France, le Maine et l'Anjou sont donnés à Bedford (JJ 172, f° 290). Ce 
coup était dirigé contre la reine Yolande; c'était la réponse du régent au 
traité de Nantes. 

2. Gruel, 190. C'est en juin, et non en mars, qu'il faut placer cette rup- 
ture entre Bedford et Richemont et le retour de celui-ci en Bretagne, car 
il ne serait pas revenu à Paris en juin, si la rupture avait eu lieu en mars. 



80 SIÈGE d'ivry (1424) 

Charles VII avec les maisons de Bretagne et de Bourgogne. Elle 
avait repris un grand ascendant à la cour de son gendre, et, à 
travers des obstacles qui semblaient insurmontables, elle suivait 
obstinément une politique dont le succès pouvait seul sauver 
Charles VII et la France. La reine de Sicile était secondée par 
le chancelier Martin Gouge, évéque de Clermont; elle s'enten- 
dait avec Amédée VIII et avec le duc de Bretagne. De son côté, 
Bedford négociait avec Jean V, dont il craignait la défection; 
néanmoins, quand Richemont revint en Bretagne, il trouva le 
duc son frère bien disposé à l'égard de Charles VII. Les efforts 
de Yolande et les circonstances firent le reste *, 

Les conseillers du roi, qui redoutaient un rapprochement de 
leur maître avec Jean V et Philippe-le-Bon 2, avaient eu recours 
à des princes étrangers. Ils avaient fait venir en France, outre les 
Ecossais ^, des Lombards et des Espagnols, pour remplacer les 
routiers récemment licenciés. Profitant des embarras de Bedford, 
ils voulaient diriger une attaque vigoureuse contre les Anglais ; 
mais le régent de France avait eu le temps d'appeler des ren- 
forts, et il prit l'offensive en faisant assiéger Guise *, Gaillon °, 
Ivry. Cette dernière place, nommée alors Ivry-la-Chaussée '', avait 
été donnée par Henri V à Richemont, avec le comté d'Ivry ; mais 
un capitaine gascon, au service de Charles VII, Girault de La 
Pallière, s'en était emparé en 1423 ''. Le comte de SufTolk, 
chargé par Bedford d'assiéger la ville et le château d'Ivry 
(juin 1424), réduisit bientôt Girault à capituler et à promettre 
qu'il rendrait la place le 15 août, s'il n'était pas secouru avant 

1. Une lettre de Richemont aux Lyonnais, du 2 juin 1425, prouve que 
la reine Yolande fut l'âme de toutes ces négociations. (Voir la Revue du 
Lyonnais, t. 19, année 1859, p. 327). Le 21 octobre 1424, à Angers, Charles VII 
fit un don à Guil. Eder, doyen de Nantes, son conseiller et conseiller 
aussi du duc de Bretagne, pour les services rendus au roi « mesmement 
depuis le commencement des choses pourparlées audit pais de Bretaigne, 
pour le bien de la paix » (Fr. 20387, n" 32). 

2. H. Wallon, Jeanne d'Arc, I, 27. 

3. Il y avait des Écossais en France dès 1419 et 1420 (Clairambault, 
t. 9, f" 513, et t. 41, f 3093; Fr. 25710, n"' 3, 5). Nouvelle alliance avec 
l'Ecosse, gouvernée alors par le duc d'Alliany, pendant la captivité du roi 
(J 186b, f« 16). 

4. Arrondissement de Vervius. 

5. Arrondissement de Louviers. 

6. Auj. Ivry-la-Bataille, arrondissement d'Evreux (Fr. 4485, f"* 292-295). 

7. Et non en 1424, comme le dit Vallet de V., I, 409. Dès les mois de 
novembre et décembre 1423, les Anglais s'occupent du recouvrement 
d'Ivry (Ms. fr. 26046, n"» 154, 174-181, 205, 231 et Ms. fr. 4485, fos 1-7). Cette 
place avait même dû être prise dans les premiers mois de 1423 (J 172 
fo 314). La prise d'Ivry par Girault de la Pallière est mentionnée au 
registre JJ 173, f" 45. Voy. aussi f« 102 v°. 



BATAILLE DE VERNEUIL (1424, 17 AOUT) 81 

ce temps. Le roi de France fit marcher son armée dans cette 
direction. Au lieu d'attaquer les Anglais, fortement retranchés 
devant Ivry, cette armée alla s'emparer de Verneuil *. Bedford, 
après avoir pris possession d'Ivry au jour fixé (15 août), s'avança 
jusqu'auprès de Verneuil, où se livra, le jeudi 17 août, une 
bataille décisive. Cette fois encore, la science militaire et la 
discipline l'emportèrent sur le courage et sur le nombre; les 
Anglais ajoutèrent un nouveau triomphe à ceux de Crécy, de 
Poitiers et d'Azincourt *. 

Cette armée, que les conseillers de Charles VII avaient réu- 
nie avec tant de peine, était maintenant détruite ; plus de 
7 000 hommes avaient été tués 3, et, parmi eux, le comte de Bu- 
chan, connétable de France, et Archibald Douglas, duc de Tou- 
raine; beaucoup d'autres seigneurs étaient prisonniers, comme 
le duc d'Alençon et le maréchal de La Fayette. Ce nouveau dé- 
sastre, après la défaite éprouvée à Cravant-sur- Yonne l'année 
précédente (31 juillet 1423) *, pouvait achever la ruine de la 
France. Bien que la victoire eut coûté cher aux Anglais ^, Bed- 
ford pouvait en tirer un grand profit, avant que ses adversaires 
eussent le temps de reprendre des forces. Il chargea Fastolf ®, 
avec Th. de Scales et J. de Montgommery de réduire les villes 
et forteresses du Maine ; il fît assiéger Nogent-le-Rotrou, Senon- 
ches', Rambouillet, Rochefort % le Mont-Saint-Michel et diverses 
autres places. Guise capitula (18 septembre). LaHire % faute de 
secours, dut abandonner Vitry-en-Perthois et les autres forte- 
resses qu'il tenait en Champagne. Le faible Charles VII, étreint 
par ces deux ennemis formidables, Bedford et le duc de Bour- 

1. Arrondissement d'Evreux. 

2. J. Quicherat, Rod. de Villandrando, 23-25, Monstrelet, IV, 183-196. 
Fenin, 214-216, 219-222. Cousinot, 196-198, 222-226. Sharon Turner, III, 
14-16. Rolls of Pari, IV, 423. K 62, n» 12. X'» 1480, f 305 r» et V. Fr. 
26047, nos 251, 257, 303, 342-344, 366. Fr. 4485, fo^ 7-9, 280-307, 369, 412. 
Clairamb., t. 188, f» 7127. Fr. 4491, f» 40. X»» 4793, f 468 v». JJ 172, f 324. 
Martial d'Auvergne, Poésies, Paris, 1724, 2 vol. petit in-12, I, p. o3-55. 

3. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, 16 et note 3. 

4. Xia 1480, f» 279 v». De Beaucourt, Charles VII, t. II, 58. Gravant, 
arrondissement d'Auxerre. 

5. Beaucoup de Normands avaient quitté l'armée anglaise, pour ne pas 
combattre contre Charles VII et avaient répandu dans les environs le 
bruit que "Bedford avait été vaincu (Monstrelet. IV, 197; P. Fenin, 222; 
Ck)usinot, 226, et surtout JJ 172, f»^ 324, 334, 348-54, et JJ 173, f» 13). 

6. On trouve ce nom écrit de différentes manières. La signature originale 
est Ffastolf (Qairamb., t. 46, f" 3409). . 

7. Arrondissement de Dreux. 

8. Arrondissement de Rambouillet. 

9. Etienne de Vignoles, plus connu sous le nom de La Hire, fameux capi- 
taine de routiers. 

RiCHEMONT. 6 



82 l'épée de connétable offerte a artur (1424) 

gogne, allait être écrasé. Quand il apprit la « douloureuse jour- 
née » de Verneuil, « la destruction de ses princes et de sa cheva- 
lerie », le pauvre roi « eut au cuer si grant tristesse et telle que 
plus n'en povoit, et fut par longtemps en grand ennui, voyant 
que de toutes parts ses besongnes lui venoient au contraire *. » 

Cette défaite ne fut pas moins désastreuse pour ses favoris. 
Ils essayèrent bien encore de recourir aux étrangers, à l'Ecosse, 
à la Gastille ; mais leur impuissance était si manifeste qu'ils ne 
purent empêcher le roi de prêter une oreille plus docile aux 
conseils de sa belle-mère. Yolande redoubla d'efforts, stimulée 
aussi par ses propres intérêts. Henri VI n'avait-il pas donné 
récemment à Bedford le Maine et l'Anjou? Elle avait donc à 
défendre tout à la fois la couronne de son gendre et les domaines 
de ses enfants. Malgré la défiance des favoris, malgré la répu- 
gnance de Jean Y et l'inertie du roi, son adresse féminine, par- 
fois exempte de scrupules, sut mener à bonne fin une entreprise 
aussi ardue ^ 

Quand la mort de Buchan, tué à la bataille de Yerneuil, eut 
laissé vacante la charge de connétable, Yolande obtint que 
cette haute dignité fût proposée au comte de Richemont. C'était 
un moyen d'intéresser ce prince à la réussite de ses projets. S'il 
avait eu assez d'influence sur son frère pour lui faire jurer le 
traité de Troyes, il pourrait bien l'amener aussi à une nouvelle 
réconciliation avec le roi de France. Pourtant une rupture avec 
l'Angleterre, au moment même où cette puissance était si re- 
doutable, mettait la Bretagne en péril, et il était bien difficile 
que les négociations, si secrètes qu'elles fussent ^, échappassent 
à Bedford. Regrettant peut-être l'imprudence qu'il avait com- 
mise en offensant Richemont, il avait envoyé auprès de Jean V 
un de ses conseillers, Bérard de Montferrant, qui resta plu- 
sieurs mois en Bretagne *. Sa présence n'empêcha point Yolande 
et Richemont de continuer leurs pourparlers. 



1. Monstrelet, IV, 198. Le Bourg, de P., 194-199. Fr. 26047, n"^ 342-344, 
Fr. 26048, n» 548. Fr. 4485, fs 307-319. JJ, 173, f"' 157, 282 v. Portef. Fon- 
ianieu, 113-114, au 4 octobre 1424. K, 62, n" 11* et 11'3. Ilist. de Bour- 
gogne, IV, 92. 

2. J. Quicherat, R. de Villandrando, 26, et note 1. Fr. 20684, f- 541. 
Ms. Lat. 6024, n" 13. K 62, n" ll's. JJ 172, f" 290. JJ 173, f" 15Î v». Portef^ 
Fontanieu, au 21 octobre 1424. Le 1»' juillet 1423, Louis III, roi de Sicile, 
qui était alors à Rome, avait donné à sa mère Yolande' l'administration 
de ses domaines de France [Arch. des aff. étr., t. 362, France, fos 71-74). 

3. Dès le mois de septembre on savait, à Tournai, qu'un traité se négo- 
ciait avec le duc de Bretagne; que ses barons avaient juré de servir Char- 
les VII (H. Vandenbroeck, Consaux, II, 106). 

4. De juillet à octobre. Pièces orig., 2019, dossier 46270, n" 16. (Mont- 



INQUIÉTUDE DES FAVORIS DU ROI (1424) 83 

Il fallait profiter de la querelle qui s'envenimait de plus en 
plus entre les ducs de Bourgogne et. de Glocester, malgré tous 
les efforts du régent de France. Richemont correspondait aussi 
avec sa femme, qui était à Montbard, et avec Philippe-le-Bon *. 
La duchesse de Guyenne désirait que son mari s'élevât au plus 
haut rang, et Philippe-le-Bon ne désapprouvait pas les intentions 
de son beau-frère Artur. Restait à décider le duc de Bretagne. 
Yolande envoya d'abord une nouvelle ambassade avec son jeune 
fils Charles ^ lui annoncer que le roi avait l'intention de nom- 
mer son frère Artur connétable de France. Le duc Jean accueillit 
assez favorablement ces ouvertures, mais l'intervention inquiète 
des favoris faillit tout perdre. 

Le plus compromis de ces conseillers armagnacs, Louvet, 
conduisit lui-même l'ambassade chargée de porter au duc les 
offres officielles de Charles VII. Il tenait à prendre ses pré- 
cautions et ses garanties contre le ressentiment de Jean V. Il 
espérait que l'entremise de Richemont arrangerait cette affaire 
délicate '. D'ailleurs cette mission avait été prévue et, pour 
ainsi dire, sollicitée lors du traité de Nantes; mais elle n'al- 
lait pas sans quelques inconvénients. Jean V et ses conseil- 
lers voyaient dans Louvet le principal complice des Penthièvre, 
le fauteur même de l'attentat *. Celui-ci commit sans doute 
quelque grave maladresse, car il reçut l'ordre de quitter immé- 
diatement la Bretagne. Il aurait même été en grand danger de 
sa personne. Heureusement que la reine Yolande sut réparer ce 
malencontreux incident, grâce à Tanguy du Chastel. Ce rude 
Breton, dévoué corps et âme à Charles VII, qui lui témoignait 
beaucoup d'affection et de reconnaissance, était accusé d'avoir 
pris part à l'assassinat de Jean-sans-Peur; mais il n'était point 
suspect au duc de Bretagne, et, seul parmi les conseillers arma- 
gnacs, il était prêt à se sacrifier aux intérêts de son maître. 



ferrand). Fr. 4489, f" 336, 337, 410, Voir aussi JJ 172, f' 261 v. K 62, 
no 1112. 

1. D. Morice, I, 493. Hist. de Bourgogne, IV, 91. Stevenson, t. II, 2« par- 
tie, p. 386-396. 

2. Charles d'Anjou, troisième fils de Louis III d'Anjou et de Yolande 
d'Aragon, n'avait encore que dix ans. Il était né le 14 octobre 1414 (An- 
selme, I, 231, 232, 233). 

3. L'engagement du 8 mars 1423 prouve que Yolande et Richemont 
ivaient fait des promesses aux favoris pour les rassurer. Voir aussi le 
dossier Louvet, à la date du 6 octobre 1424, dans le t. 1763 des pièces 
orig., dossier 40822, n» 5. Voy. ci-dessous, p. 89-90. 

4. On s'explique difficilement, à cause de cela, que Jean V ait désiré 
voir venir en Bretagne Louvet, qu'il détestait (voir l'article 17 du traité 
de Nantes, ap. de Beaucourt, t. II, 336). 



84 YOLANDE d'aRAGON VA EN BRETAGNE (1424) 

La reine de Sicile et Tanguy se rendirent en Bretagne 
et surent, par leurs instances, leurs promesses, calmer l'irri- 
tation de Jean V et obtenir son consentement *. Les Etats 
de Bretagne , convoqués pour cette affaire , furent divisés 
d'opinion; mais le parti français l'emporta encore une fois, 
et ils décidèrent que le comte de Richemont irait trouver le roi, 
si le duc de Bourgogne ne désapprouvait pas cette démarche. 
Aussitôt Raoul Gruel et Philibert de Vaudrey furent envoyés 
auprès de Philippe-le-Bon, avec mission de lui demander s'il 
trouverait bon que le comte de Richemont allât vers le roi de 
France, pour travailler à la paix entre lui et la maison de Bour- 
gogne. Philippe négociait alors avec Charles VII, sous la média- 
tion d'Amédée VIII. Il était tellement irrité contre le duc de 
Glocester et les Anglais qu'il consentit à ce que Richemont lui 
demandait *. 

Dès que les ambassadeurs furent revenus en Bretagne, le comte 
fit ses préparatifs pour se rendre auprès du roi, mais il ne partit 
pas avant d'avoir reçu toutes les garanties que le duc et les Etats 
avaient exigées pour la sûreté de sa personne ^ ; c'est-à-dire que 
le roi dut livrer comme otages le bâtard d'Orléans, Guillaume 
d'Albret et les quatre places de Chinon, Loches, Mehun-sur-Yè- 
vre et Lusignan *. Ces conditions humiliantes montrent assez la 
détresse de Charles VII, qui alors, comme le dit un vieil histo- 
rien breton, « estoit réduit au petit pied ^ ». 

L'entrevue du roi et de Richemont devait avoir lieu chez la 
reine de Sicile, à Angers. Après avoir imploré l'assistance di- 
vine pour le succès de son voyage ^, Artur partit avec une escorte 
d'environ 200 hommes d'armes et les seigneurs de Laval , de 

i. D. Morice, I, 493; Cousinot,229, 230; d'Argentré, 766; Le Baud, 464,465. 

2. Gruel, 190; Le Baud, 464, 465; d'Argentré, 763-765. Aux conférences 
de Cliambéry, une trêve de cinq mois est conclue entre Charles VII et 
Philippe-le-Bon, par l'entremise d'Amédée VIII, le 28 septembre. — Hist. 
de Bourgogne, IV, Preuves, p. xliv; de Beaucourt, II, 357, 358. 

3. « Toutesfois il doutoit fort de venir devers le roy, s'iln'avoit aucunes 
seuretez, ny sou frère, le duc de Bretagne, ne le vouloit souffrir, veu que 
le dit duc avoit autresfois, comme il estoit renommée, fait serment au roy 
d'Angleterre et le dit de Richemont servy le dit roy. » (Cousinot, 231.) 

4. Arrondissement de Poitiers. 

5. D'Argentré, 765; Gruel, 190; Cousinot, 231-232. Ms. fr. 20382, n» 26. 
Le bâtard Jean d'Orléans, fils naturel de Louis l"' d'Orléans, si connu 
sous le nom de Duuois. Il donna une épée de Turquie au duc, quand il 
vint à Nantes tenir otage pour monseigneur de Richemont {Preuves de 
Vhist. de Bretagne, II, col. 1163). Il était gendre de Louvet. Il avait épousé 
sa fille, Marie Louvette, en 1422. — Guill. d'Albret, seigneur d'Orval, 
deuxième fils du connét. d'Albret. 

6. Le 7 octobre, il fonde trois messes en l'église Saint-Pierre de Nantes 
(Turuus Brutus, I, f* 177, V). 



ARTUR VOIT CHARLES VII A ANGERS (1424, OCTORRE) 85 

Porhoet \ de Châteaubriant, de Montauban, de Beaumanoir, J. de 
Chàteaugiron,Jean de Penhoet, amiral, et Bertrand de Dinan, ma- 
réchal de Bretagne, Guill. Gruel, Raoul Gruel, Philibert de Vau- 
drey, etc. ^. Charles VII était Angers dès le 16 octobre , avec le pré- 
sident de Provence, Guill. d'AvaAgour, bailli de Touraine ^, le "^t 
vicomte de Thouars '*, le dauphm d'Auvergne ^, etc. La reine ' 
de Sicile lui fit, le 19, une réception magnifique. Il logeait à la 
célèbre abbaye de Saint-Aubin ^. Le vendredi 20 octobre, Ri- 
chemont arriva lui-même à Angers. Plusieurs grands seigneurs 
de la suite du roi allèrent à sa rencontre et l'accompagnèrent 
à Saint-Aubin. Le roi le reçut dans les jardins de l'abbaye. Il 
lui fit un accueil amical % où ne perçait aucun ressentiment de 
la conduite que Richemont avait tenue auparavant. Artur lui 
dit qu'il « s'offrait à son service, comme celui auquel le courage 
et la volonté n'avaient oncques changé ou mué, depuis le jour 
qu'il avoit esté pris à la bataille d'Azincourt, quelques feintes 
que sagement il eust faites, pour procurer sa délivrance et comme 
contraint*. » Après quelques instants d'entretien, le roi lui pro- 
posa la charge de connétable. Le comte s'excusa d'abord, en 
alléguant sa jeunesse et son manque d'expérience, puis il finit 
par déclarer qu'il ne pouvait accepter cette offre sans avoir ob- 
tenu le consentement des ducs de Bourgogne et de Savoie, outre 
celui de son frère le duc de Bretagne. Le roi souscrivit avec 
empressement à cette condition ^. 

Le 21, le roi, la reine de Sicile et Richemont conclurent un 
traité pour le mariage de Louis d'Anjou, le fils aîné d'Yolande, 
avec Isabelle de Bretagne, fille aînée de Jean V, mariage déjà sti- 
pulé en 1417. Le roi prit l'engagement de payer les 100 000 fr, 

1. Alain de Rohan, comte de Porhoet, beau-frère de Richemont, qui le fit 
ensuite nommer chambellan de Charles VII (Preuves de Vhist. de Bret., 
II, col, 1176). 

2. Voy. Append., XVIII. 

3. Guill. d'Avangour, d'une noble famille du Maine. Avec T. du Chastel, 
il avait sauvé le Dauphin lors de l'entrée des Bourguignons à Paris, en 
1418. (X'a 9200, f 293 V). 

4. Louis d'Amboise, vie. de Thouars, comte de Benon, seigneur de Tal- 
mout, etc. 

5. Béraud, dauphin d'Auvergne et comte de Sancerre (Clairambault, 
t. 8, f 467). 

6. Sur l'emplacement de la préfecture actuelle (G. Port., Dictionnaire de 
Maine-et-Loire, Dumoulin, 1878, in-8, I, 62). 

7. Le roi, dit Grafton (I, 555), fut plus content de sa venue que s'il avait 
gagné 100 000 couronnes. 

8. Cousinot, p. 232. — La sincérité de cette déclaration, si elle fut faite, 
peut sembler contestable. 

9. Gruel, 190; D. Morice, I, 494, et Preuves, II, col, 1147 et suiv.; d'Ar- 
genlré, 765; P. Fenin, 204. 



86 ASSENTIMENT DE PHILIPPE-LE-BON (1424) 

que le duc de Bretagne avait promis pour la dot de sa fille et 
de céder à Yolande la jouissance du duché de Touraine ', excepté 
la ville de Ghinon. Le dimanche 22, Richement dîna au château 
d'Angers avec la reine de Sicile, le comte de Vendôme et le vi- 
comte de Thouars. Quant au roi, il partit le même jour, entraîné 
par ses favoris, impatients de le soustraire à des influences qu'ils 
redoutaient. Cette entrevue d'Angers n'en eut pas moins des con- 
séquences définitives, et on peut la considérer comme un des faits 
les plus importants du règne de Charles VII ^. 

Le jour même où avait lieu l'entrevue d'Angers, le 20 oc- 
tobre, le duc de Bourgogne revenait à Paris, où Bedford avait 
réuni les Etats de l'Ile-de-France et de Normandie ^. Ce voyage, 
pendant lequel s'aggrava le mécontentement de Philippe contre 
les Anglais, tourna encore au profit de Richemont. Il y avait alors 
■ à Paris une sédition que le retour du régent victorieux n'avait 
pu apaiser. La présence de Philippe-le-Bon y mit fin, et Bedford 
en éprouva un secret dépit. Le duc de Bourgogne donna des 
fêtes brillantes pour le mariage de son grand maître d'hôtel, 
Jean de La Trémoille, seigneur de Jonvelle *, avec Jacque- 
line d'Amboise. Pendant ces fêtes, il poursuivit de ses assiduités 
provocantes la belle comtesse de Salisbury " et se fit un ennemi 
mortel de son mari, qui était un des principaux conseillers de 
Bedford. Enfin, à ce moment même, le duc de Glocester était à 
Calais, où il venait de descendre avec sa femme Jacqueline et une 
armée de 5 à 6000 hommes , pour conquérir le Hainaut. Phi- 
lippe se plaignit de cette agression et prit des mesures pour la 
repousser. De son côté, Glocester aurait écrit à Bedford, pour 
accuser Philippe le Bon de favoriser les menées de Richemont, 

1. Xia 8604, f" 69 V. J 409, n° 49. J ISôb, n" 86, f» 16 V; Preuves de 
l'hist. de Bretagne, II, 1149-1151. Le duché de Touraine avait été donné 
par Charles VII à l'Écossais Archibald Douglas, tué à la bataille de Ver- 
neuil. On sait que Richemont avait aussi reçu de Charles VI, le duché de 
Touraine, et on voit dans les registres du Parlement de Paris, à la date du 
14 novembre 1424, que les Anglais lui donnaient encore le titre de duc de 
Touraine (Xi» 1480, f- 310). Gruel dit (p. 228) que Charles VII voulut 
confirmer ce don à Richemont, mais que celui-ci n'y consentit pas. 

2. Cousinot, 232; Labbe, Eloges hist., Paris, 1651, in-4'', 706, 707; J. de 
Bourdigné, Chroniques d'Anjou, édition Quatrebarbes, t. 11^ 155. Vallet 
de V., Hist. de Charles VII, I, 429-431; de Beaucourt, Charles VII, t. II, 
77, note 3, et p. 348, note 1. 

3. X»» 1480, f» 308 v». Fr. 4485, f- 7-9, 363-365. Fr. 6200, f- 53-59. 
Hist. de Bourgogne, IV, 95. 

4. J. de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, fils de Guy VI de La Tré- 
moille et de Marie de Sully, et frère du fameux Georges de La Trémoille, 
le futur favori de Charles VII. Jacqueline d'Amboise était sœur de L. d'Am- 
boise, vie. de Thouars (Anselme, IV, 164; Pièces orig., t. 50, n» 466), 

5. Eléonore, fille de Thomas, comte de Kent.. 



PHILIPPE-LE-BON ET GLOCESTER (1424) 87 

•dont la défection n'était plus douteuse. Il lui aurait même con- 
seillé de faire arrêter le duc de Bourgogne, et les deux princes 
anglais auraient été jusqu'à comploter la mort de leur puissant 
allié. Richemont avait un intérêt évident à la rupture de Bedford 
et de Philippe-le-Bon ; mais, pour la provoquer, s'abaissa-t-il 
jusqu'à faire usage de fausses lettres? Ses ennemis l'en accusè- 
rent dans la suite, pour se disculper auprès de Philippe-le-Bon, 
quand il connut cette correspondance, vraie ou fausse, de Glo- 
cester avec son frère ^. Il semble malheureusement impossible 
de porter sur ces machinations ténébreuses une lumière assez 
vive pour y découvrir la vérité. Ce qu'on peut affirmer, c'est que 
la conduite de Glocester à cette époque blessa profondément le 
duc de Bourgogne. La rancune de Philippe-le-Bon suffît pour 
expliquer l'adhésion qu'il donna aux projets de son beau-frère 
Artur, surtout si l'on considère qu'auparavant il avait encouragé 
les efforts d'Amédée VIII et approuvé l'entrevue d'Angers. 

Le duc de Bourgogne était donc fort mal disposé envers les 
Anglais quand il quitta Paris pour se rendre à Moulins-Engilbert*, 
où il épousa, le 30 novembre i424. Bonne d'Artois, fille aînée de 
Phil. d'Artois, comte d'Eu, et de Marie de Berry ^. Veuve d'un 
frère de Jean-sans-Peur, Philippe de Bourgogne, comte de Ne- 
vers, tué à la bataille d'Azincourt, sœur de Charks d'Artois, 
comte d'Eu, encore prisonnier en Angleterre, cousine d'Amé- 
dée VllI, la nouvelle duchesse de Bourgogne devait aussi 
plaider auprès de son mari la cause de Charles VII *. C'était Ri- 
<îhemont, le compagnon de captivité du comte d'Eu, qui avait 
ménagé ce mariage. Les Anglais en furent d'autant plus irrités 
•contre lui. Ils disaient même qu'il devait aller combattre Glo- 
cester dans le Hainaut, avec une armée composée de troupes 
fournies par Charles VII, Philippe-le-Bon, Amédée VIII et Jean V. 
Il n'en fut rien, car Richemont, après avoir assisté avec sa 
femme au mariage de son beau-frère, se rendit à Mâcon^ où de- 
vait avoir lieu une nouvelle conférence ^. 



1. A. Desplanque, Projet d'assassinat de Philippe-le-Bon par les Anglais, 
Bruxelles, 1867, iii-4, p. 9, 10. Voy. Append., XIX. En novembre et décem- 
bre, Bedford envoie plusieurs fois des messagers à son frère (Ms. fr. 
4485, p. 362-366). 

2. Arrondissement de Château-Ghinon (Nièvre). 

3. Marie de Berry, veuve de Philippe d'Artois, avait épousé Jean le', duc 
de Bourbon. Michelle de France, fille de Charles VI et première femme 
■de Philippe-le-Bon, était morte le 8 ^'uillet 1422. 

4. Malheureusement, cette princesse mourut peu après, le 17 septembre 
1425. 

5. Anselme,!, 238; Monstrelet, IV, 209, 210; Fenin, 226; Hist. de Bour- 
gogne, IV; Preuves, p. Iv. — Desplanque, Projet d^assassinat de Philipitc- 



88 NÉGOCIATIONS AVEC PIIILIPPE-LE-BON (1424-1425) 

Dès les premiers jours de décembre, une assemblée nombreuse 
était réunie à Mâcon, sous la médiation d'Amédée VIII. On y 
voyait, outre le duc de Savoie, le duc de Bourgogne, le comte 
de Richemont, avec des envoyés de Jean V, Charles de Bourbon, 
comte de Glermont *, avec l'archevêque de Reims ^ et les évo- 
ques de Chartres et du Puy, ambassadeurs du roi de France. 
Philippe accueillit avec sa courtoisie habituelle les envoyés de 
Charles VII, mais il déclara énergiquement qu'une réconcilia- 
tion était impossible, tant que les meurtriers de son père reste- 
raient auprès du roi. On se sépara sans avoir pu s'entendre 
(5 décembre), le duc de Savoie pour aller en Bresse, le duc de 
Bourgogne pour se rendre à Dijon (7 décembre). Le comte de 
Richemont l'accompagnait; quelques jours après, il assistait, 
avec sa femme, à l'entrée solennelle de la nouvelle duchesse 
dans la capitale de la Bourgogne (15 décembre). Avant de quitter 
son beau-frère, il fit auprès de lui de nouvelles instances, et il! 
emmena même des envoyés de Charles VII et de Philippe-le-Bon 
à Montluel ^, où se trouvait le duc de Savoie •*. On y reprit les 
négociations pour la paix (janvier 1425] ; on parla de marier une 
fille d'Amédée VIII au dauphin Louis ^ et une autre à François de 
Bretagne, fils aîné de Jean V; on décida la prolongation des 
trêves entre la France et la Bourgogne, le mariage du comte de 
Glermont avec Agnès, sœur de Philippe-le-Bon ^. Artur de Bre- 
tagne fut autorisé à accepter la charge de connétable; enfin les 
ducs de Bretagne et Savoie s'entendirent pour prendre auprès 
de Charles VII la direction du gouvernement ''. 

Dans le même temps, le duc de Bourgogne se préparait à re- 

le-Bon, p. 9 et 59; de Beaucourt, Charles VU, t. II, p. 79. Richemont était 
à Tours le 27 octobre. On l'attendait à Lyon le 12 novembre {Idem, p. 80, 
note 7). 

1. Fils de Jean I*"", duc de Bourbon, et de Marie de Berry. II venait d'être 
nommé lieutenant général du roi dans le Dauphiné. P. 13582, cote 1376. 

2. Regnault de Chartres, qui fut nommé chancelier de France le 28 
mars 1425. Anselme, VI, 399, 400. 

3. Arrondissement de Trévoux (Ain). 

4. Richemont était avec le chancelier de France et le comte de Ven- 
dôme, mis récemment en liberté. Ils passèrent par Lyon le 10 janvier 1425 
(de Beaucourt, t. II, 360-361). 

5. Le dauphin Louis (Louis XI) était né le 3 juillet 1423, à Bourges 
(Fr. 5024, f 203; Xi" 9197, f» 224 V; KK 56, f° 27 v). 

6. Le traité fut conclu le 4 février 1425. Parmi les signatures, on remar- 
que celle de Georges de La Trémoille. Le mariage ne fut célébré que le 
5 août 1425 (Collect. de Bourgogne, U 96, p. 497-504, 565-574, 605-610}. 

7. Voir la lettre de Richemont aux Lyonnais (2 juin 1425), déjà indiquée, 
et la convention conclue à Montluel par le duc de Savoie et Artur de 
Bretagne (de Beaucourt, II, 81-84, 361; H. Vandenbroeck, Consaux de 
Tournai, II, 157-160). 



ARTUR ET LES CONSEILLERS DU ROI (1425) SO» 

pousser par les armes l'invasion de Glocester. Les circonstances 
n'avaient jamais été plus favorables aux projets de Richemont. 
Il allait sortir de l'inaction à laquelle sa jeunesse était réduite 
depuis dix ans; l'œuvre qu'il allait entreprendre était digne de 
l'ambition la plus haute et la plus noble. Il retourna en Bre- 
tagne le cœur plein d'espoir *. 

Vers la fin de février, Artur se rendit à Ghinon, où se trou- 
vait le roi, qui revenait d'Auvergne. Restait une difficulté à 
vaincre et non la moindre, l'obstination des favoris. Quand 
Charles VII avait promis à Jean V de les éloigner, pour obtenir 
son alliance, ils ne l'avaient point empêché de prendre cet 
engagement ^, sachant bien qu'ils l'empêcheraient de le tenir; 
mais, cette fois, leurs craintes étaient plus vives. Il ne s'agis- 
sait plus seulement de tromper Jean V; le duc de Bourgogne 
réclamait aussi leur renvoi, et ils sentaient bien que tous le& 
efforts du nouveau connétable tendraient à réconcilier le roi 
de France avec ce puissant ennemi. Ancien Armagnac, Riche- 
mont aurait pu s'entendre avec eux, n'eussent été le crime de 
Montereau et l'enlèvement de Jean V. Il lui fallut donc dis- 
simuler, sous peine d'échouer au dernier moment. Encore 
n'est-il pas certain qu'il eût réussi, même avec l'appui de 
Charles VII, s'il n'avait été soutenu par Yolande, par T. du 
Chastel, par le chancelier Martin Gouges, probablement par 
G. d'Avangour, et enfin s'il ne se fût résigné à une transaction 
des moins honorables ^. Il jura et promit « sur les saints Evan- 

1. Le Baud, 466. Hist. de Bourgogne, IV, 96-98. Monstrelet, IV, 2H, 212. 
Desplanque, p. 24, note 2. D. Lobineau, I, 564. Kervyn de Lett., IV, 239, 
et dans la Revue du Lyonnais, année 1839, t. 19, la lettre du 2 juin 1425. 
Pendant que Richemont était en Bretagne, Richard, comte d'Etampes, fit 
son testament, le 2 février 1423, et nomma exécuteurs testamentaires ses 
frères Jean et Artur {Arch. de la Loire-Inf., cass. 9, E, 24). 

2. D'après Gruel, le roi fit la même promesse à Richemont. « Et, avant 
qu'il prist l'espée, le roy luy promist et jura d'envoyer hors de son royaume 
tous ceulx qui avoient esté cause de la mort de monseigneur de Bourgon- 
gne et consentans de la prise du duc Jehan de Bretaigne. » (Gruel, 191.) 

3. Il est probable que ces pourparlers donnèrent lieu, dans le Conseil du 
roi, aux plus vives discussions, et que Tanguy du Ghâtel prit, avec sa vio- 
lence habituelle, le parti de Richemont contre Louvet, car on lit dans le 
registre du Parlement de Paris {X*^ 1480, f» 317), à la date du 3 mars : 
« Ce jour viûdrent nouvelles de la mort du comte Daulphin, que on disoit 
avoir esté tué par Tanguy du Chastel en ung conseil tenu, présent le Dau- 
phin ; et de ce avoit le duc de Bedford reçu lettres du duc de Bretaigne, 
faisant mention de ce, ainsi que disoient ceulx qui avoient veu et leu les- 
dites lettres. » Il s'agit ici de Bcraud III, Dauphin d'Auvergne, mais le 
fait avait été fort exagéré, car Béraud ne mourut qu'en 1426. — Richemont 
devait être alors à la cour. Le 26 février, il était à Tours, allant à Chiaon 
avec le c. de Vendôme (de Beaucourt, Charles VII, t. II, 81, note 2). 



90 ENGAGEMENT d'ARTUR (1425, MARS) 

giles de Dieu, par le baptême qu'il apporta des saints fonts, par 
sa part de paradis et sur son honneur, » de laisser et d'assurer 
au roi le libre et entier exercice de son pouvoir; d'aimer, soute- 
nir et protéger ses serviteurs, à savoir : T. duGhastel, prévôt de 
Paris, le président Louvet, le sire de Giac, Guill. d'Avangour et 
Pierre Frotier; de ne consentir, pour aucun motif et sous aucun 
prétexte, à leur éloignement, et même de s'y opposer si l'on venait 
à le demander; enfin de s'en rapporter au roi pour les gens 
d'armes qu'il voudrait tenir auprès de lui et en sa compagnie 
(8 mars 1425) K 

Ce document curieux ne prouve pas seulement la toute-puis- 
sance des favoris et l'imbécillité de ce roi de vingt-deux ans qui 
subissait leur tutelle, il montre aussi combien il était nécessaire 
de mettre fin à cette domination insolente, égoïste, incapable 
de sauver la France- En prenant des engagements aussi solen- 
nels, Richemont savait bien qu'il ne les tiendrait pas. Pouvait- 
il aimer, soutenir, protéger les complices des Penthièvre, les 
meurtriers de Jean-sans-Peur? Au contraire, n'était-il pas d'ac- 
cord avec son frère, le duc de Bretagne, avec son beau-frère, le 
duc de Bourgogne, avec la reine de Sicile, avec le duc de Savoie 
pour chasser les ministres qui étaient leurs ennemis communs ? 
Leur présence seule n'était-elle pas un obstacle insurmontable à 
sa politique d'apaisement et de réconciliation ? Sans doute ses 
scrupules furent combattus par la reine Yolande ; mais, si légi- 
time que fût son ambition, il est regrettable qu'il n'ait pu la 
satisfaire qu'aux dépens de sa loyauté. Cette fois, il n'agissait 
plus contre la France, comme à l'époque où il déterminait son 
frère à jurer le traité de Troyes ; toutefois il convient de ne pas 
oublier davantage cette conduite nouvelle, pour comprendre et 
juger l'homme qui va désormais tenir une si grande place dans 
l'histoire du règne de Charles VII. 

Quand Richemont eut conclu ce marché humiliant, il put 
enfin en recevoir le prix. Le 7 mai's 1425, s'accomplit dans la 
prairie de Chinon une cérémonie imposante. Le roi s'y rendit, 
entouré de toute sa cour. Dans ce brillant cortège, on remar- 
quait Louis de Bourbon, comte de Vendôme, l'évêque de Cler- 
mont, chancelier de France, qui avait pris une part des plus 
actives à toutes ces négociations, les archevêques de Reims et 
de Sens, l'évêque d'Angers, le maréchal de Sévérac et les 
envoyés d'Amédée VIII, Jean de Beaufort et Gaspard de Mont- 
mayeur, l'un chancelier, l'autre maréchal de Savoie. Artur de 
Bretagne, comte de Richemont, reçut des mains de Charles VII 

i. \oy. Append.,XK. 



ARTUR REÇOIT l'kPÉE DE CONNÉTABLE (1425, 7 MARS) 91 

l'épée de connétable « et fit les serments au roy et au royaume 
en la forme et manière accoustumée » ^ Il jura « le Dieu créa- 
teur, par la Foi et la Loi, et sur son honneur » qu'il servirait 
le roi envers et contre tous, qu'il lui obéirait en toutes choses 
« sans rien épargner, jusqu'à la mort, inclusivement ^. » 

Les lettres par lesquelles Charles VII institue le comte de 
Richemont connétable de France débutent par des considéra- 
tions remarquables : 

« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, etc. Comme, 
depuis que l'office de connestable de France a esté derrenière- 
ment vacant, n'ayons pourveu à iceluy office, par quoy et par 
default de chief principal sur le fait de nostre guerre, se soient 
ensuiz plusieurs inconveniens, au grant préjudice de nous et de 
nostre seigneurie, et aussi se soient faictes sur nostre peuple plu- 
sieurs pilleries et autres oppresions, à nostre très grant desplai- 
sance ; savoir faisons que voulons, pour ce, pourveoir au dit office 
de connestable de personne qui sur nos gens d'armes et de trait 
puisse et doye mectre et entretenir tel ordre et justice, que ce 
soit au bien de nous et à la cessacion de tous maulx, et qui 
aussi soit de tele auctorité, entreprise et vaillance, que, par son 
moyen et conduit, noz affaires puissent estre bien adreciez. Con- 
siderans que, pour ces choses faire et exercer ainsi puissamment 
que besoign en est, seroit très propice et convenable, pour plu- 
sieurs considérations, nostre très-chier et amé cousin, Artur de 
Bretaigne, conte de Richemont, frère germain de nostre très- 
chier et très-amé frère, le duc de Bretaigne, attendu les grans 
sens, industrie, prouesse, preudommie et vaillance de sa per- 
sonne, tant, en armes que autrement, la prochaineté dont il 
nous attaint, et la maison dont il est issu ; ayans regard mesme- 
ment à ce que, pour nostre propre fait et querele, il exposa et 
habandonna moult honnorablement sa personne à l'encontre de 
noz ennemis à la journée d'Azincourt, à laquelle il combattit 
vaillamment, et jusques àlaprinse de sa dicte personne; vou- 
lans ces choses envers lui recognoistre en honneurs, bienfi'aiz, 
et autrement, comme bien nous y sentons tenuz; et pour l'en- 
tière confiance que nous avons de lui, lui commectre et bailler 
le soing, curanson et charge de nos plus haulx afl"aires, qui sont 
le fait et conduicte de nostre dicte guerre, espérans que, par 

1. Ck)usinot, 232. Gruel, 191. Monstrelet, IV, 175. Fenin, 204. Grafton, 561. 
Cougny, Notice sur le château de Chinon, édition de 1874, p. 56. De Beau- 
court, Charles VII, t. II, 84, note 2. Fr. 5024, î» 203. Martial d'Auvergne, J, 55. 

2. Formule du serment du connétable, ap. Daniel Milice française, t. I, 
185. D'après La Thaumassière, Hist. de Berry, p. 46, Richemont reçut 
alors le gouvernement du Berry. 



92 ARTUR REÇOIT L'ÉPÉE DE CONNÉTABLE (1425, 7 MARS) 

moyen de lui et des siens, qui sont grans et puissans, pourront 
estre faiz à nous et à nostre dicte Seigneurie telz et si proufitables 

services, que ce sera à perpétuel mémoire 

iceluy nostre cousin 

avons, pour les causes devant touchées et autres à ce nous 
mouvans, espécialement pour l'évident bien et proutît de nous 
et de nostre dict royaume, fait, ordonné, constitué et estably, 
faisons, ordonnons, constituons et estab lissons connestable de 
France et chief principal, après nous et soubz nous, de toute 
nostre guerre, etc. i. » 

On ne saurait mieux faire ressortir les motifs qui avaient 
déterminé le choix du roi, les devoirs qui incombaient au nou- 
veau connétable et les services qu'on attendait de lui. On dirait 
qu'il y a là un programme dicté par un sentiment profond de 
la situation présente et une vue prophétique de l'avenir. Telle 
était bien la difficile et glorieuse carrière qui s'ouvrait devant 
Artur de Bretagne et où nous allons le suivre. 

1. Xia 8604, fos 72, v 73. Ces lettres se trouvent aussi à la suite de 
Gruel, édition Michaud, p. 229, 230, et dans Godeîroj, Hist.de Charles Vil. 
11 est à remarquer que les noms de Louvet, P. Frotier et P. de Giac ne 
se trouvent pas parmi ceux des conseillers de Charles VII qui ont contre- 
signé ces lettres (voir de Beaucourt, t. II, 85). J. Bouchet, Les Annales 
d'Aquitaine, Poictiers, 1644, gr. in-4'', p. 243. 



TROISIÈME PARTIE 

LA LUTTE CONTRE LES FAVORIS DE CHARLES VII 

1425-1433 



CHAPITRE PREMIER 

LES PREMIÈRES ANNÉES DE POUVOIR (1425-1427) 

État de la France en 1423. — Plan de Richement. — Difficultés de sa 
tâche. — Droits du connétable. — Essais de réformes militaires. — 
Louvet attaque Richement, qui parvient à le renverser. — Le conné- 
table prend la direction du gouvernement. — Nouveaux embarras. — Il 
amène le duc de Bretagne à s'allier avec Charles VII par le traité de 
Saumur. — Il s'efforce .vainement de réconcilier le duc de Bourgogne 
avec le roi. — Les Anglais attaquent la Bretagne. — Le connétable 
échoue devant Saint-James-de-Beuvron. — Il s'en prend au chancelier 
de Bretagne. — Guerre dans le Maine et l'Anjou. — Richement excite 
les ducs de Bretagne et de Bourgogne contre les Anglais. — 11 est obligé 
de lutter contre P. de Giac, — Il le fait exécuter. — Bedford, revenu 
d'Angleterre, pousse vivement les hostilités. — Les Anglais reprennent 
Pentorson. — Grands efforts du connétable peur leur résister. — Camus 
de Beaulieu, successeur de Giac, est assassiné. — Il est remplacé par 
Georges de La Trémeille, qui travaille à supplanter Richement. — Dé- 
faite des Anglais devant Mpntargis. — Le duc de Bretagne fait la paix 
avec l'Angleterre. — Richemont ne peut renverser La Trémeille. — Il 
se retire à Parthenay. 

Le biographe de Richemont indique, en quelques mots, l'œu- 
vre du connétable. « Il trouva le royaume le plus au bas que 
jamais fût et le laissa le plus entier qui fût, passé à quatre cents 
ans ' .» 11 résume aussi, dans ces lignes, tout le règne de Char- 
les VII, et, s'il exagère le rôle de son connétable, en attribuant à 
lui seul ce glorieux résultat, on peut dire qu'il y eut du moins 
une large part. En effet, la France n'était paS dans une situation 
moins désespérée qu'à l'époque du traité de Troyes. Son roi 

1. Gruel, 191. 



94 ÉTAT DE LA FRANCE EN 1425 

n'était pas, comme Charles VI, entre les mains des Anglais^ 
mais il n'avait qu'une partie du royaume, et il semblait incapa- 
ble de gouverner, de défendre et de conserver le reste *. Il avait, 
directement ou indirectement, ^Orléanais, la Touraine, une par- 
tie du Maine et de l'Anjou, de la Saintonge, de la Picardie, de 
la Champagne et de l'Ile-de-France, le Bourbonnais, l'Auver- 
gne, le Limousin, la Marche, le Forez, le Lyonnais, le Dau- 
phiné, le Languedoc, TAunis et l'Angoumois, le Poitou, le 
Berry; mais ces provinces étaient les unes occupées en partie, 
les autres menacées par les Anglais ou par les Bourguignons,, 
leurs alliés ^. 

Henri VI possédait presque toute l'Ile-de-France, avec Paris,, 
la Normandie, la Picardie, la Champagne, une partie du Maine 
et de l'Anjou, de la Guyenne et Gascogne ^, Le duc de Bedford, 
régent de France, était, par ses talents politiques et militaires, 
égal, sinon supérieur à son frère Henri V. Il est vrai qu'il ne 
tenait pas, comme lui, dans sa main toutes les forces de l'Angle- 
terre, que Glocester lui causait de graves embarras, qu'il ne 
trouvait plus dans le duc de Bourgogne un allié aussi sûr, aussi 
âpre à la vengeance; mais il disposait toujours d'une armée dis- 
ciplinée, aguerrie, commandée par d'excellents capitaines, et, si 
l'on considère, d'un côté, cette formidable puissance des Anglais,, 
de l'autre, la chétive situation du petit roi de Bourges, on pen- 
sera qu'en prenant le pouvoir dans des conjonctures aussi criti- 
ques, le nouveau connétable élevait son ambition à la hauteur 
de toutes les épreuves *. 

Pour affermir le trône chancelant de Charles VII, pour 
sauver le royaume, sur le point de « cheoir à totale des- 
truccion ^ », que fallait-il? Un gouvernement plus sage, plus 
respecté, plus fort, une armée disciplinée, solide, et surtout de 
puissantes alliances **. Voilà ce que ne pouvaient procurer au 

1. Sur l'anarchie et le mépris de l'autorité royale, voir D. Neuville, le 
Parlement royal à Poitiers, dans le t. VI" de la Revue histor. (1878), ch. VI, 
p. 301 et suiv. 

2. Voy. A. Longnon, Les limites de la France à l'époque de Jeanne d'ArCr 
dans la Revue des questions hist., t. XVIII, année 1875, p. 500 et 501. 

3. Le Ms. fr. 4491 indique les places occupées par les Anglais, en 1423y 
dans leurs provinces françaises du Nord, le nom des capitaines, l'effectif 
des garnisons (Fr. 4491, f"» 46 et suiv.). 

4. Sharon Turner, III, p. 12 et suiv. Voir dans Chastellain, sur l'état 
de la France efi 1422, un passage remarquable, qui pourrait s'apphquer 
aussi bien à 1425 (Chastellain, VII, 323, édition Kervyn de Lettenhove, 
Bruxelles, 1863-1866, 8 vol. in-S"). 

5. Lettre de Richemont aux Lyonnais, du 2 juin 1425, dans la Revue du 
Lyonnais, 1859, p. 327-331. 

6. C'est là ce que fait ressortir Charles VII lui-même, dans ses lettres 



PLAN DE RICHEMONT 95 

jeune roi ses ministres impopulaires; voilà ce que le connétable 
de Richemont voulait donner à la France. Il tenait surtout à ré- 
concilier Charles VII avec Philippe-le-Bon. C'était là le plus 
grand service qu'on pût rendre à la France ; de là dépendait son 
salut ou sa ruine. Tant qu'elle avait à combattre l'Angleterre 
et la Bourgogne, elle pouvait obtenir des succès passagers, mais 
point de victoire décisive; avec l'alliance de la Bourgogne, elle 
devait triompher. Le principal mérite de Richemont, c'est d'avoir 
compris cette politique, de l'avoir suivie avec une constance 
inébranlable ; un de ses principaux titres de gloire, c'est d'avoir 
préparé, négocié le traité d'Arras (1435). Pour arriver à ce but, 
il dut lutter pendant dix ans contre des difficultés qui auraient 
pu abattre une âme moins forte. Réorganiser l'armée^ soutenir 
la guerre contre les Anglais, poursuivre les négociations avec 
les ducs de Bretagne, de Bourgogne et de Savoie, déjouer les intri- 
gues des favoris, résister à leurs attaques, arracher le roi à leur 
influence malfaisante, à son apathie, à son oisiveté, le rappeler 
au sentiment de ses devoirs et de son rôle, l'entraîner à la tête 
des troupes, l'aider à reconquérir son royaume, à fortifier son 
pouvoir, le défendre contre les coalitions féodales, telle fut la 
tâche que Richemont accomplit, avec line énergie, une fidélité, 
une constance que ne découragèrent ni les échecs, ni les humi- 
liations, ni les disgrâces. 

Quand il prit l'épée de connétable, il avait près de trente- 
deux ans, l'âge où l'ardente activité de la jeunesse est guidée 
par la réflexion et l'expérience. Sans être un homme d'Etat et 
un capitaine de premier ordre, il avait, pour le gouvernement 
et pour la guerre, des qualités précieuses : la justesse d'esprit, la 
sagacité, qui font distinguer nettement le but et les moyens de 
l'atteindre, l'initiative, la persévérance qui mène tôt ou tard au 
succès, la force d'âme et de volonté qui surmonte les obsta- 
cles. Outre ces qualités personnelles, il possédait d'autres avan- 
tages qui expliquent le choix de la reine Yolande : une haute 
naissance, des liens de parenté avec plusieurs maisons royales, 
avec celle de Savoie et avec les plus puissantes familles du 
royaume, celles de Bourgogne, d'Orléans, d'Anjou, d'Alençon, 
de Bourbon, d'Armagnac, l'appui de Jean V, et, ce qui valait 
mieux, les sympathies du parti français de Bretagne. Il y avait 
en effet dans ce pays un parti très attaché à la France. Du Gues- 
clin était dans toutes les mémoires; sa veuve, Jeanne de Laval, 



du 23 mars au c. de Foix, qui était rentré dans le devoir et qui avait été 
récemment nommé lieutenant général du roi dans le Languedoc (de 
Beaucourt, Charles VII, t. II, 88). 



^6 DROITS DU CONNÉTABLE 

vivait encore; le jeune André de Laval, plus tard seigneur de 
Lohéac et maréchal de France, petit-fils de Jeanne, avait com- 
battu avec l'épée de l'illustre connétable, au combat de la 
Broussinière *, où des Bretons et des Français avaient vaincu 
les Anglais, le 26 septembre 1423. La mort de Glisson était, 
pour ainsi dire, récente. Les Bretons, fiers du nouveau choix 
qui appelait, pour la troisième fois, un des leurs à la plus -haute 
dignité du royaume, étaient disposés à servir Charles VIL Leur 
dévouement, soutenu d'ailleurs par Fintérèt, était une garantie 
plus sûre que FalHance du versatile Jean V ^. 

Le connétable de France avait des pouvoirs qui l'égalaient 
presque au roi lui-même, en ce qui concernait la guerre et l'ar- 
mée. Il faisait partie « du plus étroit et secret conseil du roi » '. 
Dans les questions relatives à la guerre, on ne pouvait rien dé- 
cider sans avoir pris l'avis du connétable. A l'armée, il avait 1& 
commandement général, même quand le roi était présent. C'est 
lui qui prenait toutes les dispositions, ordonnait tous les mou- 
vements, assignait à chacun son rang et sa place. Au combat, 
il était d'ordinaire à l'avant-garde ou au premier rang du corps 
de bataille, dans la retraite, au dernier. Sa bannière était portée 
après celle du roi. Quand une place était prise, si le roi était 
absent, c'est la bannière du connétable qu'on y mettait la pre- 
mière. Une partie du butin lui appartenait. Il prélevait une jour- 
née de solde sur le payement des troupes, A la guerre, il était dé- 
frayé de ses dépenses et de ses pertes par le roi. Les jours d'assaut 
ou de bataille, il avait double solde. Il connaissait de tous les cri- 
mes et délits commis par les gens de guerre. Les gens de sa maison 
n'étaient justiciables que de lui seul. Le siège de sa juridiction 
s'appelait la Table de marbre ; il pouvait y déléguer un lieute- 
nant *. Quand il entrait pour la première fois dans une ville, il 
avait le droit de grâce ^. Il présidait aux duels, donnait le signal 
du combat et le faisait cesser à son gré. Il avait logement à la 
cour. Il assistait au sacre ; c'est lui qui portait la Sainte Am- 
poule. Enfin, un crime contre le connétable était considéré 
comme un crime de lèse-majesté ®. 

Si grands que fussent les pouvoirs du connétable, Richemont 



1. Arrondissement de Laval. 

2. Le Baud, 463. D'Argentré, 762. Cousinot, 214. Vallet de V., I, 400. 
D. Morice, I, 492. S. Luce, Hist. de du Guesdin, I, 129,130, noie 2. 

3. Daniel, Hist, de la milice française, t. I, 173. 

4. X2a 22, an 10 juin 1437 et au 4 décembre 1441. X^a 23, f»' 2 y, 3 v. 
Xia 9193, f° 263 \°. Xia 1483, f"s 89 v% 209. 

3. X2a 22, fos 1 v», 4. 
6. Voy. Appendice, XXL 



ESSAIS DE RÉFORMES MILITAIRES (1425) 97 

voulut étendre son rôle encore plus loin ; il voulut être un pre- 
mier ministre, au risque de mécontenter les favoris, jusque-là tout- 
puissants. On ne connaît pas toutes les mesures qui suivirent 
son arrivée aux affaires, mais on en pourrait citer plusieurs 
qui attestent une direction nouvelle, comme sa correspondance 
avec les principales villes du royaume \ des changements dans 
l'administration financière et dans les hauts emplois, l'établisse- 
ment d'une cour des aides à Poitiers (22 octobre 1425), la convo- 
cation des Etats généraux pour le l^"" octobre, l'envoi d'une am- 
bassade à Montluel, où devait s'ouvrir, le 16 avril, une confé- 
rence entre les représentants de la France, de la Bourgogne, de 
la Bretagne, sous la médiation d'Amédée VIII, enfin des efforts 
plus louables qu'heureux pour réprimer les excès des gens de 
guerre *. 

Outre les négociations avec le duc de Bourgogne, le principal 
soin du connétable fut la réorganisation de l'armée. Etablir la 
discipline, faire cesser « les pilleries et roberies », c'était là cer- 
tainement la plus urgente, mais aussi la plus difficile des réfor- 
mes. Le mal était si répandu, si invétéré, qu'il semblait impossi- 
ble d'y apporter un remède efficace ^ Néanmoins Richeraont se 
mit à l'œuvre sans retard, après avoir obtenu du roi la promesse 
formelle que justice serait faite. Des lettres patentes de Char- 
les Vil et du connétable ordonnèrent à tous les capitaines de 
gens d'armes et de trait de se rendre à Selles en Berry *, pour y 
être passés en revue. Richemont voulait faire un choix parmi 
eux, envoyer les bons aux frontières et les autres, « non 
passables, à leur labour ou mestier » ^. Afin de pouvoir payer 
les troupes qui seraient conservées et licencier les autres, on fît 
un emprunt de 30 000 1. t., auquel contribuèrent différentes 
villes, notamment Lyon. Toutes d'ailleurs se seraient imposé 
des sacrifices pour qu'on débarrassât la France d'un pareil fléau ; 
mais ce n'était pas la première fois qu'on en faisait la promesse. 
Le connétable voulait sincèrement tenir la sienne ^ et, comme 

1. Notamment avec Lyon. Au mois d'août, il charge' son conseiller J. de 
Chenery de dire aux habitants de Tournai qu'il les voudrait bien con- 
naître. Le conseil décide alors qu'on enverra im député vers le roi et le 
connétable {Consaux de Tournai, II, 187). 

2. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 88, 618, 625, 637, 638, 
647-649. Voir Appendice, XXII (lettre du roi aux Lyonnais). 

3. Voir D. Neuville, le Parlement à Poitiers, dans le t. VI" de la Revue 
hist. (1878), ch. V, p. 291 et suiv. 

4. Selles- sur-Cher, arrondissement de Romorantin. 

5. Lettre du connétable aux Lyonnais, dans le t. 19 de la Revue du 
Lyonnais, année 1859, p. 327-331; Fr. 20684, f»s 565-566. 

6. C'est sa préoccupation constante, comme le prouvent ses lettres aux 
Lyonnais . 

Richemont. 7 



98 RICHEMONT LÈVE DES TROUPES EN BRETAGNE 

il savait bien que celte mesure allait provoquer une vive résis- 
tance, non seulement parmi les gens de guerre, mais encore chez 
les favoris du roi, il alla chercher en Bretagne des troupes sur 
lesquelles il pût compter, pour mettre à la raison tous les récal- 
citrants. 

Outre sa charge de connétable, Richemont avait reçu, le 
9 mars, commission d'entretenir à la solde du roi 2 000 hommes 
d'armes et 1 000 hommes de trait K Cette troupe, dont il avait 
le commandement direct, devait former le noyau de la nouvelle 
armée. Non seulement il put faire en Bretagne les levées dont il 
avait besoin, mais encore il obtint que son frère mît sur pied 
les gens des communes, pour être en mesure de faire face à toute 
éventualité. Le nom du connétable figure dans une ordonnance 
que Jean V rendit à Nantes, le 20 mars, et qui donne de curieux 
détails sur l'armement des milices communales. Instruit par son 
séjour en Angleterre, Richemont songeait, dès cette époque, 
aux institutions mihtaires qu'il réalisa plus tard en France. Nul 
doute qu'il n'ait aussi profité de ce voyage en Bretagne pour 
attirer Jean V au parti français et pour continuer les négocia- 
tions avec Phihppe-le-Bon, car un nouveau traité d'alliance fut 
conclu le 25 mars entre les deux ducs ^. C'était le temps où le 
duc de Bourgogne provoquait Glocester à un combat singulier 
(3 mars) et où la guerre commençait dans le Hainaut entre les 
Bourguignons et les Anglais. Bedford, consterné de cette que- 
relle, qui l'empêchait de poursuivre ses conquêtes en France, 
était obligé de laisser à Charles VII un répit dont il fallait pro- 
fiter. Dans ces circonstances, une victoire sur les Anglais pou- 
vait détacher d'eux le duc de Bourgogne lui-même et sauver le 
royaume. Quel début c'eût été pour le nouveau connétable et 
quelle occasion d'imiter l'illustre Breton du Guesclin, qui avait 
laissé de si grands exemples! 

Pendant que Richemont était ainsi occupé en Bretagne, les 
favoris travaillaient à sa perte. Ils ne pouvaient se résigner à 
subir sa prépondérance. Convaincus que, malgré toutes ses pro- 
messes, il ne tarderait pas à les chasser de la cour, afin de don- 
ner satisfaction aux ducs de Bretagne et de Bourgogne ^, ils 



1. Ms. fr. 20684, f" 542, et Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1164-66. 

2. Preuves de l'hist. de Bj'etagne, II, col. 1166-1169; Fwf. de Bourgogne, IV, 
preuves xlix-1; Fr. 4628, f»' 106, S73. 

3. Ces intentions rassortent clairement du traité de Montluel (ci-dessus 
p. 88). D'ailleurs, Tanguy du Chastel ayant été envoyé par le roi demander 
à Jean V « qu'il le voulust ayder et secourir », le duc répondit « qu'il n'y 
entendroit en rien, sinon que, préalablement et avant tout œuvre, le roy 
mist hors de sa compagnie et de son hostel tous ceux qui estoient con- 



JEAN LOUVET 99 

voulurent se mettre en garde contre lui, avant qu'il fût devenu 
assez fort pour imposer ses volontés. C'était là l'inévitable con- 
séquence de la situation fausse dans laquelle il s'était mis, en 
prenant vis-à-vis d'eux des engagements qu'il ne pouvait tenir. 

Le plus audacieux et le plus redoutable de ces conseillers du 
roi, c'était Jean Louvet, seigneur de Mirandol, dit le président 
de Provence '. Ce fut lui surtout qui engagea et qui soutint 
avec le plus d'acharnement cette lutte contre Richemont. Les 
autres, G. d'Avangour, P. Frotier, le médecin J. Cadart, Tan- 
guy du Ghastel et même le sire de Giac, étaient moins dangereux. 
Il n'eût sans doute pas été impossible de s'entendre avec eux, 
pour les éloigner, en leur assurant de bonnes compensations, 
mais Louvet se cramponnait au pouvoir et les excitait à résister 
avec lui. Il n'avait rien négligé pour se ménager des moyens 
d'influence. Il avait marié une de ses filles, Marie, au bâtard 
d'Orléans (1422); une autre, Jeanne, àL. de Joyeuse, et celle-ci, 
qui était, comme sa sœur et sa mère, dame d'honneur de la 
reine, jouissait, dit-on, d'une grande faveur auprès du roi ^. 
Ainsi soutenu et capable de tout oser, Louvet crut pouvoir 
triompher du connétable et de la reine Yolande elle-même, qui 
pourtant avait eu sur lui jusque-là un certain ascendant '. Nous 
avons des lettres du connétable, de son frère Jean V, de 
Yolande * et quelques autres documents authentiques qui per- 
mettent de suivre les principaux incidents de cette lutte et qui 
rejettent tous les torts sur Louvet. Il faut dire aussi que ce der- 
nier pouvait invoquer le pacte du 8 mars et que, de son côté, 
nous n'avons pas les mêmes sources d'information ^. 

Parmi les conseillers du roi, quelques-uns, comme Martin 
Gouges de Charpaigne, évêque de Clermont, chancelier de 

sentans de sa prise, et les nomma. » Le duc de Savoie fit une réponse 
semblable pour lui-même et pour le duc de Bourgogne (Cousinot, p. 229). 

1. Mirandol est sans doute Âlérindol, commune de l'arrondissement d'Apt 
ou de l'arrondissement de Nyons. Louvet avait été président de la Chambre 
des comptes d'Aix. (Voy. l'article Louvet, par Vallet de V., dans la Biogra- 
phie Didot, et Pièces orig., t. 1763, dossier 40822, nos i^ 2, etc.). 

2. Voir toutefois de Beaucourt, Charles VU, t. II, 18i-183. 

3. Louvet avait été au service de la maison d'Anjou. Il était venu à 
Paris avec Marie d'Anjou, femme de Charles VII, en 1416, et n'avait sans 
doute pas connu Richemont, comme M. Gouge et T. du Chastel, par 
exemple {Biographie Didot \ de Beaucourt, Hist. de Charles VII, I, 64, 6S). 

4. Elles sont conservées aux Archives municipales de Lyon. Huit de 
ces lettres (1425-1427) ont été publiées par M. J.-P. Gauthier, archiviste 
du Rhône, dans la Revue du Lyonnais, t. 19, nouvelle série, année 1859, 
p. 326 et suiv. Les autres sont données ici en appendices. 

5. Sur Louvet, Frotier et T. du Chastel, voy. du F. de Beaucourt, 
Charles VII, t. II, p. 65-70. 



100 LOUVET ATTAQUE RICHEMONT (1425) 

France, Jean de Gomborn, seigneur de Trignac *, le comte de 
Pardiac ^ et Jean de Torsay, maître des arbalétriers, étaient 
d'accord avec Richemont pour travailler à la réconciliation 
entre le roi et le duc de Bourgogne. Louvet les écarta. Il fit 
nommer chancelier l'archevêque de Reims, Regnault de Char- 
tres, en place de Martin Gouge, par lettres du 28 mars ^, et 
P. Frotier, sénéchal de Poitou, en place de J, de Torsay. Il 
accusa Richemont d'être l'ennemi du roi, le plus grand obstacle 
au bien de la paix ; il essaya d'entamer des négociations avec 
les Anglais ; il exploita la rancune des gens de guerre, empêcha 
l'exécution de l'ordonnance, fît venir à Poitiers une foule de 
soldats étrangers « et autres pillards, larrons et robeurs, » leva 
des impôts, détourna l'argent à son profit particulier et poussa 
Charles Vil à marcher contre le connétable *, s'il voulait venir 
vers lui, comme il y était tenu, pour remplir les devoirs de sa 
charge. Il aurait même tenté de le faire tuer. Telles sont les 
accusations portées contre Louvet dans les lettres de Richemont 
et de Jean V aux Lyonnais, et elles n'ont rien que de très vrai- 
semblable ^. 

Le connétable agit avec promptitude et habileté, soit de sa 
propre initiative, soit à l'instigation de son alliée, la reine de 
Sicile ^. Avec les troupes bretonnes qu'il avait amenées, il se 
dirigea sur Bourges ; mais Louvet, craignant de n'être pas le 
plus fort, était parti avec lé roi, pour que le connétable ne le 
pût rencontrer. Richemont trouva là sa femme, la duchesse de 
Guyenne, dont l'influence personnelle'pouvait lui être utile dans 
ces circonstances (mai). Il fît alors appel à l'opinion publique, 
afin d'avoir pour lui cette force morale qui, dès cette époque, 
n'était point à dédaigner. Il s'adressa aux habitants de la ville 
de Bourges, qui était alors la capitale de Charles VII; il leur 

1. Clairambault, t. XXXIIl, f» 2487. 

2. Bernard d'Armagnac, c. de Pardiac, deuxième fils du connét. d'Arma- 
gnac. 

3. Il prit possession de celte charge le 5 avril (Anselme, VI, 396-400). Le 
même jour, P. Frotier est nommé sénéchal du Poitou, en remplacement 
de Jean de Torsay, puis retenu le 7 mai à 200 h. d'armes. Il fut aussi 
nommé capitaine de Poitiers {Pièces orig., t. 125, dossier Frotier, nos 70-76). 

4. C'est le duc de Bretagne qui écrit cela aux Lyonnais, le 14 juin 
{Revue du Lyonnais, p. 332). L'inventaire des Arch. munie, de Lyon men- 
tionne même (AA. 68) un projet d'assassinat de Louvet contre le conné- 
table, mais ce document a été égaré. D'ailleurs Richemont dit lui-même, 
dans un autre document, qu'il a été eu danger de mort {Hist. de Bouv' 
gogne, IV, p. Iviij-lxj). 

5. Voir ces deux lettres dans la Revue du Lyonnais, p. 327-332. 

6. Pendant la seconde moitié d'avril, Yolande resta auprès du roi à 
Poitiers (de Beaucourt, t. Il, 92, note 4). 



LUTTE CONTRE J. LOUVET (1425, MAl) 101 

exposa la situation et sa volonté formelle de « débouler le mau- 
vais traître, président de Provence , de la compaignie et con- 
versacion du roi. » Il écrivit aux bonnes villes du royaume, aux 
gens d'Eglise, bourgeois et manants, afin de leur expliquer sa 
conduite et de les faire juges dans la lutte qu'il soutenait pour 
le bien de l'Etat et du roi. Il les pria de « le conseiller, se- 
courir et aider. » La reine de Sicile et le duc de Bretagne écrivi- 
rent des lettres semblables *. Non seulement les villes, à com- 
mencer par les plus importantes, Bourges, Tours, se prononcè- 
rent pour lui contre des ministres détestés ^, mais, en outre, la 
noblesse accourut, tant du Poitou, du Berry et de l'Auvergne 
que de la Bretagne, avec Richard, comte d'Etampes, pour sou- 
tenir le connétable contre ces gens « de bas et petit lieu ' ». De 
son côté, la reine Yolande servait activement la cause de Riche- 
mont, et le duc de Bretagne se préparait à marcher, avec de 
nouvelles forces, au secours de son frère. Il était bien difficile 
que Louvet, malgré sa puissance et son audace, pût l'emporter 
longtemps. Dès le mois de mai, un bourgeois de Lyon, qui allait 
à Bourges, entendait dire publiquement que Louvet, Frotier, 
Giac étaient traîtres au roi et devaient bientôt quitter la cour *. 
Cependant les conseillers du roi, après avoir réuni des soldats 
étrangers, Ecossais, Lombards et autres, s'avançaient vers le 
Berry, tout en annonçant qu'ils voulaient la paix et l'union; 
qu'ils étaient prêts à s'expliquer devant le duc de Bretagne et à 
donner ensuite satisfaction au connétable, s'il y avait lieu. En 
même temps, ils sommaient les villes d'obéir au roi et de rece- 
voir ses officiers. De leur côté, la reine de Sicile, le duc de Bre- 
tagne, le connétable encourageaient les villes à la résistance. 



i . Revue du Lyonnais, 332-334. 

2. Le 30 mai, le conseil de la ville de Tours décide que les habitants 
de cette ville « obéiront à la royne de Sicile, duchesse de Touraine, et, 
par conséquent, à Mgr le connestable, et seront adjoins et adhérez avec 
eulx, sous l'obéissance et subgeccion souveraine du roy. » (Registre des 
délibérations, cité par M. de Beaucourt, t. II, 92, note 6.) 

3. Lettre de Jean V aux Lyonnais {Revue du Lyonnais, p. 332, et Ap- 
pend.,XX\).he clergé n'était pas plus favorable au président de Provence, 
qui, pour avoir l'appui du pape, lui avait fait donner la collation des 
bénéfices ecclésiastiques, par une ordonnance rendue sans le consente- 
ment du Conseil, des prélats et du parlement, le 10 février 1425 (Vallet 
de V., I, 416, et Ms. lat. 17184, fos 102, 103). A en juger par l'exemple de 
Lyon, on peut croire que d'autres bonnes villes écrivirent au roi, à la 
reine de Sicile, au chancelier de France, pour plaider en faveur du con- 
nétable. Yolande informe le 28 juin les Lyonnais qu'elle a vu les lettres 
adressées par eux au roi, à elle-même et au chancelier de France {Revue 
du Lyonnais, p. 332-334). 

4. Revue du Lyonnais, p. 326. 



102 LUTTE CONTRE LOUVET (JUIN-JUILLET) 

Yolande, qui était duchesse de Touraine *, écrivit plusieurs fois 
aux habitants de Tours, pour leur recommander de n'ouvrir 
leurs portes ni aux officiers du roi, ni au roi lui-même, tant 
qu'il aurait Louvet en sa compagnie ^. La guerre allait-elle 
éclater entre le roi, excité par ses favoris, et le connétable, sou- 
tenu par la reine de Sicile? On put croire que Charles VII allait 
marcher sur Bourges. Avait-il seulement l'intention d'aller à 
Mehun, pour conclure un arrangement avec sa belle-mère Yo- 
lande, comme il le disait, ou bien voulait-il recourir aux armes? 
Il est probable que Louvet n'eût pas reculé devant ce moyen 
extrême, s'il se fût senti le plus fort. En tout cas, il ne crut pas 
devoir s'avancer plus loin que Vierzon, et il emmena le roi à 
Selles-sur-Cher ^. 

Cette étrange situation ne pouvait se prolonger. Tanguy 
du Chastel, moins opiniâtre que les autres favoris, s'entendit 
avec Yolande, avec le connétable et déclara qu'il ne voulait pas 
empêcher par sa présence un aussi grand bien que celui de la 
paix entre le roi et le duc de Bourgogne. Il fît plus; il aida la 
reine Yolande à pénétrer jusqu'à son gendre, malgré Louvet ; 
il força les autres conseillers à se retirer '* comme lui et s'en alla 
bientôt à Beaucaire. P. Frotier, G. d'Avangour, le médecin 
J. Cadart partirent aussi, pourvus d'ailleurs d'argent, de pen- 
sions, d'oflîces lucratifs (juin-juillet 1425). 

Louvet lui-même dut s'éloigner. Ses derniers agissements, à 
cette époque, semblent prouver qu'il croyait ne faire qu'une 
absence momentanée et qu'il espérait bien reprendre toute son 
autorité. Chargé d'une mission dans le Dauphiné, il eut soin de 
se faire donner par le roi, sans délibération du conseil, des 
lettres patentes qui lui conféraient des pouvoirs, « déraison- 
nables et excessifs, tant sur le fait des finances que autrement », 
par exemple l'administration de toutes les finances du Langue- 
doc, de la Guyenne et du Dauphiné, le pouvoir général de 
traiter, au nom dé Charles YII, avec qui bon lui semblerait. 



1. Depuis le mois d'octobre 1424 (Xia,8604,f''69 V IV. Voy. ci-dessus, p. 86).. 

2. Voir une lettre de Jean V aux habitants de Tours, datée du 13 juin 
[Appendice, XXIII). 

3. Ces deux villes étaient les seules qui obéissent à Louvet (Berry, 373).^ 
Vierzon, arrondissement de Bourges. 

4. « Et si aida à mettre hors ceux qui s'en dévoient aller et fit tuer 
par ses archers devant lui un capitaine, lequel faisoit trop de maux et 
ne vouloit obéir. » (Gruel, 191.) Sur cette lutte entre Richemont et Louvet,. 
voir de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, 90-98 et notes. Guill. 
d'Avangour fut remplacé, comme bailli de Tours, par Baudoin de Tucé. 
Il eut ensuite le gouvernement du Dauphin (X^a 4798, f»s 328, 329, 336- 
337, 340 V, 341). 



RICHEMONT TRIOMPHE (1425, JUILLET) 103 

tant amis que ennemis. Il emporta ces lettres patentes avec 
d'autres, scellées en blanc du grand sceau, et certains bijoux du 
roi 1, comme gage de sommes qu'il prétendait lui avoir prêtées. 
Les lettres qui octroyaient au président de Provence ces pou- 
voirs « excessifs et déraisonnables » furent données à Selles-en- 
Berry le 12 juin 1425 2. 

Quelques jours après, Charles YII rentrait, avec la reine de 
Sicile et le connétable, dans cette ville de Bourges, qui s'était 
déclarée si résolument contre ses anciens ministres et contre lui- 
même. Des seigneurs, des capitaines, des représentants des 
bonnes villes, « nobles et non nobles, » y furent alors réunis. 
Devant cette assemblée, le roi déclara « qu'il connaissait bien le 
mauvais conseil qu'il avait eu au temps passé; que dorénavant il 
se voulait conduire par bon conseil et faire tout ce que son loyal 
frère de Bretagne et son connétable lui voudraient conseiller *. » 
Il fallait que la conduite de Richemont fût approuvée devant 
ceux qui l'avaient soutenu ; mais n'est-il pas incroyable qu'un roi 
ait pu se résigner à cet humiliant aveu de sa propre faiblesse et 
de sa nullité? Ce sentiment unanime de réprobation contre Lou- 
vet, cette manifestation populaire en faveur du connétable at- 
teignaient trop le roi lui-même pour qu'il n'en fût pas froissé, 
sourdement irrité. Il ne pardonna pas à Richemont d'avoir été 
vainqueur dans cette lutte et de n'avoir pas usé plus discrètement 
de sa victoire. Il se hâta de quitter Bourges, sans emmener avec 
lui le connétable, dont la présence lui était importune, mais il 
n'écarta pas de même sa belle-mère, qui le suivit à Poitiers. Le 
28 juin, elle écrivait, de cette ville, aux Lyonnais, pour les infor- 
mer que, sur ses instances et sur celles du connétable, le roi 
avait mis « hors de sa compaignie » le président de Provence et 
autres, « qui avoient perturbé le bien de la paix * ». 

Non contente d'avoir éloigné Louvet, Yolande voulut con- 
sommer sa disgrâce et lui ôter tout moyen de nuire. Bientôt 
Charles VII déclara qu'après avoir pris l'avis de la reine de Sicile, 
du grand conseil, du parlement, il annulait toutes les lettres 
octroyées « légèrement » au président de Provence, afin d'obvier à 
l'abus qu'il en pourrait faire, dans son intérêt particulier, et aux 
« dangers irréparables » qui en pourraientrésulter (5 juillet 1425). 

1. Un des fleurons de la couronne, un collier garni de perles, un 
grand diamant, une perle appelée la « perle de Navarre ». (Voy. la réponse 
de Louvet dans le Ms. fr. 9665, ou Legrand, VI, p. 5-8.) 

2. Voir une lettre du roi dans VHist. de Charles VII, par M. de Beau- 
court, II, 97. 

3. Hist. de Bourgogne, IV, Preuves, p. Ixij-lxiij. 

4. Revue du Lyonnais, p. 332-334. J. Bouchet, Annales d'Aquitaine, 244,, 



104 RICHEMONT REVIENT AUPRÈS DU ROI (1425, JUILLET) 

Rien de plus accablant pour Charles VII et pour son favori 
que cette lettre de révocation '. Elle prouve autant la déso- 
lante faiblesse du prince que l'audace éhontée de son ministre 
et la nécessité de les séparer. Louvet se rendit d'abord à Avi- 
gnon, puis il se retira dans sa seigneurie de Mirandol. C'est là 
que le trouva (août 1425) l'huissier d'armes du roi chargé de 
lui signifier la lettre de révocation du 5 juillet et de la faire 
exécuter. Louvet se soumit aux ordres de Charles VII. Sa 
femme, ses deux filles, le bâtard d'Orléans, son gendre, l'avaient 
suivi dans cet exil, très supportable du reste, où les bienfaits du 
roi vinrent encore le trouver ^. 

La reine de Sicile exerça dès lors une plus grande influence 
sur son gendre ^; toutefois ce ne fut pas sans peine qu'elle 
apaisa le ressentiment dont il était animé envers le connéta- 
table. Richemont s'était avancé jusqu'à Ghâtellerault "*, où il 
attendait que Yolande eût aplani toutes les difficultés. 

Après des démarches réitérées, il obtint enfin la permission 
de revenir auprès de Charles VII. Il se rendit alors à Poitiers (10 
juillet) ^. On vit reparaître à la cour ses amis disgraciés, comme 
le sire de Trignac et l'évêque de Clermont, qui fut rétabli, le 6 
août, dans la charge de chancelier. La crise était terminée. Le 
connétable reprit son œuvre, entravée, dès le début, par des 
obstacles qui, malheureusement, allaient bientôt renaître ^. 

1. Append., XXIV. 

2. Fr. 966o, fo^ 2 et suiv. Gruel, 191. Berry, 373. Hist. de Bourg., IV, 100, 
101. De Beaucourt, t. II, 102, 103. Append., XXIV. 

3. Charles VII donne alors au jeune Charles d'Anjou le comté de Mortain, 
qu'il avait donné auparavant au bâtard d'Orléans (Xi" 8604, f" 119 v"), 

4. Le 9 juillet, il écrivait, de Ghâtellerault, aux habitants de Tours que, 
« pour parvenir au bien de la paix, le connestable de France a esté em- 
pêché par le président de Prouvence et autres du Conseil du roy, par quoy 
il n'y a peu parvenir. » Comme il a dû s'imposer de très grandes dépenses, 
il demande que les habitants de Tours « voulsissent lui prêter la somme 
de 2000 1. 1. et les bailler promptement à ses chiers et bien amez M« Jehan 
de Chasteaugiron, son secrétaire et argentier, et à Milet de Champressy, 
lesquels en bailleront ses lettres pour la seureté des bourgeois, etc. » Reg. 
des délibérât, du conseil de la ville de Tours, séance du 11 juillet 1425 
(communication du D"" Giraudet). Voir aussi de Beaucourt, Charles VH, 
t. II, 101, note 3. 

3. Le 23 juillet, le roi écrivait aux habitants de Lyon qu'il avait mandé 
auprès de lui, à Poitiers, la reine de Sicile et le connétable fde Beaucourt, 
t. II, 104). Le 28 juillet, Richemont annonçait aux Lyonnais son retour 
auprès du roi (voy. Append., XXV). 

6. De Beaucourt, t. II, p. 99-102 et notes. Richemont fit aussi nommer 
chambellan du roi, le 30 juillet, Alain de Rohan, c. de Porhouet, son 
beau-frère [Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. 1176-1177). L. d'Esco- 
railles. Christ. d'Harcourt, Béranger d'Arpajon furent spécialement attachés 
au service du connétable par le roi (Fr. 20684, fos 564, 365). 



LE CONNÉTABLE PREND LE POUVOIR 105 

Il était sorti, non sans peine, de l'impasse où il s'était jeté 
lui-même en signant l'engagement du 8 mars, mais il avait 
irrité Charles VIL Louvet n'avait pas eu de peine à faire passer 
pour un rebelle audacieux ce connétable qui osait marcher, 
avec des troupes, contre le roi lui-même. D'ailleurs, Richemont 
aurait pu, sans être un courtisan servile, se montrer plus souple 
et plus conciliant. Son énergie, parfois trop violente, son carac- 
tère impérieux, sa rudesse inspirèrent des sentiments d'aversion 
et de crainte au jeune roi, qui se sentit dominé, humilié. Le 
crédit du connétable ne reposait donc pas sur des bases bien 
soHdes. 

Toutefois, on sent alors une direction plus énergique '. Au mois 
de juillet 1425, on tint, à Poitiers, d'importants conseils, aux- 
quels assistèrent le roi, la reine de Sicile et le connétable, son frère 
Richard, comte d'Etampes, son beau-frère le comte de Cler- 
mont. Le roi, en écrivant aux bonnes villes ^, pour les informer 
des derniers événements, leur annonçait que tout était « en 
bonne union et concorde », qu'il aurait désormais autour de lui 
des princes de son sang et autres conseillers « preudommes et 
loyaux ». 

On avait hâte de réparer le temps perdu en misérables intri- 
gues. On s'occupa des finances, de la guerre, des négociations 
avec les ducs de Savoie et de Bourgogne. Dès le 26 juillet, il fut 
décidé, sur l'avis de la reine Yolande et du connétable, que les 
Etats de Languedoil et de Languedoc seraient réunis à Poitiers 
le 1*' octobre, et qu'en attendant, on lèverait une aide de 
120 000 livres tournois pour faire face aux besoins les plus ur- 
gents ^. Comme s'il eût compris tout de suite qu'il ne pouvait 
compter sur le roi, Richemont chercha manifestement à se con- 
cilier le peuple, à lui montrer qu'il prenait souci de ses vérita- 
bles intérêts, sans jamais faire, au détriment de l'État, la moin- 
dre concession pour acquérir la popularité. La convocation des 
Etats généraux était une mesure de la plus haute importance, 
car on réunissait rarement ces grandes assemblées, où étaient 
représentés tous les pays de Languedoil et de Languedoc. Le 

1. En quelques jours, le connétable écrit trois fois aux habitants de 
Lyon. Il écrivait probablement à d'autres villes. (Voir Append., XXV, 
]K^VI, XXVII, et Consaux de Tournai, II, 187). On remarque aussi dans 
les lettres du roi une grande fermeté. Voir la lettre du 31 août aux Lyon- 
nais {Appendice XXVIII). 

2. Lettres du 23 juillet et du le' août, publiées par M. de Beaucourt, 
t. II, p. 104-106. 

3. D'après M. de Beaucourt (t. II, 584), cette mesure fut due à l'initiative 
du connétable. L'aide aurait été de 260 000 1. et non de 120 000. Il paraît 
qu'à Lyon on l'appelait l'aide de Mgr le connestable. 



106 EFFORTS DE RICHEMONT 

connétable écrivit encore aux bonnes villes, aux habitants des 
provinces, pour leur annoncer cette convocation et pour les prier 
de payer le plus tôt possible les impôts qu'on leur réclamait, 
afin qu'il pût envoyer aux frontières les gens d'armes qui vi- 
vaient sur les champs et « faire cesser les pilleries et roberies » 
dont souffraient les sujets du roi *. 

La paix avec le duc de Bourgogne était aussi la grande préoc- 
cupation du connétable. Ses envoyés partirent aussitôt, avec 
ceux du roi, pour aller vers le duc de Savoie, dont la médiation 
était toujours prête. D'autres ambassadeurs de Charles VII, de 
Yolande et de Jean V devaient partir un mois plus tard, avec 
mission de conclure la paix. Enfin le connétable envoya auprès 
de Philippe-le-Bon un de ses conseillers les plus habiles, Jean de 
Ghénery, qui devait jouer un rôle très actif dans ces négocia- 
tions ^. 

La guerre réclamait aussi les soins du connétable; mais tout 
manquait pour la faire, l'argent plus encore que les troupes. 
Par bonheur, les Anglais ne profitaient pas de ce dénûment au- 
tant qu'ils l'eussent fait, si Bedford eût été plus libre d'agir. Il 
lui fallait s'interposer entre Glocester et le duc de Bourgogne, 
empêcher que Salisbury et les autres capitaines anglais allas- 
sent en Flandre au secours de leurs compatriotes ^. Toutefois, il 
était loin de négliger la guerre. Les Anglais avaient fait capitu- 
ler Guise * Vitry, et quelques autres forteresses; ils assiégeaient 
Moynier ^, qui résistait vaillamment. 

Les Français avaient essayé de prendre le château de Pleurs,, 
près de Sézanne ^. En Normandie, les Anglais, depuis le mois de 

1. Voy. les lettres du connétable aux Lyonnais (lettre du 30 juillet,. 
Append., XXVI; lettre du 3 août, Append., XXVII, et une lettre du roi 
datée du 31 août, Append., XXVIII). Voir A. Thomas, les États généraux 
sous Charles VII, dans le t. 24 du Cabinet historique, année 1878. D'après 
M. A. Thomas, qui n'est d'accord sur le nombre des sessions ni avec M. Picot, 
ni avec M. Vallet de V. {Bib. de l'école des Chartes, t. XXXIII, année 1872, 
p. 27-30) une seule assemblée, jusqu'en 1439, réunit les députés des pays 
de Languedoil et de Languedoc; ce fut celle de septembre 1428, à Chinon. 
Les autres assemblées ne sont réellement que des Etats de Languedoil. 

2.. Revue du Lyonnais, ibid., p. 334 (lettre du vicaire de l'archev. de 
Reiras). De Beaucourt, t. II, p. 88 et note 5, p. 94, 106. Le 6 août, J. de 
Chenery, envoyé par le connétable vers le duc de Bourgogne, recevait ses 
lettres de créance {Consaux de Tournai, II, 187). Remarquer que ces lettres 
ne peuvent être datées de Provins. L'éditeur aura lu Provins au lieu de 
Poitiers. 

3. Sharon Turner, III, 18. Collect. de Bourgogne, t. 99, p. 223-228. 

4. Vitry-le-François (Marne). 

5. Ou Moymer, château très fort, près de Vertus, arrondissement de 
Châlons-sur-Marne (le Bourg, de Paris, 212, note 2). 

6. Arrondissement d'Épernay. JJ 173, f" 96. 



PROGRÈS DES ANGLAIS (1424-1425) 107 

septembre 1424, assiégeaient le Mont-Saint-Michel, par terre et 
par mer, avec un acharnement que surpassait encore l'héroïsme 
des défenseurs de cette forteresse * ; mais c'était principalement le 
Maine et l'Anjou qui attiraient les ennemis. Depuis la victoire de 
Verneuil, ils ne songeaient qu'à faire la conquête de ces pays. 
Dès le 1" octobre 1424, ils avaient réduit Olivier le Forestier à 
capituler dans Sillé-le-Guillaume; ils avaient pris Senonches ^, 
Nogent-le-Rotrou, et, bien qu'ils eussent perdu Montfort ^, dans 
le voisinage du Mans, forteresse à laquelle ils attachaient une 
grande importance, ils faisaient des progrès inquiétants *. 

En 1425, Bedford dirigea des troupes nombreuses vers le 
Maine, sous les ordes de Salisbury, de Suffolk, de lord Scales, de 
Fastolf, auxquels se joignirent d'autres capitaines renommés, 
R, Willoughby, G. Oldhall, Glasdale, J. de Montgomery, Mathieu 
Goth ^. Le Vendomois et l'Orléanais étaient également menacés, 
par l'occupation de Marchenoir ^. Enlever les positions d'où ils 
pourraient envelopper le Maine, surveiller la Bretagne et assurer 
leurs communications avec Paris et Rouen, leurs principaux 
centres d'action, tel était le plan des Anglais. Nogent-le-Rotrou, 
Mortagne, Alençon, Fresnay-le-Vicomte "^ ^ Sillé-le-Guillaume 
étaient pour eux autant de postes avancés, d'où ils allaient diri- 
ger leurs forces sur la capitale du Maine. La prise d'Etampes 
et de Rambouillet par le comte de Salisbury leur permit de 
s'avancer plus librement dans le Maine. Fastolf, gouverneur 
d' Alençon, fit capituler Tennie ^. Salisbury assiégea Beaumont- 
sur-Sarthe, puis il vint mettre le siège devant la ville du Mans 
(juillet) ». 

t. Sur le siège du Moat-Saint-Michel : Siméon Luce, Chronique du 
Mont-Saint-Michel, Paris, 1879, t. I, in-S"; Fr. 6965, f 9; Fr. 4491, fas 17-41, 
100 V; Fr. 23767, n" 122; Fr. 26047, nos 370, 371, 335; Fr. 26048, n» 523; 
K 62, n-s 182-6. 

2. Arrondissement de Dreux. 

3. Arrondissement du Mans. 

4. Portef. Font., 113-114, au 29 août 1425, aux 17 et 18 octobre 1424. 
JJ 173, fs 50, 71, 96; K 62, n» 14; Fr. 10449 [Hist. manusc. de Charles VII, 
par Fontanieu), f» 142 v»; Fr. 23018, f<» 452-456; Mém. de la Soc. archéol. de 
Touraine, année 1859, p. 327. Vallet de V., II, 8 etsuiv. Fr., 26048, rx" 422. 

5. JJ 173, f«s 130 V, 191 v, 192. 

6. Arrondissement de Blois (JJ, 173, f» 36 v»). 

7. Arrondissement de Mamers. 

8. Arrondissement du Mans et non Tanis près de Pontorson (Cousinot, 
226, n° 2. Le Corvaisier de Courteilles, Hist. des êvesques du Mans, Paris, 
1548, m-'io, p. 684). 

9. K 62, n" 18''. Sur les progrès de la domination anglaise depuis le 
commencement du règne de Charles VII, voir, dans la Revue des questions 
histor., t. XVIII, année 1875, p. 467 et suiv., le savant travail de M. A. 
Longnon, les Limites de la France à l'époque de Jeanne d'Arc. 



108 LES ANGLAIS PRENNENT LE MANS (1425, AOUT) 

Yolande et Richemont redoublèrent d'efforts, mais on avait 
perdu trop de temps à lutter contre Louvet, et il n'était plus 
possible d'opposer aux Anglais une prompte résistance. Le con- 
nétable obtint que son frère Jean V prêtât de l'argent au roi, 
afin de pourvoir aux besoins les plus pressants ' ; il réunit des 
troupes à Angers, à Gennes, près de Saumur, à Sablé ^. Son 
jeune frère , Richard , comte d'Etampes, avec des capitaines 
bretons, Maurice de Pluscalec, Bertrand de Dinan, maréchal de 
Bretagne ^, J. de Dinan, seigneur de Beaumanoir, Robert de 
Montauban, le sire de Graville *, maître des arbalétriers de 
France, J. Stewart ^, connétable des Ecossais, furent alors re- 
tenus au service du roi et vinrent se mettre sous les ordres de 
Richemont (août-septembre 1425) *'. Ces troupes ne purent être 
rassemblées assez tôt pour sauver Le Mans. Elles furent mises 
en garnison dans diverses places sur les frontières de l'Anjou 
et du Maine, où elles rendirent peu de services, parce qu'elles 
n'étaient point payées. Les gens d'armes que le comte de Foix 
avait amenés du Midi ne firent guère que commettre des ravages, 
faute de solde. Le connétable avait bien envoyé J. Girard au se- 
cours du Mans (juillet) , mais il n'avait pu lui donner qu'un 
petit nombre de soldats. Les Anglais, servis par une artillerie 
formidable, firent capituler la place, le 2 août, et en prirent 
possession le 10 ^. 

Salisbury alla ensuite assiéger Sainte-Suzanne * et Mayenne, 
qui avaient pour capitaines, la première Ambroise de Loré, l'un 
des plus vaillants hommes de guerre de cette époque, et l'autre 
Pierre Le Porc, qui s'était récemment signalé dans un combat 



1. Richemont resta jusqu'au 10 août à Poitiers (de Beaucourt, t. Il, 110, 
et note 8). Yolande prit à sa charge la défense de l'Anjou et du Maine. 
Pour cela, le roi lui promit 30 000 1. par an, outre les finances de ces pays 
(Marchegay, Archives d'Anjou, p. 308, et P. 1341, f" 38; Registre Turnus 
Brutus, I, 96; P. Clément, J. Cœur, Didier, 1866, p. 50). 

2. Arrondissement de La Flèche. 

3. Nommé par Yolande capit. gén. du Maine et de l'Anjou (Fr. 20684, 
f» 122 y). 

4. Jean Malet, seigneur de Graville. 

5. Il avait reçu, en mars 1423, la seigneurie d'Aubigny, pour sa belle 
conduite à la bataille de Baugé (X>a 8604, f" 78). 

6. Fr. 20684, i" 342. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, 1164-1166. 

7. Fr, 29684, f» 543; K 62, n- 18^; Fr. 4491, f«s 2, 28 v, 33, 34 v°, 40; 
Fr. 26048, nos 432, 433. Le Corvaisier de C, 681-684. Vallet de V., II, 
10, 11. Xia, 1480, fo 330. Les Anglais dans le Maine et l'Anjou : Portef. 
Font., 113-114, passim. K 62, nos hiô-îo, 15, 152^ 17, {^i, 12, i4,i9-2i; Fr. 4491, 
fos 23-28, 41; Fr. 25767, nos 116, 120, 121, 124; Fr. 26047, n" 395; Fr. 26048j 
nos 461, 475, 492-496, 525. J. Stevenson, II, 2« partie, 411. 

8. Arrondissement de Laval. 



NÉCESSITÉ DE l'ALLIANCE BRETONNE (1425) 109 

contre les Anglais '. Le connétable, faute d'argent, n'était pas en 
mesure d'envoyer des secours à ces places, qui, battues par les 
grosses bombardes des Anglais, allaient être bientôt obligées de 
capituler, malgré le courage de leurs défenseurs. Il mit néan- 
moins en état de défense la ville de Sablé, que la perte du Mans 
exposait aux attaques des ennemis ^. En même temps, Bedford 
essayait d'apaiser la querelle entre son frère et le duc de Bour- 
gogne ^ et d'empêcher la défection de Jean V *. 

Le connétable, désolé des échecs qu'il éprouvait de toutes 
parts, comprenait de plus en plus qu'il ne sortirait jamais d'une 
situation aussi critique sans l'aide d'un allié puissant, et il pres- 
sait son frère de se déclarer pour Charles VIL Yolande aussi 
réclamait l'intervention de Jean V. Ne devait-il pas être le beau- 
père de Louis d'Anjou et laisserait-il dépouiller ses propres en- 
fants, sans rien faire pour les défendre ^? Le roi Charles, après 
le départ de ses favoris, avait envoyé les sires de La Suze ^ et de 
Trêves '' dire au duc de Bretagne que les amis des Penthièvre 
avaient été chassés et l'inviter à remplir ses devoirs envers la 
couronne de France. D'un autre côté, Jean V était retenu par la 
crainte que lui inspiraient les Anglais. Rendre hommage à 
Charles VII, c'était le reconnaître comme le seul roi légitime de 
la France et renier hautement le traité de Troyes, qu'il avait juré 
naguère, à l'instigation de Richemont lui-même ; c'était attirer 
sur la Bretagne la vengeance de Bedford. Malgré ces hésitations 
bien concevables, Jean V céda aux instances d'Artur et de 

1. Cousinot, 226-229. Polydore Vergil, édition H. Hellis, London, 1864, 
in-8°, p. 10. 

2. Cousinot de M., 226-229. Le Corvaisier de C, 661 et suiv., 680. JJ, 173, 
fo 217VO; Fr. 26048, n» 486; Fr. 4491, f»s 2 v», 29, 33. Voir Append., XXIX. 

3. Il alla trouver le duc à Hesdin. C'est pendant ce voyage qu'il faillit 
être attaqué, près de Péronne, par Sauvage de Fermainville (Vallet de V., I, 
475; JJ, 173, f» 349). C'est alors aussi que Bedford aurait essayé d'attirer 
le duc de Bourgogne dans un guet-apens (Desplanque, 33, 62) Négocia- 
tions avec les ducs de Bourg, et de Glocester : Fr. 4485, f»» 367^ 427; Fr. 4491, 
fos 17, 18, 19, 20, 31. X<« 1480, f 333; Fr. 26048, n" 478. Portef. Font., 113, 
iU,passim. 3. Stevenson, II, 2« partie, 409, 412. Hist. de Bourgogne, IV, 
preuves lii-liij. 

4. Fr. 4491, f<" 18, 33; Fr. 26048, n» 419. 

5. Lauis TII d'Anjou, qui était dans le royaume de Naples, envoyait 
alors procuration à J. de Craon, seigneur de La Suze, d'épouser pour lui 
Isabeau de Bretagne (très belle pièce des Arch. de la Loire-Inférieure, 
cass. 4, E, 10). 

6. René de Laval, seigneur de La Suze, frère du fameux Gilles de Laval, 
seigneur de Raiz, maréchal de France (Anselme, III, 632). 

7. Rob. Le Maçon, chancelier de France de 1416 à 1422. Auparavant, il 
avait été conseiller de Louis II d'Anjou, et il avait rendu de grands ser- 
vices au Dauphin (de Beaucourt, Charles VU, t. I, 212). 



110 JEAN V SE REND AUPRÈS DE CHARLES VII. (1425) 

Yolande et peut-être aux exigences de l'opinion. Depuis que 
son frère était connétable, le parti français en Bretagne se pro- 
nonçait avec plus de force pour Charles VII. Les Bretons con- 
couraient à la défense du Mont-Saint-Michel , qui bravait tou- 
jours la fureur des Anglais, et, quand le duc consulta les Etats, à 
Nantes, ils lui conseillèrent, sinon de faire alliance avec le roi, 
du moins d'aller lui rendre hommage. Jean V se décida enfin à 
demander une entrevue à Charles VII i. Le connétable, informé 
de cette résolution, alla trouver le roi à Poitiers (25 septembre), 
obtint qu'il s'avançât jusqu'à Saumur et le quitta en chemin, 
pour aller au-devant de son frère. Il s'arrêta en passant à Chi- 
non, où résidait alors la duchesse de Guyenne, qui s'était rap- 
prochée de la cour, depuis que son mari était redevenu maître 
du pouvoir. Il repartit aussitôt pour Angers, pendant que la 
comtesse de Richemont se rendait à l'abbaye de Saint-Florent, 
près de Saumur ^. 

Charles VII arriva le 30 septembre à Saumur, avec le comte de 
Clermont, beau-frère du connétable et du duc de Bourgogne, le 
comte de Vendôme, grand maître d'hôtel, le comte de Foix, lieu- 
tenant-général du roi dans le Languedoc, venu récemment du 
Midi 3, avec son frère le comte de Comminges, le sire d'Albret et 
beaucoup d'autres seigneurs. Le duc de Bretagne amenait aussi 
une suite nombreuse : son jeune frère, Richard, comte d'Etampes, 
les sires de Laval, de Porhoet, de Châteaubriant, de Rieux. Re- 
joint à Angers par le connétable, il se dirigea vers l'abbaye de 
Saint-Florent, pour voir sa belle-sœur, la duchesse de Guyenne, 
et se rendit ensuite à Saumur, auprès du roi, qui le reçut avec 
un empressement affectueux, plutôt comme un beau-frère et un 
allié que comme un vassal. La reine de Sicile était venue aussi à 
Saumur, pour assister aux conseils qu'on allait tenir *. 

Depuis le commencement de son triste règne, Charles VII 
n'avait jamais eu une cour aussi brillante. Au milieu de tous ces 
grands seigneurs, que son connétable avait réunis autour de lui, 
il put se croire véritablement roi ; il put mesurer toute la diffé- 
rence qu'il y avait entre Artur de Bretagne et les favoris dont il 
était maintenant débarrassé. D'ailleurs lesdéhbérations politiques 
ne firent point oublier les fêtes que le jeune roi aimait tant. Le 

1. Berry, 373, 374. Ce chroniqueur assista au conseil où fut prise cette 
résolution, et le duc le chargea même d'écrire au roi. 

2. Lat., 6024 (Ms. Baluze), n" 18. Gollect. de Bourgogne, t. 99, p. 227, 228. 
D'Argentré, 768. Gruel, 191. D. Lobineau, I, 566. De Beaucourt, t. II;, p. 111 
et note 5. 

3. D. Vaissète, IV, 464. Lat. 6024, n» 18. J 334, nos 41.43, 

4. Gruel, 191, 192. 



TRAITÉ DE SAUMUR (1425, 7 OCT.) dll 

3 octobre,le duc de Bretagne alla chercher la duchesse de Guyenne, 
pour la conduire au château de Saumur, où elle fut accueillie 
avec les honneurs dus à une princesse de Bourgogne, qui avait 
été la femme d'un dauphin de France. Le lendemain, le roi, avec 
toute la cour, alla rendre visite à la comtesse de Richemont, qui 
donna une fête magnifique à ses hôtes illustres dans l'abbaye de 
Saint-Florent. Les jours suivants furent consacrés aux affaires, et, 
le 7 octobre, fut signé un traité dont l'importance n'a pas assez 
frappé les historiens de notre temps *. 

Le roi promit de se conduire désormais par les conseils du 
duc de Bretagne ; de se confier entièrement à lui ; de lui laisser 
l'administration financière des pays de Languedoil ; de s'unir 
avec les princes du sang et surtout avec le duc de Bourgogne, 
à qui des offres satisfaisantes seraient faites ; d'observer fidèle- 
ment les articles du traité préparé par la reine de Sicile, le duc 
de Savoie, le duc de Bretagne et approuvé par lui à Chinon ; 
enfin de soutenir le duc de Bretagne contre les Anglais et contre 
les Penthièvre. Les comtes de Glermont, de Foix, de Vendôme, 
de Comminges, les seigneurs d'Albret et d'Orval s'engagèrent, 
par un acte particulier, à soutenir aussi le duc de Bretagne 
contre les Anglais et contre les Penthièvre. De son côté, Jean V 
jura d'aider le roi à chasser les Anglais dii royaume ^, puis il 
fît hommage, dans la forme accoutumée, pour son duché 
et pour les terres qu'il tenait en France. Tel fut le traité de 
Saumur^ (7 octobre 1425). C'était la fin de la révolution de palais 
inaugurée par l'éloignement de Louvet. Le roi semblait abdiquer 
toute autorité entre les mains de Jean V et du connétable''; mais, 

1. Michelet, dans son récit parfois trop rapide, n'en fait pas la moindre 
mention; M. H. Martin semble ne l'avoir pas connu (t. VI, p. 108 de la 
4e édit.); de Barante ne l'indique pas (édition Furne, 1860, III, 237-39); 
Yallet de V. {Hist. de Ch. VII, I, 479) en parle brièvement; pourtant D. 
Lobin^au (I, 566, 67), et D. Morice (II, 1180-1181) analysent ce traité, dont 
ils donnent le texte dans leurs preuves; Fontanieu en parle dans son 

^Histoire manicscrite de Charles VII (Fr. 10449) f" 142, et M. du Fresne de 
Beaucourt en a fait pleinement ressortir l'importance dans le t. IX de la 
Revue histor. 

2. Fr. 2858, f» 87. 

3. L'original signé et scellé est aux Arch. nat., J 244», n» 97. Preuves 
de Bret., II, col. 1180, 1181. 

4. Jean V se fit donner, pour un temps, le produit de la taxe de 20 s. t. 
par pipe de vin sortant de l'Anjou et du Maine. 11 nomma vérificateur de 
cette taxe le c. de Richemont, qui reçut en novembre, 500 1. t., plus 200 1. 
pour équiper un certain nombre d'archers (Fr. 26048, nos 490, 508, 509, 
528; Append. XXX, XXXI). Le roi voulait ainsi aider Jean V à supporter 
les grandes dépenses qu'il avait à faire pour résister aux Anglais, qui 
menaçaient la Bretagne, du côté du Maine et de la Basse-Normandie 
(Fr. 23710, n» 34). On voit en effet que cet argent fut employé à subvenir 



112 ÉTATS DE POITIERS (1425, OCT.) 

dans la pratique, était-il possible de l'obliger à tenir strictement 
ses promesses? Il eût fallu, pour cela, le soustraire à toute 
influence corruptrice, l'entourer de conseillers moins disposés à 
flatter ses penchants qu'à travailler au bien de l'Etat. Malheu- 
reusement, il y avait encore à la cour de « mauvaise semence 
que le président y avait laissée * ». Le sire de Giac, ami de 
Louvet, allait bientôt remplacer celui-ci dans la faveur du roi 
et devenir assez fort pour faire beaucoup de mal ^. 

Pour le moment, du moins, le connétable semblait maître de 
la situation; mais il assumait ainsi une lourde responsabilité, 
sans avoir grande chance de réussir. L'argent manquait. Depuis 
deux mois, les troupes qui gardaient les places du Maine et de 
l'Anjou n'avaient pas reçu un denier et menaçaient d'aban- 
donner leurs postes, ce qui eût amené « la perdition totale de 
ces pays ' ». 

Après avoir reconduit son frère jusqu'à la frontière de Bre- 
tagne, Richemont se hâta de revenir auprès du roi, à Poitiers, 
où se réunissaient les Etats de Languedoil *. Ces Etats votè- 
rent un subside de 800 000 livres, ressource précieuse dans une 
pareille détresse s'il eût été possible de lever sans retard cette 
somme tout entière. Malheureusement, soit gêne, soit mauvaise 
volonté, les populations se montraient peu empressées à payer 
l'impôt et répondaient aux réclamations du connétable par des 
demandes de délais et de dégrèvements ^. 

aux dépenses de la guerre sur les frontières de Bretagne (Fr. 26048, 
n' 490; Fr. 26049, n°^ 562, S72, 579). 

1. Lettre du connét. aux Lyonnais, du 3 août li25. Yoir Append., XKVll. 

2. Est-il bien certain que, dans ces conditions, « la réalité comme la 
responsabilité du pouvoir passent aux mains du connétable? » (De Beau- 
court, t. II, 115.) Dès le mois de novembre, le sire de Giac parlait déjà bien 
haut. {Idem, p. 117; Cousinot, p. 237.) Dans les instructions que Richemont 
donne à ses envoyés qui vont auprès de Philippe-le-Bon, il engage celui-ci 
à se prononcer sans délai, de peur que, pour trop attendre, il ne soit lui- 
même « ruez jus ». {Hist. de Bourgogne, IV, Ixij.) 

3. Lettre du connét. aux Lyonnais, du 15 octobre {Append., XXXII). 

4. Ces États, convoqués pour le 1" octobre, ne se réunirent que le 16. 
Le roi promit de faire des réformes; il révoqua les aliénations du do- 
maine et les dons faits par lui pendant sa régence et depuis son avène- 
ment (Déclaration du 18 octobre : P 2298, fos 473-477, 483-488). Voir, sur ces 
États de Languedoil, Fr. 26048, n" 318; Pièces orig., t. 1320, n- 34, dos- 
sier Giac; lettre de Richemont du 24 octobre, datée de Poitiers; et l'art, 
de M. A. Thomas dans le Cab. hist., t. 24, p. 160-162. Voy. Append., XXXIII. 
Les États de Poitiers votèrent un subside de 800,000 1., dont une taille de 
450 000 1. payable en trois termes. Le reste devait être fourni par le clergé 
(100 000 1.) et par une aide d'un onzième pendant un an sur toutes les 
marchandises (de Beaucourt, t. II, 585-588). A cette même époque fut 
créée une cour des aides (22 octobre) qui s'établit à Poitiers {Id., p. 618). 

5. Voy. les lettres du connét. aux Lyonnais. De Beaucourt, t. II, p. 611-612. 



NOUVELLE DONATION DE PARTHENAY (142o) 113 

Il ne paraît pas que Richemont ait pu s'occuper alors de la 
guerre autant qu'il l'eût fallu ; pourtant on voit qu'il donna 
ordre d'approvisionner Montargis et de réparer les fortifications 
de cette place, située dans un pays frontière, tout environné 
d'ennemis *. Cette sage prévoyance eut plus tard d'heureux 
résultats. La ville de Montargis appartenait alors à la comtesse 
de Richemont. Charles VII la lui avait donnée pour son douaire, 
avec Dun-en-Berry *, Gien-sur-Loire et Fontenay-le-Comte en 
Poitou, le 9 mars 1423, à la requête de son mari '. D'ailleurs 
Richemont n'oubliait pas ses propres intérêts. Par lettres du 
24 octobre 1423, il se fît donner une seconde fois les domaines de 
Jean Larchevêque. Ce seigneur, fort avancé en âge, approuva 
cette donation et reconnut comme son héritier le comte de Ri- 
chemont, qui eut alors l'espoir de recueiUir bientôt une riche . 
succession *. 

Le connétable ne perdait pas de vue la réorganisation de 
l'armée. Il avait ordonné aux capitaines de compagnie de venir 
le retrouver à Chinon vers la fin d'octobre ^, mais l'argent 
manquait toujours. Les Etats de Languedoc, qui se réunirent 
le l""" novembre à Mehun-sur-Yèvre , votèrent une aide de 
250000 liv. t. et, en outre, une somme de 12 000 livres pour 
le roi ®. 

Ces subsides avaient été accordés trop tard pour que le con- 
nétable pût arrêter les progrès des Anglais dans le Maine, où 
Salisbury enleva Sainte-Suzanne et Mayenne (octobre). Dans 
rile-de-France, les troupes de Charles VII prirent, perdirent et 
reprirent Rochefort-en-Yveline ^ En Champagne, Moynier résis- 
tait toujours aux Anglais ^. Il eût fallu envoyer aussi des renforts 

1. Preuves de VHist. de Bretagne, II, col. 1183. 

2. Arrondissement de Saint-Amand-Montrond. 

3. Le roi lui donna ces biens pour son douaire, à la requête du conné- 
table, attendu qu'il « a tout abandonné ce que, tant à cause de luy que 
de nostre dite suer, sa femme, il povoit avoir autre part en nostre 
royaume, mêmement, au regart des pais que de présent occupent les 
Anglois, nos anciens ennemis, etc. » C'est évidemment là une compensa- 
tion à la perte du duché de Touraine et du comté d'Ivry (X'» 8604, f«s 80 
V», 81; P 2298, fo^ 473-477; Fr. 21405, f" 91). 

4. X'a 8604, fo 125 v; K 184, liasse 1, n» 21. Arch. de la Loire-Inférieure, 
cass. 38, E, 105. B. Ledain, 224, Append. XII. 

o. Preuves de Phist. de Bretagne, II, 1183. 

6. Pièces orig., t. 1320, dossier Giac, nos 32, 33. K, 62, n» 33. Fr. 21403, 
f" 91. 

7. Arrondissement de Rambouillet. 

8. Les auteurs modernes ne font pas mention de ce siège de Moynier, 
qui doit être important, puisque Bedford lui-même y alla, en novembre 
(JJ 173, f- 213 V; Fr. 4491, f" 35 V; le Bourg, de Paris, 212; Cousi- 
not, 200). 

Richemont. 8 



114 RICHEMONT SOLLICITE PHILIPPE-LE-BON 

dans rile-de-France et en Champagne. Le comte de Foix, qui 
était alors auprès de Charles VII, donna l'ordre de réunir des 
gens d'armes dans le Languedoc et la Guyenne, dont il avait le 
gouvernement *, et le duc de Bretagne, pour exécuter le traité de 
Saumur, fit des préparatifs militaires. Bedford aurait sans doute 
mieux profité du désarroi où étaient les Français, s'il n'avait été 
obligé d'aller en Angleterre, pour apaiser une querelle entre le 
duc de Glocester et l'évèque de Winchester ^, son oncle. 

Il laissa la conduite de la guerre à des lieutenants dignes de 
le remplacer, le comte de Warwick ^ dans l'Ile-de-France, le 
Vermandois, le Gâtinais, la Champagne et la Brie ; le comte de 
Salisbury, dans la Normandie, l'Anjou, le Maine, le Vendomois, 
le pays Chartrain et la Beauce ; et le comte de Suffolk, dans la 
basse marche de Normandie. D'autre part, il avait apaisé le duc 
de Bourgogne, en faisant conclure une trêve entre lui et Glocester, 
qui était retourné en Angleterre, sans emmener Jacqueline de 
Hainaut, et il avait su flatter l'orgueilleux Philippe, en déclarant 
qu'il serait le chef du grand conseil, quand il lui plairait d'y 
assister *. 

Il devenait bien plus difficile pour le connétable d'amener le duc 
de Bourgogne à conclure la paix avec Charles VII ; néanmoins il 
ne se découragea pas. Dès le commencement d'août, il avait an- 
noncé au duc de Savoie sa réconciliation avec le roi, puis Nicolas 
Brifl'aut, secrétaire et trésorier de la duchesse de Guyenne ^, 
avait été envoyé par Jean V et par le connétable vers le duc de 
Bourgogne, pour lui dire que Charles VII n'avait plus auprès de 
lui ces mauvais conseillers dont la présence avait empêché trop 
longtemps une réconciliation si désirable. Après l'entrevue de 
Saumur, le duc de Bretagne chargea Simon Deloye et Philibert 
de Vaudrey d'aller informer Philippe-le-Bon des arrangements 
qui venaient d'être conclus et du sincère désir qu'avait le roi de 
faire la paix avec lui. Ne fallait-il pas considérer la grande 
jeunesse du Dauphin à l'époque du crime de Montereau, les 



1. K 62, nos 20 et 22. Fr. 26048, n» 510. Charles VII lui donna le comté 
de Bigorre, la châtellenie de Lourdes et la vicomte de Lautrec, le 18 no- 
vembre (J 334, nos u, 44*, 45, 46). 

2. Henri Beaufort, frère de Henri IV, cardinal eu 1427. 

3. Richard Beauchamp, c. de Warwick. 

4. X»" 8603, f» 90. Hist. de Bourgogne, IV, 100, 101. Collect. de Bourgogne, 
t. 99, p. 224-228. 

5. Hist. de Bourgogne, IV, preuves Ivi-lvij. Collect. de Bourg., t. 99, p. 227. 
Le 28 décembre, Jean V ordonne de payer à Nie. Briffaut 150 1. t. à valoir 
sur « plus grande somme de chevance que nous lui devons, pour certaines 
causes que ne voulons estre exprimées en ces présentes. » (Fr. 26048, 
a» 530.) 



RICHEMONT SOLLICITE PHILIPPE-LE-BON 115 

mauvais conseils auxquels son caractère si faible ne savait 
pas résister et la perversité de ces hommes qui l'excitaient 
contre ses proches *, sans même épargner sa propre mère? Ainsi 
qu'il avait été convenu par le traité de Saumur, le duc de Bre- 
tagne envoya des députés en Angleterre porter des propositions 
de paix, et il pria même le duc d'Orléans de négocier un arran- 
gement. Les exigences de Bedford rendirent toute négociation 
impossible. Il voulait que Henri VI fût reconnu préalablement 
comme roi de France. Jean V renouvela plusieurs fois ses pro- 
positions, sans aucun succès. Il ne tarda pas à voir que son 
alliance avec Charles VII avait fort irrité le gouvernement an- 
glais et qu'il allait être lui-même traité en ennemi. C'était une 
raison de plus pour insister auprès de Philippe-le-Bon. Il le 
pria instamment de ne point l'abandonner au milieu du péril 
et de signifier aux Anglais qu'il défendrait le duc de Bretagne, 
son alUé, contre quiconque l'attaquerait '. 

De son côté, Richemont ne cessait de solliciter le duc de Bour- 
gogne. Il écrivait aussi aux seigneurs de son conseil. Il lui répé- 
tait que ceux qui pouvaient lui déplaire, dans l'entourage de 
Charles, avaient été chassés, que, s'il y en avait d'autres, il était 
prêt à les « jeter hors » ; qu'il tenait maintenant le Dauphin 
entre ses mains ; qu'il était prêt à faire tout ce que lui comman- 
derait Phihppe-le-Bon, mais qu'il ne pouvait réussir sans son 
aide et qu'il fallait battre le fer pendant qu'il était chaud ^. Le 
duc avait promis au connétable de lui donner une réponse dont il 
serait satisfait, quand il aurait chassé les favoris de Charles VII. 
Richemont eut beau lui rappeler cette promesse, Philippe ne se 
hâta pas d'en tenir compte. Bien qu'il eût encore à combattre 
les troupes de Glocester en Hollande, il n'était pas décidé à 
rompre avec les Anglais. Il laissa seulement le duc de Savoie 
prolonger, le 2 décembre, jusqu'à la Chandeleur, la trêve con- 
clue, à la fin du mois de janvier précédent, entre la France et la 
Bourgogne. Elle fut prolongée à trois reprises en 1426. A la fin 
de 1425, Alain Chartier, secrétaire du roi, et G. de La Trémoille 
furent encore envoyés auprès de Philippe-le-Bon, qu'ils rejoi- 
gnirent à Bruges au mois d'avril *. 

1. Preuves de l'Hist. de Bretagne, II, col. 995. Hist. de Bourgogne, IV, 
p. Ivi-lvij. 

2. Preuves de D. Morice, II, col. 1183-1186. D. Plancher, IV, preuves, 
liij-lv (Instructions du 23 décembre 1425). 

3. Voy. les instructions données par Richemont à ses envoyés {Hist. de 
Bourgogne, YV, Ixij-lxiij). C'est un document sans date et dont l'orthographe 
semble bien fautive. Il est à remarquer que le mot dauphin est toujours 
employé au lieu de roi. 

4. Fr. 26048, n» 541. Hist. de Bourgogne, IV, preuves, liij, lis, Ix. De 



116 PRÉPARATIFS EN BRETAGNE (1426) 

Richemont ne perdait pas de vue les autres intérêts de 
Charles VIL II encourageait les partisans de ce prince à lui 
conserver, sous la domination étrangère, un attachement iné- 
branlable; il excitait, comme une flamme précieuse, ce senti- 
ment national qui animait déjà bien des cœurs et qui devait 
tant contribuer au salut de la France. Le 14 décembre 1425, le 
roi mandait au connétable d'observer et de faire observer des 
lettres de rémission qu'il accordait aux habitants de Rouen, en 
considération du courage avec lequel ils avaient défendu leur 
ville en 1*418 contre Henri V et parce que « leurs cuers et affec- 
tions sont et demeurent en leur vraye et persévérante loyauté » 
envers lui « qu'ilz cognoissent estre leur naturel et souverain 
seigneur » *. C'était l'époque où le duc d'Alençon refusait noble- 
ment la liberté que lui proposait Bedford et préférait une capti- 
vité glorieuse à l'humiliation de reconnaître Henri VI comme roi 
de France. Le comte de Richemont n'avait pas montré cette fîère 
attitude, mais il travaillait du moins à faire oublier sa conduite 
passée. Il avait hâte de commencer lui-même la guerre contre les 
Anglais. 11 se rendit en Bretagne auprès de son frère, le duc, 
qui rassemblait alors une armée pour attaquer les frontières de 
la Normandie ^ (janvier 1426). Une campagne heureuse de ce 
côté pouvait déterminer une révolte dans cette province, encore 
française de cœur, et délivrer le Maine, dont les ennemis pour- 
suivaient la conquête '. Le connétable voulait signaler ses dé- 



Beaucourt, t. II, 373 et note 1. On lit dans des instructions données, le 
2o mars 1426, à des ambassadeurs envoyés en Castille par Charles VII, que 
le roi est tout disposé à faire la paix avec le duc de Bourgogne, et que 
les ducs de Bretagne et de Savoie s'y emploient, « qui sont très conve- 
nables moyens de la y mectre, attendu l'alliance qu'ils ont au roy et au 
duc de Bourgogne; que tout le peuple, tant d'un côté que d'autre, est 
très enclin à ce, » etc. (Lat. 6024, n» 18.) Il n'est pas possible que Riche- 
mont soit allé à Montluel à la fin de 1425 ou en janvier 1426, comme le 
croit M. de Beaucourt {Hist. de Charles VU, t. II, 372). S'il y alla, ce fut 
en janvier 1427. Quant à G. de La Trémoille, il fut arrêté le 30 décembre 
1423, puis remis en liberté, moyennant rançon, par Perrinet Grasset, qui 
gardait, malgré le duc de Bourgogne, et d'accord avec les Anglais, la ville 
de La Charité-sur-Loire {Hist. de Bourgogne, IV, 119, et preuves, Ix-lxj ; de 
Beaucourt, t. II, 373-375; Consaux de Tournai, p. 191, 194, 196, 203, 204; 
JJ 177, fo 159). 

1. Fr. 2861, fos 219 v» 222. 

2. Le 27 décembre, le connétable était encore, avec le roi, à Mehun-sur- 
Yèvre, où s'étaient réunis les États de Languedoc, qui avaient voté, en 
novembre, 250 000 1. t. Il assistait, le 27 décembre, à la réconciliation du 
sire d'Arpajon et du maréchal de Sévérac (Vallet de V., I, 451). 11 était à 
Malestroit (arrondissement de Ploërmel), avec Jean V, le 14 janvier 1426 
(Fr. 26048, n» 534). 

3. Ils assiégeaient La Ferté-Bernard, c. L de c. de l'arrondissement de 



I,ES AISGL4IS ATTAQUENT LA BRETAGNE 117 

buts par des succès éclatants ; il en avait besoin pour justifier 
les espérances qu'on avait mises en lui, pour accroître son 
autorité à la cour et enfin pour agir plus efficacement sur le 
duc de Bourgogne. Il communiquait son ardeur à l'entourage 
du roi. On voulait réunir des forces considérables, et Yolande 
rappelait d'Italie son fils Louis d'Anjou, afin qu'il vînt lui- 
même défendre ses domaines *. Jean V avait convoqué le ban 
et l'arrière-ban de Bretagne pour la défense du pays. Malheu- 
reusement son armée, composée, en grande partie, de recrues 
peu exercées, mal disciplinées, était bien inférieure aux troupes 
anglaises, aguerries par de longues campagnes 2. 

Les hostilités avaient commencé dès la fin de l'année 1425. 
Olivier de Mauny et le sire de Goetquen avaient échoué dans 
une attaque sur le Parc-de-l'Evêque, place qui appartenait à 
l'évêque d'Avranches. Douze cents Anglais, sous le commande- 
ment de Suffolk et de Thomas Rampston, avaient ravagé la Bre- 
tagne jusqu'aux portes de Rennes et étaient revenus chargés de 
butin en Normandie, puis Rampston avait fait réparer le châ- 
teau de Saint-James-de-Beuvron ' et s'y était établi fortement ''. 
Les Anglais avaient aussi pris Pontorson. Il fallait d'abord les 
chasser de ces positions, d'où ils menaçaient de trop près la 
Bretagne °. 

Laissant Jean V à Rennes, Richement alla prendre le com- 
mandement de l'armée bretonne, qu'il réunit à Antrain ^. Du 
Maine, de l'Ile-de-France et même de la Normandie, d'autres 
combattants étaient venus, à son appel, se joindre à lui, dans 
l'espoir de faire une belle campagne contre les Anglais. Richard, 
comte d'Etampes, avait suivi son frère Artur, avec le sire de 



Mamers (Cousiaot, 230. Fr. 4491, f° 26 v). Danois était alors à Chartres 
avec des troupes (Fr. 26048, n» .540). 

1. Bib. de l'Éc. des Chartes, 111, 2» série, p. 141. Pièces orig., t. 699, au 
mot Châteauneuf. « Comme pour résister à nos ennemis et autres rebelles 
et désobéissans, soyons délibérez nous mettre sus, ceste saison nouvelle, 
à grant puissance... » (18 février 1426). Le roi était alors à Issoudun. Sur 
Louis III d'Anjou voy. Arch. de la Loire-Infér., cass. 4, E, 10. Fr. 20417, n" 3. 

2. « Et fut faite une grande armée par le connestable au pays de Bre- 
taigoe. Aucuns disoient qu'icelle compagnée estoit pour la pluspart de 
gens qui oncques mais n'avoient esté en guerre. » (Cousinot de M., 
p. 240 et 241.) 

3. Arrondissement d'Avranches. 

4. C'est l'époque où auraient été écrites les lettres attribuées à Suffolk. 
La première est datée du 7 février, l'autre du 13 (voy. Desplanque, pièces IV 
et V, p. 63, 64). Il y est question de l'armée bretonne, de « la fortifica- 
cion » de Saint-James et du siège imminent de cette place. 

5. Cousinot, 233. Monstrelet, IV, 284. D'Argentré, 769. Fr. 10449, ^• 143-144. 

6. Arrondissement de Fougères. 



118 SIÈGE DE SAINT-JAMES-DE-BEUVRON (1426) 

Porhoet et beaucoup d'autres seigneurs. Le connétable s'em- 
para d'abord de Pontorson. En représailles des ravages qu'ils 
avaient exercés, tous les Anglais qui se trouvaient dans cette 
place furent mis à mort (février 1426). Les murailles furent 
abattues ^ 

L'armée bretonne marcha aussitôt sur Saint-James-de-Beuvron 
dont le siège présentait de bien plus grandes difficultés. Cette 
place, située tout près de la Bretagne et du Mont-Saint-Michel, 
était un poste très utile pour les Anglais, qui l'avaient solidement 
réparée et munie de tous les moyens de défense. Suffolk y avait 
mis une bonne garnison, avec des officiers habiles, ïh. Ramp- 
ston, Phihppe Branch, Nicolas Burdet; et lui-même réunissait 
un corps de troupes assez considérable dans Avranches, afin de 
pouvoir secourir Saint-James-de-Beuvron *. 

Richemont avait hâte d'agir ; tout relard diminuait ses 
chances de succès. A son approche, les Anglais de la garnison 
s'avancèrent pour reconnaître ses forces et pour essayer de l'ar- 
rêter ; mais un vif combat les refoula dans la place, qui fut 
bientôt investie de toutes parts et battue par l'artillerie. Re- 
poussés dans plusieurs sorties, après de rudes escarmouches, 
les assiégés auraient été réduits à capituler, malgré leur cou- 
rage, si l'investissement avait été maintenu assez longtemps, 
mais Richemont se trouvait dans une situation fort embarras- 
sante. L'argent lui manquait , soit qu'on n'en eût pas à lui 
donner, soit qu'on en différât l'envoi, dans l'intention de lui 
nuire; ses troupes mécontentes avaient commencé à déserter 
dès le début du siège ; on craignait l'arrivée de Sulfolk ^ ; il 
fallait prendre un parti. Depuis une semaine que le siège durait, 
le canon avait pratiqué assez de brèches pour que l'assaut fût 
possible. Avec des troupes aussi peu solides, l'entreprise était 
hasardeuse; mais valait-il mieux se laisser attaquer par Salis- 
bury et par Suffolk? Toutes les éventualités furent longuement 



1. Cousinot, 237, 240. Le Baud, 469. Fr. 10449, f» 144. Gruel, 192. J. Stuart 
d'Aubigny, J.Girard, J. Ouschard, etc., étaient avec le connétable (Fr. 20684, 
f» 48 vo). 

2. 11 n'est guère possible de donner le chiffre exact de la garnison de 
Saint-James, des autres troupes de Suffolk et de l'armée de Richemont, 
avcc'les seules indications que fournissent les chroniqueurs. A les en 
croire, la garnison comptait environ 700 hommes, la petite armée de 
Suffolk environ 1500 et celle de Richemont 13 à 16 000 hommes. Grafton 
va jusqu'à 40 000 hommes! 

3. L'attaque de Saint-James avait beaucoup inquiété les Anglais. Le 
comte de Salisbury, qui assiégeait alors La Ferté-Bernard, voulut même 
laisser une partie de ses troupes devant cette place et marcher au secours 
de Saint-James. Voy. Append., XXXIV. 



DÉROUTE DE SAINT-JAMES-DE-BEUVRON (1426, 6 MARS) 119 

discutées dans un conseil de guerre, et on résolut d'assaillir la 
place. Près des murs, il y avait un étang et un boulevard qui 
séparaient en deux l'armée assiégeante. D'un côté se trouvaient 
les Bas-Bretons, de l'autre les troupes dirigées par le connétable 
en personne. Le boulevard, bien défendu par Nicolas Burdet, 
communiquait avec la ville par une poterne. 

Le 6 mars, l'attaque commença sur les deux points où les 
brèches rendaient l'assaut moins difficile. Les assiégés, encou- 
ragés par l'espoir d'être bientôt secourus, se multipliaient pour 
repousser les assaillants. On combattait depuis trois ou quatre 
heures avec un égal acharnement, quand, du haut de leurs rem- 
parts, les Anglais aperçurent les premiers^ dans le lointain, un 
corps de troupes qui s'avançait. Croyant que c'étaient leurs com- 
patriotes qui arrivaient à leur secours, ils sortent par la poterne 
voisine de l'étang, se joignent à Nie. Burdet et tombent avec 
impétuosité sur les Bas-Bretons, en criant : Salisbury et Suf- 
folk! Attaqués ainsi par derrière, déconcertés par ces cris, 
«ffrayés par l'approche de ces autres soldats, qu'ils aperçoivent 
et qu'ils prennent pour les Anglais de Suffolk, les Bas-Bretons 
quittent précipitamment les fossés et fuient en désordre vers 
leur camp. Les Anglais, profitant de cette panique, les criblent 
de traits, les poursuivent à grands coups, les précipitent dans 
l'étang et les massacrent ou les noient. Les Bretons perdent là 
environ 600 hommes, 50 prisonniers, 18 étendards et une ban- 
nière. 

De l'autre côté de la ville, le connétable, ignorant ce désastre, 
«continuait l'assaut, quand on lui apporte la nouvelle de la dé- 
route. Les troupes dont l'arrivée fortuite avait tant contribué à 
ce malheureux résultat étaient celles qu'il avait envoyées dans 
la direction d'Avranches, pour observer les Anglais et qui reve- 
naient sans avoir rien vu d'alarmant. Alors le connétable, com- 
prenant qu'il est inutile de prolonger la lutte, n'a plus qu'à 
faire sonner la retraite et à rallier les fuyards, qui, après avoir 
abandonné leur camp, viennent chercher dans le sien un refuge 
■contre leur propre terreur. Tout n'était pas encore perdu, car 
les Anglais, malgré leur victoire, étaient fort affaiblis, blessés 
pour la plupart; mais que pouvait faire le connétable avec ses 
troupes démoralisées? Pendant la nuit, nouvelle panique. Au 
milieu d'un désordre inexplicable, chacun s'enfuit par les che- 
mins qu'il connaît. Le feu est mis aux tentes, et on vient avertir 
le connétable et son frère qu'ils vont être brûlés s'ils ne se reti- 
rent promptement. A la lueur des flammes qui dévorent le camp, 
Richemont voit ses gens se sauver de toutes parts. Il s'élance 
À cheval, suivi de ses frères, au milieu de la cohue tumul- 



120 ntCIlEMONT ACCUSE J. DE MALESTROIT 

tueuse, pour arrêter cette fuite insensée; nul ne veut l'écouter; 
nul ne s'arrête. Ses reproches, ses exhortations, ses ordres, ses 
menaces, se perdent au milieu du bruit; il est renversé à terre, 
et c'est à grand'peine qu'on empêche qu'il soit foulé aux pieds. 
Vainement il veut retourner au camp, pour emmener au moins 
son artillerie. Il est abandonné de tous et obligé de suivre, dans 
un morne désespoir, la déroute qui l'enti-aîne. Ainsi son armée 
fuyait, vaincue par un ennemi vingt fois moins nombreux ; ainsi 
se terminait, par l'échec le plus lamentable, une expédition dans 
laquelle il avait mis toutes ses espérances. Au point du jour, les 
fuyards atteignirent Antrain. Là ils se rallièrent pour se diriger 
sur Rennes, où était le duo de Bretagne. Il garda seulement une 
partie de ces troupes pour garnir la frontière, et il congédia le 
reste *. 

On ne connaît pas assez les détails de cette malheureuse af- 
faire pour être en mesure d'affirmer que toute la responsabilité 
doit retomber sur le connétable; mais il ne semble pas qu'il ait 
montré dans cette entreprise toutes les qualités d'un bon géné- 
ral 2. Quoi qu'il en soit, ce fut un grand malheur pour lui et 
aussi pour la France. Son autorité, déjà fort précaire à la cour, 
en fut gravement compromise. Gomment croire désormais à ses 
talents militaires? Quelle confiance pouvait-il inspirer au roi, 
au duc de Bourgogne, au duc de Bretagne, à tous ceux qui 
avaient compté sur lui et qui l'auraient secondé avec plus d'em- 
pressement, s'il avait réussi dans ses premières tentatives? 
Désormais ses projets, ses efforts allaient être entravés pour 
longtemps, et il lui fallut toute sa ténacité bretonne pour persé- 
vérer dans la tâche ingrate qu'il avait entreprise. 

Il voulut d'abord châtier ceux qu'il considérait comme ses en- 
nemis et comme les auteurs de son échec. Le principal était 
Jean de Malestroit, chancelier de Bretagne. Richemont l'accusait 
de s'être vendu aux Anglais et d'avoir causé la déroute de Saint- 
James, soit en n'envoyant pas l'argent nécessaire au payement 
des troupes, soit en machinant d'autres trahisons ^. Avant de re- 
venir auprès du roi, vers les fêtes de Pâques, le connétable passa 
par Nantes, fît enlever le chancelier dans sa maison de la Tou- 



1. Gruel, 192. Cousinot, 199 et 239. Monstrelet, IV, p. 284. D. Morice, 
Pr., II, col. 1188, ou D. Lobineau, II, col. 1005. Fr. 26048, n" 531. Fr. 26049, 
n»» So3, 554, 557, 559, 562. Grafton, 1, 561, 562. Polydore Vergil, édit. 
Hellis, p. 12. 

2. C'est ce qui paraît résulter du récit de B. d'Argentré. Or cet auteur 
n'est pas défavorable à Richemont. 

3. Gruel, 192. Nicole Gilles, Les cronicques et annalles de France, édition 
de 1520, 2« vol., f» 75. Le Bourg, de P., 207, 208. 



JEAN V SIGNE UNE TRÊVE AVEC SUFFOLK 121 

che et le conduisit à Chinon, où il le retint prisonnier. Quand il 
parut devant Charles VII, pour rendre compte de sa désastreuse 
expédition, il se plaignit vivement d'avoir été trahi, mais sans 
pouvoir produire des preuves convaincantes '. 

Voulait-il se disculper à tout prix, même aux dépens d'un inno- 
cent?Une pareille conduite eût été criminelle et odieuse ; mais rien 
n'autorise cette supposition. Il ne faut pas oublier que le conné- 
table avait des ennemis plus disposés à profiter de ses embarras, 
pour précipiter sa disgrâce, qu'à lui faciliter les moyens de dé- 
gager sa responsabilité. D'ailleurs le biographe d'Artur de Bre- 
tagne n'est pas seul à reproduire les bruits de trahison; on en 
retrouve l'écho jusque dans le journal du Bourgois de Paris, qui 
ne saurait être suspect de partialité pour Richemont. En tout 
cas, J. de Malestroit, grâce aux amis qu'il avait à la cour, obtint 
sa délivrance. Afin de montrer qu'il n'était point d'accord avec 
les Anglais, il u promit de faire merveilles » pour réconcilier le 
duc de Bourgogne avec Charles VII. Richemont relâcha enfin 
le chancelier, qui retourna en Bretagne, d'où il se rendit plus 
tard auprès du roi, de Philippe-le-Bon et d'Amédée VIII. Il resta 
néanmoins un ennemi dangereux pour Richemont, qui, de son 
côté, s'efforça de lui nuire 2. 

Deux jours après la déroute de l'armée bretonne, le comte de 
Suffolk était arrivé, avec 1 500 combattants, devant Saint-James- 
de-Beuvron. Ne trouvant aucune résistance, il s'était avancé, en 
ravageant le pays, jusqu'à Dol ', avec l'intention de s'y établir. 
Si cette démonstration avait pour but d'effrayer Jean V, elle eut 
un plein succès. Il craignait aussi de voir les Anglais soutenir 
contre lui les Penthièvre. Il savait que Jean et Olivier de Blois 
étaient en Angleterre auprès de Bedford et qu'ils n'avaient point 
abandonné leurs prétentions sur la Bretagne. Jean V demanda 
une trêve de trois mois; Suffolk la lui accorda moyennant 
4500 francs et revint, chargé de butin, à Saint- James-de-Beu- 
vron ''. C'était là un nouvel échec pour Richemont. Son impuis- 
sance en devenait plus manifeste, mais du moins cette trêve lui 
laissait quelque répit. Il redoubla d'efforts pour faire face à tous 

1. « Rien n'en vint à notice, • dit Le Baud, p. 470. 

2. Les auteurs sont très partagés sur cette question de la culpabilité 
du chancelier de Bretagne. Gruel (p. 192), Cousinot (p. 199), M. de Beau- 
court, Vallet de V. l'accusent formellement; D. Morice, Fontanieu (Ms. 
fr. 10449, f° 144 v") et D. Lobineau disent qu'il prouva son innocence. D'Ar- 
gentré et Le Baud ne se prononcent pas. Il est probable qu'il n'y a pas de 
preuves. Voir l'article de M. de Beaucourt dans la Revue des questions his- 
tor., t. IX, année 1870, p. 396, et son Hist. de Charles VII, t. II, p. 24. 

3. Arrondissement de Saint-Malo. 

4. .Monstrelet, IV, 386, 387. D. Lobineau, I, 568. 



122 ETATS DE MONTLUÇON ET DE SAUMUR (1426) 

les besoins. Des ambassadeurs allèrent en Castille, demander au 
roi Jean II, le premier « et le plus principal » allié de Char- 
les VII, un secours de 2 000 hommes d'armes ou, tout au moins, 
de 5 à 600 hommes d'abord, soudoyés pour six mois ^ Une nou- 
velle assemblée des Etats, convoquée à Angers pour le samedi 
13 avril, se tint à Montluçon ^ ; une autre eut lieu à Saumur ', où 
se rendit le connétable (1" mai) ; des troupes furent réunies à 
Sablé, à Craon *, pour défendre le Maine, l'Anjou et la Bretagne. 
Le 12 juin, sur l'avis de la reine de Sicile, des comtes de Cler- 
mont, de Richemont et de Foix, Charles VII révoqua certains 
dons, afin de pourvoir aux frais de la guerre, sans grever autant 
le peuple, qui ne pouvait suffire au payement des impôts. Mal- 
heureusement, ces bonnes résolutions duraient peu. Les courti- 
sans continuaient d'exploiter la libéralité du roi et détournaient 
à leur profit les deniers publics ^. 

Il y avait bien d'autres désordres, que le connétable ne pou- 
vait empêcher. Les routiers ravageaient les provinces épargnées 
par l'ennemi, rançonnaient les campagnes et les villes. C'est 
ainsi qu'au mois de mai 1426 les Etats de la Marche durent 
payer 510 livres à T. de Valperga, Alain Giron et autres capi- 
taines de gens d'armes, pour qu'ils s'engageassent à ne plus 
dévaster le pays. Et combien d'autres faits de ce genre se pro- 
duisaient ailleurs! Ces marchés, ou appâtis, qui débarrassaient 
momentanément un pays des routiers, n'avaient d'autre ré- 
sultat que d'exposer aux mêmes déprédations les pays voisins. 
Les ressources de la France étaient ainsi gaspillées , faute 

1. Lat. 6024, n" 18. Original sur parchemin, signé Charles. On voit, au 
n" 19, que Jean II promit d'envoyer des secours quand les troubles de la 
Castille seraient apaisés, et il est probable qu'il en envoya, car on trouve, 
en 1427, des troupes castillanes parmi celles de Charles Vil (voy. de Beau- 
court, t. II, 391-394). 

2. Cette assemblée se tint, non à Angers, mais à Montluçon. Elle vota 
une taille de 230 000 1. (de Beaucourt, t. II, 588-589). Voy. Append., XXXV. 

3. Le i" mai, les élus de Tours décident « d'envoyer promptement et 
hastivement à Saumur, pour les trois estats assemblez et mandez à au- 
jourd'hui par Mgr de Richemont », bien que Tours n'ait pas reçu de 
lettres de convocation. Dans la séance du 7 mai, Jehan Garnier, revenu 
de Saumur, fait son rapport sur l'assemblée des États ordonnée par le 
connestable, assemblée à laquelle ne sont venus « aucunes gens des villes, 
que d'Angiers et plusieurs barons et gens d'Église du pays de Poictou, 
qui ont tenu conseil avec le connestable par trois jours. » (Arch. munie, 
de Tours, Registre des délibérations, t. III, f"* 84, 85. Communication du 
Dr Giraudet.) 

4. Arrondissement de Château-Gontier. 

3. Fr., 21403, fo^ 91, 92. Xi» 8604, f» 83. Fr. 4491, f" 83. P 13722, cotes 
2069 et 2103. De Beaucourt, t. II, 119, 120, 129. — Giac se fit donner le 
comté d'Auxerre {Idem, p. 129). 



R1CHEM0^•T RÉSISTE AUX ANGLAIS (1426) 123 

d'une organisation régulière et d'un gouvernement sage, éco- 
nome et tort*. 

Cependant les Anglais menaçaient toujours la Bretagne, ainsi 
que le Maine et l'Anjou, dont ils voulaient achever la conquête. 
Richard Beauchamp, comte de Warwick, lieutenant général de 
Henri VI « pour le fait de la guerre » dans ces provinces, avait 
appelé auprès de lui, pour cette campagne, plusieurs capitaines 
renommés, Robert Willoughby, J. Salvain, Guill. Glasdale, 
J. de Montgomery, Th. Burgh ^. Il y eut alors beaucoup de 
sièges et de combats qui sont mentionnés par les chroniqueurs 
d'une manière trop confuse pour qu'il soit possible de les indiquer 
tous dans l'ordre chronologique. Avec des troupes tirées des 
garnisons du Maine et de l'Anjou, le connétable, secondé par 
J. Stuart et par un grand nombre de seigneurs bretons, s'em- 
para de la forteresse de Galerande ^, occupa Fougères et Pon- 
lorson, où il fit faire des travaux considérables, pour opposer à 
Saint-James-de-Beuvron une place solidement fortifiée * . Pen- 
dant que ses lieutenants, Ambroise de Loré, les sires de Raiz et 
dcBeaumanoir,Guil.deMauny,Alainde La Chapelle continuaient 
de tenir les Anglais en échec, il alla voir son frère Jean V en 
Bretagne ^, pour calmer ses craintes et exciter son indignation 
contre les Anglais. Il lui dit queBedford voulait faire momenta- 
nément la paix avec lui, pour accabler le duc de Bourgogne et 
s'emparer ensuite de la Bretagne. Il lui révéla les projets crimi- 
nels des princes anglais et la connivence du chancelier J. de Ma- 
lestroit. Faut-il croire que, pour mieux convaincre son frère, 
il usa de fausses lettres de Suffolk et mit Jean V en rapport 
avec le faussaire lui-même? Il semble certain que des lettres 
d.! Suffolk, authentiques ou non, furent communiquées au 



1. Fr., 20387, n» 36. J. Quicherat, Rod. de Villandrodo, p. 14-16. Le con- 
nétable ne pouvait empêcher ces pillages là même où il était. Le comte 
de Foix avait fait venir du Midi des troupes qui ne servirent guère, selon 
Gruel, qu'à ravager les environs de Saumur (K 62, n°» 27, 28, 33 ; Fr. 25767, 
no» 159-193; Fr. 23768, n° 240). Afin de pouvoir rester à la cour, le comte 
de Foix avait imaginé « de prendre paty et abstinence de guerre pour 
un an et demi » avec les chefs anglais en Guyenne, moyennant 3000 1. t. 
(Fr. 20387, n° 33). 

2. Fr. 23767, n"' 143, 146, 155, 156. K 62,^» 25*. 8, 16. 

3. Arrondissement de La Flèche. Ce château a été bien restauré. 

4. Cousinot, 241-243. Gruel, 193, 194. Le Baud, 470. Fr. 20684, f» 349. 
D'après Grafton (l, 539, 560), les Anglais auraient alors pris Saint-Calais, 
Malicorne, Louplande, Montsurs, La Suze et plus de quarante châteaux; 
mais l'exactitude de ces détails est fort douteuse, les événements mili- 
taires des années 1426-1428 étant mal connus. 

3. Le connétable était le 26 juillet au château de l'Hermine, à Vannes 
(Fr. 26049, n" 605). 



124 MISSION DE J. DE MALESTROIT (1426) 

duc de Bretagne, comme le prouvent les instructions qu'il remit 
un peu plus tard à son chancelier, en le chargeant de dévoiler 
au duc de Bourgogne les menées perfides de Bedford et de Glo- 
cester 1. 

Vers lé milieu de septembre, le chancelier de Bretagne partit 
pour se rendre auprès de Philippe-le Bon. Après l'avoir informé 
de la trahison que les Anglais machinaient depuis longtemps 
contre lui-même et contre le duc de Bretagne, « ainsi que bien 
à plein le pourra savoir et voir par les lettres du comte de Suf- 
folk, signées de sa main 2, » il devait lui dire que Bedford et 
Glocester voulaient amener Jean V, par les négociations ou par 
les armes, à entrer dans une ligue contre tous les ennemis de 
l'Angleterre, y compris le duc de Bourgogne ; que, dans ce dan- 
ger commun, le duc de Bretagne désirait s'unir à Philippe-le-Bon 
par une étroite alliance, afin « qu'ils pourveussent au relèvement 
de ce royaulme » ; que le roi se voulait régler et gouverner par 
eux, qu'il était résolu à toutes les concessions compatibles avec 
« l'onneur de la couronne », et qu'il ferait tout ce que les ducs 
de Bourgogne, de Bretagne, de Savoie et le comte de Richement 
en voudraient ordonner'. 

On ne comprend pas bien pourquoi le duc de Bretagne confia 
cette mission à J. de Malestroit, que Richemont lui avait signalé 
comme un traître vendu aux Anglais *. Il est vrai que le chan- 
celier, voulant dissiper les soupçons dont il était l'objet, avait 
promis « de faire merveilles », et qu'il affectait un grand zèle 
pour la réussite de ces négociations. Quoi qu'il en soit, le conné- 
table n'avait en lui aucune confiance, car il envoj^a auprès de 
Philippe-le-Bon J. de Ghénery et le prieur de La Celle, chargés 
secrètement par lui de mettre le duc en garde contre ce que 



1. Hist. de Bourgogne, IV, preuves Ixiv-lxv (Instructions du 15 septembre 
1426). Desplanque, p. 43, 46 et les pièces IV, V, VI, p. 63-69, et surtout le 
commencement de la pièce Vllf, p. 74. C'est à ce moment que J. de Che- 
nery aurait conduit auprès de Jean V, à Redon, Guill. Benoît, l'ancien 
secrétaire de Sufifolk (p. 66). S'il faut considérer comme fausses les pièces 
produites par G. Benoît et comme mensongères ses dépositions, on recon- 
naîtra qu'elles renferment d'ailleurs beaucoup de détails exacts (voy. VAp- 
pend., XIX). 

2. Desplanque, p. 74. 

3. Voy. les mémoires et instructions au chancelier de Bretagne, ap. Des- 
planque, p. 74-77 et p. 51. Hisi. de Bourgogne, IV, p. Ixiv-lxv. Peu après, 
un autre envoyé partit de Bretagne avec des instructions presque sem- 
Ijlables {Hist. de Bourgogne, IV, Ixvj-lxviij. 

4. Il est certain que le chancelier de Bretagne était alors en pourparlers 
avec les Anglais; mais c'était par l'ordre de Jean V, qui employait le 
même ambassadeur à exciter contre eux Philippe-le-Bon! (de Beaucourt, 
Hist. de Charles VII, t. II, 378, note 2). 



FAIBLESSE DE CHARLES VII (1426) i25 

pourrait dire ou faire le chancelier de Bretagne. Celui-ci alla 
trouver Philippe à Dordrecht, et un traité de paix entre Char- 
les VII et le duc fut alors projeté *. 

Le connétable avait d'autres sujets d'inquiétude et de mécon- 
tentement. Il avait commis la faute de ne point éloigner le sire 
de Giac, qui avait promis « de bien faire la besogne * », mais 
qui faisait tout le contraire. Il avait bientôt remplacé Louvet 
dans la faveur du roi et exerçait sur lui une influence non moins 
funeste. A ce moment même (août 1426), il faisait arrêter, en 
vertu d'ordres arrachés à la faiblesse de Charles VII, Robert le 
Maçon, seigneur de Trêves, ancien chancelier de France et l'un 
des serviteurs les plus dévoués de ce prince. Richemont portait 
intérêt au seigneur de Trêves, qui avait contribué à réconcilier 
le roi avec le duc de Bretagne; néanmoins il ne put empêcher 
Giac de" retenir en prison pendant trois mois l'ancien chance- 
lier, qu'il ne relâcha que moyennant une grosse rançon, fournie 
en partie par Charles VII '. D'autres fois, c'étaient des délais 
accordés aux villes pour le payement des sommes assignées au 
connétable, ce qui l'empêchait de pourvoir aux dépenses de la 
guerre. Il était alors réduit à exiger quand même l'argent dont 
il avait si grand besoin, sans tenir compte des réclamations que 
le roi autorisait. On trouve la preuve de cette situation singu- 
lière dans deux lettres adressées, l'une par le roi, l'autre par le 
connétable aux Lyonnais. 

A noz très chiers et bons amis les bourgois et habitans 
de la ville de Lyon. 

Très chiers et bons amis, 

Nous avons sceu comment monseigneur le Roy a mandé au 
recepveur de Lion retarder le paiement de nostre assignacion 
que prenons pardella jusques à deux moys, et tout à voz suppli- 
cacions et requestes, comme l'on nous a rapporté, et, par ce, 
n'a peu ne peut recevoir le receveur de pardella l'argent de la 
taille, pour nous contenter de nostre dite assignacion; de la- 
quelle chose nous nous donnons grant merveille et nous semble 

1. Desplanque, p. 52. Hist. de Bourgogne, IV, Ixv-lxvj. J. de Chenery et 
le prieur de La Celle étaient conseillers de Richemont (Fr. 20684, f» 573; de 
Beaucourt, t. II, 387; Consaux de Tournai, II, 227-229, 233). 

2. Gruel, 191. Giac était au conseil, quand furent révoqués les pou- 
voirs de Louvet (Fr. 21405, f 90). 

3. V. Tari. Le Maçon dans la Biographie Didot, t. XXX; M 450, liasse 3, 
nos 1, 2, 3, et surtout K 65, n» 4, 



126 FAIBLESSE DE CHARLES VII (1426) 

que vous avez peu de considéracion à la charge que nous avons 
pour le fait de la guerre es frontières de pardeça, que tout re- 
vient sur nous, et, supposé que mondit seigneur eust fait ladite 
deffense de soy mesmes^ sans intercession (Taulre, si, deussiez- 
vous, nonobstant ce, nous faire bailler l'argent de nostre dite 
assignacion, car, sans ce, vous povez bien considérer que le fait 
de la guerre, sans l'aide de vous et des autres bonnes villes de 
mondit seigneur, ne se peut conduire. Pourquoy vous prions, 
très chiers et grans amis, tant et si affectueusement comme plus 
povons, que vous vueillez faire avancer de cueillir et lever l'ar- 
gent de nostre dite assignacion, par manière que briefment en 
puissons estre paiez, car, en vérité, si nous avions de quoy le 
faire et du nostre propre, nous ne vous en oppresserions pas 
tant. Très chiers et bons amis, le Sainct Esprit soit garde de 
vous. Escript au Pont-de-Scé, le XIII^ jour de septembre. 

Le conte de Richemont, 
Connestable de France^ 
Artur. 

Chevalier '. 

(Archives de l'a ville de Lyon, AA, 77.) 

Richemont avait eu soin de faire écrire par le roi, quelques 
jours auparavant, la lettre qui suit : 

A noz chiers et bien amez les conseilliers^ manans et habitans 
de nostre bonne ville de Lyon. 

De par le Roy. 
Chiers et bien amez, 

Nous vous avons nagaires escript que, pour aucunes causes, 
vous délayssiez le derrenier terme de l'aide à nous octroie en 
octobre derrenier passé, en nostre ville de Poictiers, jusques à 
deux moys; et, pour ce que, depuis, nostre très chier et amé 
cousin, le conte de Richemont, connestable, nous a fait dire et 
exposer que ledit derrenier terme nous lui avions assigné et 
ordonné pour le fait de la guerre et que, se rompture y avoit, 
ce lui pourroit tourner à grant charge et dommage et à nous 
aussi, considéré la grant charge qu'il a es frontières d'Anjou et 
du Mayne, et que desjà il a empruncté l'argent de sa dite assi- 

1. Il ne peut s'agir ici que d'Etienne Chevalier, qui fut longtemps un 
des secrétaires du connétable avant d'être un des plus célèbres conseil- 
lers de Charles VII. Voir aussi l'Append. XXXIX. 



FAIBLESSE DE CHARLES VII (1426) 127 

gnacion sur gaiges, lesquelz il pourroit perdre se par nous ne 
lui estoit pourveu de remède; pour ce est-il que nous vous man- 
dons bien expressément, par ces présentes, sur tant que désirez 
eschever à venir contre nostre plaisir, et sur peine de recouvrer 
sur vous ce que derrenier vous en avons remis, qui estoit à celle 
fin que plus tost paissiez ledit derrenier terme, que, incontinent 
et sans aucun delay, vous mectez sus et imposez ledit derrenier 
terme et les deniers d'icellui faites baillier et délivrer incontinent 
au commis ou receveur ordonné à recevoir ledit aide, pour 
iceulx deniers convertir ou paiement de nostre dit cousin et con- 
nestable et des autres assignez. Et ce faictes en telle manière 
que nous n'ayons plus cause d'en escripre par devers vous, ou 
quel cas nous y pourverrions par manière qui ne vous sera pas 
agréable. Donne à Mehun, le VII« jour de septembre, 

Charles. 

Fresnoy. 

♦ (Archives de la ville de Lyon, AA, 68.) 

D'autres lettres ' prouvent que Richemont savait atténuer la 
rigueur de ses ordres par des formes courtoises et même affec- 
tueuses, au lieu de montrer habituellement la rudesse mena- 
çante ^ qui lui fut reprochée un peu plus tard par ses « très 
chers et bons amis » les habitants de Lyon. Ces résistances, ces 
embarras qu'il rencontrait sans cesse étaient bien faits pour l'irri- 
ter, et plus d'un, à sa place, ne se fût pas montré plus patient ^. 

En même temps, le connétable soutenait la guerre aussi acti- 
vement que possible. Les sires de Raiz, de Beaumanoir et Amb. 
de Loré reprirent Rennefort* et Malicorne ^. Un autre capitaine, 
nommé du Coing, fut défait dans un combat aux environs du 
Mans, par Guill. Oldhall, et les Anglais prirent Bonneval ^ et 
Mondoubleau ''. Néanmoins les Français assiégèrent La Ferté- 
Bernard % envahirent le Perche, menacèrent Verneuil ^ et ré- 

1. V. Append., XXXVI, XXXVII, XXXIX, XL, XLII, XLII bis. 

2. Dès le mois de novembre 1426, il est obligé d'avoir recours aux me- 
naces. Voir Append., XXXVIII. 

3. Il ne refusait pas d'ailleurs de transiger avec Lyon, en accordant des 
réductions considérables (voy. Append., XXXVII, XLI). Il est probable qu'il 
en était de même avec d'autres villes, et cela explique aussi a continuelle 
pénurie du trésor royal. 

4. Arrondissement de Mamers. 

5. Arrondissement de La Flèche. 

6. Arrondissement de Châteaudun. 

7. Arrondissement de Vendôme. 

8. Arrondissement de Mamers. 

9. Arrondissement d'Evreux. 



128 GRANDS EFFORTS DU CONNÉTABLE (1426) 

pandirent l'alarme dans les pays voisins. En Champagne, ils 
avaient repris Vertus * et défendaient toujours la forteresse de 
Moynier contre les attaques réitérées de Salisbury. Ces détails, 
à défaut d'autres, qui restent ignorés, prouvent assez que le 
connétable employait de son mieux les faibles ressources dont il 
disposait ^ 

Il tenait surtout à empêcher le duc de Bretagne de faire la 
paix avec les Anglais, qui ne négligeaient rien pour le ramener 
à eux. Au mois d'octobre, il fit donner le comté de Mantes à son 
jeune frère Richard, qui était pour ainsi dire le chef du parti 
français en Bretagne, et Jean Stuart, connétable des Ecossais, 
s'engagea formellement à secourir Jean V envers et contre tous ^. 
Néanmoins le duc, qui ne se sentait pas assez protégé contre les 
Anglais, ni assez sûr de l'appui de Philippe-le-Bon *, entrait en 
pourparlers avec Warwick et se préparait même à envoyer des 
ambassadeurs en Angleterre, à la fin de 142:6. Ne voulant rien 
décider sans avoir consulté le duc de Bourgogne, il l'informa de 
ce qui se passait. Comme les Anglais se plaignaienrsurtout des 
travaux de défense faits à Pontorson, Jean V déclarait qu'il con- 
sentait à mettre cette place entre les mains de Philippe-le-Bon 
ou à la démanteler, si les Anglais faisaient de même pour Saint- 
James-de-Beuvron ^. 

Le connétable avait donc le plus grand intérêt à gagner tout 
au moins l'appui moral et les bons offices de son beau-frère, en 
attendant qu'il obtînt son alliance, mais il ne pouvait tout pré- 
voir ni tout empêcher. Or, à cette époque, le bâtard de LaBeaume 
et quelques autres capitaines français s'emparèrent de Mailly-le- 
Château en Auxerrois ". Cet acte d'hostilité, qui faillit rallumer 
la guerre entre la France et la Bourgogne, créa les plus graves 
embarras à Richemont ^ Voulant, à tout prix, empêcher la rup- 

1. Arrondissement de Châlons-sur-Marne. 

2. Cousinot, 243. Le Baud, 470. Fr. 26049, n» 625; Fr. 4484, fos 36-39. 
Portef. Fontanieu, 115-116, au 12 octobre; Fr. 20417, n» 7; Fr. 23018, 
fos 469 v, 473. JJ 173, f" 203 v, et JJ 174, f" 43. G. Ménage, Hist. de Sablé, 
2» partie, publiée en 1845, au Mans, p. 41, 47, 48. K 62, n» 25»3. K, 62, 
n» 25»6. De Beaucourt, Charles VII, i. II, p. 24. 

3. Arch. de la Loire-Inférieure, cass. 11, E, n» 31, et registre Turnus 
Brutus, I, 91. 

4. Voir une lettre de Jean V à Philippe, en date du 15 septembre 
(Coll. de Bourgogne, 99, f" 229). 

5. Instructions données le 20 décembre 1426 à S. Deloye {Hist. de Bour- 
gogne, IV, p. Ixviij). 

6. Thibault de Thermes, Denis de Chailly et le bâtard de La Baume 
prirent cette place le 10 décembre 1426 (d'après le t. 100 de la collection 
de Bourgogne, p. 218, 221). Mailly-le-Château, arrondissement d'Auxerre. 

7. 11 se rendit peu après à Monlluçon, où les Etats de Languedoil étaient 



NÉGOCIATIONS AVEC PHILIPPE LE BON (1427) 429 

ture des trêves et apaiser Philippe le Bon, il se rendit à Moulins, 
ainsi que le comte de Glermont, son beau-frère *, pour négocier 
avec le conseil de Bourgogne et avec le maréchal de Toulongeon, 
pendant que, non loin de là, des conférences avaient lieu à 
Bourbon-Lancy 2, entre les envoyés de France et de Bourgogne 
{janvier 1427). Le comte de Glermont et le connétable s'adressè- 
rent directement à leur beau-frère, Philippe le Bon, et à ses en- 
voyés, car le conseil de Bourgogne aimait mieux traiter avec 
eux qu'avec les représentants de Charles VII, dont l'entourage 
ne leur inspirait aucune confiance. Les deux princes conjurèrent 
encore Philippe de ne pas différer davantage les négociations 
pour la paix; ils désavouèrent le bâtard de La Beaume et of- 
frirent au duc la restitution de Mailly. Enfin on conclut, à 
Bourbon-Lancy, des arrangements relatifs à la trêve, qui furent 
confirmés le 20 janvier 1427, à Montluel, par le duc de Sa- 
voie ^. 

Il est vraisemblable que la perte du sire de Giac fut décidée 
pendant ce voyage des deux beaux-frères à Moulins *. Le favori 
avait bien essayé de gagner le comte de Glermont en lui faisant 
donner le duché d'Auvergne, mais une semblable protection 
nétait-elle pas humiliante pour un prince de la famille royale, 
et pouvait-elle l'emporter sur les considérations que Richemont 
dut faire valoir auprès de son beau-frère? En tout cas, si le 
comte de Glermont ne voulut pas être l'auxiliaire du connétable 
contre le sire de Giac, il ne fit rien pour sauver ce favori, qui ne 
méritait d'ailleurs ni sympathie ni pitié ^. 

P. de Giac '^ avait la plus mauvaise réputation. Dix ans aupa- 
ravant, quand il était préposé, avec L. de Bosredon, à la garde 
d'Isabeau de Bavière, il s'était déjà signalé par une conduite 
scandaleuse. On n'ignorait point qu'il avait empoisonné sa pre- 



réunis (décembre 1426). Voy. le Cab. hist., t. 24, p. 63-66, et une lettre du 
connét. aux Lyonnais [Append. XL). On créa quatre grands commande- 
ments. Celui de l'Anjou fut donné au connétable, mais il paraît que cette 
organisation ne fut pas réalisée (de Beaucourt, II, 131 et note 4, et 
p. 648, 649). 

1. Richemont était à Moulins en janvier 1427, Il écrit de là aux Lyon- 
nais le 20 janvier. Voir Append. XXXIX. 

2. Arrondissement de Charolles. 

3. CoUect. de Bourgogne, t. 99, f» 233-235. Hist. de Bourgogne, IV, 118 et 
Preuves, p. Iviij-lx. De Beaucourt, II, 384-386. 

4. De Beaucourt, II. 132, note 2. 

.5. X»a 8604, fos 77, 78. P. 2298. f»» 453-459, 517, 593. J. 186, n" 86. Gruel, 
193. Vallet de V., I, 452, note 4. 

6. Fils de L. de Giac et de Jeanne du Peschin, et petit-fils de P. de Giac, 
chancelier de France (Anselme, VI, 343 ; X»» 9200, f» 192 v"). 

Richemont. 9 



130 LE SIRE DE GlAC 

raière femme, Jeanne de Naillac *, pour épouser Catherine de 
risle-Bouchard, veuve du comte de Tonnerre, Hugues de Ghâ- 
lons. Conseiller et chambellan de Jean sans Peur, il avait, ainsi 
que sa mère, joué un rôle équivoque dans les circonstances qui 
précédèrent le crime de Montereau ^. Devenu ensuite conseiller 
intime et premier chambellan du roi, qui tenait à Tavoir « conti- 
nuellement autour de sa personne, de jour et de nuit ' », parvenu 
au comble de la faveur, il montrait une insolence et une avidité 
sans bornes. Aux Etats de Mehun-sur-Yèvre (en décembre 1425), 
l'évêque de Poitiers, Hugues de Gombarel, ayant soutenu les 
députés qui se plaignaient, comme toujours, des gens de guerre,, 
le sire de Giac osa dire que, si on l'en croyait, on jetterait l'évê- 
que à la rivière, avec tous ceux qui étaient de son opinion. H dé- 
tournait à son profit une partie des sommes votées par les Etats. 
Tout en se faisant beaucoup d'ennemis à la cour, il avait eu 
l'adresse de mettre dans ses intérêts quelques grands seigneurs, 
comme le comte de Foix et son frère, le comte de Gomminges,. 
qui ne dédaignaient point ses services *. 

A la fin de janvier 1427, la cour était à Montluçon, où s'étaient 
réunis les Etats de Languedoil. Le sire de Giac ne pressentait pas 
encore le danger qui le menaçait. En l'absence du connétable, 
il fît rembourser au connétable de Foix la somme de 3 000 livres 
tournois que celui-ci disait avoir payée aux Anglais « des deniers 
de ses finances » (29 janvier 1427) et donner au comte de Gom- 
minges 2 OOOlivres tournois. Néanmoins, il ne semble pas que Jean 
et Mathieu de Foix aient fait de grands efforts pour sauver le sire 
de Giac. Hs étaient d'ailleurs surveillés par les comtes d'Arma- 
gnac et de Pardiac , dévoués au connétable , qui eut même 
l'adresse de conclure un traité d'alliance avec le comte de Foix 
(6 janvier 1427) ^ 

De Montluçon, le roi se rendit à Issoudun, où le connétable 
vint le rejoindre, après avoir terminé les affaires qui l'avaient 
appelé à Moulins. H revenait plus irrité que jamais contre le 
favori, qui s'opposait à la paix avec le duc de Bourgogne, dans 
la crainte de perdre sa situation. D'autres seigneurs avaient 

1. Fille de Guill. de Naillac et tante des femmes de P. Frotier et de. 
11. de Gaucourt (Xi^ 9200, f" 242). 

2. Arch. du min. des aff. étr., t. 21, fos 305, 306, 310. 

3. Pièces orig., t. 1320, dossier Giac, n" 31. 

4. Pièces orig., t. 1320, dossier Giac, no^ 31-36. Fr. 7858, f» 9. Cousinot, 
237, 238. Anselme, VI, 343 et 345. Biographie Didot, article Giac. J. 334, 
nos 41-45. De Beaucourt, II, 124-125, 128. 

5. Cabinet hist., t. 24, p. 164, 165. Fr. 20587, n» 33. Le c. de Foix retourna 
vers cette époque en Languedoc. Voy. Append., XLIII (Alliance entre lea 
c. de Richemont et de Foix). 



ENLÈVEMENT DU SIRE DE GIAC (1427, 8 FÉVRIER) 131 

aussi des griefs contre lui, notamment Georges de La Trémoille, 
qui, à la suite d'une querelle, avait dû, pour sa propre sûreté, 
quitter un instant la cour *, avec son frère utérin Charles d'Al- 
bret ^. Tous deux se montrèrent empressés à servir les projets 
du connétable, par intérêt et par vengeance. De plus, La Trémoille 
entretenait avec Catherine de ITsle-Bouchard des relations qui 
font supposer une certaine complicité de cette femme dans le 
complot tramé contre son mari ^. La reine de Sicile et la plu- 
part des seigneurs, moins les comtes de Clermont et de Foix, y 
entrèrent également. L'entreprise fut préparée en si grand 
secret que, malgré le retour du connétable, le roi et son favori 
n'avaient conçu aucun soupçon. 

Dans les premiers jours de février, tout fut prêt. Richemont 
avait hâte d'en finir, car les Anglais menaçaient toujours la Bre- 
tagne, et il avait d'autres soucis. La veille du jour fixé pour 
l'exécution du complot, il se fit remettre les clefs de la ville, 
sous prétexte qu'il voulait se rendre de très grand matin à Notre- 
Dame de Bourg-de-Déols *, et il recommanda qu'on l'avertît dès 
qu'il serait temps. Le lendemain, samedi, 8 février ^, avant l'aube, 
comme il était dans la chapelle, on vint le prévenir, au moment 
même où la messe allait commencer. Laissant là le prêtre tout 
seul, il alla rejoindre ses gens, qui l'attendaient avec les sires de 
la Trémoille et d'Albret et avec ses archers. A cette heure ma- 
tinale, tout reposait encore dans le château. Richemont s'avan- 
çait silencieusement avec sa petite troupe. Le sire de Giac était 
au lit, avec sa femme. Il fut réveillé par des coups violents qui 
ébranlaient la porte. « Qui est là, demanda-t-il? — Le connéta- 
ble. — Ah ! je suis un homme mort. » — « Sa femme se leva lors 



1. C'est ce que dit Cousinot (p. 238), mais une lettre du roi semble 
prouver que La Trémoille était revenu à la cour. En tout cas, un document 
de janvier 1427 (sans date de jour) montre que La Trémoille était alors 
au conseil avec les c. de Clermont, de Richemont, de Foix, de Comminges, 
de Vendôme, etc. Don du comté d'Évreux à J. Stuart (X'» 8604, f» 100). 

2. Charles II d'Albret était fils du connétable Charles I" d'Albret et de 
Marie de Sully, qui était aussi la mère de Georges et de Jean de La Tré- 
moille. Veuve de Guy de La Trémoille, elle avait ensuite épousé Charles I" 
d'Albret. Charles II d'Albret avait épousé une fille du connétable Ber- 
nard VII d'Armagnac et devint plus tard beau-père ide Richemont (Anselme, 
VI, 205, 210-213). 

3. Voy., dans la Revue des questions hist. (t. IX, 396-397), une curieuse 
lettre de Charles VII, relative à l'enlèvement de Giac et citée par M. de 
Beaucourt. La Trémoille passait pour avoir fait périr le sire de Giac afin 
d'épouser sa femme (Xia 9200, f» 192 v). 

4. Arrondissement de Châteauroux. 

5. M. de Beaucourt a fait connaître cette date d'une manière précise, 
d'après les registres de Tours {Hist. de Charles VII, t. II, 132, note 5). 



132 EXÉCUTION DU SIRE DE GIAC (1427, FÉVRIER) 

toute nue ' ; et ce fut pour sauver la vesselle », dit le chroni- 
queur *. Giac n'eut le temps de mettre que sa robe de nuit et ses 
bottes. Les gens de Richemont le saisirent, l'entraînèrent dans 
cet état, puis, l'ayant fait monter sur une petite haquenée, l'em- 
menèrent à la porte de la ville '. 

Cependant tout ce bruit avait jeté l'alarme dans le château, et 
le roi apprit bien vite ce qui s'était passé. Il se leva aussitôt et 
envoya les gens de sa garde à la porte ; mais le connétable leur 
commanda de s'en aller, en disant « que ce qu'il faisoit estoit pour 
le bien du roi » ; et ils obéirent. En même temps parurent Alain 
Giron, Robert de Montauban et beaucoup d'autres serviteurs de 
Richemont, qui s'étaient tenus jusque-là en embuscade, avec 
cent lances, près de la porte. Le connétable se rendit à Bourges 
avec le sire de La Trémoille ; mais il envoya son prisonnier à 
Dun-le-Roi *, qui appartenait à la duchesse de Guyenne, et char- 
gea le bailli de cette ville de lui faire son procès. On accusa Giac 
d'avoir détourné l'argent du trésor et d'avoir fait mourir sa pre- 
mière femme. Il avoua tous les crimes qu'on lui imputait, a II 
confessa tant de maux que ce fut merveilles, entre lesquels la 
mort de sa femme toute grosse et le fruit dedans. Et oultre, con- 
fessa qu'il avoit donné au diable l'une de ses mains, afin de le 
faire venir à ses intentions. Quand il fut jugé, il requéroit pour 
Dieu, qu'on luy couppast la dicte main, avant le faire mourir. Et 
offroit à Mgr le connestable, s'il luy plaisoit de luy sauver la 
vie, de lui bailler comptant 100 000 escus, et lui bailler sa femme, 
ses enfants et ses places à ostages, de jamais n'approcher du roi 
de vingt lieues ^. » Richemont fut inexorable. Rien ne lui était 
plus odieux que la sorcellerie et les sorciers. Il répondit qu'il ne 
laisserait pas aller le sire de Giac, pour tout l'or du monde, 
puisqu'il avait mérité la mort, et il envoya un bourreau de Bourges 
pour le faire exécuter. Giac fut jeté dans l'Auron et noyé. Son 
corps fut retiré de l'eau et remis à quelques-uns de ses gens, 
qui l'inhumèrent ^. 

Cet acte audacieux avait causé au roi la plus vive indignation. 
La reine de Sicile et les autres amis de Richemont employèrent 
tous leurs efforts à calmer le courroux du prince, en lui repré- 



1. Vallet de V., t. I, 4o3, note 1, fait remarquer qu'au xv» siècle on 
couchait nu. Cette note est confirmée par le registre JJ 176, f" 296. 

2. Gruel, 193. Fr. 3037, f» 55. 

3. Gruel, 193. Berry, 374. 

4. Arrondissement de Saint-Amand-Mont-Rond. 

5. Gruel, 193. 

6. Voy. Gruel, 193. Cousinot, 239. Berry, 374. J. Chartier, I, 22, 23, 54. Ce 
fait est placé d'une manière inexacte en 1426 par D. Morice (I, 499). 



RICHEMOIST APAISE LE COURROUX DU ROI 433 

sentant combien le sire de Giac était coupable, combien il était 
indigne de sa confiance, et nuisible à ses intérêts et à ceux de 
l'Etat. En même temps, le connétable cherchait un appui dans 
l'opinion publique, comme à l'époque de sa lutte contre Louvet. 
Le 11 février (1427), il écrivait de Bourges, « à ses très chers et 
bons amis » les habitants de Lyon, que, pour mettre fin au 
mauvais gouvernement qui était auprès du roi, « il avait débouté 
à toujours de sa compaignie » le sire de Giac, à cause de ses 
trahisons et pour le bien du ro3'aume. Il les priait d'écrire au 
roi, afin qu'il ôlât de son cœur tout courroux et qu'il lui plût 
ft mettre autour de lui notables gens preudommes » ; enfin il leur 
demandait aide et bon conseil. Il écrivit aussi aux habitants de 
Tours*. 

Tout en recherchant ainsi l'appui des bonnes villes, Riche- 
mont ne faisait rien pour se rendre populaire aux dépens des 
intérêts publics. Il exigeait d'une façon parfois menaçante les 
sommes qui lui étaient assignées pour les dépenses de la guerre, 
quand le payement en était trop difl^éré, comme il arrivait trop 
souvent. Au moment même où il demandait ainsi à ses très 
chers amis les habitants de Lyon leurs bons offices, il les me- 
naçait de s'en prendre au premier d'entre eux qu'il trouverait, 
s'ils ne lui payaient pas 3300 francs qu'ils lui devaient encore. 
Comme les Lyonnais se plaignaient du ton menaçant de cette 
lettre et supposaient que le connétable l'avait signée sans la 
lire, Richemont leur répondit qu'il en connaissait parfaitement 
le contenu et qu'il avait le droit d'agir comme il l'avait dit. Il 
ne demandait pas mieux d'ailleurs que de s'entendre avec les 
habitants de Lyon ^, et il les priait encore d'écrire au roi rela- 
tivement à l'exécution du sire de Giac, quoique, « Dieu merci, 
dit-il, il est bien apaisé, et bien content de nous. » Bien content 
de lui après une pareille humiliation ! Ce trait de légèreté in- 
croyable est également attesté par l'historiographe Jean Ghar- 
tier '. Il est vrai que Charles VII avait déjà un nouveau favori, 
Camus de Beaulieu, qui lui faisait oublier le sire de Giac et qui 
ne valait pas mieux que lui *. Ainsi réconcilié avec le roi, le 

1. Revue du Lyonnais, t. 19, p. 335-337. De Beaucourt, II, 135, note 1. 

2. Un arrangement, conclu à cette époque (mars-avril) avec la ville de 
Lyon, prouve que, si le connétable était ferme, il était loin d'être intrai- 
table. (De Beaucourt, t. II, 138, note 6, et Appendices XXXVII, XLI.) 

3. Revue du Lyonnais, p. 337-343. J. Ghartier, I, 54. « De la mort duquel 
le roy fut fort courrouché et doUent; mais, après ce qu'il cuit esté informé 
du fait du dit Giac, fut content dudit connestable. • 

4. G. de La Tréraoille ne fut pas moins satisfait que le roi, car la veuve 
de Giac lui donna ses bijoux, le suivit au château de Gençay et l'épousa 
cinq mois après la mort tragique de son premier mari ; et ils eurent plusieurs 



134 BEDFORD REVIENT EN FRANCE (1427) 

connétable mit auprès de lui L. de Chalançon, qui remplaça 
P. de Giac comme premier chambellan *, puis il quitta la 
cour, pour s'occuper de défendre Pontorson, assiégé par les 
Anglais. 

Le duc de Bedford, après avoir rétabli l'ordre en Angleterre, 
était revenu en France, au commencement de 1427. Main- 
tenant qu'il avait mis fin à la querelle entre Glocester et 
Philippe le Bon, il voulait regagner le duc de Bretagne, pour 
accabler Charles VII, réduit à ses seules forces ^. La soumission 
de la Bretagne était donc la première partie du plan qui devait 
bientôt conduire les Anglais sur la Loire, devant Orléans. C'est 
là ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour comprendre l'impor- 
tance des événements qui vont s'accomplir. Il y a peut-être 
quelque exagération à dire, comme les écrivains anglais, que les 
querelles de Glocester avec le duc de Bourgogne puis avec 
l'évêque de Winchester, avaient sauvé deux fois la France ^ ; mais 
il est certain que l'absence de Bedford lui avait laissé un moment 
de répit et que son retour allait rendre la situation bien plus 
périlleuse. Le régent savait à la fois négocier et .combattre. 
C'est ainsi qu'il agit avec Jean V, dont l'attachement à l'alliance 
française était déjà fort ébranlé. 

Revenu d'Angleterre, avec des renforts considérables et une 
puissante artillerie, Bedford chargea aussitôt le comte de War- 
wick d'aller assiéger Pontorson. Il mit sous ses ordres 600 hommes 
d'armes et 1800 archers, commandés par d'excellents capitaines, 
Fastolf, Talbot, Th. de Scales, G. Glasdall, Th. Rampston, 
Th. Bourgh;il lui fournit toutes les munitions, tous les engins 
nécessaires pour un siège * ; il ordonna que les garnisons anglaises 
des places voisines lui envoyassent des secours en cas de besoin ; 
enfin il obtint des villes de Normandie un don de 50,000 livres tour* 
nois pour subvenir aux frais de l'entreprise. Tous ces préparatifs 

beaux enfants, dit le chroniqueur (Cousinot, p. 239). Dès le mois de jan- 
vier 1434, L. de Giac intenta un procès criminel à Georges de La Trémoille, 
qu'il accusait de la mort de son père. Ce procès durait encore en 1U8 
(voy. Xia 9200, f 192 v, au 12 janvier 1433 v. st., et X^» 24, aux lundi 
20 décembre, jeudi 27 janvier 1445 a. st., lundi 2 mai 1446, puis en 1447 
et 1448, notamment aux jeudi 27 juin, lundi o août 1448, etc.). 

1. Voir Append. XLIV. L. de Chalançon était, dès 1420, conseiller et 
chambellan du régent Charles (Ptèee* orig., 647, dossier 15244 [Chalançon], 
fo 19). 

2. J. Stevenson, I, Préface, p. Ixj, dit que Bedford revint en avril, mais 
on trouve dans le Als. fr. 25768, n" 227, un ordre du régent daté de Paris, 
7 janvier. D'après D. Morice, il déclara la guerre au duc de Bretagne le 
15 janvier. 

3.[J._Stevenson, I, Préface, p. xxx, xlvij, Ix. 
4. Voy. Append. XLV. 



IL ORDONNE LE SIÈGE DE PONTORSON (1427) 435 

prouvent assez que le régent attachait la plus grande importance 
à cette opération militaire, qui fut certainement une des plus 
considérables de l'année 1427 *. 

La garnison que le connétable avait laissée dans Pontorson 
était composée de Bretons et d'Ecossais, qui ne vivaient pas 
dans la meilleure intelligence. Autre malheur, le sire de Ros- 
trenen, capitaine de la ville, avait été battu et pris, avec bon 
nombre des siens, dans une course sur Avranches *. Il avait été 
remplacé par Bertrand de Dinan, sire de Châteaubriant, que son 
frère, le maréchal de Bretagne, et beaucoup d'autres chevaliers 
bretons dévoués au comte de Richemont, vinrent seconder, 
malgré la répugnance de Jean V. Pontorson ne pouvait résister 
longtemps qu'à condition d'être secourue. Le connétable tenait 
à conserver cette place. C'était sa première conquête ; elle lui 
rappelait le souvenir et l'exemple de l'illustre Du Guesclin, qui en 
avait été capitaine en 1357, vers le début de sa glorieuse car- 
rière *. Le duc de Bretagne y tenait beaucoup moins, soit qu'elle 
lui parût trop difficile à défendre, comme il le disait, soit qu'il 
fût déjà décidé à ne point continuer la guerre. 

Après avoir vainement demandé l'appui de Philippe le Bon, 
le duc Jean V reculait devant la lutte redoutable dont Bed- 
ford menaçait la Bretagne. Il faut avouer que ses craintes 
étaient légitimes et que l'alliance de Charles VII ne pouvait alors 
inspirer qu'une conflance médiocre. L'échec de Saint-James-de- 
Beuvron était trop récent pour que les exhortations et les pro- 
messes du connétable lui-même pussent l'emporter sur les con- 
seils de la prudence. Dans ces dispositions d'esprit, le duc de 
Bretagne mit une mauvaise volonté manifeste à défendre Pon- 
torson. Sous prétexte que la place n'était pas tenable, il voulait 
qu'on l'abandonnât; mais les sires de Châteaubriant et de Beau- 
manoir, qui l'avaient fortifiée de leur mieux, s'obstinèrent géné- 
reusement, avec beaucoup d'autres Bretons, « à la tenir et 
garder pour le conte de Richemont, connestable de France ». 
Après avoir délibéré sur le parti à prendre, ces braves gens 
convinrent qu'ils résisteraient jusqu'à la dernière extrémité, et 
ils invitèrent tous ceux qui ne voudraient pas rester avec eux à 
quitter la ville avant qu'elle fût assiégée. Jean Ouschard, capi- 
taine des Ecossais, partit aussitôt, avec une nombreuse compagnie. 



1. Fr. 26049, n»» 689, 690. Stevenson, Préface, p. hj. Portef. Fontanieu, 
410-116, au 6 janvier. K 62, n" 32. Fr. 25768, n" 227. 

2. Gruel, 194. Cousinot, 253. 

3. Portef. Fontanieu, 115-116, au 6 janvier 1427. S. Luce, Hist. de du 
Guesclin, 1, 248, 522. 



136 WARWICK ASSIÈGE PONTORSON (14:27, FÉVRIER) 

Cette défection n'affaiblit pas le courage des Bretons; ils atten- 
dirent résolument l'ennemi '. 

Le comte de Warwick vint mettre le siège devant Pontorson 
vers la fin de février 1427 *. Ni le nombre des assiégeants, ni la 
renommée de leurs capitaines, ni l'artillerie formidable qu'ils 
tournèrent contre la place, n'intimidèrent la vaillante garnison. 
Elle fit des sorties et repoussa plusieurs assauts, dans lesquels 
les Anglais perdirent beaucoup de monde. Elle espérait être 
bientôt secourue, sinon par le duc de Bretagne, du moins par le 
connétable. Richemont s'était rendu en Bretagne, avec J. Stuart, 
le maréchal de Boussac, plusieurs autres capitaines français et 
bon nombre de gens d'armes '. Il voulait obtenir de son frère 
d'autres troupes et aller au secours de Pontorson. Le duc était à 
Dinan, où il avait appelé toute la noblesse de Bretagne, ban et 
arrière-ban, comme s'il avait eu l'intention de combattre. Une 
armée se trouva réunie dans la lande de Vaucouleur, où elle 
fut passée en revue, puis Jean V en congédia la plus grande 
partie, sous prétexte que Pontorson était trop peu de chose 
pour qu'il aventurât ainsi sa noblesse. Beaucoup de seigneurs 
bretons ne demandaient qu'à marcher au secours de leurs com- 
patriotes, et nul doute qu'ils eussent suivi avec ardeur le conné- 
table, s'il avait voulu les mener contre les Anglais. 

Pourquoi donc n'agissait-il pas avec résolution? Sans doute il 
craignait de mécontenter son frère, et il n'avait pas confiance 
dans ces troupes indisciplinées qui l'avaient si mal secondé 
l'année précédente; mais un nouvel échec était-il moins préju- 
diciable à ses intérêts et à son honneur que celte inaction inex- 
plicable? En conserverait-il mieux Talliance de la Bretagne, et 
n'avait-il pas le devoir de secourir ceux qui se dévouaient pour 
lui? Au contraire, un succès, même léger, pouvait relever l'in- 
fluence du parti français, empêcher la défection de Jean V et 
donner plus d'autorité au connétable. La courageuse résistance 
des défenseurs de Pontorson fait supposer que leurs efforts, 
joints à ceux d'une armée de secours, auraient mis les assié- 
geants dans une situation critique. 

Le comte de Warwick, instruit du rassemblement de troupes 



1. Gruel, 194. Cousinot, 233. Le Baud, 472. D'Argentré, 773. 

2. Le 27 février, d'après Gruel et D. Morice, et non le H janvier. Voir 
aussi la Chron. du Mont Saint-Michel, publiée par S. Luce, I, p. 29, 
note 1, et p. 256, note 1. 

3. Il semblerait même qu'on leva le ban et l'arrière-ban pour Xa. journée 
de Pontorson, « par vertu de certain mandement général par nous fait que 
tous nobles et autres, suivans la guerre, alassent à la journée qui devoit 
estre à Pontorson, » lit-on dans des lettres royaux (X?» 9193, f° 276). 



CAPITULATION DE POiNTORSON (1427) 137 

qui se faisait dans le voisinage, n'était point rassuré. II s'atten- 
dait à être attaqué par le duc de Bretagne, par le connétable, 
par le roi de France lui-même. Le 17 et le 19 mars, il écrivait 
précipitamment à J. Salvain, bailli de Rouen, pour lui or- 
donner d'envoyer, sans aucun retard, tous les soldats qu'il 
pourrait trouver dans le pays *. Les craintes de Warwick ne se 
réalisèrent pas. Th. de Scales, capitaine de Saint-James-de- 
Beuvron, eut tout le temps de réunir à Avranches des troupes 
pour couvrir le siège, et il devint plus difficile de secourir Pon- 
torson. Cependant cette ville, qui, selon le duc de Betagne, ne 
valait pas la peine d'être défendue, résistait toujours, et la gar- 
nison ne perdait pas espoir. Un baron normand, Jean de La 
Haye, seigneur de Coulonces-, qui s'était déjà distingué à Saint- 
James-de-Beuvron, alla chercher des renforts en Bretagne, pour 
tendre une embuscade aux Anglais d'Avranches, qui devaient 
amener des vivres à l'armée de Warwick. Cette année-là, les 
vivres étaient fort chers ' et les assiégés commençaient à en 
manquer. Le connétable leur envoya d'Angers et de Nantes quel- 
ques troupes, avec 1000 1. t. que leur porta Guill. Vendel, son 
maître d'hôtel, mais ce n'était là qu'un secours bien insuffisant 
et ils furent obligés de demander d'autres ressources à leur 
propre courage. 

Le jeudi saint, 17 avril, le baron de Coulonces, avec ses com- 
pagnons, attaqua Th. de Scales, dans un lieu appelé les Bas- 
Courtils, entre Pontorson et Avranches, sur les grèves du mont 
Saint-Michel. Il fut vaincu et tué. Les seigneurs de La Hunau- 
daye, de Ghâteaugiron périrent aussi; beaucoup d'autres furent 
pris, comme le vicomte de Bellière et Jean Gruel *. Th. de Scales 
alla ensuite rejoindre Warwick. Malgré ce désastre, les assiégés 
tinrent encore plus de trois semaines et ne cédèrent qu'à la 
famine, quand ils eurent perdu tout espoir d'être secourus. 
Lo 8 mai, ils sortirent honorablement, avec leurs bagages, de 
cette ville, qu'ils avaient si bien défendue. « C'étaient à la vérité 
de vaillants et résolus soldats, qui dussent bien avoir été nommés 
par leurs noms et surnoms, pour être représentés à la mémoire 
de la postérité pour le grand devoir qu'ils firent*. » Il est certain 

1. Fr. 23189, f»» 10 et 40. Les deux lettres sont dans Stevenson, t. II, 
68, 71-73. — Voir aussi Fr. 20587, n» 9. 

2. Voy. Append., XLVI. 

3. JJ 174, f^ 31. 

4. Voir la Chronique du Mont Saint-Michel, publiée par Siméon Luce 
(Société des anciens textes), t. I, p. 29, 257-264, JJ 174, f'> 145, n» 338.Mon8- 
trelet, IV, 288. 

5. D'Argentré, 774. Sur le siège de Pontorson, voy. Gruel, 194; Cousinot, 
p. 253; Le Baud, p. 472-73; d'Argentré, p. 774; J. Chartier, I, 60. Fr. 20684, 



138 ACTIVITÉ DE BEDFORD (1427) 

que Richemont avait réuni des troupes à Angers pour secourir 
Pontorson \ et il est difficile de comprendre pourquoi il ne les 
conduisit pas lui-même contre les ennemis. Le cas en valait la 
peine. Sans doute il n'aurait pas été secondé par son frère 
Jean V, mais il n'en allait pas moins perdre entièrement son 
appui. D'autre part, après Saint-James-de-Beuvron, ce nouvel 
échec n'était guère propre à relever son prestige. Il eût donc 
mieux valu, pour lui, montrer dans cette circonstance l'audace 
dont il fit preuve en d'autres cas. 

Il n'avait pas attendu la fin du siège de Pontorson pour revenir 
à la cour, où l'appelaient d'ailleurs les devoirs de sa charge. Il est 
juste de reconnaître que la direction de la guerre n'avait jamais 
été aussi difficile, depuis qu'il avait pris l'épée de connétable. 
L'impulsion de Bedford se faisait partout sentir. Il avait donné 
au comte de Salisbury les biens qui, en dehors de la Bretagne, 
appartenaient à Jean V ^ ; il faisait lever en Normandie et dans 
les autres pays soumis 180,000 livres tournois pour acheter des 
canons, des munitions de guerre, pour payer 1200 lances, avec 
les archers destinés à la conquête du Maine et de l'Anjou 
(4 mai) ^; il nommait le comte de SufFolk capitaine général dans 
le Vendômois, le pays Chartrain, la Beauce et le Gâtinais, avec 
ordre de combattre partout les Français ; il voulait prendre Ven- 
dôme et Montargis, afin de s'ouvrir le chemin de la Loire et de 
préparer le siège d'Orléans *. 

Le connétable avait fort à faire pour tenir tête à un ennemi 
aussi actif. Il semble, d'après un document anglais, qu'il fit, de 
son côté, les plus louables efforts. Dans les lettres par lesquelles 
Henri VI nomme Suffolk capitaine général pour le fait de la 
guerre dans le Vendômois, la Beauce, le pays Chartrain et le 
Gâtinais, on lit que les Français occupent plusieurs villes et châ- 
teaux de ces pays, « où ils se multiplient et se mettent sus en 
puissance de jour en jour » (20 mai 1427) ^. D'autres documents 



f» 549. Fr. 25767, n»s i97, 199, 211, 216, 217. Fr. 25768, n°' 219, 223, 225, 227, 
232. Fr. 26049, nos 555, 687, 689-699, 709, 712, 715, 718, 719. Fr. 26050, n»» 740, 
746, 749. Fr. 26274, n°^ 103, 104. JJ 174, f» 7 v». Clairamb., t. 11, f" 683. 
Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. H65-H66, 1206. Clwon. du Mont Saint- 
Michel, 253-258. A celte époque, des marins bretons avaient menacé les 
côtes du Devonshire (Moreau, 705, ou Bréquigny, 81, f"' 50, 53). 

1. Au mois d'avril, il avait réuni à Angers, pour le secours de Pontor- 
son, des troupes écossaises, castillanes, françaises, qui reçurent même 
leur solde. P. Bessonneau devait conduire l'artillerie (Fr. 20684, f- 549). 

2. JJ 173, f" 316 (28 avril). 

3. Fr. 26049, n" 712. 

4. Fr. 26049, n° 724. 

5. Fr. 26049, no 724. 



RICHEMONT RÉSISTE AUX ANGLAIS (1427) 139 

de même provenance nous apprennent qu'il y avait eu à Rouen 
une nouvelle conspiration contre les Anglais et qu'un bourgeois, 
nommé J. Aubert, avait essayé, avec ses complices, de livrer 
cette ville aux Français, pendant la semaine sainte *. Si l'on consi- 
dère que des troupes de Charles VII avaient paru, à cette même 
époque, dans le voisinage d'Evreux, on peut supposer qu'elles 
étaient plutôt destinées à favoriser la tentative de J. Aubert 
qu'à secourir Pontorson, La guerre, dont nous ignorons les 
détails, se fit aussi dans la Normandie, l'Ile-de-France, le 
Maine, l'Anjou, partout, en un mot, où Charles VII avait encore 
des partisans *, et, si l'attaque fut impétueuse, la résistance fut 
certainement très vive. La ville de Rambouillet, dont les murs 
avaient été détruits, fut occupée et remise en état de défense; 
Laval et Montargis furent munis de vivres et de troupes avec une 
«âge prévoyance, et, s'il est regrettable que Richemont n'ait pas 
fait plus d'efforts, pour délivrer Pontorson, il faut bien recon- 
naître qu'il avait d'autres soucis et d'autres devoirs, auxquels il 
ne faillit point '. 

Les forces du Midi devaient aussi concourir à la défense des 
provinces du Nord, sous le commandement du comte de Foix, qui 
aimait mieux rester auprès de Charles VII que d'aller combattre 
les Anglais dans son gouvernement de Guyenne et Languedoc. 

Il eût peut-être mieux valu faire une diversion de ce côté que 
de payer fort cher l'inaction des Anglais et l'évacuation de quel- 
ques places; mais le comte de Foix et le comte de Coraminges, 
son frère, trouvaient sans doute leur avantage à ne point s'éloi- 
gner de la cour '% car il était facile d'obtenir les faveurs du roi, 
quand on savait lui plaire. Maintenant c'était Camus de Vernet % 

1. Ms. Fr. 26049, n» 731. — J. Aubert, avec ses complices, s'enfuit à 
Bruges et les magistrats de cette ville refusèrent de les livrer à J. Pigache, 
sergent de Henri VI (n" 731). 

2. Dans la Champagne et le Soissonnais, par exemple (voy. Stevenson,!, 
p. 23). On voit dans JJ 174, f» 43, que Henri VI donna le 4 février 1428, à 
J. Talbot, les terres qui appartenaient à Rob. StalTord, écuyer, capitaine 
des ville et château de La Ferté-Bernard, parce que, peu auparavant, celui- 
■ci avait laissé prendre ladite ville et le château. Une autre pièce, du 8 mai 
4427, mentionne « latrayson den'enièrement faicte et conspirée de la prinse 
de Pethiviers » par les Français (JJ 174, f" 63, n» loi). Cette ville avait été 
livrée aux Anglais auparavant, et G. de La Trémoilie n'aurait pas été étran- 
ger à cette trahison, d'après Cousinot, p. 201. 

3. Fr. 26050, n" 771. Fr. 20684, f- 546. 

4. Fr. 20587, n" 33, 34. Fr. 25767, n"» 194, 196, 204-210. Fr. 23768, 
n" 221, 222, 234-237, 244. Fr. 26049, n" 680, 686. Fr. 26030, n" 732, 733, 
733, 737. Portef. Fontanieu, 113-116, aux 19 et 29 janvier, 18 aoi^t, 13 sep- 
tembre 1427. K 62, n» 33. 

5. « Sachent tuit que je, Camus de Vernet, dit de Beaulieu, escuier des- 
«uierie du roi • etc., avec signature (Pièces orig., dossier Vernet, n» 2). Voir 



140 ASSASSINAT DE BEAULIEU (1427, JUIN) 

dit de Beaulieu, simple écuyer commandant une compagnie de 
la garde du corps, qui tenait le premier rang dans ses bonnes 
grâces. Il était parvenu, bien mieux que L. de Chalançon, à 
remplacer le sire de Giac et « faisait encore pis * ». Tous ceux 
dont il craignait l'influence, il les écartait du roi, sans en excepter 
le connétable, auquel il devait sa situation *. 

La reine de Sicile et les principaux seigneurs, mécontents de 
ce nouveau favori, portèrent leurs plaintes à Richemont, qui 
n'était pas d'humeur à tolérer longtemps l'outrecuidance d'un 
si mince personnage. Jean de Brosse, seigneur de Boussac et de 
Sainte-Sévère, qui avait peut-être des griefs personnels contre le 
favori, se chargea de le faire disparaître. Pour cela, il s'entendit 
avec un gentilhomme appelé Jean de La Granche, ami intimé de 
de Beaulieu '. La cour se trouvait alors à Poitiers (juin). Un 
jour que Camus de Vernet et Jean de La Granche se promenaient 
seuls sur les bords du Glain, dans une prairie voisine du châ- 
teau, survinrent cinq à six compagnons apostés près de là par 
Boussac, Le roi, qui regardait par une fenêtre, vit alors une 
scène horrible. Les assassins frappaient à grands coups d'épée 
le malheureux Beaulieu, qui tomba la tête fendue ; ensuite, ils lui 
coupèrent une main, comme on avait fait au sire de Giac, et, 
quand ils se furent assurés que leur victime avait cessé de vivre, 
ils prirent la fuite. Le roi, saisi d'horreur, sut bientôt que c'était 
son favori qu'on venait de tuer si audacieusement sous ses yeux, 
quand il vit Jean de la Granche ramener au château le mulet de 
son compagnon. Il ordonna qu'on poursuivît les assassins, pour 
les livrer à la justice; ses gardes montèrent à cheval, fouillèrent 
les environs, mais on ne put découvrir ceux qui avaient fait le 
coup * (fin de juin 1427). Les chroniqueurs du xv" siècle racon- 

aussi Pièces orig., t. 553, dossier Beaulieu. Camus était alors capitaine de 
Poitiers, premier écuyer et grand maître de l'écurie (Anselme, VIII, 488; 
Gruel, 194; Cousinot, 247, 248). 

1. Gruel, 194. 

2. J. Chartier, I, 23. 

3. 11 est à remarquer que ni Cousinot, p. 200, 247, 248, ni Gruel ne 
mettent en cause le connétable dans l'assassinat de Beaulieu. Peut-être 
Boussac avait-il à se plaindre personnellement de Beaulieu. — J. Chartier 
dit que Beaulieu fut tué par des gens du connétable, sans ajouter d'autres 
détails. D'Argentré, Le Baud, D. Morice attribuent l'initiative au conné- 
table. D'Argcntré ajoute cette réflexion : « tant faisoit mal s'attaquer là. » 

4. Gruel, 194. Cousinot, 200, 248. J. Chartier, I, 54, III, 189. Le lundi 
7 juillet 1427, le Parlement, après informations, ordonna de k prendre aux 
corps, en lieu sainct et dehors, un appelle Baugiz, cappitaine de Roche- 
corbon, un autre appelle Le Borgne et un antre appelle Loys Mignot, les- 
quelx, par lesdictes informacions, la court a trouvé chargez de la dicte 
mort (de feu Jehan Le Vernet, dit le Camus de Beaulieu) [X2a21, f° 76 v«]. 



G. DE LA TRÉMOILLE (1427) 441 

tent ou mentionnent brièvement ce crime, qu'ils attribuent plutôt 
à Boussac qu'à Richemont, et cela sans aucun blâme, comme s'il 
s'agissait du fait le plus simple et le plus naturel. Il est probable 
qu'à cette époque l'assassinat de Beaulieu n'excita pas la répro- 
bation que soulèverait aujourd'hui un acte pareil ; mais on peut 
dire que, si le connétable en avait ordonné plusieurs autres de ce 
genre, il aurait moins mérité le surnom de justicier que celui 
de bourreau *. 

Richemont eut alors l'idée malheureuse de remplacer Camus 
de Vernet par Georges de La Trémoille, qui l'avait si bien secondé 
dans sa lutte contre P. de Giac. 

Georges de La Trémoille ^, comte de Guines, de Boulogne et 
d'Auvergne, baron de Sully, de Graon, de Saint-Hermine, de 
l'Isle-Bouchard, était un riche et puissant seigneur; mais jusque- 
là son rôle n'avait pas été à la hauteur de sa fortune et de son 
ambition. Attaché d'abord au parti bourguignon, premier cham- 
bellan de Jean sans Peur, en 1407, il avait ensuite embrassé le parti 
armagnac et avait été, comme Richemont, un des familiers du 
vieux duc de Berry et du Dauphin, duc de Guyenne. Il avait su 
plaire à la duchesse de Berry, comme Artur de Bretagne à la 
duchesse de Guyenne. Pris aussi à la bataille d'Azincourt, il 
n'avait pas tardé à se racheter, et, peu après la mort du duc de 
Berry, il avait épousé (16 novembre 1416) sa veuve, Jeanne, 
comtesse de Boulogne et d'Auvergne ', qui était morte sans en- 
fants (1422), en lui laissant l'usufruit de ses domaines. 

A ce moment même (2 juillet 1427), il se remariait avec la 
veuve de Giac, Catherine, dame de l'Isle-Bouchard, de Roche- 
fort-sur-Loire, de Doué, de Gençay *. G. de La Trémoille était un 



1. Beaulieu fut assassiné vers la fin de juin 1427. Vallet de V. (t. I, 455, 
note 1) dit que le bâton de maréchal fut, e« 14^7 pour Sainte-Sévère 
(Boussac) le prix de cette mission, et il renvoie à Cousinot, ch. 221. Or, 
dans son édition de Cousinot (p. 200, note 5), Vallet de V. dit que Sainte- 
Sévère fut maréchal de France le H juillet 143i6. La Thaumassière {Hist. 
du Berry, 654-655) donne la même date du 17 juillet 1426, ainsi que le 
P. Anselme (VII, 71). M. de Beaucourt donne aussi la date de juillet 1426, 
dans son Hist. de Charles VU, t. II, 568. 

2. Né vers 1385, fils de Guy VI de La Trémoille (-f 1398) et de Marie de 
Sully. Il avait environ quarante ans en 1427 (Anselme, IV, 164; VI, 345; 
Riog. Didot, article La Trémoille, t. 29). Il est à remarquer qu'il signe 
toujours George de La Tremoylle, tout au long (voy. Clairamb., t. 204 et 205). 

3. Il l'avait traitée si durement qu'elle fut obligée de le quitter (X*" 9200, 
f* 385 V» ; voir aussi X»» 9197, f 192 v), 

4. Anselme dit, par inadvertance (t. IV, 164), le 2 juillet 1425, au lieu 
de 1427. On a vu que Giac fut exécuté en février 1427. Des lettres de 
rémission sont accordées le 9 septembre 1427, par Henri VI, à Anne, 
femme de Jean Hoste, bourgeois de Bruges, âgée d'environ vingt et 



142 FAVEUR DE G. DE LA TUÉMOILLE (1427) 

des conseillers du roi. Son frère, Jean de La Trémoille, seigneur 
de Jouvelle, avait auprès de Philippe le Bon, dont il était le pre- 
mier maître dhôtel, un crédit que le connétable espérait peut- 
être utiliser. Il l'avait déjà chargé d'une mission diplomatique 
auprès de Philippe le Bon •. Habile, audacieux, cprrompu, G. de 
La Trémoille pouvait être un auxiliaire précieux, mais aussi un 
ennemi redoutable. Richemont devait le connaître assez ^ pour- 
savoir qu'il ne trouverait pas en lui un de ces conseillers sages et 
honnêtes dont il aurait voulu, disait-il, entourer le roi; mais il 
croyait sans doute qu'en maintenant La Trémoille sous sa direc- 
tion, il tirerait parti de ses relations et de ses talents. En tout 
cas, on ne peut supposer qu'il ait fait un choix aussi important 
sans avoir consulté la reine de Sicile, et il est certain qu'ils ne 
soupçonnaient ni l'un ni l'autre la dangereuse ambition de leur 
protégé ^. 

Quant à Charles VII, il avait, mieux que personne, deviné le 
véritable caractère de La Trémoille, et il éprouvait peut-être quel- 
que répugnance à recevoir dans son intimité celui qui avait 
conspiré la perte du sire de Giac * ; mais « le connestable luy dist 
que c'estoit un homme puissant et qui le pourroit bien servir. Et 
le Roy luy dist : Beau cousin, vous me le baillez, mais vous en 
repentirez, car je le congnois mieux que vous ^ » Richemont eut 
tort de ne pas croire à cet avertissement, et la prédiction du roi 
se réalisa bientôt. C'est ainsi que, par la volonté du connétable, 
G. de La Trémoille devint le favori de Charles VIL II en profita 
pour devenir le maître de la France ^. 

uu ans, qui s'est enfuie de Bruges, le lendemain de la Pentecôte 1426, 
avec Georges de La Trémoille, et qui est encore en sa compagnie, mais 
qui demande à revenir en Flandre (JJ 174, f 22). La Trémoille, arrêté le 
30 décembre 1423, par Perrinet Grasset, capitaine de La Charité, puis relâ- 
ché, moyennant rançon, était allé à Bruges trouver le duc de Bourgogne 
(de Beaucourt, t. II, 128, 373, 373; Collect. de Bourgogne, t. 100, f» 213; Con- 
saux de Tournay, II, 196, 203, 204). Voy. ci-dessus, p. 113 et note 4, 

1. C'est en parlant pour cette mission qu'il avait été arrêté. 

2. Il avait dû connaître, avant la bataille d'Azincourt, La Trémoille, qui 
était aussi un des familiers des ducs de Berry et de Guyenne. Une lettre 
du connétable prouve qu'en 1427 il était dans les meilleurs termes avec 
La Trémoille (voir ^p/jend., XLVU). 

3. Redet, Catalogue de D. Fonteneau, 1839, in-8, p. 323. Arch. des aff. 
étrangères, t. 21, France, f" 76 v et s.uiv. Fr. 2140a, f" 33. Bib. de l'Ecole 
des chartes, t. XXXIII, 1872, p. 30. 

4. Toutefois La Trémoille, homme de plaisir et qui était un des fami- 
liers du roi, avant sa brouille avec le sire de Giac, ne devait pas être anti- 
pathique à Charles VII, qui lui pardonna facilement. Dès le mois de mai 
G. de La Trémoille était revenu à la cour. 

5. Gruel, 194. 

6. « En 1427 entra en court le sire de La Trémoille et de Sulli, qui, en 



LA TRÉMOILLE ATTAQUE RICHEMONT (1427) 143 

Il ne tarda pas à exercer l'empire le plus absolu sur le roi, qui 
semblait avoir conscience de sa propre faiblesse, quand il enga- 
geait Richement à faire un autre choix. La ïrémoille n'ignorait 
pas l'antipathie que le connétable inspirait au roi, et il travailla 
perfidement à précipiter la disgrâce de son protecteur, dès qu'il 
n'eut plus besoin de son appui. Il sut écarter Yolande *, dont 
l'influence l'eût gêné. D'ailleurs, il fut trop bien servi par les 
circonstances. Le duc de Bretagne, qui avait continué ses négo- 
ciations avec Bedford, allait enfin obtenir la paix qu'il sollicitait. 
Le 3 juillet 1427, Henri VI chargeait ses ambassadeurs de con- 
clure un traité avec le duc de Bretagne, selon les ouvertures que 
celui-ci avait faites au régent^. Par lettres du 12 juillet, le comte 
de Huntingdon recevait les « conté, terre, seigneurie et baronnie 
d'Yvry, » dont Henri V avait gratifié jadis Artur de Bretagne et 
qui étaient maintenant confisqués, pour la rébellion, désobéis- 
sance et autres crimes de lèse-majesté commis par lui envers le 
roi d'Angleterre ^. Le connétable de Charles VII n'avait qu'à se 
féliciter de cette décision; mais il ne put que déplorer amèrement 
la rupture du traité de Saumuretlaperte de l'alliance bretonne. 
Enfin les Anglais assiégeaient Montargis et faisaient, par mer, 
une tentative sur La Rochelle *. 

Comme si ce n'eût pas été assez d'avoir à repousser toutes ces 
attaques avec des ressources très insuffisantes, Richement éprou- 
vait encore d'autres contrariétés, en voyant que le nouveau 
favori ne cherchait qu'à lui nuire. Le roi enleva d'abord au con- 
nétable le gouvernement du Berry ^ pour le donner à G. de La 
Trémoille. C'était là un acte dont la signification n'était pas dou- 
teuse; c'était le commencement d'une lutte qui allait durer 
six ans et ajouter aux périls de la guerre étrangère les malheurs 
d'une guerre civile. La cour fut bientôt divisée en deux partis, 
celui du connétable et celui de La Trémoille. Outre son alliée 

tout cas, et devant tous, prinst auctorité et gouvernement, qui à plusieurs 
tourna à grant desplaisance, pour tant que entour le duc de Bourgoigne 
furent tous ceux de son parenté ; avec ce que lui-mesme avoit le roi guer- 
royé et par son moyen avoit esté mis es mains du seigneur de Rochefort, 
sou pronchain parent, qui le parti tint des Anglois, le chastel d'Estampes, 
avec Penthviers et autres places, dont il faisoit au roi guerre. Néant- 
moins nul ne fut qui contredire l'osast. » (Gousinot, p. 201 ; voir aussi la 
note 3.) 

1. De Beaucourt, t. Il, 146, 153. 

2. Arch. de la Loire-lnf., cass. 47, E, 111. Portef. Fontanieu, 113-116, au 
3 juillet. 

3. Vov. Append. XLVIII. Voy. ci-dessus, p. 60. 

4. Fr.'20a83, f» 63. Vallet de V., Charles F//, t. Il, 24. 

5. Voy. La Thaumassière, p. 46.11 indique la date 1426, mais ce doit être 
1427. 



144 LLTTE ENTRE RICHEMONT ET LA TRÉMOILLE (1427) 

fidèle, la reine Yolande, Richemont eut encore pour lui les 
grands seigneurs, comme les comtes de Glermont, de la Marche, 
d'Armagnac, de Pardiac; mais La ïrémoille, qui disposait des 
faveurs royales, qui avait par lui-même une grande fortune et 
de hautes relations, put attirer et retenir dans son alliance tous 
ceux que l'ambition et l'intérêt poussaient à partager sa fortune, 
Regnault de Chartres, Guill. d'Albret, R. de Gaucourt, J. deHar- 
pedenne, seigneur de Belleville \ qui avait épousé Marguerite 
de Valois, sœur naturelle de Charles VII, etc. ^ Combattre les 
Anglais et lutter contre La ïrémoille soit pour le renverser, soit 
pour déjouer ses machinations incessantes, telle fut désormais 
la double tâche du comte de Richemont, rôle ingrat et déplorable, 
où il usa vainement toutes ses forces, où il se trouva réduit, par 
la malignité de son adversaire, à prendre l'attitude d'un rebelle, 
quand il ne voulait que se consacrer au service du roi et de la 
France ! 

Le connétable conclut d'abord un pacte d'alliance avec les 
comtes de Glermont et de Pardiac « au bien et prouffît de mon- 
seigneur le Roi et de Sa Seignorie » contre ceux qui feraient ou 
voudraient « faire ou procurer le dommaige, desplaisir ou déshon- 
neur de mon dit seigneur le Roi et de Sa Seignorie ^ » (4 août 1427). 
Ce traité ne fut pas suivi d'un effet immédiat, car il fallut aupa- 
ravant s'occuper des Anglais. Ils échouèrent dans leur tentative 
sur La Rochelle (août 1427) * et ils subirent un autre échec en- 
core plus grave devant Montargis. Bedford attachait la plus 
grande importance à la prise de cette ville, dont la possession 
lui eût ouvert le chemin de la Loire. Il avait envoyé devant 

1. De Beaucourt, t. II, lo8-lo9. Jeaa Harpedenue réclamait le château de 
Mervent à Richemont et lui avait intenté uu procès (X'a 9200, f" 36, 147; 
Zu 16, fo» 126 V», 143; Fr. 20416, f» 22). R. de Gaucourt était, par sa fename, 
beau-frère de P. Frotier (X"» 9200, f* 242); il revenait alors de captivité. 

2. 11 semble que Bedford ait voulu brouiller G. de La Trémoille avec 
son frère, Jean de La Trémoille, seigneur de Jouvelle, en donnant à ce 
dernier tous les biens provenant de la succession de leur mère et actuel- 
lement en possession de son frère Georges (lettres du 24 juillet 1427, dans 
le registre JJ 173, f- 346 v», n" 716). 

3. Preuves de Ihist. de Bretagne, II, col. 1199. Le comte de Pardiac conclut 
ensuite à Ebreuil, le dernier jour d'août, avec le comte de Glermont, un 
autre traité, dans lequel étaient compris son frère le comte d'Armagnac et 
son beau-père Jacques, roi de Hongrie, de Sicile et de Jérusalem, comte de 
la Marche et de Castres. (P 1373 ', cote 215S ; de Beaucourt, Charles VU, 
t II, p. 150 et note 4). Jean IV d'Armagnac était beau-frère du connétable 
(voy. Anselme, III, 420 et suiv.). Les comtes de la Marche et de Pardiac étaient 
ennemis personnels de La Trémoille, pour avoir donné asile à sa première 
femme, la duchesse de Berry, qui leur avait laissé une partie de ses biens 
(X»a 9200, f"» 121 v», 135 V, 169, 385 V). 

4. Fr. 20583, f» 63. 



SIÈGE DE MONTARGIS (1427) 145 

Montargis les troupes destinées d'abord au siège de Vendôme 
avec Guiil. de La Pôle, comte de Suffolk et de Dreux, le comte 
de Warwick, Talbot, et Simon Morbier, prévôt de Paris (juillet 
1427) *. 

Richemont comprenait également la nécessité de défendre 
une place dont la prise eût découvert Orléans et facilité les com- 
munications des Anglais avec la capitale. Il envoya une première 
fois des secours à Montargis, avec Jean Girard, en juillet 1427, 
mais sans succès ^, puis, quand il sut que le siège était poussé 
avec acharnement et que la ville allait être réduite par la famine 
à capituler % il voulut la sauver à tout prix. Malgré les obsta- 
cles qui l'arrêtaient, il réunit à Gien et à Jargeau * tous les gens 
d'armes qu'il put trouver : le connétable d'Ecosse, le bâtard 
d'Orléans, La Hire, Saintrailles, les sires de Gaucourt et de Gui- 
try, Giraud de La Pallière, Alain Giron, Guillaume d'Albret, sei- 
gneur d'Orval, J. Girard, Gauthier de Brusac, les sires de Gra- 
viile et d'Arpajon, etc. ^. 

Le connétable n'avait pas reçu assez d'argent pour payer ces 
troupes, et elles refusaient de marcher. Pénétré de l'importance 
de l'entreprise, il emprunta une somme considérable à un négo- 
ciant de Bourges, nommé J. Besson, en lui laissant comme gage 
une couronne d'or, enrichie de pierreries et qui valait au moins 

10 000 écus ^. Après avoir ainsi satisfait les gens d'armes et 
réuni des approvisionnements ^, il les voulut conduire lui-même 
à Montargis; mais « tous les capitaines et gens de grand estât 
l'en destournèrent et luy dirent que ce n'estoit pas le faict d'un 
homme de telle maison et connestable de France d'aller avitailler 
une place ; et, quand il iroit, ce debvroit estre pour attendre la ba- 
taille, et il n'avoit pas des gens pour ce faire '. » Il chargea le bâ- 
tard d'Orléans et La Hire de diriger l'expédition. Ces vaillants ca- 
pitaines surprirent les ennemis, firent entrer un convoi de vivres 

1. Fr. 26030, n" 746, 807. Fr. 4484, f<>» 43 v», 47, 48, 50-65, 68-73, 176. 
Voir ^^/)endîce, XHX. Jean, seigneur de Talbot et de Fournival, avait déjà 
une grande réputation militaire. Bedford lui donna de vastes domaines. 

11 était le parrain de son fils (JJ 174, î°' 45, 47, 63). 

2. Fr. 20684, f" 546 v». « A la première fois ne firent rien, puis ils y 
retournèrent une autre fois. » (Gruel, 195.) 

3. Les habitants furent, pendant deux mois ou environ, « tenus en 
grant détresse et nécessité et telement qu'ilz n'avoient plus de quoi 
vivre » {Ordonn. XIII, p. 152). 

4. Arrondissement d'Orléans. 

5. Fr. 26084, P» 550. Gruel, 195. Cousinot, 243-247. 

6. Gruel, 195. 

7. Les vivres étaient alors fort chers, et les Anglais eux-mêmes éprou- 
vaient de la difQculté à s'en procurer (JJ 174, i° 31). 

8. Gruel,. 195. 

Richemont. 10 



146 DÉFAITE DES ANGLAIS A MONTARGIS (1427, 5 SEPT.) 

dans Montargis, et, secondés par les habitants et la garnison, ils mi- 
rent les assiégeants en pleine déroute. Les Anglais éprouvèrent 
de grandes pertes et se retirèrent, abandonnant leurs approvi- 
sionnements, leurs bagages, leur artillerie (5 septembre 1427) '. 

Richemont, qui était à Jargeau, fut informé promptement 
de ce succès. Il l'apprit avec une joie enthousiaste, et, sans 
attendre un rapport circonstancié sur cette journée, il se hâta 
de publier partout cette bonne nouvelle. Dès le lendemain 
(6 septembre), il écrivit lui-même de Jargeau aux Lyonnais, pour 
leur annoncer la victoire que ses gens venaient de remporter sur 
les Anglais. Dans sa précipitation, il ne prit pas le soin de con- 
trôler les premiers renseignements qu'il avait reçus. Il répétait 
que beaucoup d'ennemis avaient été tués ou pris, notamment 
leurs principaux chefs, Warwick et SufTolk ^. Malgré l'inexacti- 
tude et l'exagération de ces derniers détails, il n'en est pas moins 
vrai que cette défaite des Anglais devant Montargis était un très 
grand succès pour les armes françaises. C'était la première vic- 
toire remportée depuis le commencement de ce règne *; elle 
pouvait relever les courages; elle jetait un rayon d'espoir sur 
la sombre tristesse de ces jours d'épreuves. 

C'est au bâtard d'Orléans qu'en revint le principal honneur, 
et c'était justice, bien que La Hire eût puissamment contribué à 
la défaite des Anglais. Il semble même que le roi, ou plutôt La 
Trémoille, ait mis une complaisance calculée à exalter cet exploit 



i. Gruel, 193. Le Fèvre de Saint-Remy, II, 130-131. Cousinot, 201, 243- 
24T. Monstrelet, IV, 271-275. Raoulet, à la suite de J. Charlier, III, 191, 
192. Ordonn. XIII, 132, 167. Fr. 2603O, n» 807, Ms. latin 6024, n» 26, Fr. 
4484, f" 11 V", 176, 178-183, 204. Ms. 3Qod , {Histoire) à la bibliothèque de l'Ar- 
senal, f" 116. (C'est le Jouvencel de J. de Bucil, avec le commentaire de 
G. Triûgant). Le Bonrg. de Paris, p. 217, note 4 et p, 221. Martial d'Au- 
vergne, édition Goustelier, Paris, 1724, t. I, p. 90. Chron. Martinienne, édit. 
golh., f'' ccLxxvi, Médaille commémorative dans Mézeray, //wf . de Fr., édit, 
de 1646, in-f", II, 84, n» 4. Pour récompenser de leur belle conduite les 
habitants de Montargis, le roi accorda de nombreux privilèges à cette 
ville (voir Ordonn. et X'* 8604, f' 104). Longtemps on célébra la fête aux 
Anglais sur le pâtis où avait eu lieu le combat et où l'on avait élevé la 
croix aux Anglais (de Girardot et D' Ballot, Documents sur Montargis ; 
Montargis, 1833, in-8). J. Dupuis, Mémoire sur le siège de Montargis, 
Orléans, 1833, gr, in-8. Append. L. Bedford voulut ensuite recommencer le 
siège de Montargis. (Fr. 26050, n» 771, et Fr. 26057, n» 2106.) 

2, Revue du Lyonnais, 343. La lettre est peut-être olographe. 

3. « Le premier et principal eur que ayons, en tel cas, eu sur nos 
ennemis, et comme le commencement de la recouvrance depuis par nous 
faicte de plusieurs nos pays, etc. » {Ordonn. XIII, p. 167). Toutefois c'est en 
septemhjre 1427 que fut levé le siège de Montargis et non en 1426, comme 
le dit la préface du t. XIIl des ordonnances (p. xv), sans doute d'après 
Monstrelet et Cagny. 



AUTRES SUCCÈS DES FRANÇAIS (1427) 147 

du bâtard, comme s'il avait eu la secrète intention de rabaisser 
ainsi le connétable. En tout cas, il eût mieux valu, quoi qu'en 
disent Gruel et d'autres auteurs, que Richemont eût dirigé lui- 
même cette expédition et qu'il en eût recueilli toute la gloire *. 

Dans sa lettre du 6 septembre aux Lyonnais, il les informait 
encore que ses troupes avaient pris Marchenoir * et Mondou- 
bleau ^, où elles avaient gagné une belle artillerie, que les enne- 
mis y avaient laissée pour le siège de Vendôme. Enfin, le jour 
même où était levé le siège de Montargis, Ambr. de Loré avait 
battu à Ambrières * un capitaine anglais, H. Branch, qui était, 
avec Fastolf, à Sainte-Suzanne ^. Le 9 septembre, L. d'Estoute- 
ville, capitaine du Mont- Saint-Michel, infligea aux ennemis une 
défaite qui leur coûta 2 000 hommes. Dans cette mémorable 
semaine, la victoire souriait partout aux Français ®. Richemont 
avait aussi fait occuper et fortifier Rambouillet '' et d'autres 
places de la Beauce; partout en un mot, il avait opposé aux 
Anglais une résistance honorable et quelquefois victorieuse. On 
en trouve la preuve dans un document anglais. Le 22 sep- 
tembre de cette même année, Bedford ordonnait qu'on envoyât 
promptement, par eau, de Harfleur à Paris, quatre gros canons, 
dont il avait besoin pour recommencer le siège de Montargis, ces 
canons ne se pouvant trouver ailleurs aussitôt qu'il le fallait, « à 
cause de la grant multitude qui en a esté rompue aux sièges qui 
ont esté mis pour le recouvrement des places occupées par les 
ennemis dans la Normandie, la France, l'Anjou, le Maine et 
autre part * ». 

Pendant que le connétable faisait de si louables efforts pour 
relever la cause de Charles VII et la fortune de la France ^, 
il était sans cesse harcelé par La Trémoille , et il appre- 
nait que son frère, le duc de Bretagne, signait la paix avec 
l'Angleterre (8 septembre 1427), moins de deux ans après ce 
traité de Saumur, qui avait paru établir d'une manière si solide 



1. Fr. 20382, n»» 18 et 19. Fr. 20379, f"' 133, 13i. 

2. Arrondissement de Biois. 

3. Arrondissement de Vendôme. 

4. Arrondissement de Mayenne. 

5. Arrondissement de Laval. 

6. Revue du Lyonnais, 343, et Fr. 26050, no 807. Cousinot, 248. Vallet de 
V., Charles Vil, t. II, 5. 

7. Fr. 26030, n» 801. Enfin, d'après Cousinot, les Français recouvrèrent 
Nogent-le-Rotrou, La Ferté-Bernard, Nogent-le-Roi, Châleauneuf-en-Thi- 
merais, Béthencourt et autres places {Geste des nobles, p. 202). 

8. Voy. Append. LI. 

9. Il semble que M. du Fresne de Beaucourt se montre bien sévère 
pour Richemont {Uist. de Charles VU, t. II, p. 29). 



148 DÉFECTION DU DUC DE BRETAGNE (1427, SEPT.) 

l'union de la France et de la Bretagne. La victoire de Montargis, 
remportée plus tôt, aurait peut-être empêché la défection de 
Jean V; mais il était alors trop engagé avec les Anglais pour 
reculer. Ceux-ci, abandonnant Saint-James-de-Beuvron, qu'ils 
avaient démantelé, venaient d'occuper fortement Pontorson, 
dont Talbot avait été nommé capitaine ^ De là, ils surveillaient 
et menaçaient encore de plus près la Bretagne. Le 8 septembre 
et les jours suivants, le duc, les Etats, le comte de Montfort, fils 
aîné de Jean V, Richard, comte d'Etampes, et beaucoup de sei- 
gneurs bretons jurèrent le traité de Troyes et promirent hom- 
mage à Henri VI, malgré la répugnance qu'éprouvaient plusieurs 
d'entre eux 2, 

Ce nouveau coup de la mauvaise fortune terrassa le conné- 
table dans l'instant même où il commençait à se relever. Le roi 
et La Trémoille ne gardèrent plus de ménagements envers lui, 
après la défection de son frère. C'est tout au plus si la victoire 
de Montargis ne tourna pas à son détriment. Quels services 
avait-il rendus? Quels services pouvait-on maintenant attendre 
de lui? N'avait-on pas le bâtard d'Orléans? On n'osa pas aller 
jusqu'à lui enlever sa charge de connétable, mais on fit du 
moins tout ce qu'on put pour l'empêcher de l'exercer. Riche- 
mont s'obstina, malgré tout, à remplir ses devoirs, avant de ré- 
pondre aux provocations de La Trémoille. 

Vers la fin de septembre, le duc de Bedford ayant rassemblé 
sur les marches du Maine, à Domfront, des troupes qu'il avait fait 
venir du pays de Gaux, les envoya, sous le commandement de 
Fastolf, attaquer plusieurs petites places situées aux environs de 
Laval ^.Fastolf prit par composition Saint-Ouen *, Montsurs ^, Mes- 
lay ° ; puis il assiégea le château de la Gravelle ''. Le connétable, 
avec tout ce qu'il put trouver de gens d'armes, s'empressa d'aller 
au secours du comte de Laval. Quelle que fût sa diligence, il ne put 
arriver assez tôt pour empêcher la capitulation de la Gravelle. 



1. Fr. 26030, n« 761. Talbot fut remplacé par Th. de Scales (Fr. 4488, 
f»82). 

2. Le comte de Porhoet, beau-frère de Jean V et de Richemont, jure le 
9 septembre et proteste le 10 contre sa propre signature. Son père, le 
vicomte de Rohan, proteste aussi contre cette signature (D. Morice, 1, 
502, et Preuves, II, col. 1200-1204). K 168, n° 68. J 244, n° 98. J 244b, n" 99, 
996,6, "•. Xia 8605, f»' 1-7. Fr. 26050, n»s 768, 769, 775, Lat. 6024, n" 26, 
28. Voy. Appendice L. 

3. Fr. 26030, n* 774. Gruel, 195. Cousinot, 249. 

4. Arrondissement de Laval. 

5. Id. 

6. Id. 

7. Id. 



LUTTE ENTRE RICHEMONT ET LA TRÉMOILLE (1427) 149 

Toutefois, comme les défenseurs de la place n'avaient promis de 
la rendre que s'ils n'étaient pas secourus avant un jour fixé, 
Richemont envoya Guill. Vendel avec ses archers. Cette troupe 
parvint à pénétrer dans la Gravelle, et quand, au jour désigné, 
Bedford vint réclamer la reddition du château, la garnison resta 
sourde à toutes ses sommations. Le régent eut la cruauté de faire 
couper la tête aux otages qu'on lui avait livrés, puis les Anglais 
levèrent le siège de la Gravelle *. 

Le connétable s'en vint ensuite à Laval, d'où il se rendit, par 
Craon et Angers, à Loudun, pour aller trouver les comtes de Cler- 
mont * et de La Marche. A Londun il apprit que ces deux seigneurs 
devaient aller à Ghâtellerault, environ huit jours avant la Tous- 
saint, et qu'ils lui donnaient rendez-vous dans cette ville, pour 
aviser ensemble aux moyens de renverser La Trémoille. Averti de 
ce qui se tramait contre lui, La Trémoille en conçut une haine 
mortelle et ne recula pas devant une lutte qui avait été si funeste 
à ses prédécesseurs. Instruit par leur défaite, il prit mieux ses pré- 
cautions. Il n'eut pas de peine à persuader au roi que le connéta: 
ble et ses alliés étaient des rebelles, qui attentaient à son autorité. 
« Incontinent il fit défendre de par le Roy que homme ne fut si 
hardy de les mettre en ville ny chasteau, ny de leur faire ouver- 
ture en nulle place que ce fust ^ ». Richemont envoya ses fourriers 
à Ghâtellerault; mais, quand il arriva lui-même, ils étaient encore 
à la porte de la ville, dont on leur avait refusé l'entrée. Le con- 
nétable ne fut pas plus heureux ; on ne tint compte ni de ses 
ordres ni de ses menaces. Il dut se retirer, après avoir lancé sa 
masse d'armes par-dessus la barrière, pour montrer son courroux. 

1. Gruel n'indique pas ce fait ; il dit seulement que la place fut sauvée 
par G. Vendel. C'est Gousinot qui donne ce détail, p. 249. M. de Beaucourt 
fait un crime à llichemont d'avoir ainsi introduit ses archers dans la Gra- 
velle, au mépris de la capitulation (Revue des questions hist., IX, p. 399, 
note 5) ; mais était-ce là un moyen déloyal et illicite? Fontanieu, qui ne 
saurait être soupçonné de partialité pour Richemont, dit (Ms. fr. 10449, 
anc. sup'. fr. 4805, f" 151) que le cas était nouveau; mais il n'accuse 
point Richemont de déloyauté, et il blâme la barbarie de Bedford. Enfiu, 
les contemporains de G. Vendel lui faisaient de cette action un titre de 
gloire (X'a 1479, f- 61 v»). 

2. Le comte de Clermont venait de terminer (29 septembre) par une 
transaction, moyennant indemnité, sa querelle avec l'évoque de Clermont, 
et d'obtenir l'absolution des censures prononcées contre lui par le pape 
(P 1373", cotes 2181 et 2181 bis), pour avoir arrêté et retenu prisonnier, 
en mars 1427, M. Gouges de Charpaigne, évêque de Clermont et chance- 
lier de France. Toutefois le comte de Clermont exigea de M^Gouges une forte 
rançon, qui fut aussi payée en partie par le roi, comme celle du sire de 
Trêves, l'année précédente (Anseluae, VI, 396-397; Biographie Didot, art. 
Gouges; de Beaucourt, t. 11, 148.) Voy. ci-dessus, p. 12o. 

3. Gruel, 195. 



150 LUTTE ENTRE KICHEMOÎNT ET LA TRÉMOILLE (1427) 

Il alla « loger aux champs» environ deux lieues plus loin, entre 
Ghâtellerault et Chauvigny i, puis il se dirigea vers cette der- 
nière ville en suivant les bords de la Vienne. Chemin faisant, il 
aperçut des gens d'armes qui chevauchaient en belle ordonnance 
de l'autre côté de la rivière. Il fit alors sonner les trompettes, et, 
cette troupe s'étant approchée, il reconnut avec joie les comtes de 
Clerraont et de La Marche. Ils convinrent de se réunir le lende- 
main à Chauvigny et se séparèrent. Le connétable trouva un 
asile chez un gentilhomme du voisinage, mais les deux autres 
princes « couchèrent cette nuict sur les champs ^ ». Le lendemain, 
ils tinrent conseil à Chauvigny pour arrêter ce qu'ils avaient à 
faire, puis ils se rendirent à Chinon avec « le maréchal de Boussac 
^t plusieurs autres capitaines et gens de grand estât». La duchesse 
de Guyenne résidait alors dans la ville de Chinon, que le roi lui 
avait donnée; elle accueillit avec empressement son mari et ses 
alliés, et « ils firent grande chère ^ ». 

Cependant La Trémoille, inquiet, envoyait à Chinon l'arche- 
vêque de Tours et R. de Gaucourt, qui, de la part du roi, représen- 
tèrent au connétable et à ses amis les dangers que leur conduite 
factieuse faisait courir à l'Etat. De leur côté, les princes, pour se 
justilîer à l'égard du roi, lui envoyèrent des députés. Ils auraient 
voulu se rendre eux-mêmes auprès de lui ; mais La Trémoille, tou- 
jours défiant, sut les tenir à l'écart, et il fut impossible de s'en- 
tendre. L'entreprise ne pouvait donc être poursuivie que par la 
voie des armes, puisqu'on avait épuisé tous les moyens de conci- 
liation. Il n'est pas douteux que Richemont, soutenu par les 
maisons d'Anjou, de Bourbon, d'Armagnac, le maréchal de Bous- 
sac, le connétable des Ecossais et une grande partie de la haute 
noblesse, eût été en mesure de soutenir la lutte s'il n'avait eu de- 
vant lui que La Trémoille; mais il ne le pouvait combattre sans 
paraître se révolter contre le roi lui-même et sans nuire à la 
France. Les Anglais faisaient de nouveaux efforts pour terminer 
la conquête du Maine et de l'Anjou ; ils assiégeaient Rambouillet. 
Était-ce le moment de pousser aux dernières extrémités une que- 
relle qui ne pouvait se prolonger sans entraîner dans la guerre 
civile un pays déjà si malheureux et si menacé? Ces considéra- 
tions l'emportèrent dans le cœur de Richemont sur ses griefs 

1. Arrondissement de Montmorillon. 

2. Gruel, 196. 

3. Gruel, 1%. Vallet de V. {Hist. de Charles VU, t. I, 439) dit que le 
roi était alors au château de Lusignan. Il dut aussi aller à Poitiers, où il 
y eut une assenablée des États de Languedoc (en novembre 1427) qui oc- 
troyèrent une aide de 200 000 fr. (voir K 63, n° 5). 

4. Fr. 25768, n" 260. Fr. 26050, n"* 79o, 797, 799,801, 841. Fr. 4488, f»6^. 



RICHEMONT SE RETIRE A PARTHENAY (1427, NOV.) 151 

personnels. Et pourtant il était banni de la cour, privé de sa pen- 
sion, empêché d'exercer sa charge, lui qui n'aspirait quand 
même qu'à servir le roi et la France. Humilié, mais non vaincu, 
frémissant de ne pouvoir continuer la lutte, il recula devant La 
Trémoille. Laissant la duchesse de Guyenne à Ghinon, sous la 
garde d'un capitaine nommé Guill. Bélier, qui lui inspirait toute 
confiance, Richemont alla, dans les premiers jours de novem- 
bre, prendre possession de sa seigneurie de Parthenay *. 

Jean II Larchevêque était mort au commencement de 1427 *, 
après avoir reconnu comme héritier Artur de Bretagne, qu'il 
avait autrefois combattu. Au moment de mourir, il avait appelé 
auprès de lui tous ses vassaux, tous les capitaines de ses places; 
il leur avait fait jurer qu'ils seraient à l'avenir bons et loyaux 
sujets du connétable et lui obéiraient comme à leur seigneur na- 
turel. Quand Richemont arriva dans ses nouveaux domaines, il 
y fut accueilli avec un empressement et une joie qui adoucirent 
un peu l'amertume de sa disgrâce. Il prit en affection la ville de 
Parthenay, puissante forteresse féodale, située dans la région si 
pittoresque du Bocage, et toujours, dans la bonne comme dans la 
mauvaise fortune, il en fit son séjour de prédilection ^. 

Telle était la situation à la fin de l'année 1427, situation 
cruelle pour le comte de Richemont et non moins triste pour 
la France. Après deux ans et demi d'efforts, il n'avait pu re- 
pousser les Anglais, ni obtenir l'alliance de Philippe le Bon, ni 
même conserver celle de la Bretagne; mais est-il juste de faire 
tomber sur le connétable seul toute la responsabilité de ces échecs? 
Est-il vrai qu'il ait disposé de tout pendant deux années ? * Est-il 
vrai que toute son œuvre se soit réduite à faire tuer deux favoris 
et à se faire chasser par le troisième"? Faut-il plutôt le blâmer 
que le plaindre d'avoir consumé ses forces dans des intrigues in- 
cessantes ? Si l'histoire doit reconnaître qu'il y a « des situations 

1. Par lettres du 15 novembre, il institue receveur ordinaire et particu- 
lier de son domaine de Fontenay-le-Comte Robin Denisot, qui commence 
ses fonctions aux environs de la Toussaint (Fr. 8818, f» 1). Par lettres 
données à Parthenay, le 20 novembre, il institue H. Blandin son receveur 
général (Fr. 8818, f" 89 v°). Richemont résida le plus souvent à Parthenay, 
et quelquefois à Fontenay-le-Gomte, que le roi avait donné à la duchesse 
de Guyenne (Fr. 8818, f» 98). 

2. Bel. Ledain, p. 225. Le 19 janvier, le roi modère une imposition de 
3000 1. que J. Larchevêque ne voulait pas payer (Fr. 21302, au 19 janvier 
1426, a. st.). J. Larchevêque était alors en procès avec J. Harpedenne, 
seigneur de Belleville, au sujet de Mervent. Richemont eut à soutenir ce 
procès (Xi=> 9200, fo» 36, 42). 

3. Gruel, 196. B. Ledain, p. 225 et suiv. 

4. De Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, 197. 

5. H. Wallon, Jeanne d'Arc, I, 37-38. 



152 RESPONSABILITÉ DE RICHEMONT 

plus fortes que les hommes et que le génie seul peut triompher 
de certains obstacles * », cette réflexion s'appliquerait-elle moins 
justement à Richemont qu'à Charles VII ? Il est des comparai- 
sons qui en appellent d'autres. Certes, Richemont n'était pas un du 
Guesclin, mais le roi qu'il servait était encore moins un Charles V, 
et, s'il n'est pas téméraire de supposer qu'un du Guesclin eût 
triomphé d'une situation « plus forte que les hommes », il est 
permis de croire qu'un Charles V n'eût pas sacrifié un Riche- 
mont à un La Trémoille ^. 

1. De Beaucourt, dans la Revue des questions histor., IX, 400, 404. Voir 
aussi Hist. de Charles VII, t. II, p. 200-201. 

2. Si M. de Beaucourt est indulgent pour Charles VII, il ne l'est guère 
pour le connétable (voir Yllist. de Charles VII, notamment le chapitre III 
du deuxième vol., p. 142-143, 153, 1S6, etc.). 



CHAPITRE II 

DISGRACE DE RICHEMONT ET LUTTE CONTRE LA TRÉMOILLE 
(1428-1433) 



Richement, poursuivi par La Trémoille, demande secours au due de Bre- 
tagne. — Il est soutenu par les comtes de Clermont et de Pardiac. — Us 
font appel au pays. — Richement retourne à Partbenay. — La Trémoille 
chasse de Chinon la duchesse de Guyenne. — Les princes réclament 
les Etats généraux. — Ils occupent Bourges; mais le connétable ne peut 
les rejoindre, et ils traitent avec La Trémoille. — Les Etats généraux de 
Chinon demandent en vain le rappel du connétable. — Siège d'Orléans. 
— Jeanne d'Arc. — Le duc d'Alençon, — Richement lui envoie des ren- 
forts et rejoint l'armée royale, malgré la défense du roi. — Il contribue 
à la prise de Beaugency et à la victoire de Patay. — Jeanne d'Arc ne 
peut obtenir qu'il reste à l'armée. — Il combat les Anglais en Norman- 
die. — La Trémoille empêche Jeanne d'Arc et le duc d'Alençon d'aller en 
Normandie. — Jeanne d'Arc est abandonnée et prise. — Richemont re- 
tourne à Parthenay. — La Trémoille, après avoir échoué du côté de la 
Bourgogne, se tourne vers la Bretagne. — Il s'entend avec Jean V, mais 
non avec Richemont. — Il fait arrêter et condamner L. d'Amboise elles 
autres envoyés du connétable. — La guerre continue dans le Poitou. — 
Yolande d'Aragon interpose en vain sa médiation. — Le duc d'Alençon, 
excité par La Trémoille, enlève le chancelier de Bretagne. — Jean Vfait 
la guerre au duc d'Alençon. — Richemont les réconcilie. — Charles VII 
conclut avec Jean V et Richemont le traité de Rennes. — La Trémoille 
continue néanmoins la lutte contre Richemont. — Guerre contre les 
Anglais. — Eugène IV essaie inutilement de faire conclure la paix. — La 
Trémoille attaque Yolande d'Aragon et laisse les Anglais reprendre Mon- 
targis. — Indignation générale. — Complot contre La Trémoille. — En- 
lèvement de La Trémoille. — Conséquences de cet événement. 



Durant sa disgrâce même, le connétable continua de servir la 
France et le roi, dans la mesure de ses moyens, par ses négocia- 
tions avec les ducs de Savoie, de Bourgogne et de Bretagne. 
Amédée VIII, qui était alors à Yenne *, renouvela, le 26 novembre, 
la trêve précédemment conclue entre Charles VII et le duc de 

1. Arrondissement de Chambéry. 



154 LA TRÉMOILLE POURSUIT RICHEMONT (1428) 

Bourgogne. Il chargea Richemont de délivrer des sauf-conduits au 
nom du roi par lui-même ou par deux lieutenants qu'il enverrait, 
l'un à Lyon, l'autre à Bourges *. 

Cependant il ne suffisait pas à La Trémoille d'avoir fait disgracier 
et bannir le connétable; il le poursuivait partout de sa haine et 
l'obligeait, par ses attaques, à se tenir sans cesse sur la défensive. 
La ïrémoille avait lui-même des domaines dans le Poitou, Melle 
que le roi lui avait donné en 1426, Ste-Hermine, tout près de Fonte- 
nay *, sans parler des seigneuries que sa femme, Gath. de L'Ile-Bou- 
chard, avait aussi dans cette province, comme celle de Gençay ^. 
Par ses relations, par sa richesse *, par sa puissance, il avait donc 
un parti nombreux dans le Poitou, et rien ne lui était plus facile 
que de harceler Richemont jusque dans la retraite où il s'était 
réfugié. Il lança notamment contre lui un seigneur nommé Jean 
de La Roche, qui commit de grands ravages, et Jean de Penthiè- 
vre, sire de Laigle, qu'il avait rappelé et fait entrer au conseil du 
roi ^. De son côté, Richemont essaya de faire enlever La Trémoille 
comme auparavant le sire de Giac. La Trémoille fut même pris 
au château de Gençay, mais il se tira de ce mauvais pas en don- 
nant à ceux qui avaient fait le coup dix mille écus d'or, que le 
roi lui remboursa bientôt '^. 

Le connétable, ne pouvant trouver accès auprès de Charles VU, 
essayait de lui faire parvenir ses plaintes, en envoyant vers lui 
son secrétaire Robin Denisot, avec frère Guillaume Josseaume et 
Jean de Ghénery (novembre et décembre 1427) ^, En même 
temps, il donnait mission à Guillaume Giffart d'aller en Bre- 

1. La trêve devait durer jusqu'à la Saint-Jean de l'année 1428 {Porte f^ 
Fontanieu, 115-116, au 26 novembre 1427; Hist. de Bourgogne, t. IV, 
Preuves, p. lxxii-lxxv. Voy. ci-dessus, p. 129.) 

2. Fr. 8818, f- 94. Sainte-Hermine, arrondissement de Fontenay. JJ 177^ 
fo» 122, 126, 128. 

3. Arrondissement de Civray. On trouve dans le Ms. fr. 23710, n* 31, 
une pièce du 9 janvier 142u, qui prouve que Charles VII avait donné, 
avant cette époque, la terre de Chatelaillon,en Saintonge, àCath. de L'Isle- 
Bouchard, alors femme du sire de Giac. Cette terre de Chatelaillon est pro- 
bablement celle qui était comprise dans l'héritage que Jean Larchevêque 
avait laissé à Richemont et que celui-ci avait dû reprendre. Cela explique 
peut-être pourquoi La Trémoille était excité par sa femme contre le con- 
nétable. 

4. Vallet de V., Uist. de Charles VII, I, 482-483. 

5. Voy. Ordonn., XIII, 133-134. Jean de Penthièvre est au conseil le 
2 décembre 1427. Çollect. de Languedoc, 89 (Mss. de D. de Vie), f- 64, 67. 
Quant à J. de La Roche, il était parent de J. Harpedenne, seigneur de Bel- 
leville, un des ennemis de Richemont (X^a 9200, f» 359; JJ 178, f" 2, r» et v»). 

6. Gairamb., 204, f» 8763. La participation indirecte de Richemont à 
cette tentative n'est point indiquée, mais elle semble fort probable. 

7. Fr. 8818, f» 100. 



RICHEMOM EN APPELLE AU PAYS (1428) 185 

tagne, informer le duc de tout ce qui s'était passé à la cour et 
des machinations que La ïrémoille tramait avec Jean de Blois^ 

Si Jean V fut peu touché des griefs personnels de son frère, il 
ne put apprendre sans inquiétude le retour d'un Penthièvre à la 
cour. Il chargea son jeune frère Richard, comte d'Etampes, de 
porter au connétable ses condoléances, de lui exposer les motifs 
qui l'avaient déterminé à traiter une deuxième fois avec les 
Anglais et de s'entendre avec lui sur les mesures à prendre dans 
leur intérêt commun contre La Trémoille et ses agents ^ Riche- 
mont était profondément irrité contre le duc de Bretagne, dont 
la défection avait été la principale cause de sa disgrâce, mais 
la prudence l'obligeait à cacher son ressentiment. Il accueillit 
d'ailleurs avec plaisir son frère Richard, qui lui apportait des 
consolations et des encouragements. Il continuait de se tenir en 
rapport avec ses alliés, la reine Yolande, les comtes de La Marche, 
deCIermont, d'Armagnac et de Pardiac, qui avaient réuni des 
troupes à Ghinon dès le mois de décembre, pour résister aux 
attaques de La Trémoille ^ Au mois de janvier 1428, il se rendit 
lui-même à Ghinon, où était restée la duchesse de Guyenne, 
qui, en se tenant ainsi près de la cour, pouvait être plus utile à 
son mari qu'en le suivant à Parthenay. 

Le connétable voulut alors faire ce qui lui avait si bien réussi 
en 1425, dans sa lutte contre Louvet, c'est-à-dire en appeler au 
pays.D'accord avec les comtes de Glermont et de Pardiac, il adressa 
au parlement de Poitiers, aux bonnes villes du royaume un long 
manifeste dans lequel les trois princes annonçaient leur intention 
d'enlever le pouvoir à La Trémoille, afin de remédier aux maux 
de l'Etat. Ils demandaient au parlement et aux villes leur adhésion 
et leur appui dans cette entreprise *. Le parlement décida qu'il 
ne ferait aucune réponse; les habitants de Lyon firent dire aux 
princes qu'ils n'obéiraient qu'aux ordres du roi; la ville de Tours, 
dont la défection était à craindre, en raison de son dévouement 
à la reine Yolande, reçut défense de laisser entrer dans ses murs 
aucun des princes ou de leurs adhérents ^. Geux-ci se tournèrent 
alors vers le duc de Bretagne et lui demandèrent des secours - 
Jean V consentait bien à envoyer des gens d'armes et de trait; 
mais, comme il craignait de mécontenter Bedford '^, il exigeait 

1. D. Morice, I, 504. Vallet de V., I, 460 et note 2. JJ 177, f« 139-140. 

2. D. Morice, I, 505. 

3. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 159-160. 

4. Fr. 21302, au 14 janvier 1427, a. st. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 
156-157. 

5. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 157, 159-160. 

6. C'est le 28 janvier que Henri YI ordonne de publier en Angleterre la 



156 ALLIÉS DE RICHEMONT ET DE LA TRÉMOILLE 

qu'on ne les employât qu'à combattre son mortel ennemi « Jean 
de Blois, ses complices et ses adhérents. » Le 30 janvier 1428, 
les comtes de Glermont, de Richemont et de Pardiac, unis pour 
résister à J. de Blois, soi-disant seigneur de Laigle, qui voulait 
leur nuire par lui-même et par ses alliés et complices, jurèrent 
solennellement de ne point se servir contre le roi d'Angleterre 
des troupes que leur enverrait le duc de Bretagne ^ Les princes 
allèrent ensuite se concerter avec la reine de Yolande, qui leur 
conseilla probablement d'attendre un moment favorable, car ils 
se séparèrent, et Richemont revint à Parthenay (février). 

Voilà donc à quoi en était réduit le connétable de France, 
et cela quand les Anglais approchaient d'Orléans * I Combien il 
eût mieux valu pour lui, pour ses alliés consacrer toutes leurs 
forces à la défense du royaume, et combien déplorable était 
l'aveuglement de Charles VII, qui, dans une pareille détresse, ne 
savait pas même dominer de mesquines rancunes, pour utiliser 
tous les services ! 

Quant à La Trémoille, plus préoccupé de combattre ses en- 
nemis personnels que les ennemis de la France, il s'acharnait à 
poursuivre Richemont, comme s'il eût voulu, par ses provoca- 
tions continuelles, le pousser à une rupture irréparable. La fidé- 
lité du connétable déjoua ces perfides calculs. Obligé de prendre 
les armes contre La Trémoille, il ne voulut pas abandonner le 
roi de France ; il le servit, malgré lui, aussi souvent qu'il en put 
trouver l'occasion. Telle fut pendant six années l'étrange et 
cruelle situation que la haine de La Trémoille et la faiblesse du 
roi créèrent au connétable (1427-1433). Ce fut la guerre civile au 
milieu de la guerre nationale, crise suprême, pendant laquelle le 
favori de Charles VII éloigna trop souvent les plus vaillants ca- 
pitaines français des champs de bataille où se jouaient les des- 
tinées de la France. 

Rejetant sur Richemont tout l'odieux de cette lutte exécrable, 
La Trémoille, qui disposait des libéralités royales, sut gagner 
des auxiliaires puissants ou habiles, comme le comte de Foix, 
avec lequel il conclut une alliance le 28 février ; le duc d'Alençon, 
qui avait grand besoin d'argent^ ; Raoul de Gaucourt, qu'il en- 
paix conclue avec le duc de Bretagne (Rymer, t. IV, 4» partie, p. 132). Elle fut 
publiée en Normandie à la fin de septembre (Fr. 26030, n" 768, 769, 773). 
4. Fr. 2715, f" 63. Voy. Append. LII. Le 3 mars, Artur de Bretagne renou- 
vela son serment de féautéà Jean V (T. Brutus, I, fo 141 v»). 

2. Henri VI avait chargé Warwick d'assiéger Malesherbes avant le 13 fé- 
vrier (Fr. 26050, no 839). 

3. Le duc d'Alençon, neveu du connétable, était revenu (octobre 1427) 
de captivité, mais sa liberté lui coûtait cher (de Beaucourt, II, 138, 163; 
Cagny, ap. Ms. Duchesne, 48, p. 86). En 1427 et 1428, R. de Gaucourt 



LA TRÉMOILLE ENLÈVE CHINON AU CONNÉTABLE (1428) lo7 

voya plus lard dans le Poitou ; Regnault de Chartres, archevêque 
de Reims. D'abord il voulut enlever à son ennemi la ville de 
Chinon ',trop voisine des endroits où se tenait ordinairement la 
cour. Après le départ du connétable, vers le c'ommencement de 
mars, il se présenta devant cette place, avec le roi, Guillaume 
d'Albret, l'archevêque de Reims, Robert Le Maçon, le sire de 
Belleville et plusieurs autres seigneurs. Le capitaine de Chinon, 
Guillaume Béher 2, soit qu'il eût été gagné d'avance, soit qu'il fût 
intimidé par la présence du roi, livra la place qu'il avait juré de 
défendre. Cet événement soudain causa d'abord les plus vives 
inquiétudes à Mme de Guyenne, mais le roi lui tint un langage 
rassurant et même lui permit de demeurer à Chinon, ou dans 
telle autre ville du royaume qu'elle voudrait choisir, pourvu 
qu'elle s'engageât à n'y point recevoir le connétable. La fille de 
Jean sans Peur repoussa cette proposition comme injurieuse et 
répondit noblement « que jamais elle ne voudrait demourer en 
place où elle ne peust voir monseigneur son mary ^. » Vainement 
le roi lui fit faire de grandes remontrances par l'archevêque de 
Reims ; elle persista dans sa résolution et chargea de sa réponse 
Jean de Troissi, bailli de Sens, « qui parla le mieux que oncques 
l'on oùyt en telle nécessité *. » Le roi permit alors à la duchesse 
de se retirer. Elle alla aussitôt à Saumur, puis à Thouars, sous 
la protection des Ecossais qui tenaient les champs. De là, elle se 
rendit à Parthenay auprès de son mari ^. 

Cette nouvelle injure de La Trémoille ne changea rien aux 
résolutions du connétable ; il continua de se tenir sur la défen- 
sive dans le Poitou, sans vouloir pousser plus loin les hostilités. 

Il fit même de nouveaux efforts pour obtenir la prolongation 
de la trêve renouvelée au mois de novembre précédent entre le 
roi de France et le duc de Bourgogne. Il pria le duc de Savoie et 
le comte de Clermont de l'aider auprès de Philippe le Bon, qui 
consentit à prolonger les trêves d'abord jusqu'à la Toussaint de 



reçut plusieurs libéralités du roi (voy. Pièces orîqin., dossier Gaucourt, 
t. 1292,et surtout LaThaumassière, Hist.du Beiry, p. 587 : de Beaucourt, II, 139). 

1. Importance de cette ville avec ses trois châteaux, ses faubourgs (JJ 
167, f" 173). 

2. 11 fut ensuite capitaine de Chinon pour le roi, et il eut la garde de la 
Pucelle (H. Wallon, /. d'Arc, I, 111. GougQy, Notice sur le château de Chi- 
non, édit. de 1874, p. 57-58.) Il assista au sacre de Charles VII (Fr. 7838, 
f» 37). Le connétable ne lui garda pas rancune, car il devint bailli de Troyes 
(en 1434 et années suiv.), quand Richemont avait le gouvernement de la 
Champagne {Collect. de Champagne, t. 63, f» 3). 

3. Gruel, 196. 

4. Gruel, 196. 

5. Richemont était à Fontenay le 18 mars (Ms. fr. 8818, f»98). 



158 MÉMOIRE ADRESSÉ AU ROI (1428) 

l'année 1428, puis pour les trois années suivantes, c'est-à-dire 
jusqu'au l^"" novembre 1431. Ces négociations furent ratifiées 
le 22 mai et le 22 juin ^ 

Cependant Richemont et ses alliés cherchaient toujours le 
moyen de rentrer en grâce auprès de Charles VIT, soit qu'il leur 
parût urgent d'en finir au plus vite avec La Trémoille, pour n'avoir 
plus à s'occuper que des Anglais, soit que le duc de Bretagne se 
sentît menacé par le favori * et voulût, dans son propre intérêt, 
mettre fin à une situation dangereuse. Le connétable et ses alliés 
comptaient sur l'impopularité de La Trémoille, sur l'opinion pu- 
blique, sur l'appui de la nation. Ils ne craignaient pas d'en ap-^ 
peler aux Etats généraux, dont la réunion , toujours reculée , 
semblait nécessaire dans des conjonctures aussi critiques. Ils 
voyaient que la France avait, plus que jamais, besoin de tous 
ses défenseurs, au moment où Bedford, pour mieux profiter de 
ces discordes, faisait venir d'Angleterre une nouvelle armée avec 
le comte de Salisbury ^. 

Le connétable, les comtes de Clermont et de Pardiac, inspirés par 
la reine de Sicile, tentèrent donc un suprême effort pour tirer le 
roi de son aveuglement. Ils lui adressèrent un mémoire, dont le 
ton solennel s'accorde bien avec la gravité des circonstances. 

Ils priaient le roi de déposer le ressentiment qu'il pouvait avoir 
contre les seigneurs de son sang, contre ses officiers, et de faire 
cesser toute voie de fait * ; ils demandaient leur réconciliation avec 
le sire de La Trémoille, le seigneur de Trêves et les autres mem- 
bres du conseil; ils sollicitaient surtout, comme une mesure in- 
dispensable, la convocation des Etats généraux à Poitiers, avec 
la liberté pour chacun de dire ce que bon lui semblerait, et des 
garanties efficaces contre toute tentative d'oppression ou de vio- 
lence ; enfin ils proposaient que la reine de Sicile fût investie des 
pouvoirs nécessaires pour assurer la sécurité de tous. Les me- 
sures de précaution qu'ils indiquent dans la suite du mémoire 
montrent combien ils redoutaient pour eux-mêmes, pour leurs 
partisans, pour les membres de la future assemblée l'audace et la 

1. Hist. de Bourgogne, IV, 126. Portef. Fontanieu, HS-H6, au 22 juin. A 
la fin de mai, Richemont était à Parthenay (Fr. 8818, f» 94). 

2. 11 savait peut-être que le roi voulait lui opposer non seulement J. de 
Blois, mais encore le roi de Gastille. Voir dans le Ms. latin 602i, n» 26, 
les instructions écrites données par Charles VU aux ambassadeurs qu'il 
envoie en Gastille. Ils devront prier le roi de Gastille d'envoyer 40 ou SO 
vaisseaux contre le duc de Bretagne, pour le réduire à la soumission. 

3. J. Stevenson, I, 404 et suiv., 11, 76. Fr. 20908, n» 86. 

4. Le 10 mars, Richemont écrivait aux habitants de Poitiers « touchant 
la vuidange des gens d'armes » qui étaient dans le Poitou. (Aixh. hist. du 
Poitou, Poitiers, 1872, in-8°, I, 146.) 



TENTATIVE DES PRINCES SUR BOURGES (1428) 159 

perfidie de La Trémoille '.Celui-ci ne pouvait accueillir qu'avec 
répugnance des propositions aussi sages. Il craignait de perdre 
son pouvoir si le connétable et ses amis rentraient à la cour. Il 
savait bien que les Etats se prononceraient en leur faveur,et, quoi- 
qu'il y allât peut-être du salut de la France, il ne voulut ni con- 
sentir à une réconciliation si désirable, ni se prêter à la réunion 
d'une assemblée importune. On ne sait quelle réponse le roi fit au 
mémoire du connétable et de ses alliés, ni même s'il y répondit; 
mais les événements montrent assez que cette tentative pacifique 
ne changea rien, dans le moment, à la situation. La Trémoille 
continua les hostilités dans le Poitou. Charles VII convoqua bien 
les Etats pour le 18 juillet; mais il ne se pressa pas de les réu- 
nir, sachant bien qu'ils voudraient s'occuper du gouvernement*. 

Alors le connétable et ses amis résolurent d'agir. Sûrs de trou- 
ver un concours sympathique dans la population de Bourges, 
ils voulurent s'établir dans cette grande ville et déterminer ainsi 
un mouvement qui serait assez puissant pour obhger le roi à 
faire des concessions ^. Instruit de ce projet, La Trémoille fit 
défendre, par lettres patentes, aux habitants de Bourges et aux 
officiers royaux de recevoir dans la ville les seigneurs qui se pré- 
paraient à y venir. Les habitants promirent de se conformer à 
cette défense ; les sires de Prye et de Bonnay *, commis à la garde 
de la place, reçurent même leurs serments solennels. 

Néanmoins, quand les comtes de Clermont et de Pardiac se 
présentèrent, les habitants, les officiers royaux eux-mêmes les 
aidèrent à entrer dans la ville. Alors les deux princes réunirent 
les gens d'Eglise, les bourgeois et autres habitants; ils leur expo- 
sèrent les motifs et le but de leur entreprise; ils leur dirent 
qu'ils voulaient « travailler au bien du roi » et délivrer le Berry 
des garnisons qui le pillaient; enfin ils demandèrent leur aide, 
qui leur fut promise. Le sire de Prye et le sire de La Borde, capi- 
taine de la grosse tour de Bourges, ne voulurent pas prendre 
part à cette manifestation. Ils se retirèrent, avec quelques troupes, 
dans la grosse tour, où ils furent aussitôt assiégés par les comtes 

1. Voy. Append, LUI. 

2. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 163. L'assemblée convoquée pour le 
18 juillet n'eut pas lieu (Picot, Hist. des Etats généraux, I, 311-313; D. Vais- 
selle, Hist. du Languedoc, IV, 471). 

3. Le comte de Pardiac avait alors à son service Rod. de Villandrando, 
le fameux capitaine de routiers (J. Quicherat, R. de Villandrando, 30 et 
i^uiv.). Le comte de Clermont avait, de son côté, obtenu l'adhésion de 
Guil. de Chalançon, évèque du Puy, de son frère Armand de Chalançon et 
de Louis de Chalançon, premier chambellan du roi, fils d'Armand et 
neveu de Guillaume (de Beaucourt, t. II, 164. Voy. ci-dessus, p. 134). 

4. Fr. 20684, f- 546. 



i60 TENTATIVE DES PRINCES SUR BOURGES (1428) 

de Clermont et de Pardiac, aidés par ceux de la ville et même par 
les officiers du roi. Ils s'emparèrent de la monnaie, des greniers 
à sel, firent percevoir des taxes; en un mot, ils organisèrent là un 
autre gouvernement. Ils firent alors savoir au comte de Richemont 
le résultat de leur entreprise, en le pressant de venir au plus tôt 
se joindre à eux, avec tout ce qu'il pourrait rassembler de gens 
d'armes. 

La situation devenait fort inquiétante pour La Trémoille. Il 
voulut arrêter, par tous les moyens possibles, ce mouvement, au- 
quel adhéraient déjà beaucoup de prélats, de barons, d'officiers 
royaux et plusieurs autres bonnes villes, sans parler des comtes 
de La Marche et d'Armagnac * . Il envoya Gaucourt dans le Poitou, 
en le chargeant de ramener avec lui Jean de La Roche, pour mar- 
cher ensuite vers Bourges *. Lui-même, après avoir réuni à la 
hâte un grand nombre de gens d'armes, se rendit avec le roi 
devant Bourges. 

Le sire de Prye avait été tué, mais le sire de La Borde tenait 
encore dans la grosse tour. Le roi eut beau signifier aux rebelles 
sa volonté par son premier héraut, Montjoye, en leur comman- 
dant, sous les peines les plus rigoureuses, de vider la place; ils 
n'en persistèrent pas moins dans leur résistance, avec le concours 
de la population. En même temps, le connétable essayait de 
s'avancer; mais, comme il fallait pour cela livrer bataille aux 
troupes que La Trémoille lui opposait dans le Poitou ^, il fit un 
détour vers Limoges, avec l'intention de passer par l'Auvergne, 
ce qui retarda beaucoup sa marche. La Trémoille sut profiter 
habilement de ce répit, pour négocier avec les comtes de Clermont 
et de Pardiac, avant que l'arrivée du connétable rendît la situation 
plus critique. Il leurfit comprendre que, assiégés eux-mêmes dans 
Bourges, ils ne pouvaient rien sans le secours de Richemont, et 
que, n'ayant plus à compter sur lui, ils s'exposaient à de cruelles 
déceptions. Il dut aussi invoquer auprès d'eux le misérable état 
de la France, leur montrer les Anglais profitant de ces fatales 
discordes et Orléans déjà menacé *. Continuer la guerre civile 
dans un pareil moment, c'était vouloir la ruine totale de la France. 
On peut supposer que ces considérations touchèrent les comtes 
de Clermont et de Pardiac ; d'ailleurs ils obtinrent des concessions 
et des promesses qui pouvaient leur faire espérer d'autres avan- 
tages. D'abord le roi leur accorda rémission complète à eux et à 
tous leurs adhérents, sans en excepter, comme on l'a dit à tort, le 

1. De Beaucourt, ifîs<. de Charles VU, t. II, 164, note 2. 

2. La Thaumassière, Hist. de Berry, Bourges, 1689, in-f", p. 386-587. 

3. J. Quicherat, R. de ViUandrando, p. 30. Le Baud, p. 475. 

4. Fr. 4488, f 209. 



LES PRINCES TRAITEKT AVEC LA TRÉMOILLE (1428) 161 

comte de Richemont (17 juillet) * ; ensuite, quand il fut entré dans 
Bourges, il convoqua, par lettres du 22 juillet, les Etats géné- 
raux, pour le 10 septembre, à Tours ; enfin, le même jour (22 juil- 
let), La Trémoille s'engagea formellement à ne rien faire ou 
laisser faire au préjudice du comte de Clermont et à le défendre 
contre quiconque lui voudrait nuire *. 

Il ne faudrait pas croire que Charles de Bourbon trahissait son 
beau-frère et allié, Artur de Bretagne, en se réconciliant avec La 
Trémoille. Tout porte à supposer, au contraire, que, ne pouvant 
plus le seconder par les armes, il préparait son retour en grâce 
par d'autres moyens, c'est-à-dire en faisant accepter les conclu- 
sions du mémoire adressé précédemment au roi. Ainsi les lettres 
par lesquelles les Etats généraux sont convoqués ordonnent aux 
députés de venir, toutes excusations cessantes, pour délibérer sur 
les grandes affaires du royaume, et il est bien entendu que cha- 
cun aura franche liberté de dire tout ce que bon lui semblera. 
Ces lettres patentes ^, publiées sur l'avis du duc d'Alençon, des 
comtes de Clermont et de Pardiac, des prélats, barons et autres 
notables gens en grand nombre, sont conformes aux demandes 
contenues dans le mémoire; elles prouvent que la tentative des 
princes sur Bourges n'avait pas été stérile et que Richemont com- 
ptait sur l'influence des Etats pour obtenir son rappel. Quant à 
La Trémoille, il fit sans doute toutes les promesses que les comtes 
de Clermont et de Pardiac lui demandèrent ; il était assez adroit 
pour trouver le moyen d'éluder ses engagements. Il feignit même 
de donner suite à ces promesses, en se prêtant à quelques négo- 
ciations ; maisil n'en était pas moins décidé à empêcher le retour 
du connétable. Celui-ci était à Limoges quand il apprit ces nou- 
velles. Il revint à Parthenay,où il attendit les événements. 

C'est l'époque où la France semble condamnée à périr sous 
les coups de Bcdford; où les Anglais, partout victorieux, ont 
pris Laval et repris Le Mans, un instant délivré (mai) * ; où le 

1. Ces lettres d abolition sont dans le registre P 1358*, n» Jj74. Rien n'y 
indique l'exclusion du connétable ; en outre, elles sont du 17 et non du 
27 juillet, comme le dit Vallet de V. (I, 463), d'après La Thaumassière 
(p. 158-159). Les lettres de convocation des États, données à Bourges, sont 
du 22 juillet, d'après D. Vaissète, IV, 471. Charles VII commet le 26 juillet, 
à la défense de Bourges, Jacques de Bonnay, qui avait défendu la grosse 
tour avec J. de La Borde (Fr. 20684, f» 546). 

2. Musée des arch. nat., n» 445, ou P 1373 », cote 2156. 

3. On en trouve deux copies dans le t. 99 de la collection de Languedoc, 
fi» 72 et 74 (Mss. de D. de Vie). Voy. aussi f"' 73 et 82. D, Vaissète, IV, 471 ; 
G. Picot, Etats généraux, t. 1, 311-313; Biblioth. de l'école des Chartes, 
année 1872, t. XXXlll, 36, 37. 

4. Fontanieu dit que Talbot, ap7-ès avoir repris Le Mans, reprend Laval 
Richemont. 11 



162 ÉTATS GÉNÉRAUX DE CHINON (1428, SEPT.) 

comte de Salisbury, récemment arrivé d'Angleterre avec une 
nouvelle armée (juin), s'avance sur Orléans, en s'emparant des 
villes du voisinage, tandis que Jean de Luxembourg achève la 
conquête de la Champagne *. La détresse financière était com- 
plète, et ce fut sans doute le principal motif qui obligea La Tré- 
moille à ne pas retarder plus longtemps la réunion des Etats 
généraux 2. Cette assemblée, qui devait avoir lieu à Tours, d'après 
les lettres de convocation du 22 juillet, se réunit peut-être dans 
cette ville; mais elle fut bientôt transférée à Chinon, car les 
Anglais, déjà maîtres de Meung et de Beaugency, villes situées 
sur la Loire au-dessous d'Orléans, auraient pu faire des courses 
jusqu'à Tours. Ce furent de véritables Etats généraux. On y vit 
non plus seulement les députés des pays de Languedoil, m^is 
encore ceux des pays de Languedoc, qui, d'ordinaire, tenaient 
des sessions séparées, les uns dans le centre, les autres dans le 
midi de la France. On eût dit que la nation entière, entraînée 
par le sentiment du péril commun, voulait opposer un rempart 
infranchissable à l'invasion anglaise. Jamais, sous le règne de 
Charles VII, il n'y eut d'assemblée aussi nombreuse ^; jamais il 
n'y en eut, jusqu'en 1789, qui se soit réunie dans des circon- 
stances plus solennelles. 

Dès le mois de septembre, les Etats votèrent une aide de 
500 000 francs qui devait être affectée exclusivement à repousser 
les Anglais et à secourir Orléans *, puis, usant de la liberté 

sans coup férir (voy. Ms.fr. 10449, f" 155); mais il suit Cousinot de Montreuil 
dont la chronologie est très incertaine. Voir aussi Fr. 15512, f» 1. Fr. 2S710, 
n" 57. Clairamb., t. 23, f° 1669; t. 28, î"^ 2053; 2055, t. 43, f» 3201; t. 95, 
f" 7369 ; 1. 107, f" 8349. Cousinot, 251-254. Le Bourgeois de Paris, p. 225-226. 
Ms. 3039 de l'Arsenal, f"' 116 v°, 117. — A cette même époque (11 mai), les 
nobles de la baronnie de Craon s'engagent à payer à G. de La Trémoille 
1200 écus d'or, à condition qu'il leur fasse avoir « seurté et toute abstinence 
de guerre avec les Anglais et leurs alliez », le tout garanti par des lettres 
du roi, de la reine de Sicile et des Anglais, avant la Toussaint [Chartrier 
de Thouars, publié par L. de La Trémoille, Paris, 1877, in-4, p. 16-17). 

1. Ms. Fr. 10449, i"^ 153-159. Cousinot, 203-204 et 251-260. Ms. Fr. 4484, 
passim, notamment f»» 1-8, 18-33, 73, 75, 76, 79-83, 94, 102, 161-166, 203, 
216 et suiv. Porte f. Fontanieu, 115-116, au 3 février. H. Wallon, Jeanne 
d'Arc, I, 39 et suiv. A. Longnon, Les limites de la France, etc., p. 487. 

2. Il avait prêlé beaucoup d'argent au roi cette année-là et s'était fait 
donner en gage la châtellenie de Cbinon (août), qui était auparavant à la 
duchesse de Guyenne, puis, en place de la châtellenie de Chinon, celle de 
Lusignan, par leltiîes du 29 octobre. {Chartrier de Thouars, p. 17-20.) De 
Beaucourt, Revue des questions histor., t. IX, p. 401-403. J 183, a's 142, 143, 
144. Lusignan était « la plus notable place » du Poitou. Portef. Godefroy-, 
163, f 223 V (à la bibliothèque de l'Institut). 

3. Voy. A. 'Thomas, les Etats généraux sous Charles VU, dans le t. 24 
(année 1878) du Cabinet historique. De Beaucourt, t. II, p. 170-173, 592-593. 

4. Fr. 26051, n» 1035. Collect. de Languedoc, t. 99, f<" 70, 71, 73, 82. Por- 



ÉTATS GÉNÉRAUX DE CHINON (1428, OCT. NOV.) 163 

qu'on leur avait accordée, ils demandèrent les réformes indis- 
pensables pour que '( les affaires se pussent dores en avant con- 
duire en bonne police et justice ». Non contents d'avoir inscrit 
ces requêtes dans leurs cahiers de doléances, les députés les 
exprimèrent devant le roi lui-même, afin qu'il ne pût les ignorer 
(H novembre 1428). Ils le supplièrent d'attirer à lui, par tous 
les moyens possibles, tous les seigneurs de son sang, de faire la 
paix avec le duc de Bourgogne, enfin de recevoir « en bon 
amour et obéissance et en son service monseigneur le connes- 
table et, pour ce faire, de continuer les ambassades et traités 
qui ont été commencés. » Le roi répondit que cela n'avait pas 
tenu et ne tiendrait pas à lui, ni à ceux qui étaient autour de lui ; 
que de grandes diligences en avaient été faites, comme on 
l'avait déjà exposé aux Etats, et qu'il en serait fait encore de 
nouvelles *. Ainsi les députés de tous les pays, aussi bien de 
Languedoc que de Languedoil, et le parlement demandaient le 
rappel de Richemont comme une des mesures les plus urgentes ; 
mais La Trémoille sut empêcher le roi de tenir ses promesses. 
Toutefois, cette grande manifestation ne fut pas inutile au con- 
nétable; elle lui montra qu'il n'avait pas eu tort de compter sur 
les Etats, qu'il avait pour lui l'opinion publique; elle releva son 
courage et entretint ses espérances. 

Au mois d'octobre, pendant que les Etats siégeaient à Ghinon 
et que Salisbury commençait le siège d'Orléans (12 octobre) % 
le connétable s'était rendu en Bretagne, on ne sait dans quel 
but. Il est vraisemblable qu'il voulait obtenir de son frère les 
secours dont il pouvait avoir besoin, afin d'être prêt à toute éven- 
tualité. Le 14 octobre, il était à Redon, où il fit un testament en 
faveur de son neveu, Pierre, deuxième fils de Jean V, pour le 
cas où il mourrait sans héritiers. De son côté, le duc donna 



tef. Fonlanieu, 115-116, à septembre 1428. Fr. '4488,'f<' 8. Le 7 septembre, les 
Étals de Rouen accordent aussi à Henri VI un subside pour le siège d'Or- 
léans (Fr. 26051, 008 982-990, 1042, 10o8, et Fr. 26052, n"' 1133, 1170) et pour 
le siège du Mont-Saint-Michel, que les Anglais continuaient avec acharne- 
ment (Fr. 4-488, f^'lH, 121). 

1. Le Mss. lat. 9177 contient une copie de ces requêtes, exposées d'abord 
dans le cahier de doléances, puis oralement par les députés des pays de 
Languedoc, d'accord avec ceux des pays de Languedoil, comme on le voit 
dans la septième demande, relative au rappel du connétable. On y lit aussi 
les réponses du roi (Voy. append. LUI bU). Le 2 novembre, le parlement 
de Poitiers décide qu'on écrira aux comtes de Clermont, de Richemont et 
de Pardiac « pour le secours de la ville d'Orléans » (Fr. 21302, à la date). 

2. Sur l'expédition de Salisbury et le siège d'Orléans, les documents 
abondent. Voir Fr. 4484, f»» 106-129, 176, 177 v», 201, 202. Fr. 4488, f»^ 76-89, 
101, 209. K63, no' 19,i2, 4. Fr. 26030, o»' 909, 912. Fr. 26031, n"' 976, 996, 997. 



164 LES ANGLAIS ASSIÈGENT ORLÉANS (1428-1429) 

3 000 livres à Richemont, outre une autre somme de 5 000 livres 
qu'il lui devait pour son. apanage ^ 

Le connétable eût été heureux d'employer ces ressources au 
service de la France * ; mais La Trémoille le tenait toujours à 
l'écart et ne cessait même pas les hostilités contre lui dans le 
Poitou. Durant son absence, la duchesse de Guyenne, qu'il avait 
laissée à Parthenay, était obligée de rester sur la défensive et 
d'envoyer des renforts à Fontenay «pour certaines présomptions 
de péril ^ ». J. de La Roche continuait ses ravages dans le Poitou 
avec des forces assez considérables pour y entretenir une véri- 
table guerre. Il fallut même que Richemont, revenu à Parthenay, 
envoyât contre lui quelques troupes avec son lieutenant Jean 
Sevestre, qui assiégea le château de Sainte-Néomaye '*. J. de La 
Roche étant parvenu à ravitailler la place, Sevestre se retira et 
le connétable « ne bougea toute cette saison d'entour Par- 
thenay ^ ». Sa disgrâce et son inaction ne lui furent jamais plus 
intolérables que pendant ce funeste hiver de 1428-1429, quand 
il apprit que son neveu, le duc d'Alençon, son beau-frère le 
comte de Clermont, J. Stewart, le maréchal de Boussac, l'amiral 
de Culant, le bâtard d'Orléans, La Hire étaient appelés à secourir 
Orléans ® ; que les Français avaient été défaits par Fastolf à la 
batailUe de Rouvray ^ (12 février) ; qu'après ce dernier désastre 
tout semblait perdu, et que Charles VII, désespéré, songeait à se 
réfugier dans le Dauphiné ou même en Espagne *. 

Richemont résolut d'aller, lui aussi, au secours d'Orléans; mais, 
avant qu'il eût terminé ses préparatifs, il apprit une nouvelle extra- 
ordinaire. Une pauvre fille des champs, qui se disait envoyée de 
Dieu pour sauver la France, était parvenue jusqu'au roi (6 mars), 
malgré les efforts de La Trémoille. On la nommait simplement 
Jeanne la Pucelle, et ce nom, déjà populaire, courait de bouche 
en bouche dans tous les pays au nord et au sud de la Loire. Puis 
ce furent d'autres prodiges. Jeanne, soutenue par la reine de 

1. Arch. de la Loire-Inf., cass. 9, E, 24. Richemont donne quittance 
des deux sommes le 24 octobre (Registre Turnus Brutus, I, 141 v»; Preuves 
de l'hist. de Bretagne, II, 1209-1212). 

2. Pendant ce temps, Charles VII implorait le secours du roi d'Ecosse, 
eçi hii promettant le duché de Berry ou le comté d'Evreux, au lieu de la 
Saintonge, qu'il lui avait donnée (Ms. Brienne, 54, f»' 59-60j. 

3. Fr. 8818, f" 96 v. KK 269, f" 52 v, S3. 

4. Arrondissement de Niort. 

5. Gruel, 197. B. Ledain, 231. 

6 Sur le siège d'Orléans, voir : Fr. 4488, f»' 12-15, 155, 173, 176, etc. 
J. Stevenson, t. II, 89, 92. Fr. 7838, fos 48-50. 

7. On l'appela la « journée des Harens « (JJ 177, f» 78 v»). 

8. H. 'Wallon, Jeanne d'Arc,\, 58-62, 106. 



LE DUC d'ALENÇON LIEUTENANT-GÉINÉRAL (1429) 

Sicile, avait obtenu qu'on réunît des troupes à Blois ; elle était 
entrée dans Orléans, le 29 avril, et, quelques jours après, cette 
ville était délivrée (8 mai) *. La renommée proclamait partout 
le nom de la Pucelle et ses merveilleux exploits : l'espérance, 
l'enthousiasme faisaient battre tous les cœurs. Richemont ne 
fut pas le dernier à s'émouvoir. Commue beaucoup d'autres, à ce 
moment, il ne savait que penser de cette bergère, qui prétendait 
accomplir une mission divine % mais il voyait que les Anglais 
étaient battus, qu'un élan général soulevait la nation et qu'il 
fallait profiter des circonstances pour accabler les ennemis dé- 
concertés. Après avoir fait des travaux de défense à Fontenay ^, 
il retourna en Bretagne, afin d'y lever des troupes et d'envoyer 
des renforts à son neveu, le duc d'Alençon, en attendant qu'il 
pût marcher lui-même contre les Anglais *. 

Jean II d'Alençon était fils de ce vaillant duc qui avait suc- 
combé si héroïquement à la bataille d'Azincourt et d'une sœur 
de Richemont, Marie de Bretagne. Pris lui-même à la bataille 
de Verneuil, en 1424, il était resté captif en Angleterre, jusqu'au 
mois d'octobre 1427 et n'avait obtenu sa liberté qu'au prix d'une 
énorme rançon ^. Pour payer cette somme et pour être en état 
de mieux servir Charles VII, il avait vendu, non sans regret, la 
baronnie de Fougères à son oncle Jean V, duc de Bretagne. Bien 
qu'il fût neveu du connétable, La Trémoille ne l'avait point 
écarté, et le roi avait accueilli avec empressement ce chevale- 
resque et fidèle serviteur, qui ne demandait qu'à lui consacrer 
sa fortune et sa vie °. Nul ne fut plus prompt à se déclarer pour 

1. Le dimanche 8 mai. Voy. X'a 1481, f» 12, à la date du mardi 10 mai. 
C'est la première fois que les registres du parlement font mention de la 
Pucelle. 

2. Voir par exemple le Ms. 3039 de l'Arsenal, f" 117. 

3. Fr. 8818, ^ 96. Le Baud, 476. Peut-être J. de La Roche avait-il reçu 
l'ordre de ne plus combattre Richemont et de venir au secours d'Orléans, 
car on voit dans une lettre de Guy de Laval que J. de La Roche s'avançait 
aussi vers Selles, en même temps que le connétable (voir Preuves de Bret., 
t. II, col. 1224-1226); à moins que ce ne fût pour le surveiller. 

4. Le parlement de Poitiers avait décidé, le 2 novembre 1428, d'écrire au 
comte de Richemont, pour l'engager à secourir Orléans (voy. ci-dessus, 
p. 163, note 1). 

5. Gagny {Ms. Duchesne, 48, f^ 86). Il paya, pour sa rançon, 200 000 1., 
c'est-à-dire plus de deux millions de monnaie actuelle, d'après M. Wallon 
(I, 110, note 1). D'après le contrat de vente (31 décembre 1428), le duc de 
Bretagne s'engage à payer au duc de Bedford 80 000 saluts d'or, que le duc 
d'Alençon doit encore pour sa rançon, à obtenir la mise en liberté des 
otages, etc. {Arch. de la Loire-Inf., cass. 4, E, 12, et cass. 7o, E 178; 
Preuves de Vhist. de Bretagne, II, 1213-1222. Arch. des aff. étr., t. V, France, 
f" 223 v« 224; Anselme. I, 272-273). 

6. En octobre 1428, il avait essayé d'entrer dans la ville d'Argentan, que 



166 RICHEMONT ENVOIE DES TROUPES AU ROI (1429) 

la Pucelle, plus ardent à soulcnir sa cause et à seconder ses 
entreprises. Après la délivrance d'Orléans, Charles VII avait 
nommé le jeune duc d'Alençon lieutenant général, en le char- 
geant d'aller, avec Jeanne d'Arc, chasser les Anglais des places 
qu'ils occupaient encore sur la Loire K 

Richemont crut que c'était le moment de rentrer en scène. Il 
n'avait pas eu de peine à trouver, en Bretagne, dans le parti 
français, des seigneurs tout disposés à le suivre, comme le comte 
Guy de Laval, le sire de Lohéac, son frère, et le sire de Raiz, qui 
n'avaient pas voulu prêter serment de fidélité au roi d'Angle- 
terre ^. Après les avoir envoyés au duc d'Alençon, avec une nom- 
breuse troupe de gens d'armes, il partit lui-même pour prendre 
part aux opérations qui continuaient sur la Loire. Il emmenait 
400 lances et 8G0 archers, qu'il avait levés tant en Bretagne que 
dans ses terres du Poitou, avec nombre de notables chevaliers 
et écuyers, comme le comte de Pardiac, les seigneurs de Beau- 
manoir et de Rostrenen, Robert de Montauban, Guillaume de 
Saint-Gilles, Alain de La Feuillée, en un mot une belle et bonne 
compagnie, qui pouvait rendre de grands services *. On peut 
croire, en outre, que, pendant son séjour en Bretagne, il avait 
fait de nouveaux efforts auprès de Jean V pour le détacher de 
l'alliance anglaise, en lui montrant combien cette alliance 
deviendrait dangereuse, si les Français continuaient d'avoir le 
dessus. Ces considérations agirent assez sur le timide et prudent 
Jean V pour le déterminer à renouer quelques relations avec 
Charles YII et à ne point refuser d'autres secours *. 

Ces nouveaux services rendus au roi par Richemont, la certi- 
tude qu'il en pouvait rendre encore d'autres ne changèrent rien 
aux sentiments haineux de La Trémoille. Quand il apprit que le 
connétable était en marche, il ne songea qu'à l'arrêter. Il envoya 
au-devant de lui le sire de La Jaille, pour lui signifier l'ordre de 
ne pas avancer. On était dans les premiers jours de juin. On 
sait, par une lettre du comte de Laval ^ datée du 8 , qu'on parlait 

les habitants voulaient lui livrer (J. Stevenson, II, p. 85); mais le complot 
avait été éventé. En juin 1429, la rançon du duc n'était pas encore entière- 
rement payée. Il avait dû laisser comme otages plusieurs seigneurs qui 
furent alors conduits de Calais à Rouen par Ricliard Widville (Fr. 26032, 
n» 1107). - 

1. Vallet de V. Charles VII, II, 81. Fr. 10448, f" 50. 

2. Voy. Append. L, vers la fin. 

3. Gruel, 197. Le Baud, 466. J. Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, IV, 66, 178. 

4. Voir une lettre du comte de Laval [Preuves de Bretagne, II, col. 1224). 

5. Preuves de Bretagne, II, 1224. Jeanne était à Selles le 4 juin; elle en 
partit le 6 pour Orléans, le jour même où le duc d'Alençon arrivait à 
Selles (H. Wallon, J. d'Arc, 1, 187-188). Monstrelel ne connaît pas les intri- 



RICHEMONT REJOINT l'aRMÉE (1429, JUIN) 167 

de l'approche du connétable parmi les troupes que le duc d'Alen- 
çon avait réunies à Selles en Berry, avec le bâtard d'Orléans, le 
comte de Vendôme, Boussac, La Hire et Gaucourt, pour aller 
rejoindre Jeanne d'Arc à Orléans. Le sire de La Jaille rencontra 
le prince breton à Loudun. Alors, le prenant à part : « Monsei- 
gneur, lui dit-il, le roi vous ordonne de retourner à la maison, 
et, si vous êtes si hardi de passer outre, il vous combattra. 
— Ce que j'en fais, répondit simplement Richemont, est pour le 
bien du royaume et du roi; et je verrai qui me voudra combat- 
tre. — Il me semble, Monseigneur, que vous ferez très bien, » 
ajouta le sire de La. Jaille ^ 

Le connétable continua donc sa marche. Il traversa la Vienne 
à gué et arriva jusqu'à Amboise, où commandait Regnault de 
Bours, qui lui permit d'entrer dans la ville pour passer la Loire. 
Il avait appris ^, chemin faisant, que la Pucelle avait emporté 
Jargeau et fait prisonnier le comte de SufTolk ' (12 juin), A 
Amboise, on lui dit qu'elle avait aussi pris le pont de Meung 
(mercredi 15 juin) et qu'elle était venue, le même jour, mettre 
le siège devant Beaugency *. A celte nouvelle, il se hâta de mar- 
cher, par la rive droite du fleuve, sur Blois et de là sur Beau- 
gency. 

Quand il fut près de cette ville, il envoya le sire de Rostrenen 
et Le Bourgeois " demander un logement aux capitaines de 
l'armée royale. On vint lui dire que la Pucelle s'avançait, avec 
ceux du siège, pour le combattre. Use contenta de répondre que, 
s'ils venaient, il les verrait, et il continua sa route. Cependant 
la situation était des plus graves. La Trémoille, très inquiet à 
rapproche du connétable, dont il redoutait l'audace, avait quitté 
Chinon pour aller à Tours, puis à Loches, à Saint-Aignan, près 
de Selles, et enfin il s'était retiré dans sa ville de Sully '', où il 
était à l'abri de toute surprise. Il avait eu soin d'emmener avec 

pues de la cour, ni la situation du connétable à cette époque. Il dit, en 
effet, qu'après la délivrance d'Orléans le roi manda le connétable, le duc 
d'Alen(;on, etc. (Monstrelet, IV, 32i). 

1. Gruel, 197. 

2. Ilichemont était sans doute, tenu au courant par les Bretons qui se 
trouvaient à l'armée avec Jeanne d'Arc. Ainsi Le Bourgeois était à Jargeau, 
d'où il revint probablement vers le connétable, pour l'informer des dispo- 
sitions du duc d'Alcnçon à son égard (voir Quicherat, Procès de Jeanne 
d'Arc, IV, li, 170). 

3. II. Wallon, J. d'Arc, I, 190-192. Cousinot, 303, 304. Xia 1481, fo 13. Jar- 
geau, arrondissement d'Orléans. 

4. Arrondissement d'Orléans. 

5. Le Bourgeois, envoyé au secours d'Orléans, était allé re.trouver Riche- 
mont (Fr. 7838, f° 50 ; Procès de Jeanne d'Arc, IV, 170). 

6. Arrondissement de Gien. 



168 RICHEMONT REJOINT l'aRMÉE (1429, JUIN) 

lui le roi *, pour être bien sûr qu'on n'arracherait à sa faiblesse 
aucune concession fâcheuse et pour continuer de commander 
en son nom. Il est certain que la Pucelle et les chefs de l'armée 
avaient reçu l'ordre formel d'éloigner, par tous les moyens, le 
connétable ^ et rien ne prouve mieux la scélératesse du favori 
tout-puissant que sa conduite dans cette circonstance. Qu'allait- 
il arriver, si ses ordres étaient exécutés? Les intentions géné- 
reuses de Richemont n'allaient-elles donc aboutir qu'à jeter la 
discorde dans l'armée ? Les défenseurs de la France allaient- 
ils maintenant se combattre eux-mêmes et donner aux en- 
nemis ce spectacle qu'un général ancien déclarait digne des 
dieux ? 

Cependant la nouvelle de l'arrivée de Richemont avait mis 
toute l'armée en émoi. Parmi les chefs, les uns, comme le duc 
d'Alençon et la Pucelle, voulaient qu'on obéît aux ordres du 
roi; les autres, comme la Hire, Girault de La Pallière, le sire de 
Guitry, disaient qu'il serait insensé de refuser un secours dont 
on avait si grand besoin, au moment même où Talbot et Fastolf 
s'avançaient avec des renforts considérables ^. D'autre part, si 
l'on admettait le connétable, ne faudrait-il pas lui laisser le com- 
mandement de l'armée, auquel sa charge lui donnait droit? Le 
duc d'Alençon, qui tenait du roi ce commandement et qui en 
avait toute la responsabilité, déclara qu'il s'en irait, si l'on rece- 
vait le connétable *. Déjà il montait à cheval, ainsi que Jeanne 
d'Arc et plusieurs autres capitaines. Alors ceux qui avaient pris 
le parti de Richemont demandèrent à Jeanne ce qu'elle voulait 
faire, et, comme elle était d'avis de combattre le connétable, ils 
répondirent, s'il faut en croire Gruel, « que, si elle y alloit, elle 
trouveroit bien à qui parler, et qu'il y en avoit en la compaignie 
qui seroient plustost à luy qu'à elle, et qu'ils aimeroient mieux 
luy et sa compaignie que toutes les pucelles du royaume de 
France ^ » Cette déclaration, même formulée d'une manière 
moins discourtoise, ne pouvait manquer de produire un grand 
effet. Lutililé du secours qui s'offrait si à propos et lit trop 

1. M. Vallet de V. ne paraît pas avoir compris la situation, quand il dit 
qu'à la nouvelle de la prise de Jargeau, Charles VII fit un pas marqué vers 
Reims, selon les conseils de la Pucelle, en venant s'établir à Sully-sur^ 
Loire. {Hist. de Charles VU, t. II, 83.) 

2. H. Wallon, J. d'Arc, I, 197. 

3. Fastolf amenait 5000 h. de Paris. Ne pas oublier que, malgré lès succès 
de Jeanne d'Arc, on redoutait encore les Anglais, si longtemps invincibles 
(Wallon, /. d'Arc, l, 189). 

4. Le duc (i'Alençon avait d'ailleurs fait alliance avec La Trémoille en 
1428 (de Beaucourt, Charles VII, t. II, 163). 

fi.5. Gruel, 197. 



JEANNE d'arc ACCUEILLE LE CONNÉTABLE (1429, 16 JUIN) 169 

évidente pour qu'on la pût contester *. Fallait-il sacrifier aux 
rancunes de La Trémoille les intérêts les plus sacrés? Touchée 
de ces considérations, la Pucelle détermina le duc d'Alen^on lui- 
même à suivre le parti le plus sage, et ce redoutable incident se 
termina de la façon la plus heureuse (jeudi 16 juin). 

On marcha donc au-devant de Richemont. Bientôt on aperçut 
sa petite armée, qui s'avançait en belle ordonnance. Les deux 
troupes s'abordèrent près d'une maladrerie voisine de Beau- 
gency. Alors le duc d'Alençon, le bâtard d'Orléans, Guy, André 
de Laval et d'autres capitaines, s'approchant de Richemont, « lui 
firent grande chère »; puis, selon le récit de Gruel, Jeanne des- 
cendant de cheval devant le connétable, qui mit aussi pied à 
terre, vint lui embrasser les genoux. « Et lors il parla à elle et 
luy dit : « Jeanne, on m'a dit que vous me voulez combattre ; je 
ne scay si vous estes de par Dieu ou non. Si vous estes de par 
Dieu, je ne vous crains en rien, car Dieu sait mon bon vouloir ; 
si vous estes de par le diable, je vous crains encore moins ^. » Il 
ajouta qu'il n'avait d'autre intention que de servir le roi loyale- 
ment, qu'il n'avait rien fait pour mériter sa disgrâce, mais qu'il 
avait été victime de rapports perfides ; enfin il supplia Jeanne 
« de le recevoir pour le roi au service de sa couronne, pour y 
employer son corps, sa puissance et toute sa seigneurie, en luy 
pardonnant toute offense ^ » Dans ce moment, où il s'agissait de 
sauver la France, aucun sacrifice d'amour-propre ne coûtait à 
Richemont. Ce rude et fier Breton, qui d'ordinaire ne pliait 
devant personne, ce connétable qui avait le droit de commander 
à tous, se fût humilié devant La Trémoille lui-même, pour avoir 
seulement la permission de combattre, comme un simple capi- 
taine, parmi les autres défenseurs de la France ! La Pucelle 
reçut le serment du connétable ; les autres chefs se portèrent 
garants de sa fidélité, puis tous ensemble se rendirent au camp 
devant Beaugency *. 



1. II amenait 1000 à 1200 combattants, « qui estoit graat secours et aide; 
et en est ledit connestable bien à recommander, car ycy et en plusieurs 
aultres lieux a fait de grans services au roy. » C'est J. Chartier, l'histo- 
riographe de Charles VII, qui parle ainsi (Procès de Jeanne dArc, IV, 66). 
D'après une chronique du siège d'Orléans {ihid., p. 178), Richemont ame- 
nait 1500 combattants. 

2. Gruel. 197. 

3. Cousinot. 304-303. 

4. Gruel, 197. Cousinot, 304-303. Le Baud, 476. D'Argentré, 777. D. Mo-, 
rice, I, 507. H. Wallon, I, 196-197. Vallet de V., II, 83-84. J. Quicherat, 
Procès de Jeanne d'Arc. IV, 14, 66. J. de Waurin, Croniques de la grant 
Rretaigne, édition W. Hardy, London, 1879, t. V, p. 286. J. Chartier, III, 
209. Fr. 10448, î" 53 v, 54, 57, 58. 



170 CAPITULATION DE BEAUGENCY (1429, 18 JUIN) 

Les Anglais avaient évacué la ville pour défendre le pont et le 
château, que l'artillerie française battait depuis le matin. On ne 
donna pas de logement au conn;'table ; on décida qu'il ferait le 
guet pendant cette nuit, soin qui incombait, selon l'usage, aux 
nouveaux venus. Il y consentit de grand cœur, et, dit son bio- 
graphe, « ce fut le plus beau guet qui eût esté fait en France 
passé il y a longtemps ^ » 

Cependant Fastolf, qui avait amené 5 000 hommes de Paris, 
avait fait sa jonction, à Janville ^, avec Th. de Scales et Talbot. 
Celui-ci fit prévaloir impétueusement sa résolution de secourir 
Beaugency. A cette nouvelle, les Français décidèrent d'aller au 
devant de l'ennemi, puisque l'arrivée du connétable permettait 
de faire cette démonstration, sans trop dégarnir le siège. Le duc 
d'Alençon et la Pucelle, avec un corps d'environ 6000 hommes, 
s'avancèrent donc vers Meung '. Arrivés sur une hauteur, à 
quelque distance de cette ville, ils aperçurent l'armée anglaise, 
qui déjà se rangeait en bataille, mais ils conservèrent prudem- 
ment leur position, sans se laisser entraîner dans la plaine par 
ce courage téméraire qui avait déjà causé tant de malheurs. Les 
Anglais eurent beau les défier au combat. « Allez vous loger pour 
maishuy (aujourd'hui), leur fit répondre la Pucelle, car il est 
tard; mais demain, au plaisir de Dieu et de Nostre-Dame, nous 
nous verrons de plus près * » (vendredi 17 juin). Déconcertés 
par cette attitude et sachant d'ailleurs que leurs adversaires, 
avaient reçu des renforts, les chefs anglais et Talbot lui-même 
n'osèrent s'aventurer plus loin; ils retournèrent à Meung, pen- 
dant que les Français revenaient à Beaugency. 

En apprenant cette tentative infructueuse, les Anglais qui 
défendaient encore le pont et le château de Beaugency perdirent 
tout espoir d'être secourus. Vers le milieu de la nuit, le bailli 
d'Evreux, leur chef, fit proposer à la Pucelle une capitulation, 
qu'elle accorda, et le samedi matin, dès l'aube, les ennemis, au 
nombre de 500, se retirèrent avec armes et bagages, en s'enga- 
gsant à ne pas combattre de dix jours (samedi 18 juin) ^. 

Pendant cette même nuit, Talbot et Fastolf avaient assailli le 
pont de Meung; mais les Français qui l'occupaient, ayant reçu 
du connétable un secours de vingt lances avec les archers, résis- 

1. Grael, 197. Journée du vendredi 47 juin. 

2. Arrondissement de Chartres. 

3. Il semble résulter du silence de Waurin et de Gruel que Richemont 
ne prit pas part à cette reconnaissance et qu'il resta devant Beaugency, 
Meung, arrondissement d'Orléans. 

4. H. Wallon, J. d'Arc, I, 199. 

5. Gousinot, 303. Procès de Jeanne d'Arc, IV, 173. 



RICHEMONT POURSUIT LES ANGLAIS 171 

tèrent à toutes les attaques. Néanmoins, ils n'auraient pu tenir 
longtemps contre l'armée anglaise, si la capitulation do. Beau- 
geney n'eût permis de venir promptement à leur aide. De grand 
matin, quand les Anglais eurent évacué Beaugency, la Piicelle 
et tous les capitaines de l'armée montèrent à cheval, pour mar- 
cher sur Meung. Instruits de leur approche, Fastolf et Talbot, 
qui venaient d'apprendre la capitulation de Beaugency, résolu- 
rent d'abandonner aussi la ville de Meung. Dès qu'ils aperçu- 
rent l'avant-garde française, ils gagnèrent précipitamment les 
champs, pour réunir toutes leurs troupes, sans même emporter 
leurs vivres et leurs bagages, et commencèrent leur retraite en 
bon ordre K 

L'avant-garde française revint aussitôt vers le gros de l'armée, 
en disant que les Anglais s'en allaient, et on tourna bride pour 
rentrer à Beaugency. Déjà chacun se dirigeait vers son loge- 
ment, quand le sire de Rostrenen vint avertir le connétable que 
beaucoup de capitaines brûlaient de poursuivre les ennemis. 
« Si vous faites tirer votre estendard en avant, dit-il, tout le 
monde vous suivra ^. » Richemont ayant approuvé cet avis, la 
Pucelle et le duc d'Alençon décidèrent qu'on allait, sans plus de 
retard, poursuivre les Anglais et les attaquer, puisqu'on était en 
nombre. On ne mit à l'avant-garde que des cavaliers, tous bien 
montés, avec Saintrailles, La Hirc, Ambroise de Loré, le sire 
de Beaumanoir, Girault de La Pallière. Le corps de bataille était 
conduit par la Pucelle, le duc d'Alençon, le connétable, les 
sires de Laval, le maréchal de Raiz, le bâtard d'Orléans et Gau- 
court. L'armée s'avança rapidement à travers la Beauce, dans la 
direction de Janville, impatiente de rencontrer ces Anglais qu'on 
n'osait plus affronter auparavant en rase campagne. Jeanne com- 
muniquait à tous l'ardeur et la confiance qui l'animaient ; elle 
prédisait une victoire comme le roi n'en avait pas eu depuis long- 
temps. «Ah! beau connétable, disait-elle, vous n'êtes pas venu de 
par moi ; mais, puisque vous êtes venu, vous serez bienvenu. » 

Après avoir chevauché l'espace d'environ cinq lieues, l'avant- 
garde aperçoit les Anglais, qui s'étaient arrêtés dans un endroit 
situé entre le hameau de Ligaerolles et le village de Coinces, au 
sud-est de Patay ^. Entraînée par La Hire, elle culbute dans une 
charge impétueuse l'arrière-garde des Anglais. Tout le reste de 
l'armée française se précipite, avant que Fastolf ait pu rallier 
les fuyards. Talbot veut résister, avec les redoutables archers 



1. Gousinot, 306. Gruel, 197-198. X*" 1481, P 14. 

2. Gruel, 198. 

3. Arrondissement d'Orléans. 



172 BATAILLE DE PATAY (1429, 18 JUIN) 

qui avaient gagné tant de batailles ; il est entouré, fait prisonnier. 
Fastolf, avec le principal corps, essaie vainement de faire face 
et de rétablir l'ordre; il ne peut arrêter la déroute. Accablé de 
désespoir et de honte, il veut s'élancer au milieu des ennemis 
pour se faire tuer, et c'est à grand'peine qu'on le détermine à se 
retirer. Le vainqueur de Rouvray est forcé d'abandonner vaincu 
le champ de bataille, pour diriger la retraite. Poursuivi par les 
Français jusqu'à Janville, il voit celte place lui fermer ses portes, 
et il est obligé d'emmener les débris de ses troupes à Etampes, 
puis à Gorbeil. Les Anglais avaient perdu plus de 2 200 hommes 
et, parmi eux, quelques-uns de leurs capitaines les plus re- 
nommés, le fameux Talbot, pris par les archers de Saintrail- 
les, H. Branch, pris par le sire de Beaumanoir, Th. de Scales, 
Th. Ramston, Hungerford. Ils avaient perdu plus encore, leur 
réputation d'adversaires invincibles, la confiance en leur supé- 
riorité, le prestige qui faisait leur force. C'était donc là une 
grande victoire pour les Français ; ils étaient maintenant capa- 
bles de tout entreprendre, si l'on avait voulu tout oser. Nul n'était 
plus joyeux de ces éclatants succès que le connétable. Pour lui 
c'était une revanche de Pontorson, l'espoir d'une réconciliation 
avec le roi, le commencement d'une période nouvelle, où il en- 
trevoyait d'autres victoires ^ (samedi 18 juin). 

Après cette glorieuse bataille, les Français, accablés par la 
chaleur et la fatigue, prirent une nuit de repos à Patay, où 
couchèrent la Pucelle, le duc d'Alençon, le connétable et le 
comte de Vendôme. Le lendemain matin (dimanche 19 juin), 
l'armée victorieuse fit son entrée dans Orléans, au milieu d'ac- 
clamations enthousiastes. Les habitants croyaient que le roi 
allait venir et faisaient déjà des préparatifs pour le recevoir; 
mais La Trénioille craignait trop de perdre son influence despo- 
tique pour le conduire dans un milieu où il aurait pu céder 
à l'entraînement général. Il le retint dans son château de Sully, 
pour lui dicter toutes ses volontés. 11 sut l'exciter encore contre 
Richemont, en ne faisant ressortir à ses yeux que sa désobéis- 
sance. Quand la Pucelle vint elle-même, avec le duc d'Alençon 
et d'autres grands seigneurs, implorer pour le connétable la 
faveur de servir loyalement le roi et la France, elle essuya un 
refus blessant *. Richemont, qui attendait à Beaugency le ré- 

1. Cousinot, 307. Gruel, 198. H. Wallon, I, 202-205. Fr. 16286, f»^ 36a 
V, 364. Procès de Jeanne d'Arc, III, p. 11; IV, 13, 16, 67, 68. Consaux de 
Tournay, II, 334-333. Ms. 3039, f- 117 v% 118, à la blb. de l'Arsenal. Mar- 
tial d'Auv., I, p. 101. Chron. Martinienne, f» cclxxvi v°. Fr. 10448, î"^ 53, 56. 

2. Procès de Jeanne d'Arc, IV, 178-179. De Beaucourt, Charles VU, t. II, 
p. 222-223. Martial d'Auv., I, p. 103. 



RICHEMONT EST RENVOYÉ DE l'ARMÉE (1429) 173 

sultat de celte démarche, reçut l'ordre formel de s'en retourner. 
Il s'humilia jusqu'à envoyer auprès de La Trémoille les sires de 
Beaumanoir et de Rostrenen, pour le prier de permettre qu'il 
restât à l'armée. Ils lui dirent que Richemont « feroit tout ce 
qu'il luy plairoit, et fust jusques à le 'baiser aux genoux, mais 
oncques n'en voulut-il rien faire, et luy fît mander le roi qu'il 
s'en allast et que mieulx aimeroit jamais n'estre couronné que 
mondit seigneur y fust. » Le même ordre fut signifié au comte 
de Pardiac K 

Jamais La Trémoille ne fit plus de mal à la France qu'à cette 
époque, où il ne cessa d'entraver les efforts de Jeanne d'Arc et 
de ceux qui voulaient, comme elle, profiter de l'enthousiasme 
général pour hâter la libération du pays. Trop bien secondé par 
quelques autres conseillers du roi, notamment par le chancelier 
Regnault de Chartres, archevêque de Reims, il fit échouer tout 
ce qui contrariait son monstrueux égoïsme et ne recula peut- 
être devant aucune trahison ^. S'il n'avait pas éloigné, par dé- 
fiance, beaucoup de ceux qui accouraient en foule offrir leurs 
services au roi; s'il n'avait pas arrêté le merveilleux élan donné 
par Jeanne d'Arc à la nation entière, on eût peut-être entraîné 
la Bretagne, la Bourgogne et délivré la France de la domination 
anglaise. Tant qu'il resta au pouvoir, cette œuvre fut impos- 
sible ^. 

Quand La Trémoille n'eut plus à craindre la présence de 
Richemont, il consentit à ce que Jeanne d'Arc marchât sur 
Reims, et il la suivit avec le roi, qu'elle voulait faire sacrer. Le 
connétable eut donc la douleur de ne point prendre part à cette 
campagne glorieuse. Il voulut utiliser ses troupes en chassant 
de l'Orléanais les Anglais et les Bourguignons qui s'y trouvaient 
encore et mettre le siège devant Marchenoir, près de Blois. 
Alors les défenseurs de cette place envoyèrent vers le duc 
d'Alençon pour traiter avec lui; mais, quand Richemont, sur 
l'invitation de son neveu, se fut éloigné, ils refusèrent de tenir 
leur serment. Et ce ne fut pas le seul cas dans lequel on eut à 
regretter l'éloignement des comtes de Richemont et de Par- 
diac *. 

Après avoir quitté le duc d'Alençon, qui allait rejoindre 

1. Gruel, 198. J. Quicherat, Rod. de Villandrando , 37-38. Le comte de 
Pardiac eût amené la bande de Rodrigo, qui alla ravager le Midi. Sur 
cette campagne de Richemont, voir aussi Fr. 10448, f"» 53-38; Fr. 10449, 
f« 174-175. 

2. H. Wallon, J. d'Arc, I, 211, note 1. 

3. Procès de Jeanne d'Arc, IV, 70, 71. Cousinot 309, 313. 

4. Ck)usinot, 309. H. Wallon, J. d'Arc, I, 213. 



174 CAMPAGNE DE RICHEMONT EN NORMANDIE (1429) 

Jeanne d'Arc, le connétable revint à Parthenay *, toujours 
poursuivi par la haine de La Trémoille. On lui fermait les villes, 
les passages ; a et luy firent tout le pis qu'ils peurent, pour ce 
qu'il avoit faict tout le mieulx qu'il avoit peu ^ » Il eut la mor- 
tification de ne point assister au sacre de Charles VII, où l'épée 
que le connétable de France devait porter devant le roi fut tenue 
par Gh. d'Albert (17 juillet) ^ Quant à La Trémoille, il reçut 
alors, pour prix de ses services, le titre de comte *, Ces offenses 
réitérées n'empêchèrent point Richemont de se rendre utile. 
Au lieu de rester inaclif à Parthenay, où il ne dut faire qu'un 
séjour de courte durée, il employa ses troupes à combattre en 
Normandie contre les Anglais, pendant que la Pucelle marchait 
de Reims sur Paris (juillet-septembre) ^. 

Cette campagne de Richemont en Normandie est fort peu 
connue; son biographe n'en dit pas un mot, et les chroniqueurs 
n'en parlent pas assez ^ pour qu'on en puisse bien indiquer les 
détails, mais on entrevoit là un concert arrêté secrètement avec 
quelques chefs de l'armée royale, sans doute avec le duc 
d'Alençon, Il est certain qu'une diversion en Normandie pouvait 
avoir les effets les plus heureux et hâter la ruine des Anglais. 
Malgré son habileté, Bedford était aux abois. Manquant d'hom- 
mes et d'argent, réduit aux expédients les plus arbitraires \ 
il ne pouvait ni arrêter la marche victorieuse de la Pucelle à 
travers la Champagne, la Picardie, l'Ile-de-France, ni empêcher 
les défections qui se multipliaient; il sentait grandir en Nor- 

i. « Il retourna en son ostel de Partenay, lie et joyeulx de la journée 
(de Patay) que Dieu avoit donnée pour le roy et très marry de ce que le 
roy ne vouloit prendre en gré son service. » (Gagny, dans le Procès de 
Jeanne d'Arc, IV, 16.) 

2. Gruel, 198. 

3. XiM481,f'' 16. 

4. Gilles de Raiz fut fait maréchal et Guy de Laval créé comte, danè cette 
même circonstance (Xi" 8604, î" 108 vo; Vallet de V., Charles VII, II, 99). 
Gilles de Raiz avait promis fidélité à La Trémoille (Redet, Catal. de D. Fou- 
teneau, 329). C'est à tort que la chronique du Ms, fr. 23018 indique le comte 
de Richemont, en premier, parmi ceux qui assistaient au sacre (voir des 
fragments de cette chronique publiés par M, J. Quicherat dans le t. 19 
de la Revue historique, p. '74). 

5. D'après d'Argentré (p. 778), le roi, « pour déguiser son intention devers 
le connétable, lui envoya une commission pour, cependant qu'il serait à 
son sacre, prendre garde de la frontière de Normandie ». Le comte de 
Pardiac fut envoyé en Guyenne comme gouverneur et lieutenant du roi. 
La Trémoille voulait ainsi les séparer. Le connétable ne s'y trompa pas, 
mais il aima mieux accepter que de ne rien faire. {Procès de Jeanne dArc, 
IV, 46. Fr. 10148, f° S6 v.) 

6. Monstrelet, IV, p. 333-336 et 333. Procès, IV, 30, 48. 

7. Fr. 4488, f" 12-13, 133. Xi» 1481, f» 18. 



PROGRÈS DES FRANÇAIS (1429) " 17S 

mandie une agitation inquiétante ; il craignait de voir Rouen 
menacé en même temps que Paris '■ ; enfin il savait que le duc 
de Bourgogne, toujours sollicité par le duc de Savoie^ négociait 
avec Charles VII ^ 

Après avoir reçu d'Angleterre o 000 hommes, amenés à grand 
peine par le cardinal de Winchester ^ (25 juillet), Bedford essaya 
vainement d'arrêter les progrès de Jeanne d'Arc et faillit même 
livrer bataille près de Senlis. S'il n'est pas certain que la pré- 
sence de Richemont eût alors permis à l'armée française d'atta- 
quer Bedford dans ses positions, à Monlépilloy *, le 15 août, on 
voit que les nouvelles de Normandie causaient au régent les 
plus vives alarmes, puisqu'il se rendit dans ce pays, au mo- 
ment même ou la Pucelle arrivait à Saint-Denis (26 août) ^. 

Ces nouvelles étaient en effet très graves ; Cherbourg avait 
voulu se donner aux Français ^; ils menaçaient Evreux et plu- 
sieurs places des environs, Beaumont, Romilly, Couches ' ; au 
delà de la Seine, ils occupaient ou allaient prendre Dangu, 
Etrepagny, le château d'Aumale, Blangy, Beaucamp, d'où ils 
pouvaient faire des courses dans l'Ile-de-France et la Picardie ^; 
ils avaient des intelligences dans les grandes villes, à Paris ", à 
Rouen, et Bedford ne savait comment défendre à la fois et la 
Normandie et la capitale. Il fit venir à Vernon (fin d'août) des 
troupes, qu'il dirigea sur Paris en toute hâte '", et pourvut de 
son mieux à la défense de la Normandie ^* . 

Ce qui sauva les Anglais, plus encore que l'habileté du ré- 
gent, ce fut la coupable conduite de Charles VII et de ses conseil- 
lers. Non contents d'avoir fait échouer la tentative de Jeanne 

1. H. WaUon, I, 271. K 63, uo» T'e 25^ s et 8 bis. J. Stevenson, t. II, p. 111 
et suiv., 141. 

2. XiaSeOS, fo» 13, J4. Revue histor., t. XIX, p. 76-79. De Beaucourt, Char- 
les VU, t. II, p. 404 et suiv. 

3. Fr. 4488, f 199, et Xi» 1481, f" 16, 17. J. Stevenson, II, 111 et suiv. 

4. Arrondissement et canton de Senlis. Gruel, 198. Cousinot, 328-331. 

5. JJ 174, n» 339. 

6. Voy. Fr. 26052, n" 1120-1127, U4i. En avril, les Anglais assiégeaient 
Château-Gaillard. Voir des détails curieux sur ce siège dans Fr. 26031, 
n"' 1053, 1068, 1070, 1079, 1081. Fr. 23189, n° 3. JJ 175, n» 16. 

7. Voy. Fr. 26051, n» 1130, et Fr. 2G052, n»' 1164, 1188, 1190, 1192, 1194, 1195, 
1202, 1205, 1209, 1212, 1213, 1290. P. Cochon. 457-461, 465. Fr. 14S46, anc. 
S. F. 3795, f» 33 V. Beaumont-le-Roger, Romilly, Conches sont dans l'Eure. 

8. Fr. 26053, n^ 1326. JJ 175, n- 86, 191, 230. Aumale et Blangy, arron- 
dissement de Neufchâtel; Beaucamp, Dangu, Etrepagny, arrondissement 
des Andelys. 

9. XI» 1481, f» 18. JJ 175, n° 83. .Moreau, 705, f" 65. Chéruel, Hist. de 
Rouen. Rouen, 1840, in-S, p. 8i, 92, 93. 

10. K 63, nos 716^ 725. 

11. Fr. 26032, u" H6i, et Fr. 14346, f» 33 v». 



176 CONDUITE ODIEUSE DE LA TRÉMOILLE (1429) 

d'Arc sur Paris (jeudi 8 septembre) *, ils l'empêchèrent de mar- 
cher, avec le duc l'AIençon, sur la Normandie, prête à se sou- 
lever 2. C'est que La Trémoille craignait de voir la Pucelle et le 
duc d'Alençon se joindre au connétable pour réduire la Nor- 
mandie; il aimait mieux laisser aux Anglais cette province, 
dont la conquête semblait certaine, que de mettre en péril ses 
propres intérêts ^. Il est vrai que Charles VII négociait alors 
avec le duc de Bourgogne et même avec Bedford, mais sans 
succès *. Si les affaires de la France avaient été mieux con- 
duites, si le roi n'avait eu auprès de lui que des conseillers in- 
tègres, unis dans une même pensée, habiles à utiliser tous les 
moyens de réussite, les négociations avec Je duc de Bourgogne, 
appuyées par les victoires de Jeanne d'Arc et par l'influence 
personnelle du connétable, auraient pu aboutir à de tout autres 
résultats. Philippe le Bon était fort mécontent des Anglais ^ ; la 
Bretagne, qui était toujours française " et fournissait déjà des 
secours, n'eût pas été difficile à ramener; le duc Jean V lui- 
même eût cédé à l'entraînement général; mais Bedford, at- 
tentif à profiter des moindres fautes, sut regagner Philippe le 
Bon, et tout fut encore compromis '^ (octobre). 

Sans renoncer aux prérogatives de la régence, Bedford eut 
l'adresse de rejeter une partie du fardeau qui l'accablait sur 
le duc de Bourgogne, en lui donnant, avec le titre de lieute- 
nant général du roi Henri VI, la garde et le gouvernement 
de Paris et de la plupart des pays soumis à la domination an- 
glaise, moins la Normandie (13 octobre). Il retourna aus- 
sitôt après dans cette province (17 octobre) % pour reprendre 
les villes que les Anglais avaient perdues ", pendant que Jeanne 



1. Xia 1481, fois. 

2. Voy. Fr. 23189, no 3. On voulait livrer Argentan au duc d'Alençon. 

3. Wallon, J. d'Arc, I, 307-308. 

4. J. Stevenson, t. II, p. 126. Moreau, 705, f^ 71. Hist. de Bourg., IV, 131-133, 
et Preuves, lsxvui-lxxxi ; Coltecl. de Bourgogne, t. 99, f»» 241-243, 249-251. 
Les négociations avec le duc de Bourgogne furent poussées assez loin, 
mais il ne voulut pas traiter sans les Anglais. 

5. Hist. de Bourgogne, IV, 127-133, 

6. H. Wallon, /. d'Arc, I, 309 et 445. Le comte de Montfort, fils aîné du 
duc de Bretagne, devait amener des troupes à Charles VII {Arch. de la 
Loire-Inf., cass. 38, E, 103). 

7. Négociations avec Philippe le Bon. Hist. de Bourg., IV, 127-133, et Pr. 
H. Wallon, I, 270-273, 277-278, 287-288, et surtout Xi» 8605, f-^ 13 et 14. 

8. Philippe le Bon, arrivé à Paris le 30 septembre, repartit le 18 octobre, 
pour aller en Flandre recevoir sa fiancée, Isabelle, fille de Jean I""-, roi de 
Portugal. On sait que sa seconde femme, Bonne d'Artois, était morte en 
1425 (Xia 1481, f" 18). 

9. Fr. 26032, n« 1192, 1194, 1202, 1203, 1209-1213, 1221, 1290. 



JEANNE d'arc EST PRISE (1430, 24 MAl) 1T7 

d'Arc, retenue malgré elle sur la Loire et presque abandonnée, 
échouait devant La Charité K 

La guerre continua donc en Normandie et dans le Maine, où 
les Français avaient recouvré Laval (le 25 septembre) ^ Mais on 
ne sait quelle part y prit le connétable \ Il échoua dans une ten- 
tative sur Fresnay-le-Vicomte * et s'en retourna dans le Poitou. 
En revenant à Parthenay, il faillit être assassiné par un émis- 
saire de La Trémoille, un Picard, qui chevauchait auprès de 
lui, en le regardant sans cesse. Richemont, ayant remarqué les 
allures suspectes de cet homme, le fit arrêter, l'interrogea et le 
détermina, par une promesse de pardon, à confesser que La 
Trémoille lui avait promis de l'argent pour le tuer. « Allez, lui 
dit le connétable, en lui donnant un marc d'argent; allez et 
n'acceptez plus de telles commissions ^. » 

Richemont se tint donc sur ses gardes et continua de 
lutter contre les attaques et les intrigues de La Trémoille. Il 
semble impossible de pénétrer ces menées ténébreuses ^, mais 
on voit que le nouveau maire du palais n'a point de préoc- 
cupation plus constante que celle de maintenir son autorité 
despotique. Il écarte ou renverse quiconque lui porte om- 
brage; il essaye de suffire à tout par lui-même ; il laisse, pour 
ainsi dire, à leurs propres ressources les capitaines qui com- 
battent toujours en Normandie, en Picardie, en Champagne, 
comme le duc d'Alençon, La Hire, le comte de Clermont, le 
chevaleresque Barbazan ; il abandonne et trahit peut-être Jeanne 
d'Arc, qui est prise en défendant Compiègne (24 mai) ' ; il pour- 

1. H. Wallon, J. d'Arc, I, 312-313. JJ 174, n° 339. Qair. 8, fo 437. La Cha- 
rité, arrondissement de Cosne. 

2. Fr. 15512, f© l.Cousinot, 337. Il y avait à Laval « une belle et notable 
forteresse » que les ennemis n'avaient pu prendre (X*" 9201, fo» 22-23). 

3. La Hire prit d'assaut Louviers, dans la nuit du 7 décembre (Fr. 26060, 
no 2717, et P. Coclion, 463, à la suite de Cousinot). Les Français échouèrent 
devant Falaise et firent des courses jusqu'à Caen (Fr. 26052, n<" 1206 et 
1217). 

4. Arrondissement de Mamers (Sarthe). 

5. Gruel, 198. 

6. Du F. de Beaucourt {Revue des questions hist., livraison du l^' juillet 
1872, p. 81). Pour l'année 1430, on trouve fort peu de renseignements sur 
Richemont. Gruel ne dit presque rien, et sa chronologie n'est pas assez 
précise pour qu'on puisse bien voir la suite des événements. La guerre 
continuait dans le Poitou (X»» 9201, f" 8). 

7. H. Wallon, \, 330-337, 432-453. Valletde V., II, 132-155. X^» 1481, f- 27. 
Voir toutefois de Beaucourt, II, 232 et suiv. Les principales opérations 
militaires de 1430 sont : les sièges de Château-Gaillard, de Torcy (canton de 
Longueville, arrondissement de Dieppe), de Louviers. Elles sont fréquem- 
ment indiquées dans J. Stevenson, II, 128, 130, 136 et surtout dans lesMss, 
Fr. 25768, n"» 371, 403 et suiv. Fr. 25769, n" 458, 471 et suiv., 500 et suiv. 
Fr. 26052, n» 1225 et suiv. Fr. 26053, n" 1284, 1298 et suiv., 1374, 1401 et 

Richemont. 12 



178 LA TRÉMOILLE SE RAPPROCHE DE LA BRETAGNE (1430) 

suit de stériles négociations avec le duc de Bourgogne, avec 
Sigismond d'Autriche, au lieu de diriger ou seulement de suivre 
le généreux élan qui soulève les populations contre les Anglais, 
à Paris \ à Rouen, dans toute la Normandie, à Chartres ^; mais 
il ne perd pas de vue ses ennemis personnels, et, comme il sent 
peser sur sa fortune insolente la ténacité du connétable, c'est 
surtout contre lui qu'il tourne ses efforts. 

Après avoir échoué dans ses négociations avec le duc de Bour- 
gogne ^, La Trémoille se retourna du côté de la Bretagne, soit 
qu'il désirât sérieusement arriver à une entente avec le duc 
Jean V et avec Richemont, soit qu'il voulût attirer celui-ci dans 
un piège •*. Le roi envoya donc en Bretagne, vers le commence- 
ment de 1430;, l'archevêque de Tours, Philippe de Goetquis, 
Renaud Girard, son maître d'hôtel, et Richard Pocaire, bailli de 
Sentis °, pour proposer un arrangement avec le comte de Riche- 
mont, sans doute aussi pour obtenir des secours de Jean V et le 
détacher des Anglais. C'était vers le temps où Jeanne d'Arc écri- 
vait aux habitants de Reims, le 28 mars, que toute la Bretagne 
était française et que le duc devait envoyer au roi 3000 combat- 
tants payés pour deux mois ^. Après avoir consulté son frère 
Artur, le duc envoya aussi des ambassadeurs auprès du roi, qui 
était alors à Jargeau. Il fut convenu que Richemont et La Tré- 
moille auraient une entrevue entre Poitiers et Parthenay; mais 
le connétable, craignant quelque mauvais dessein, ne jugea pas 
prudent d'aller à cette conférence. Il y envoya '' trois de ses plus 
dévoués partisans, Louis d'Amboise, vicomte de Thouars, Ant. 
de Vivonne et André de Beaumont, seigneur de Lezay. 

suiv. K 63, nos lo, 12, 12 bis. Le siège du Mont- Saint-Michel continuait 
(mêmes sources et Chron. du Mont-Saint-Michel, publiée par S. Luce). 

1. P. 13382, fo 353. J. Stevenson, I, 34. Xi» 1481, fo 25 v». Après la prise 
de la Pucelle, le roi et ses conseillers « se trouvèrent plus abessiez de bon 
vouloir que par avant ». Ils ne songeaient qu'à traiter avec le duc de 
Bourgogne et avec l'Angleterre (Cagny, dans le Procès de Jeanne d'Arc, IV, 37) . 

2. Fr. 26053, no» 1313, 1425. 

3. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 401 et suiv. Consaux de Toumay, II, 
343-343, 

4. D. Morice, I, 309. 

5. Xia 8604, fo 102 v». Preuves de l'hist. de Bretagne, II, 1226. 

6. Procès de Jeanne d'Arc, V, 160-162. H. Wallon, /. d'Arc, I, 445. Les An- 
glais ménageaient beaucoup le duc de Bretagne, car Henri Vil rendit 
des terres voisines de Paris et l'hôtel de la Petite-Bretagne, à Paris, donnés 
au comte de Salisbury et revenus, après sa mort, au domaine royal (Porfe/". 
Font., 115-116, au 10 juin). Henri VI était en France depuis le 23 avril (J. Ste- 
venson, II, 140 ; XI» 1481, f- 26). 

7. Probablement vers la fin de juin. Le 30 juin, payement fait à un mes- 
ager envoyé par le roi, de Jargeau, au vicomte de Thouars (Fr. 26 033, 

■ n» 1365). 



MANŒUVRES DE LA TRÉMOILLE (1430) 179 

Ces envoyés suivirent la cour à Gien, à Sens, puis encore à 
Gien (juillet-octobre 1430) % moins, peut-être, pour négocier sincè- 
rement que pour trouver l'occasion de tenter quelque entreprise 
contre le mortel ennemi du connétable. S'il faut ajouter foi aux 
accusations portées plus tard contre eux, ils auraient essayé, 
plusieurs fois, d'enlever La Trémoille et même de le tuer; bien 
plus, ils auraient voulu s'emparer de la personne du roi, le con- 
duire à Amboise, ville qui appartenait au vicomte de Thouars, et 
rendre ainsi le pouvoir au comte de Richemont. Ces accusations, 
pour être exagérées, ne sont pas tout à fait invraisemblables. 
Il est fort possible que les amis de Richemont aient tramé un 
complot contre La Trémoille; mais celui-ci était trop défiant pour 
ne pas les faire arrêter, s'il eût soupçonné la moindre tentative 
de leur part. Et puis, il leur manqua peut-être le concours le 
plus indispensable, celui de la reine Yolande. 

Cette princesse était fort irritée contre le duc de Bretagne, qui, 
après avoir obtenu la dissolution d'un mariage antérieurement 
arrêté entre sa fille Isabelle et le jeune roi de Sicile *, donnait 
alors la main d'Isabelle à Guy de Laval (l^' octobre). On peut 
supposer que La Trémoille ne fut pas étranger à cette affaire. 
Il craignait et détestait la reine de Sicile ; il avait intérêt à for- 
tifier en Bretagne le parti de Charles VII, en se créant d'utiles 
alliances. La maison de Laval était dévouée au roi^ elle était 
puissante, et Guy de Laval, devenu le gendre de Jean V, pouvait 
neutraliser l'influence de Richemont. Yolande et ses fils (René 
et Charles), gravement offensés, songèrent d'abord à la ven- 
geance. Malgré les protestations de Jean V, ils furent sur le point 
de lui déclarer la guerre. Il fallut que le connétable vînt lui- 
même à Champtocé, avec son frère Richard, pour apaiser le 
ressentiment de sa protectrice et faire prévaloir les considéra- 
tions poUtiques, en préparant une autre alliance de famille entre 
les maisons d'Anjou et de Bretagne ^. On continua donc de s'ob- 
server, de jouer au plus habile. Le duc de Bretagne travailla 
encore au rétablissement de la paix générale. Il envoya vaine- 
ment des ambassadeurs au roi d'Angleterre, aux ducs de Bour- 
gogne et de Savoie *. En outre, il fut décidé qu'on essayerait de 

1. Le 30 août 1430, Richemont est àFontenay (Fr. 8819, f» 37). 

2. Fr. 11542, f»' 6, 9, 11. Guy XIII, comte de Laval, fils de J. de Mont- 
fort et d'Anue de Laval (Anselme, I, 456; YII, 74). Voir ci-dessus, p. 49 et 
note 3. 

3. D. Lobineau, I, 584. Fr. 11542, P^ 9, 10. Vers cette époque, le 8 sep- 
tembre, Henri VI donne à Bedford le duché d'Anjou, le comté du Maine 
et la vicomte de Beaumont-le-Roger (Xi'' 1481, f» 34 vo et Xi» 8605, fo 15). 

4. Le duc de Bourgogne, qui avait reçu de Henri VI la Champagne et la 
Brie (JJ 174,- fo 53 ; X^» 8605, fo 15), n'était pas encore satisfait des Anglais 



180 LA TREMOILLE VA EN BRETAGNE (1431) 

s'entendre avec La Trémoille et qu'on le ferait venir en Bretagne. 
Le soupçonneux ministre, tout en désirant cette entrevue, n'y 
consentit qu'en exigeant les garanties les plus rassurantes, c'est- 
à-dire des otages, comme Richard^ comte d'Etampes, Alain de 
Rohan, L. de Laval *, et des sauf-conduits signés par le duc de 
Bretagne, le comte de Richemont, le comte de Laval, etc. *. Ces 
concessions, ces démarches, qui devaient flatter l'orgueil de La 
Trémoille, montrent bien que le duc de Bretagne et le conné- 
table désiraient une réconciliation. Maintenant que Jeanne d'Arc 
était prisonnière, Richemont aspirait plus que jamais à reprendre 
son commandement, pour atténuer la gravité de ce désastre. 

Vers la fin de 1430 ou le commencement de 1431, La Trémoille 
partit en magnifique appareil, avec les sires de Trêves et d'Ar- 
genton et Poton de Saintrailles, pour conduire en Bretagne 
l'ambassade dont il était le chef ^. Il ne s'aventura pas bien loin, 
car c'est à Ghamptocé *, sur les frontières de la Bretagne et de 
l'Anjou, qu'il eut une conférence avec Jean V. Il fut convenu que 
le comte de Laval irait servir le roi avec un certain nombre de 
gens d'armes et de trait, qu'il couvrirait les marches de l'Anjou 
et du Maine et que le duc contribuerait à la solde de ces troupes ^. 
A la suite de cette conférence, il y eut même un traité par lequel 
Jean V et La Trémoille s'engagèrent à se défendre et à s'aider 
réciproquement (22 février 1431) ®. On ignore les autres détails 
de cette entrevue, notamment en ce qui concerne la réconcilia- 
tion avec Richemont. 

Il est impossible que cette question n'ait pas été abordée pen- 
dant la conférence de Ghamptocé; mais il faut croire qu'elle ne 
put être résolue à la satisfaction de La Trémoille, car il ne tarda 
pas à donner au connétable de nouvelles preuves de sa haine. 
Revenu auprès de Charles VII, à Saumur, La Trémoille fit enlever 

(J.Stevenson, II, 136, 16i-181; Hist. de Bourgogne ,\y ; Preuves,ixxxy-i.xyi\y\\; 
D. Morice, I, 512). 
i. Frère de Guy et d'André de Laval. 

2. Jean V envoya demander au connétable, à Parthenay, le sauf-conduit, 
que rapporta aussitôt le héraut Montfort (Fr, 11342, f«s 10, 11; D. Lobi- 
neau, I, 383). Voir, dans les Preuves de Vhist. de Bretagne (II, 1230), la 
lettre de La Trémoille demandant des otages. (Voir aussi Portef. Fontanieu, 
113-116, au 3 décembre, et Fr. 2714, fo 103). Le 3 décembre,- Charles VII 
donne un sauf-conduit pour les otages ; le 6, La Trémoille s'engage à les 
mettre en liberté dès qu'il sera revenu de Bretagne {Arch. de la Loire-Inf., 
cass. 34, E, 93, et Arch. des aff. étr., t. 362, f^ 76 v», 77). Ces otages furent 
gardés au château de Loches par Jacques de Pons (Fr. 20684, P 547). 

3. Clairambault, t. 203, f» 8773, 8773. Fr. 11542, fos 10, 11. 

4. Canton de Saint-Georges sur-Loire, arrondissement d'Angers. 

5. Fr. 11542, f» 24. 

6. L'original est aux Arch. de la Loire-Inf,, cass. 76, E, 181. 



CONDAMNATION DE L. d'AMBOISE (1431, MARS) 181 

à Richemont la terre de Dun-le-Roi, qui avait été donnée en 
douaire à sa femme, puis il emmena la cour à Poitiers, et, là, il 
fit arrêter L. d'Amboise, Ant, de Vivonne et André de Beaumont 
(mars 1431) *. On sait déjà de quels crimes ils furent accusés. Le 
parlement, réuni en présence du roi au château de Poitiers, les 
condamna tous les trois à la peine capitale, comme criminels de 
lèse-majesté (8 mai 1431). André de Beaumont et Antoine de 
Vivonne furent décapités aussitôt; quant à L. d'Amboise, on lui 
fît grâce de la vie. Après examen de la cause dans le grand con- 
seil, où furent appelés les présidents et « conseillers laiz » du par- 
lement, un arrêt prononcé en présence du roi, au château de 
Poitiers, releva L. d'Amboise de la peine de mort; mais ses biens 
meubles et immeubles furent confisqués. Enfermé dans son propre 
château d'Amboise, puis au château de Ghâlillon-sur-Indre, où il 
fut très durement traité pendant neuf mois environ, il n'obtint 
sa liberté que pfus tard, avec une partie de ses biens, sur les solli- 
citations de la reine Yolande et de son fils Charles d'Anjou *. 

Louis d'Amboise, vicomte de Thouars, comte de Benon, sei- 
gneur de Talmont, d'Olonnes, de Mauléon, de Montrichard, de 
l'île de Ré, de Marans ', etc., était un riche et puissant seigneur, 
ayant de grands domaines dans la Touraine, le Poitou, la Sain- 
tonge, et, certainement, un des plus précieux alliés du connétable. 
André de Beaumont et Ant. de Vivonne * avaient aussi combattu 
dans le Poitou contre La Trémoille. En les frappant, c'était bien 
Richemont lui-même qu'il voulait atteindre, comme le prouve 
d'ailleurs l'arrêt rendu contre André de Beaumont ^. « Iceluy de 
Beaumont a eu congnoissance que Vun de nos officiers de grant 

1. Ordou. XVI, 464-466. X»» 8604, fos 121-122. J 366, n" l, 2, 3. Fr. 21302, 
au 28 mars 1430, a. st. On laissa du moins au connétable les revenus de 
la seigneurie de Dun-le-Roi (Xi* 8604, f»s 104, V 105). 

2. Les lettres de restitution furent données à Tours en septembre 1434 
(XI» 8604, fos 121-122; P 2298, fo^ 689-693). 

3. Il était fils d'Ingerger II d'Amboise, et il avait épousé Marie de Rieux, 
fille de Jean III de Rieux, dont il eut trois filles, Françoise, Péronnelle et Mar- 
guerite d'Amboise (Anselme, Vil, 122; Pièces orig.^ t. 47, dossier Amboise, 
nos 57^ 62, 63). Voir aussi H. Imbert, Histoire de Thouars, Niort, 1871, 
gr. in-8, p. 155-156. 

4. X2» 21, fo 136 v». 

5. Cet arrêt est le plus curieux des trois. André de Beaumont y est 
encore accusé d'avoir fait la guerre dans le Poitou, d'avoir pillé, robe, etc., 
d'avoir tenu des gens d'armes dans son château de la Roche de Nesle et 
d'avoir recommencé la même conduite, après avoir obtenu des lettres de 
rémission par l'entremise de Barbazan (J 366, no 1 ; voir aussi les n^s 2 et 3; 
Fr. 16534, f"s 51-71, J 186b, fo 20). André de Beaumont, baron de La Haye, 
écuyer et chambellan du roi, avait épousé Jeanne de Torsay, dame de 
Lezay, fille de J. de Torsay, maître des arbalétriers (cabinet des titres ; 
Trésor généalog. de D. Villevieillc, t. 11, f" 126 v»). 



482 CONDAMNATION DE L. d'AMBOISE (1431, MARS) 

authorité a eu, dès longtemps, voulenté et affection d'entre- 
prendre le gouvernement de nous et de nostre royaume et, pour 
parvenir à ce, de prendre ledit seigneur de La Trémoille et 
iceluy, avec ses adhérans estans en nostre service, mettre hors 
de nostre compaignie, etc. » A. de Beaumont a su encore que 
« ce grant officier », avant la venue de la Pucelle, a voulu mettre 
des gens d'armes en une place près de Loches, pour prendre La 
Trémoille, qu'ensuite il a voulu soustraire la Pucelle de la com- 
pagnie du roi, etc. *. Ne croirait-on pas que c'est le connétable 
lui-même qui est en cause dans ce jugement? Quant à La Tré- 
moille, la veille du jour où ses trois victimes furent condamnées 
à mort, il s'était fait donner par le roi des lettres de rémission 
qui l'absolvaient de tous ses méfaits antérieurs et le mettaient, 
pour l'avenir, à l'abri de toute poursuite ^ Il pouvait maintenant 
s'enrichir des dépouilles du prisonnier, ainsi que son frère Jean 
de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, qui avait épousé une sœur 
de L. d'Amboise ^ Il fit donner d'abord à son frère ce qu'il lui 
plut de réclamer au nom de sa femme *, et il se réserva la garde 
des places qui devaient revenir au seigneur de Jonvelle, pour 
faire plus facilement la guerre dans le Poitou ^. 

La condamnation des amis de Richemont ranima la guerre 
entre lui et l'impudent ministre, qui venait de lui jeter ce nouveau 
défi. La ville de Thouars ayant été livrée au roi dès le 14 mai 

1. Fr. 16334, fo 61 et suiv. 

2. JJ 177, no 180, De Beaucourt, Revue des quest. histor., livraison de 
juillet 1872, p. 83, note 1, et Hist. de Charles VU, t. II, p. 274-273. A cette 
époque, G. de La Trémoille et sa femme sont gorgés de dons par le roi 
(voir dossier La Trémoille, aux dates du 10 décembre 1429 et du 10 février 
1431 a. st. ; Clairambault, t. 204, fo» 8763, 8763, et t. 203, P^ 8767-8779, et de 
Beaucourt, p. 79, note 3. En outre, G. de La Trémoille, grand chambellan 
du roi, avait une pension ordinaire de 12 000 écus par an. (Voir Clairam- 
bault, t. 203, fo 8779; Xi» 9192, fos 26 vo et 27). 

3. Voir dossier La Trémoille, à la date du 8 décembre 1429; Ms. fr. 
7838, fos 8 et 9. Anselme, Vil, 121. Pièces orig., t. 50, no 466. 

4. Fr. 2293, à l'année 1431. J 183, nos 142-146. X^a 9194, fo» 8 et 24 v». 
PP 118, fo» 20, 21. Pièces orig., t. 47, dossier Amboise, n" 63. Voy. Ap- 
pend. LIV. 

5. C'est à sa haine contre Richemont et à la cupidité qu'il faut attribuer 
la conduite de Georges de La Trémoille envers L. d'Amboise tout autant 
qu'au ressentiment de n'avoir pu obtenir pour son fils aîné la main de 
Françoise d'Amboise, fille de L. d'Amboise. En effet, le fils aine de La Tré- 
moille, Louis de La Trémoille, était né vers 1431 (Anselme, IV, 166, G). En 
tout cas, il ne pouvait avoir que deux ou trois ans, puisque sa mère, Cathe- 
rine de L'Isle-Bouchard, la veuve du sire de Giac, ne s'était remariée avec La 
Trémoille que vers la fin de 1427. Plus tard, le fils aîné de La Trémoille épousa 
une fille de L. d'Amboise, mais ce fut sa troisième fille, Marguerite d'Am- 
boise, et ce mariage n'eut lieu qu'en 1446, le 22 aoiit, trois mois après la 
mort de Georges de La Trémoille (Anselme, IV, 163 et 166, et VII, 122). 



RIGHEMOÎST PROTÈGE LA FAMILLE DAMBOISE (1431) 183 

par son capitaine, Jacques de Montberon ^ la femme de Louis 
d'Amboise, Marie de Rieux, fut chassée de cette ville et s'enfuit 
à Mauléon ^. Elle implora le secours du connétable, qui donna 
aussitôt asile à sa malheureuse parente au château de Parthenay . 
Il sut intéresser aussi le duc de Bretagne à la cause de la famille 
d'Amboise ; il acheva la réconciliation de Jean V avec la maison 
d'Anjou, par un traité entre le duc et Charles, comte de Mor- 
tain, fils (de Yolande (4 mai) ; il appela auprès de lui des seigneurs 
bretons, Rostrenen, Beaumanoir, avec un grand nombre de che- 
valiers et d'écuyers, et se prépara sans retard à une guerre inévi- 
table ^. Pour protester contre la condamnation de L. d'Amboise 
et le couvrir d'une protection puissante, il fît conclura le mariage 
de Françoise d'Amboise, fille aînée du vicomte de Thouars, avec 
Pierre de Bretagne, second fils de Jean V et qui devint lui-même 
duc en 1430. Le traité de mariage fut signé le 21 juillet. Par ce 
même acte, le connétable institua son neveu Pierre de Bretagne 
héritier de la plus grande partie de ses terres, pour le cas où il 
mourrait sans enfants légitimes *. 

Pierre de Bretagne, né le 7 juillet 1418, n'avait encore que 
treize ans ; Françoise d'Amboise, née le 9 mai 1427, n'en avait que 
quatre °. Bien que la guerre exigeât la présence de Richemont 
dans le Poitou, il conduisit lui-même en Bretagne la jeune fiancée. 
Il voulait aussi terminer une autre afi'aire à laquelle il attachait la 
plus haute imporlanee, le mariage de son neveu François, comte 
de Montfort, fils aîné de Jean V et héritier présomptif de la cou- 
ronne de Bretagne, avec Yolande d'Anjou, fille puînée du roi de 
Sicile, Louis II. Une première convention avait été conclue à Re- 
don, le 13 mars. Le traité définitif fut signé le 14 août à Angers, par 
la reine Yolande, et le 20 à Nantes par le duc Jean V ^. Le ma- 
riage fut célébré à Nantes quelques jours après, avec une grande 

1. Anselme, VII, 17, E. 

2. Aujourd'hui CMtillon-sur-Sèvre, ch.-l. de cant. de l'arrondissement 
de Bressuire. Voir Expilly, Dict. géog., aux mots Mauléon-en-Poitou et 
Chatillon (t. IV, 630 et II, 328). 

3. Arch. de la Loire-Inf., cass. 76, E, 179, et Arch. des aff. étr., t. 362, 
f"» 77-78. Fr. 8819, f» 3 vo. Fr. 11542, f» 13. X'» 8, au 7 avril 1431. JJ 177,'; 
fos 122, 126. Jean V continuait encore les négociations avec le roi et avec 
La Trémoille {Arch. de la Loire-Inf., cass. 3i, E, 93; D. Lobineau, I, 387; 
Fr. 11342, fûs 11, 12, 13, 15). 

4. Fr. 11342, fo' 6, 12. Arch. de la Loire-Inf., cass. 4, E, 10. 

3. On trouve ces renseignements dans le magnifique livre d'Heures de 
P. de Bretagne (Ms. lat. 1139, P 173). . 

6. Arch. de la Loire-Inf., cass. A, E. 10, Preuves de Vhist. de Bretagne, II, 
col. 1237 et s. Du 9 au 17 août, Richemont est encore à Parthenay (Fr. 8819 , 
^^49 et 54). Ce mariage n'eut pas lieu à Amboise, comme le dit M. dte ^ 
Beaucourt, t. II, 283. 



184 GUERRE DANS LE POITOU (1431) 

magnificence. Le comte de Richemont y assistait, avec son frère, 
Richard, comte d'Etampes, et le duc d'Alençon *. Peu aupara- 
vant, Richard avait donné sa fille aînée, Marie de Bretagne, à P. de 
Rieux, dit de Rochefort, maréchal de France et oncle de la vicom- 
tesse de Thouars. Jean de Rieux, le frère aîné de Pierre, avait 
servi sous le connétable ^, qui s'attacha davantage cette famille, 
en lui procurant cette union brillante avec une princesse de sa mai- 
son. Après avoir ainsi resserré le faisceau d'alliances que La Tré- 
moille avait failli rompre, Richemont revint dans le Poitou, 
emmenant avec lui son neveu P, de Bretagne àParthenay, où le 
jeune prince demeura longtemps avec sa belle-mère, la vicom- 
tesse de Thouars, et la duchesse de Guyenne. 

Après le mariage de sa fille, la reine Yolande, accompagnée 
des envoyés de Jean V, alla trouver le roi à Saumur, pour essayer 
encore de le réconcilier avec Richemont ^ ; mais le moment n'était 
pas opportun (septembre). La guerre sévissait plus que jamais 
dans le Poitou et la Saintonge. La vicomtesse de Thouars avait 
d'abord recouvré Marans, Benon et l'île de Ré, où se logèrent les 
seigneurs deRostrenen etdeBeaumanoir; mais La Trémoille avait 
envoyé le sire d'Albret comme lieutenant général du roi, avec 
l'amiral de Gulant, un grand nombre de Gascons, des Écossais 
et autres gens d'armes qui entrèrent d'emblée dans « l'île de Ma- 
rans * ». Beaumanoir et Rostrenen, n'ayant que des forces insuf- 
fisantes, durent se retirer à Fontenay-le-Gomte. Marans ° et 
Benon * furent repris sans grande résistance, par le sire d'Albret, 
qui alla ensuite à La Rochelle, pour assiéger une place voisine, 
Chatelaillon, appartenant au connétable. Elle fut rendue, trop 
facilement à ce qu'il semble, par son capitaine, car Richemont 
lui fit couper la tête pour s'être mal défendu '. 

Ces échecs avaient été compensés par la prise de Gençay, et 
cette guerre civile continuait partout entre les places de La Tré- 
moille et celles du connétable, sans résultat profitable pour eux, 



1. Fr, 11542, fo 13. D. Lobineau, T, 587. 

2. Anselme, VII, 765, 766, 806, 807. Jean et Pierre de Rieux étaient fils de 
Jean II de Rieux et de J. de Rochefort, baronne d'Ancenis, — Jean III de 
Rieux mourut en 1432. Sa fille Marie était femme de L. d'Amboise. Voir 
ci-dessus, p. 181, note 3. 

3. D. Lobineau, I, 588. Fr. 11542, fo 13. 

4. Fr. 20684. fo- 556 vo, 557, 559. La ville de Marans était entourée de 
marais qui en faisaient pour ainsi dire une île (voir Corneille, Diction, 
univ., Paris, 1708, in-f», t. II, 599). 

5. Arrondissement de La Rochelle. 

6. Id. 

7. Portef. Fontanieu, 115-116, au 24 septembre. Fr. 20684, f»' 547, 569, 
571. JJ 178, ^'2, 3. 



MÉDIATION INUTILE DE LA REINE YOLANDE (1431) 185 

mais au grand détriment de la France. Avec les forces qu'on 
usait de part et d'autre dans cette lutte odieuse, on aurait peut- 
être délivré Jeanne d'Arc, qu'on avait laissé brûler à Rouen 
(30 mai 1431) ^ On aurait pu sauver Louviers, repris par les An- 
glais (25 octobre) après un siège mémorable, qui est le plus 
grand fait militaire de l'année 1431 ^. Au lieu de cela, on favorisait 
les progrès de l'ennemi. Abattus par les désastres soudains que 
lui avait infligés la Pucelle, les Anglais s'étaient relevés, grâce à 
La Trémoille, et ils reprenaient l'avantage avec les troupes que 
Bedford ' avait récemment fait venir d'Angleterre (avril). La 
reine de Sicile, dont l'influence était trop souvent annulée par 
celle du favori, obtint enfin du roi un arrangement d'après lequel 
Châtelaillon devait être rendu au connétable, Gençay à La Tré- 
moille et la ville de Mauléon mise en séquestre entre les mains 
de Prigent de Goëtivy. La Trémoille, mécontent de ces condi- 
tions, fit attaquer Marans. Richemont, croyant la guerre finie, 
avait renvoyé en Bretagne les troupes que son frère lui avait 
prêtées ; il dut lui demander de nouveaux secours. Le duc fit 
partir le sire de Penhoet, amiral de Bretagne, qui débarqua dans 
l'île de Ré avec des forces considérables. Richemont s'étant aussi 
avancé pour secourir Marans, les assiégeants se retirèrent *. 

Au milieu de tous ces troubles Richemont reçut une lettre 
de son frère Jean V, qui l'appelait en Bretagne, pour combattre 
le ducd'Alençon, leur neveu. Ce jeune prince, alors âgé de vingt- 
deux ans, était d'un caractère généreux, mais ardent et téméraire. 
Il réclamait depuis longtemps au duc de Bretagne 30 000 écus 
qui restaient encore à payer sur la dot de sa mère, Marie de Bre- 
tagne, duchesse d'Alençon. Jean V s'était obligé à verser cette 
somme, le 3 juin 1431 ^. Comme il tardait trop à tenir ses engage- 
ments, le duc d'Alençon chercha un moyen de l'y contraindre. Il 

1. On faillit bien s'emparer de Rouen l'année suivante (Fr. 20384, n" 19). 
J. Stevenson, II, 202. Fr. 26033, n^^ 1738, 1768, 1772, 1791. Le Bourgeois 
de Paris, 281. 

2. Ms. Fr. 20877, n» 32. Sur le siège de Louviers, voir Fr. 23769, n"' 393- 
600. Fr. 23570, n<" 612, 652. K 63, n» 13^2 et s. JJ 173, n»» 132, 148. Fr. 26034, 
n<" 1548, 1558, 1339, 1377, 1381-1630. Fr. 26033, n«' 1664, 1679, 1686. J. Ste- 
venson, II, 188. Clair., 67, fo 5213. Le Bourgeois de Paris, p. 273. Autres 
faits militaires : J 173, n" 13, n» 354. K 63, n^ 13*. Fr. 26034, n»» 1578, 1593, 
1606, 1612, 1642. Fr. 26055, n^» 1665, 1682, 1689, 1691, 1699, 1701, 1768, 
1769. Vallet de V., Charles F//, t. II, 245 et s. 

3. Fr. 23769, nos 537, 388, 393-597. Fr. 23770, n° 617. Fr. 26054, m» 1584, 
1385. 

4. D. Mor., I, 514, et D. Lobineau, I, 388. Fr. 11342, fos 13, 16, 17, 18. Il y 
eut même des Anglais que le duc de Bretagne envoya pour défendre l'île 
de Ré et qu'il rappela ensuite pour le siège de Pouaucé (Fr. 11342, fo 30^\ 

5. Arch. de la Loire-Inf., cass. 4, E, 10. Anselme, I, 272, 273. 



186 LE DUC d'ALENÇON enlève J. de MALESTROIT (1431, SEPT.) 

paraît qu'il forma d'abord le projet d'enlever son cousin François 
de Bretagne, comte de Montfort, quelque temps après avoir assisté 
à son mariage, mais qu'il n'en put trouver l'occasion. Ayant ap- 
pris que J. de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bre- 
tagne *, revenait de son ambassade auprès de Charles VII, il l'at- 
tendit un soir dans la lande de Garquefou, à environ deux lieues 
de Nantes, l'arrêta, lui et les autres envoyés, et après les avoir frap- 
pés, blessés, dépouillés, les conduisit, pendant la nuit, à son châ- 
teau de Pouancé, où il les retint en prison (29 septembre) ^. 
On voit encore ici la main de La Trémouille. Il n'avait pas réussi à 
gagner le duc de Bretagne ; il n'avait pu l'empêcher d'envoyer des 
secours à Richemont dans le Poitou, et on sait s'il était incapable 
de conseiller une action déloyale ^. Il est à remarquer que plus 
tard, pour se disculper, le duc d'Alençon prétendit avoir agi 
d'après les ordres de Charles VII *. Il est vrai qu'il fut en cela hau- 
tement désavoué par le roi; mais ce qui n'est pas moins certain, 
c'est que La Trémoille promit et donna au jeune duc des se- 
cours, à condition qu'il ne traiterait pas avec Jean sans la per- 
mission du roi ^. 

Après avoir plusieurs fois exhorté son neveu à remettre ses 
prisonniers en liberté ®, le duc de Bretagne comprit qu'il ne triom- 
pherait de son obstination que par la force, et, comme il savait 
bien que le duc d'Alençon serait soutenu par le roi de France *', 
il s'adressa, de son côté, au roi d'Angleterre. Cette querelle prit 
ainsi des proportions inattendues. Bedford, qui craignait de voir 
la Bretagne lui échapper, accueillit avec empressement la de- 



1. Alain Bouchard dit que le chancelier était « moult riche d'or et d'ar- 
gent » (édition gothique de 1S41, fo 166). 

2. Monstrelet, V, H, 12. Gruel, 199. 

3. Le chancelier revenait alors de l'ambassade pendant laquelle il s'était 
joint à la reine de Sicile, pour traiter de la paix entre le roi et le conné- 
table, avec P. Eder, J. Prigent, Alain Coaynon et le roi d'armes Malo (Ms. 
fr. 11342, f« 13). Cette arrestation du chancelier, qui devait amener une 
guerre entre les ducs de Bretagne et d'Alençon, coïncide avec la tentative 
faite sur Marans. On voit quel intérêt avait La Trémoille à susciter une 
diversion dans ce moment, puisque le connétable dut envoyer au duc Oli- 
vier de Cleux, pour lui annoncer que ses forteresses étaient en voie de 
perdition (Fr. 11512, fo 17). 

4. « Eodem duce de Alençonio dicente et asserente predicta fecisse et 
perpétrasse de mandato predicti régis Francité. » {Arch. du marquis du 
HaÛay-Coetquen, Paris, 1831, in-8, p. xvii, 31, 60.) 

3. Portef. Font., 113-116, janvier 1432. JJ 227, no 84. 

6. Il envoya pour cela plusieurs fois Alain Coaynon près de lui (Fr. 11542, 
f" 16). 

7. Le duc envoya aussitôt vers Charles VII et Yolande annoncer l'arres- 
tation du chancelier (Fr. 11542, fo^ 13 et 18). 



JEAN V COMBAT LE DUC D^ALENÇON (1431) 187 

mande de Jean V et lui envoya, dès le mois de décembre 1431, 
des troupes commandées par Fastolf, Th. de Scales et Wil- 
loughby '. Des forces considérables, auxquelles se joignirent les 
Anglais, furent réunies à Ghâteaubriant, sous le commandement 
du comte de Laval, gendre et lieutenanl général de Jean V. Malgré 
la rigueur d'un hiver très froid, l'armée bretonne alla mettre le 
siège devant Pouancé-, vers la fin de décembre 1431, ou dans les 
premiers jours de janvier 1432. Le duc d'Alençon s'y était enfermé, 
avec sa mère, sa sœur et sa femme, qui faisait alors ses couches s. 
Quand il vit que la place était sérieusement menacée, il laissa le 
commandement au bâtard de Bourbon et s'enfuit pour aller à Châ- 
teau- Gonthier, réunir d'autres troupes et presser Charles VII de 
lui fournir les secours promis. Il demandait 2 000 combattants et 
s'engageait à faire en personne la guerre à son oncle et à ne 
point traiter avec lui sans l'autorisation du roi \La Trémoille lui 
envoya des troupes commandées par deux capitaines des plus 
renommés, le bâtard d'Orléans et Raoul deGaucourt, qui entrè- 
rent dans Pouancé, pour défendre cette place '^. 

Cependant le connétable, avec le comte d'Etampes, était aussi 
venu au siège, moins pour y prendre une part active que pour 
essayer de mettre fin à cette déplorable querelle **. La contrariété 
de se trouver à côté des Anglais, l'affection qu'il portait à sa 
sœur, la duchesse d'Alençon, et à son neveu, le désir de déjouer 
cette nouvelle machination de La Trémoille activaient ses efforts 
et ses démarches. La garnison de La Guerche ', place qui appar- 
tenait au duc d'Alençon, ayant pris et incendié le Plessis-Guérif *, 

JLFr. 26056, no 1994. (Payement fait par le duc de Bretagne à Fastolf et à 
Willoughby.) Voir aussi Fr. 11542, f* 16, 17, 18, 21, 22. Henri VI envoya 
encore le bâtard de Salisbury, J. Herpelay, bailli de Caen, etc. (Fr. 11342, 
fos 26 et 27). II y avait même des Écossais à ce siège [ib.). 

2. Arrondissement de Segré (Maine-et-Loire). 

3. Marie d'Orléans, fille de Cli. d'Orléans. Elle mourut peu après. 

4. Voy. AppencL, LV. 

3. C. Port, Inventaire des archives de la mairie d'Angers, Paris, 1861, 
in-8, p. 180. Fr. 11342, f»» 13, 16, 17, 18, 21, 22, 23-29. Preuves de Bretagne, 
H, 1234. J 227, no 84. Fr. 26036, n" 1994. JJ 173, no 186. Pièces orig.,l. 1292, 
dossier Gaucocrt, 29110, n" 34 (Lettres patentes de Charles VII ordonnant 
de payer 3000 florins à R. de Gaucourt, pour les dépenses qu'il a faites, à 
cause d'un certain nombre de gens darmes et de trait que, par le com- 
mandement du roi, il a menés vers le duc d'Alençon « pour le secourir à 
rencontre des Anglois et Bretons qui estoient à siège devant ses ville et 
chastel de Pouencey, où estoient mesdames sa mère et sa femme »). 

6. Au siège de Pouancé, Richemont n'avait que 13 hommes d'armes el 
13 hommes de trait (Fr. 11342, fo» 28, 29 ; Preuves de l'hist. de Bretagne, 
II, 1233). 

7. Arrondissement de Vitré. 

8. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1232-53. 



188 RICHEMONT RÉCONCILIE JEAN V ET LE DUC d'ALENÇON (1432) 

OÙ se trouvaient des Anglais et des Bretons, Jean V envoya des 
renforts et le siège fut poussé plus vivement. Le duc d'Alençon 
essaya de secourir Pouancé, mais il fut battu et mis en fuite. 
Alors Richemont usa de toute son influence pour faire différer 
l'assaut et pour déterminer son neveu à s'entendre avec le duc 
de Bretagne , en lui proposant sa médiation. Il fît entrer dans 
ses vues le brave Ambroise de Loré, capitaine de La Guerche \ 
qui avait toute la confiance du jeune duc et qui sut triompher 
de ses hésitations. Celui-ci chargea Loré d'aller négocier avec le 
duc de Bretagne à Ghâteaubriant ^ et de lui porter, avec une lettre 
respectueuse, des propositions acceptables. De leur côté, Riche- 
mont et le comte d'Etampes faisaient les plus vives instances au- 
près de Jean V. Ce prince craignait de mécontenter les Anglais ; 
pourtant il finit par céder aux sollicitations de ses frères. Il par- 
donna au duc d'Alençon, qui vint auprès de lui à Châteaubriant. 
Un traité fut conclu le 19 février 1432 ; le chancelier et les autres 
prisonniers furent mis en liberté, et le siège fut levé dès le 22 fé- 
vrier. Un mois après, le 29 mars 1432, le duc d'Alençon fit 
amende honorable au chancelier dans la cathédrale de Nantes 
et fut absous du sacrilège qu'il avait commis. Ainsi se termina 
une querelle qui aurait pu avoir des suites beaucoup plus graves, 
sans l'heureuse intervention du connétable ^. 

En même temps, le duc de Bretagne et le comte de Richemont 
faisaient une nouvelle tentative pour traiter avec Charles VII, qui 
avait soutenu le duc d'Alençon, afin que la paix fût entièrement 
rétablie *. Cette fois, La Trémoille ne put pas ou ne voulut pas y 
mettre obstacle. Il continuait de négocier avec le duc de Bour- 
gogne, et il savait que ce prince n'abandonnerait pas le duc de 
Bretagne ^ Il avait, en somme, échoué dans le Poitou et la Sain- 



1. Fr. 11542, P 19. Nicole Gilles, t. II, fo 93 vo. 

2. Fr. 11542, f» 28. 

3. Voir surtout la curieuse pièce latine publiée dans la brochure intitu- 
lée : Archives du marquis du Hallay-Coètquen, Paris, 18S1, in-8, p. xviï de 
la notice et p. 51-60 des textes. Voir aussi D. Lobineau, I, 589-591. D. 
Morice, I, 514-516, e.i Preuves, u, 1248-1250. Du Tillet, Recueil des roys de 
France, II, 350. Le Baud, 482. D'Argentré, 783. Le duc de Bretagne dut 
payer à Bedford le service des troupes anglaises (Fr. 11542, f» 23). 

4. Ils s'entendirent d'abord avec Gaucourt et de Brusac, qui vinrent à 
Rennes (Fr. 11542, f» 30). 

5. Sur les négociations avec le duc de Bourgogne, voir Hist. de Bour- 
gogne, IV, 154-156, 159-62 et Preuves, Ixxxv-cvni. Par un traité conclu le 
13 décembre 1431 avec Charles VII, Philippe le Bon consent à une trêve, 
mais en se réservant le droit de fournir 500 lances au duc de Bedford et 
500 au duc de Bretagne {Hist. de Bourgogne, IV, 156, et Preuves, cvui-cix; 
J. Stevenson, II, 196; Collection de Bourgogne, t. 99, fo« 273-279,281-290, 
293-307 ; de Beaucourt, Charles VII, t. II, p. 439 et suiv., notamment p . 442. Le 



BEDFORD VEUT GAGNER RICHEMONT (1432) 189 

tonge, où Richemont et Jean V étaient soutenus par la plupart 
des nobles et des villes '. Enfin il n'ignorait pas que Bedford était 
disposé à faire les plus grands sacrifices pour retenir dans son 
alliance Philippe le Bon et Jean V, et qu'il songeait même à ga- 
gner Richemont et le comte d'Etampes ^ « Il semble que l'on 
devroit très diligemment envoier devers le duc de Bretagne, afin 
de le entretenir et qu'il se veuille déclarier et emploier à la voye 
de guerre et aussi de retraire le comte de Richemont, Richard 
de Bretaigne et leurs subgiez qui ont esté et sont au service du 
dauphin '. » Cet avis, donné après beaucoup d'autres *, au gou- 
vernement anglais par le duc de Bourgogne, n'est pas la seule 
preuve de l'importance que Bedford et Philippe le Bon attachaient 
à cette question. D'autres documents ^ nous révèlent tout un plan 
dont l'exécution eût été funeste à Charles VII. Former une union 
plus étroite avec les ducs de Bourgogne et de Bretagne et leurs 
frères et alliés; donner à Jean V le Poitou, qui est voisin de son 
pays ; faire en sorte que le comte de Richemont résigne son office 
de connétable de Charles VII, pour devenir le connétable de 
Henri VI, en lui offrant « le duché de Touraine, le conté de 
Saintonge, le pays d'Aunis et la ville de La Rochelle, avecques 
les terres et seignories que tient le seigneur de La Trémoille au 
pays de Poitou, de Saintonge et autres choses ; » établir ainsi des 
communications faciles avec les Anglais de Guyenne ; attaquer 
les Français à" l'ouest et au nord, en confiant 3 000 hommes à 
Richemont, tandis que le duc de Bourgogne opérerait à l'est vers 
le Berry ; contraindre Charles VII à s'enfuir dans le Languedoc 
et à n'être même plus le petit roi de Bourges ; tels étaient les pro- 
jets de Bedford ^. 

Si secrets qu'ils fussent, La Trémoille ne pouvait les ignorer," 
puisque son frère le sire de Jonvelle le tenait au courant de tout 
ce qui se passait à la cour de Bourgogne. Il est certain que 
Philippe le Bon fut chargé par Bedford de sonder Jean V et son 
frère Artur et de leur faire des propositions séduisantes, « en y 
gardant toujours les meilleurs termes, à l'onneur desdiz seigneurs 
de Bretaigne et de Richemont que faire se pourraif^ » . Déjà Henri VI 

duc de Bourgogne avait envoyé Jean Tirecoq auprès du duc de Bretagne 
et du comte de Richemont (de Beaucourt, t. II, 444, note 5). 

1. Voy. Append., LVI. 

2. Arch. de la Loire-Inf., cass. 47, E, 121, et Portef. Font., 113-116, à la 
date du 7 janvier 1431-32. 

3. Ms. fr. 1278, f» 46 v. 

4. Voir par exemple Fr. 1278, f»» 12-14. 

5. Voy. Append., LVI. 

6. Voy. Append., LVI. 

■ 7. J. Stevenson, II, l'" partie, 227, 229. 



190 TRAITÉ DE REiNNES (1432, 5 MARS) 

avait donné le Poitou au duc de Bretagne (7 janvier 1432), en 
considération des bons services -que celui-ci promettait de lui 
faire ^; déjà Th. de Scales, qui était à Rennes, avec un millier 
de combattants, se préparait à entrer dans le Poitou ^, et Gilles 
de Bretagne, le troisième fils de Jean V. allait se rendre en An- 
gleterre ^. Si Richemont n'avait consulté que l'ambition et la 
vengeance, s'il avait accepté les offres du gouvernement anglais 
il aurait pu faire à la France un mal incalculable. La Trémoille 
n'osa le pousser à bout. Il chargea Raoul de Gaucourt et Re- 
gnauld Girard, seigneur de Bazoges, d'aller s'entendre avec 
Jean V et avec le connétable, pour mettre fin à tous les débats et 
« apaisier toute voie de fait w dans la Bretagne et le Poitou *. Dès 
le 5 mars, les clauses du traité furent arrêtées à Rennes. Voici 
les principales : 

Le comte de Richemont et ses gens, officiers, vassaux, servi- 
teurs « demeureront paisibles » et pourront aller librement, en 
toute sécurité, par tout le royaume. 

Tous procès pendants en la cour de Poitiers contre le comte 
de Richemont demeureronten état jusqu'à la Saint-Martin d'hi- 
ver 1433 ^ 

Le comte de Richemont aura les aides qui seront mises sur ses 
terres deParthenay et de Fontenay, pendant deux ans entiers, en 
déduction et payement de ses gages. 

Il cessera de faire battre monnaie en la ville de Parthenay et 
ailleurs. 

On lui rendra « réellement et de fait» la châtellenieet le châ- 
teau de Châtelaillon et les autres places fortes de la seigneurie 
de Fontenay qui lui ont été prises ; mais il sera tenu de rendre 
le château de Gençay au sire de La Trémoille, « auquel l'en dit 
ledit chastel appartenir. » 

1. Arch. de la Loire-Inf., cass. 47, E, 121. Preuves de l'hist. de Bre- 
tagne., II, col. 1247. — Jean V s'engage, le 20 mars, à rendre le Poitou à 
l'Angleterre contre 200 000 1. (Fr. 2858, f» 93). 

2. Fr. 11542, f» 30. Th. de Scales ne fit pas cette expédition dans le 
Poitou. 

3. Issues of the Excheq., p. 419. Fr. 11542, f» 23. Rymer, IV, 4'= partie, 
p. 184. Moreau, 705, f"s 95-96. 

4. Fr. 11542, f-s 20, 30. 

5. Xia 9200, f" 42. 11 y avait alors un procès devant le parlement de 
Poitiers entre J. Harpedenne, seigneur de Belleviile, et Artur de Bre- 
tagne. Le parlement avait déclaré, le 14 mars, que messire Artur viendrait 
défendre au lendemain de Quasimodo, « toutes exeusationsce&sans et soubz 
peine d'être décheu de défenses » (X^a 9194, f» 9 v°). Richard de Bre- 
tagne, qui avait un procès avec Jacques de Surgières et un autre avec 
Isabelle de Vivonne, veuve de Cli. d'Avangour, aura aussi un délai d'un an 
(Xia 9194, fo 2; J 245, n<> 102; Xi» 9200, f»' 42, 155 v). 



TRAITÉ DE RENNES (1432, MARS) 191 

Les villes et châtellenies de Gien, Montargis, Dun-le-Roi, ap- 
partenant, à cause de douaire, à Mme de Guyenne, et qui sont 
actuellement en la main du roi seront restituées au comte de Ri- 
cheraont, à moins que le roi ne préfère lui en donner d'autres de 
même valeur, ce qu'il ne pourra faire que sur l'avis et ordon- 
nance de la reine de Sicile, du duc de Bretagne et du bâtard 
d'Orléans . 

On rendra réciproquement aux serviteurs et sujets du roi, du 
duc de Bretagne et du comte de Richemont ce qui leur a été pris, 
et ils ne seront point inquiétés pour les faits passés. 

Le roi s'engage à faire savoir au comte de Richemont tout ce 
qu'on pourrait dire pour exciter son indignation contre lui,« afin 
qu'il s'en puisse excuser et désblâmer. » 

Quant au mariage de P. de Bretagne avec la fille de L. d'Am- 
boise, dont La Trémoille demandait la rupture, le duc promet 
de ne point l'accomplir sans l'avis et assentiment du roi. Ladite 
fille est loin d'être en âge de contracter mariage, et, s'il lui vient 
quelque succession, le duc ne souffrira pas que, pour cette cause, 
ses gens fassent la guerre au roi ni à ses pays. 

Prigent de Goëtivy aura la garde de la forteresse de Mauléon, 
de par le roi, auquel il fera serment de la tenir eu son obéissance 
et de n'y mettre ou laisser entrer aucunes gens qui fassent la 
guerre au pays, ou à Marie de Rieux, ou au duc de Bretagne, ou 
au comte de Richemont. 

Le roi n'y pourra mettre, avant dix ans, aucun autre capitaine 
que Goëtivy. 

Marie de Rieux pourra résider dans la seigneurie de Mauléon, 
et elle en aura les revenus. 

Enfin le roi, le ducde Bretagne et le comte de Richemont s'en- 
gagent réciproquement à ne se faire aucune guerre, aucun dom- 
mage, non plus qu'à leurs serviteurs, sujets et alliés. 

Signé le 5 mars à Rennes par Jean V et par Richemont, ce traité 
fut ratifié le 25 mars, à Redon, par le duc de Bretagne, qui ex- 
prima, en outre, l'intention que la reine de Sicile, le duc d'Alen- 
çon, les comtes d'Armagnac et de Pardiac y fussent compris ^ 
Cet arrangement si avantageux pour Richemont semble présager 
la fin de sa disgrâce. Il avait eu gain de cause pour lui-même et 
pour ses alliés ; il était, plus que jamais, soutenu par la maison 
d'Anjou, dont l'influence grandissait; il gagnait de nouveaux 
partisans, comme R. de Gaucourt, qui lui rendra bientôt de plus 
grands services; enfin il évitait de se compromettre avec les An- 
glais, que Jean V voulait envoyer dans le Poitou. 

1, Voy.^ppend.jLVII. 



192 TRAITÉ DE RENNES (1432, MARS) 

Quant à La Trémoille, s'il ne viola pas lui-même les engage- 
ments pris par le roi, il ne les fît pas respecter par Jean de La 
Roche ^ Déjà, au mois de mars 1432, un traître, nommé JeanBe- 
luteau, avait été décapité, puis pendu au gibet de Fontenay,pour 
avoir voulu livrer ou faire prendre la ville de Mervent. Il avait 
été arrêté par H. de Villeblanche. 

En juin, Prigent de Goëtivy fût envoyé de Redon à Angers par 
le duc Jean V, pour obtenir que les frontières de Bretagne ne 
fussent plus inquiétées par les routiers de J. de La Roche *. Alors 
celui-ci, avec Pierre Regnaud de VignoUes, frère de La Hire, sur- 
prit Mervent le jour de la Pentecôte (8 juin 1432) 3, Le connétable, 
prévenu aussitôt, réunit toutes ses forces à Vouvant. Huit jours 
après, Mervent était assiégée par Prigent de Goëtivy, lieutenant 
de Richemont, et réduite à capituler ^. Ce fut un des derniers épi- 
sodes de cette guerre, qui, par la faute de La Trémoille, avait 
trop longtemps désolé la Saintongeet le Poitou ". 

Retiré à Parthenay ^, où il resta longtemps, le connétable 
avait toujours les mêmes préoccupations, hâter, par tous les 
moyens possibles, la chute de La Trémoille et la conclusion de 
la paix entre Charles VII et le duc de Bourgogne, deux projets 
dont la réalisation n'était point facile. 

La situation de La Trémoille, bien que battue en brèche par 
Yolande, semblait encore assez forte pour défier toutes les atta- 
ques. En Normandie, dans le Maine, dans l'Ile-de-France, les 
capitaines de Charles VII résistaient à Willoughby et au comté 
d'Arondel ' ; ils défendaient vaillamment les places que Bedford 
voulait reprendre, Lagny, Bonsmoulins, Saint-Evroult, Chail- 
loué, 0, Saint-Géneri, d'où Amboise de Loré les harcelait sans 

i. J. de La Roche, seigneur de Barbezieux, avait été nommé sénéchal du 
Poitou le 23 novembre 1431 (Xia 8604, f» 111 ; J. Quicherat, Rod. de Vil- 
landrando, 115; JJ 178, f» 62). Le mardi 27 novembre, le Parlement décide 
que J. de La Roche, nommé sénéchal de Poitou, sera reçu à prêter ser- 
ment en cette qualité devant la cour, malgré l'opposition de J. de Com- 
born, seigneur de Trignac (voir X*» 9194, f» 2 v°). 

2. Fr. 8819, f» ol v». Fr. 11542, f» 20. 

3. Le capitaine de Mervent était L. Moisen (Fr. 8819, f»'' 1, 51 v«). Mer- 
vent, arrondissement de Fontenay-le-Comte. 

4. Fr. 8819, f» 47 v. Prigent VII, seigneur de Goëtivy, était fils d'Alain III 
de Goëtivy, qui avait servi sous le connétable et avait été tué au siège de 
Saint-James-de-Beuvron, en 1425. Olivier de Goëtivy, frère puîné de Prigent, 
servit aussi sous le connétable. Quant à Prigent, il avait été nommé, le 
21 avril 1431, capitaine de Rochefort-sur-Gharente (Anselme, VII, 842, 44, 
45). 

5. JJ 177, f» 163. JJ 178, fo 13. 

6. Fr. 8819, f» 55 r- et v. 

7. Fr. 26055, n» 1733. Fr. 26056, n<" 1861, 1918, 1969, 1983, 1987. JJ 175, 
nos 142, 265. 



GUERRE CONTRE LES ANGLAIS (1432) 193 

cesse, depuis Alençon jusqu'à Gaen; ils avaient pris Rambures *t 
d'où ils faisaient des courses dans le pays de Gaux * ; ils avaient 
enlevé par surprise le château de Rouen, qu'ils avaient bientôt 
perdu, il est vrai (février-mars) ^; mais le bâtard d'Orléans et 
Gaucourt s'étaient emparés de Ghartres (12 avril) *, et le régent 
lui-même, en couvrant le siège de Lagny, commencé depuis plus 
de trois mois, avait été complètement vaincu, le 10 août ^, En 
même temps, le duc d'Alençon reprenait les armes et assiégeait 
Laigle ^. La prise de Montargis par les Anglais (août 1432) ' ne 
fut pour eux qu'une compensation bien insuffisante, mais ce fut 
une nouvelle perte pour Richemont, car le roi, d'après le traité 
de Rennes, devait lui rendre cette ville. Jean de Villars, qui 
en était le capitaine, avait laissé surprendre le château, peu 
après le traité du 5 mars *. On supposa que cette place eût été 
mieux défendue, si elle n'avait pas dû être restituée au mortel 
ennemi de La Trémoille. 

On peut dire qu'en somme la fortune de l'Angleterre bais- 
sait peu à peu. Loin d'être relevée par la mort de Jeanne d'Arc, 
elle avait subi une nouvelle atteinte, et ce « meurtre judiciaire 
avait été le prix de la rédemption de la France ^ ». A mesure 



1. Sur ces faits, voir : Fr. 25770, n»' 647, 687, 691, 710. Fr. 11542, f« 24, 
K 63, n- 1912, 1915.16. Fr. 26035, no» 1723, 1728, 1734, 1749, 1760-1778, 1783, 
1803, 1813, 1833-1848. Fr. 26036, n»» 1903-1909, 1924, 1953, 1990, 2004, 2020. 
Portef. Fon<., 113-116, au 27 mai 1432. J. Chartier, 1,150. S. Luce, Chronique 
du Mont-Saint-Michel, l, ^S, noie 3. Lagny, arrondissement de Meaux. Bons- 
moulins, arrondissement de Mortagne.Ily avait là un des plus beaux et des 
plus forts châteaux de la Normandie (Fr. 23712, n» 310). Saint-Evronlt et 
0, arrondissement d'Argentan. Chailloué, Saint-Géneri, arrondissemeai 
d'Alençon. Rambures, arrondissement d'Abbeville. 

2 Fr. 26033, n<" 1768, 1769. 

3. Fr. 26035, n" 1758, 1772, 1791. Fr. 20584, n» 19. J. Stevenson, 11,202. 
Ms. Duchesne, 79, f» 348 v». 

4. Monstrelet, V, 21-25. Le Bourg, de Paris, 282. E. de Lépinois, Hist. 
de Chartres, 1854-1858, 2 vol. in-8, t. II, 81-84. 

5. Sur le siège de Lagny, voir JJ 173, n» 133. J 183, n» 142. Fr. 26035, 
n»8 1826, 1844, 1847, 1850, 1853, 1856, 1837, 1863, 1873. K 63, n» 19i*. Fr. 
1968, f» 148. Meyer, Commentarii, 179. Le Bourg, de Paris, 285-287. 

6. Fr. 26033, n<" 1890, 1978, 

7. Montargis fut pris par François Surienne,dit I'Aragonais,et parPerrinet 
Grasset. Fr. Surienne reçut 10 000 saluts d'or que Bedford lui avait pro- 
mis, s'il prenait cette place (voir J. Stevenson, t. II, 2° partie, p. 427-429). 
Les Anglais entrèrent par le château, qui était confié à la garde des habi- 
tants. Ceux-ci avaient envoyé chercher « les gens du roy, qui ne furent 
les plus forts » (Z»a 14, f» 109 r« et v»). En 1438, Surienne vendit Mon- 
targis à Charles VII. 

8. Peu après, les Anglais prirent aussi Provins (le Bourg, de Paris, 288- 
289). 

9. By putting to death J. Darc, the duke of Bedford terminated the En^ 

Richemont. 13 



194 DISPOSITIONS DU DUC DE BOURGOGNE 

que la guerre était moins Heureuse, elle devenait de plus en plus 
impopulaire au delà du détroit. Le Parlement anglais ne voulait 
plus accorder ni troupes ni argent ^ Une courte apparition du 
jeune roi Henri YI (novembre 1431-janvier 1432), son couron- 
nement à Paris (16 décembre 1431) n'avaient pas rendu aux 
Anglais le prestige qu'ils avaient perdu ^. Si la France, malgré 
ses divisions, donnait encore ces preuves de vitalité, que ne 
pourrait-elle faire avec un gouvernement meilleur, et surtout 
quand elle n'aurait plus à combattre le duc de Bourgogne? 
En attendant qu'il pût trouver l'occasion de renverser La 
Trémoille, le connétable continuait donc d'agir auprès de Phi- 
lippe le Bon, pour le décider à faire la paix avec Charles VII. 

De ce côté, les circonstances paraissaient assez favorables. 
Le duc de Bourgogne trouvait que la reconnaissance de l'An- 
gleterre n'était pas à la hauteur des services qu'il lui rendait; il 
disait qu'elle laissait trop lourdement peser sur lui et sur ses 
sujets le fardeau de la guerre ; il s'en plaignait au roi Henri VI. 
Bedford, tout en essayant de satisfaire au?^ exigences d'un allié 
indispensable, éprouvait une irritation mal dissimulée. Philippe 
le Bon n'ignorait pas ces dispositions, et il comprenait aussi que 
la guerre deviendrait de plus en plus ruineuse pour lui, à me- 
sure que la France reprenait des forces. Dans ces dernières an- 
nées, il n'avait pas eu que des succès. Son allié Louis de Ghâlon, 
prince d'Orange ', soutenu aussi par le duc de Savoie, avait été 
battu à Anthon * par R. de Gaucourt, en voulant faire la con- 
quête du Dauphiné (11 juin 1430); les Bourguignons avaient dû 
lever le siège de Gompiègne ^ ; ils avaient encore été défaits pai" 
Barbazan près de Ghappes ^, par Saintrailles près de Germigny ^ 



glish ascendency in France. The judicial murder of Joan is the price of 
the rédemption of France (J. Stevenson, t. I, Préf., p. lxui). 

1. J. Stevenson, I, Préf., p. lxiv. Rolls of parliament, IV, 390. Le Parle- 
ment de Paris réclamait en vain plusieurs années de gages qu'on ne lui 
payait pas et refusait parfois de rendre la justice (X^a 1480, f» 341 ; X^» 1481 , 
fos 22 v, 34, 35, 40, 44 v, 46, 49, 50 v», 51, 54, 55, 60, 65, 95). 

2. Henri VI fit son entrée à Paris le dimanche 2 décembre 1431 (le BoUrg. 
de Paris, p. 274-279). Xia 1481, f» 46 v». Fr. 26055, n«s 1690, 1736. Le gouver- 
nement anglais voulait le faire couronner à Reims, mais il fallait d'abord 
prendre cette ville. La question fut examinée plusieurs fois (Fr. 1278, f" 12; 
Moreau,705,f»« 85,92 ; Fr. 5037, f»' 143-152; Delpit, Documents français, 239-244). 

3. Fils de Jean III de Ghâlon, prince d'Orange. 

4. Arrondissement de Vienne. 

5. Philippe le Bon se plaignit de n'avoir pas été secondé comme il devait 
l'être par les Anglais durant ce siège (voir t. 99 de la coUect. de Bour- 
gogne, p. 392-99). 

6. Arrondissement de Bar-sur-Seine. 
- 7. Arrondissement d'Auxerre. 



EUGÉINE IV VEUT FAIRE CONCLURE LA PAIX (1432) 198 

(1430, décembre), et, s'ils avaient vaincu et pris à Bulgnéville * 
(2 juillet 1431) le jeune René d'Anjou, en faisant triompher 
Antoine de Vaudemont, son compétiteur au duché de Lorraine, 
ils n'avaient pu empêcher le comte de Clermont, Ch. d'Albret, le 
bâtard d'Orléans, le maréchal de Boussac d'attaquer, par le 
Bourbonnais, les Etats de Philippe le Bon ®. 

A cette époque, le nouveau pape, Eugène IV ^ (1431-1447), 
comme son prédécesseur Martin V, faisait les plus louables 
efforts pour amener le rétablissement de la paix générale. Dès 
les premiers temps de son pontificat, il avait écrit dans ce but 
au duc de Bourgogne *, et son légat, Nicolas Albergati, cardinal 
de Sainte-Croix, le secondait avec un zèle vraiment infatigable ^. 
S'adressant à la fois à Charles MI, à Henri VI, à Philippe le 
Bon, il les pressait d'entamer des négociations; il obtenait que 
des conférences fussent ouvertes à Auxerre au mois de juillet 
1432. Déjà le duc de Bourgogne avait consenti à mettre en liberté 
provisoire René d'Anjou "^ (6 avril 1431); il avait conclu des 
trêves avec le comte de Clermont et avec Charles VII (8 et 24 
septembre et 13 décembre 1431) ; il avait même écrit au roi d'An- 
gleterre (29 décembre 1431) ' pour l'engager à faire la paix. Le 
duc de Savoie, après les échecs qu'il avait éprouvés en soute- 
nant le prince d'Orange, était revenu à son rôle pacifique de 
médiateur; il s'était rapproché de Charles VII, en mariant sa 
deuxième fille, Marguerite, à Louis III d'Anjou, roi de Sicile, 
fils aîné de Yolande; enfin Louis de Châlon avait aussi traité 
avec le roi de France et promis de mettre à son service le 
crédit dont il jouissait auprès de Philippe le Bon (22 juin) ^. 

Tout semblait donc faciliter un rapprochement, sinon avec 

1. Arrondissement de Neufchâteau (Vosges). 

2. Après la mort de Charles II, duc de Lorraine (23 janvier li3l), René 
d'Anjou, mari de sa fille Isabelle, lui succéda; mais Antoine de Vdtide- 
mont, neveu de Charles II, réclama le duché de Lorraine et fut soutenu 
par Philippe le Bon. Cette querelle de la succession de Lorraine, n'était, 
au fond, que la grande lutte de la France contre l'Angleterre et la Bour- 
gogne. Hist. de Bou)'gog7ie, IV, 142-iS3. Lecoy de La Marche, Le roi René, 
Didier, 187.J, 2 vol. in-8, t. I, 78, 85-92; J. Quicherat, R. de Villandrando, 
41-50. Fr. 1968, f" 147. Fr. 26053, n» 1746. Le Fôvre de Saint-Rèmy, II, 
258-262. 

3. Élu du 3 ail 6 mars 1431 {Art de vérif. les dates, 1, 324); 

4. La lettre est dans YUist. de Bourgogne, IV, Preuves, pi. Lxxxvll. 

5. De Beaùcourt, Hist. de Charles VU, t. II, p. 438 et sùiv. 

6. Lecoy de La Marche, Le roi René, I, 96-97. Hist. de Bourgogne, IV, 157. 

7. La lettre est dans YHist. de Bourgogne, IV, Preuves, ex. 

8. Hist. de Bourgogne, IV, 133, 160, et Preuves. Collect. de Bourgogne, 
t. 99, f»* 273-307. Fr. 2858, f" 94. J 186i>, f» 20. Pjirtef. Font., 115-116, au 22 
juin et au 8 juillet. 



196 NÉGOCIATIONS AVEC HENRI IV ET PHILIPPE LE BON (1432) 

l'Angleterre, du moins avec la Bourgogne. Le duc de Bretagne 
et Richement s'y employèrent activement, celui-ci auprès de son 
beau-frère, celui-là auprès de Philippe le Bon et de Henri VI. 
D'accord avec Amédée VIII, ils rédigèrent un projet de paix 
générale. Leurs envoyés assistèrent aux négociations entre le 
duc de Bourgogne et La Trémoille \ puis, sur l'invitation da 
cardinal de Sainte-Croix, les ambassadeurs de Bretagne prirent 
part aux conférences d'Auxerre (nov. 1432). On ne put ni s'en- 
tendre avec les Anglais, ni obtenir de Philippe le Bon un traité 
de paix définitif; mais l'idée d'un réconciHation entre Charles VII 
et le duc de Bourgogne faisait des progrès, et on peut dire que 
ces conférences furent comme le prélude du congrès d'Arras. 
Les médiateurs ne se découragèrent pas; ils firent décider que 
de nouvelles conférences auraient lieu à Corbeil ou à Melun, au 
mois de mars de l'année suivante *. Malheureusement, l'égoïsme 
de La Trémoille et ses menées occultes suscitaient sans cesse de 
nouvelles difficultés. Ainsi, le 2 octobre, on découvrit un com- 
plot tramé, disait-on, par les agents de La Trémoille, pour sur- 
prendre la ville de Dijon 3. 

En même temps, La Trémoille s'attaquait à la maison d'Anjou 
avec une audace qui montrait une fois de plus de quoi il était 
capable , quand il croyait ses intérêts menacés . La reine 
Yolande était parvenue à maintenir dans l'entourage intime du 
roi son troisième fils, Ch. d'Anjou, qu'il avait vu naître et que 
< dès l'eure de sa nativité elle lui avait donné en espéciale re- 
commandacion *. » L'habile princesse fondait sur l'aff'ection du 
roi pour ce jeune homme tout un plan qui ne put échapper à la 
perspicacité ombrageuse de La Trémoille. Ch. d'Anjou avait 



1. D. Morice, I, 517. Moreau, 705, f<" 93-96, 109-112. Pièces orig., t. 693. 
nos 70, 71. Fr. 11542, f»» 7, 20. Hist. de Bourg., IV, Preuves, cxvi. Bedford 
avait accepté la médiatioa du cardinal de Sainte-Croix. II avait proposé 
qu'on choisît, pour les conférences, une ville appartenant à Henri VI « ou 
à l'adversaire », et que celte ville fût mise aux mains des ducs de Bour- 
gogne, de Bretagne, de Savoie ou de leurs commissaires, etc. (X^a 8604, 
fo« 21-22). Les Anglais voulaient faire de grands progrès avant la journée 
d'Auxerre, pour mieux en tirer profit. Ils voulaient aussi demander l'al- 
liance des rois d'Aragon, de Portugal, de Navarre, des ducs de Savoie, de 
Milan, de Lorraine (Fr. 1278, f»» 45-46). 

2 . Sur ces conférences, voir Hist. de Bourg., IV, 166-168, et Preuves, cxxvii, 
cxxvm. Rymer, IV, 2" partie, 175, 178-179 et 187, et collect. de Bourg., t. 99, 
p. 293 et suiv. Fr. 11542, f»^ 21 et 22. De Beaucourt, II, p. 451 et suiv. 

3. Hist. de Bourg., IV, 164, 166, 184. Collect. de Bourgogne, t. 99, f»* 309- 
312. Pièces orig., t. 542, dossier Bbusac, n» 2. Vallet de V., Charles VII, 
t. H, 302. De Beaucourt, t. II, 295, 459-461. 

4. JJ 176, f» 121. Ch. d'Anjou était né le 14 octobre 1414, au château de 
Montils-lès-Tours (Anselme, I, 231-232, 235). 



LA TRÉMOILLE ET CHARLES d'aNJOU 197 

alors dix-huit ans; son ambition s'éveillait. Beau-frère de 
Charles VII, qui avait pour lui une affection paternelle, il pou- 
vait aspirer à tout et, sous la direction de sa mère, devenir un 
rival dangereux pour La Trémoille. Déjà le roi lui avait donné 
le comté de Mortain et l'avait nommé son lieutenant général 
dans le Maine et l'Anjou *. L'impudent favori voulut à tout 
prix l'éloigner de la cour. Il avait précisément sous la main 
le plus redoutable de ces routiers, qui portaient la dévasta- 
tion dans les pays épargnés par les Anglais, le chef castillan 
Rodrigue de Villandrando. Toujours prêt à saisir l'occasion 
de faire fortune et à combattre, selon ses intérêts, pour ou 
contre le roi, Rodrigue, après s'être mis au service des comtes 
de La Marche et de Pardiac, avait, pour son propre compte, 
ravagé les Gévennes et le Languedoc, puis il s'était donné à 
La Trémoille, qui tolérait ses déprédations et lui assurait l'impu- 
nité. Habile capitaine d'ailleurs, il avait contribué brillamment 
à la victoire d'Anthon, à la délivrance de Lagny *. 

Pour s'attacher un pareil auxiliaire La Trémoille lui avait 
fait donner la seigneurie de Puzignan ',dans le Dauphiné (1431, 
7 mars), et la châtellenie de Talmont-sur-Gironde *, qui appar- 
tenait à L. d'Amboise (3 avril 1432) ^. Il voulait le détacher 
entièrement des comtes de La Marche et de Pardiac, amis du 
connétable. Alors La Trémoille osa lancer sur l'Anjou ce dan- 
gereux routier, et on vit ainsi un des capitaines de l'armée 
royale ravager des pays qui appartenaient à la belle-mère et aux 
beaux-frères du roi 1 Battu aux Ponts-de-Gé " par Jean de 
Bueil, lieutenant de Gharles d'Anjou, malgré la supériorité de ses 
forces, Rodrigue se mit à piller la Touraine ^ puis il se dirigea 



1. Pièces orig., t. 549, dossier Bdeil, n» 108. X*» 9194, f» 90. Voir aussi 
Fr. 20385, n» 1. 

2. JJ 176, f» 288 v. 

3. Arrondissement de Vienne (Isère). 

4. Arrondissement de Saintes. 

5. Voir J. Quicherat, Rodrigue de Villandrando, notamment aux p. 33, 
33, 37, 50, 37, 64, 67, 75, 78. 

6. Arrondissement d'Angers. 

Il est probable que la Bretagne fut aussi menacée par Rodrigue ou 
quelque autre capitaine au service de La Trémoille, car on voit, dans le 
.Ms. 11342, que Jean V craint d'être attaqué (septembre 1432), qu'il envoie 
le chancelier à Angers vers la reine de Sicile et Ch. d'Anjou, et qu'en 
novembre il paye une certaine somme à Ch. d'Anjou « pour les plaisirs et 
services faits au duc pour la défense du pais de Bretaigne à l'encontre 
d'aucuns ennemis » (Fr. 11542, f» 23). 

7. J. de Bueil, formé à l'art de la guerre par le vicomte de Narbonne, 
puis par La Hire, était un habile capitaine. Sa vie est racontée, sous des 
noms de pure invention, dans le Jouyencel, ouvrage écrit par trois de ses 



198 LES ANGLAIS PERDENT ET REPRENNENT MONTARGIS (1432) ' 

vers le Languedoc, peut-être pour aller combattre le comte de 
Foix, soupçonné, lui aussi, de vouloir supplanter La ïrémoille. 
Pour ces beaux exploits, Rodrigue eut encore les titres de con- 
seiller et chambellan de Charles VII *. 

Vers le même temps, les sires de Graville et de Guitry repri- 
rent la ville de Montargis 2. Ils y restèrent cinq semaines, atten- 
dant les renforts et l'artillerie dont ils avaient besoin pour s'em- 
parer du château, toujours occupé par les Anglais. La Tré- 
moille, qui savait si bien trouver des troupes pour attaquer 
Richemont ou Gh. d'Anjou, ne fit rien pour conserver à la 
France une ville dont le nom rappelait de si glorieux souvenirs. 
Il est vrai que cette ville appartenait au connétable. 

Cette fois, l'indignation générale éclata contre l'indigne mi- 
nistre, qui trahissait ainsi la France ^. Tous ceux qui suppor- 
taient avec une secrète impatience ce joug honteux, tous ceux 
qui avaient à cœur les intérêts du pays se montrèrent dis- 
posés à seconder la reine de Sicile, son fils et le connétable. 
Plusieurs personnages d'importance vinrent trouver Richemont 
à Parthenay, pour lui offrir leur concours. Il se forma contre La 
Trémoille une véritable conspiration dont faisaient partie Jean 
de Bueil *, dévoué depuis longtemps à la maison d'Anjou, son 
beau-frère, Pierre d'Amboise ", seigneur de Ghaumont, cousin du 
vicomte de Thouars, Prigent de Goëtivy, Raoul de Gaucourt et 



serviteurs. Un autre, Guill. Tringant, a laissé un commentaire et un ré- 
sumé du Jouvencel dans le Ms. Fr. 3059 de la bib. de l'Arsenal. Voir les 
f"» US et suiv., notamment 115 v, 116, 117 v». 

1. J. Quicherat, Rodrigue de Villaadrando, 78-84. Pièces orifj., t. 549, dos- 
sier Bueil, n» 108. Ms. Fr. 3059 à la bib. de l'Arsenal, f° 119. K 63, n« 261-5. 
De Beaucourt, Eevue des questions hist., liv. de juillet 1872, p. 86-88, et 
Eist. de Charles VU, t. II, 287 et s. Fr. 26057, n»* 2082, 2084, 2123, 2132. 2141, 
2200, 2229. 

2. Jean Jlalet V, seigneur de Graville et de Marcoussis, avait succédé, 
comme maître des arbalétriers, à Jean de Torsay, le le' août 1 425. 11 avait 
défendu Montargis en 1426 (Anselme, VIII, 86 G. et Vil, 869 G, D, E; Glair., 
t. 55, f» 4183). Guill. de Ghaumont, seigneur de Guitry ou Quitry, général 
réformateur des eaux et forêts (Anselme, VIII, 885, et 886 E et 887 G). 

3. « La perte de Montargis fut cause de mettre le seigneur de La Tré- 
moille hors du gouvernement. » (Berry, ap. Godefroy, p. 386; Martial d'Au- 
vergne, I, 135.) Sur les agissements de La Trémoille, voir de Beaucourt, 
t. II, p. 287 et s., notamment p. 293-296. Xi» 9200, f° 209. Il levait des 
péages onéreux sur les marchands de la Loire (Xi* 4799, f" 244 v). 

4. Le 26 octobre 1430, J. de Bueil, lieutenant de Ch. d'Anjou, comte de 
Mortain, prête serment de fidélité et obéissance, comme capitaine de Sablé, 
à la reine Yolande et à ses enfants {Pièces orig., t. 549, dossier de Bcèil, 
u» 108). 

5. P. d'Amboise avait épousé en 1428 Anne de Bueil, sœur de Jean de 
Bueil (voir Anselme, VII, 849 A). 



COMPLOT CONTRE LA TRÉMOILLE (1433) 199 

Pierre de Brézé ', seigneur de La Varenne, destiné à jouer bientôt 
un rôle si remarquable. La reine Yolande, son fils Charles, sa 
fille Marie d'Anjou, reine de France, n'attendaient qu'une occa- 
sion pour soustraire enfin Charles VII à l'esclavage dans lequel 
il semblait se complaire, mais il n'était pas facile de surprendre 
le favori. II fallut préparer de longue main cette entreprise. 

En attendant, Richemont et le duc de Bretagne avisaient, avec 
le duc de Savoie, aux moyens de mettre auprès du roi « de leurs 
gens pour le conseiller et aider », afin d'arriver à la conclusion 
de la paix générale. De nouvelles conférences qui eurent lieu, 
comme il avait été convenu, entre Corbeil et Melun, au petit vil- 
lage de Saint-Port (21 mars 4433), n'amenèrent aucun rappro- 
chement entre Charles VII et Henri VI, malgré les efforts du 
cardinal de Sainte-Croix. Le duc de Bretagne envoya vainement 
des ambassadeurs auprès de Bedford et à la cour d'Angleterre, 
où son fils Gilles était depuis plusieurs mois *. Quant au duc de 
Bourgogne, il conseillait aussi à Henri VI de faire la paix, mais il 
n'était pas encore disposé à la faire lui-même séparément avec 
Charles VII, comme le désirait Richemont. 

Philippe le Bon était cependant très irrité contre Bedford, qui, 
peu de mois après la mort de sa première femme, Anne de Bour- 
gogne ', avait épousé, sans même l'avoir consulté, Jacqueline de 
Luxembourg, fille du comte de Saint-Pol *, son vassal (20 avril). 
Le cardinal de Winchester avait essayé de les réconcilier, en les 
amenant tous deux à Saint-Omer. Le régent et Philippe avaient 
quitté cette ville sans s'être vus ; ni l'un ni l'autre ne voulant faire 
la première démarche. Richemont espérait bien profiter de ces 
dissentiments; mais il fallait pour cela, qu'il ne fût plus en dis- 
grâce. Au lieu de ménager Philippe le Bon, La Trémoille recom- 
mençait la guerre contre lui, malgré les trêves; il mariait sa 
sœur Isabelle au sire de Châteauvillain, l'un des plus puissants 
seigneurs de Bourgogne, et le gagnait ainsi à Charles VII (fé- 
vrier). Pour réussir auprès de Philippe le Bon, il fallait donc 
d'abord se débarrasser de La Trémoille ^. 

1. Pierre II de Brézé était fils de Jean II de Brézé et de Marg. de Bueil, 
tante de Jean de Bueil (Anselme, VIII, 270 E et 271 B). 

2. Hist. de Bourg., IV, 169, et Preuves, cxvi. Fr. 11542, f<>» 23, 24. Mo- 
reau, t. 703, f-s 9;i, 96, 127. 

3. Sœur de Philippe le Bon, morte le vendredi 14 novembre 1432 (voir X'* 
1481, fo 63; Meyer, Commentarii sive annales rerum Vlandricarum, Antver- 
piœ, 1561, in-4», p. 279). 

4. Pierre l" de Luxembourg, comte de Saint-Pol. Voy. le Bourgeois d« 
Paris, 293. Monstrelet, V, 36. Anselme, III, 723-726. Richemont épousa plus 
tard une sœur de Jacqueline. 

5. Hist. de Bourg., IV, 168-170. On disait que La Trémoille avait conseiUé 



200 ENLÈVEMENT DE LA TRÉMOILLE (1433, JUIN) 

Tout était prêt pour l'exécution du complot. Afin de n'éveiller 
aucun soupçon, le connétable se tenait ostensiblement à Par- 
Ihenay *, tandis que la cour était à Ghinon 2, mais il avait envoyé 
dans cette ville un de ses écuyers, J. de Rosnivinen, qui lui était 
entièrement dévoué. Gaucourt, capitaine de Ghinon, et Olivier 
Frétard, son lieutenant, n'inspiraient aucune défiance à La Tré- 
moille; pourtant ils étaient du complot, et ils pouvaient seuls en 
assurer la réussite. Vers la fm de juin ^, pendant la nuit, Frétard 
introduisit dans le château du Gouldray les sires de Bueil, de 
Brézé, de Ghaumont, de Goëtivy, avec leurs gens d'armes, sur 
Fôrdre de Charles d'Anjou. La Trémoille, surpris dans son lit, 
comme autrefois le sire de Giac, faillit avoir le même sort. « Il faut 
croire qu'ils ne firent pas tout ce qui leur estait commandé, car 
messire Jean de Rosnevinen, joignant ledit de La Trémoille, lui 
donna un coup de dague dans le ventre, pensant pis faire quil 
ne fist *. » On peut croire, avec d'Argentré, avec Gruel lui-même, 
que La Trémoille « fut en grant danger de mort, qui ne l'eust 
rescous ^ ». J. de Bueil, qui était son neveu, et les autres conjurés 
voulaient, non pas le tuer, mais seulement l'empêcher de reve- 
nir à la cour. Il dut s'estimer heureux que l'expédition eût été 
dirigée par Ch. d'Anjou, au lieu de l'être par le connétable en 
personne ^. 

Le roi habitait aussi le château. Réveillé par ce tumulte noc- 
turne, craignant quelque danger pour lui-même, il envoya cher- 
cher J. de Bueil, P. de Brézé, Goëtivy et leur demanda « si le 
eonnestable y estoit ». Ils répondirent que non, puis ils calmè- 
rent ses inquiétudes et son irritation en protestant qu'ils 

wi bâtard d'Orléans d'arrêter le duc de Bourgogne (J. Stevenson, II, 
l'e partie, 245). 

1. Il y était le 22 juin (Fr. 8819, f» 56). 

2. H y avait alors grande mortalité à Poitiers (Xi» 9194, f» 52). 

3. Le 1er juin, \q roi est à Amboise avec La Trémoille (Fr. 25710, n» 76"! . 
Le 3 juin 1433, Charles VII (à Amboise) ordonne de payer (sur l'aide der- 
nièrement levé en Poitou pour la vidange des Bretons) 15 000 1. au sire de La 
Trémoille, en remboursement de pareille somme qu'il a dépensée « pour 
le fait et vuidange desdiz Bretons » (K 63, n» 27). Des ambassadeurs bour- 
guignons revenant d'Angleterre en France écrivaient, le 18 juillet, qu'ils 
avaient entendu dire que, depuis huit jours, La Trémoille n'était plus au- 
près de Charles VII, et que le comte de Kichemont y devait venir. (J. Ste- 
venson, II, 1" partie, 245). 

4. D'Argentré, 791. Le Baud, 483. 

5. Gruel, 200. 

6. Voir Cougny, Notice sur le château de Chinon, édit. de 1874, p. 33, 
36-37. Vallet de V., Charles VU, t. II, 305. J. Bouchet, les Annales d'Aqui- 
taine, Poictiers, 1644, gr. in-4°. p. 250-251. Il est à remarquer que les au- 
teurs contemporains attribuent à Ch. d'Anjou et non à Richement l'enlè- 
vement de La Trémoille (J. Chartier, I, 170-172 ; Monstrelet, V, 73-74). 



CONSÉQUENCES DE CET ÉVÉNEMENT 201 

n'avaient agi que dans son intérêt et pour le bien du royaume. 
Il semble incroyable que, dans cette circonstance, Charles VII 
n'ait pas fait acte d'autorité pour secourir un ministre qui lui 
était si cher; mais il faut pourtant bien croire qu'il ne donna 
aucun ordre pour le délivrer, ou qu'il ne fut pas obéi. Cepen- 
dant on emmenait La Trémoille au château de Montrésor, qui 
appartenait à J. de Bueil *. Il y resta prisonnier jusqu'à ce qu'il 
eût pris l'engagement de payer à son neveu 4000 moutons d'or, 
de rendre toutes ses places, de ne plus venir à la cour, de 
renoncer, en un mot, à toute ingérence dans le gouvernement. 
Charles VII n'oublia pas son ancien ministre; il lui accorda 
encore, comme à Louvet, bien des libéralités, mais il ne le rap- 
pela pas dans ses conseils 2. Le règne de La Trémoille était fini; 
le rôle de Richement allait bientôt recommencer. 

Dans les Etats monarchiques, ces révolutions de palais ont 
souvent de grandes conséquences; celle-ci en eut d'incalculables, 
et, bien qu'elles n'aient pas échappé aux historiens, peut-être ne 
les ont-ils pas encore fait assez ressortir. La Trémoille ne pou- 
vait maintenir son autorité qu'en continuant de faire beaucoup 
de mal par ses intrigues, par son égoïsme, par ses querelles avec 
le connétable et avec la maison d'Anjou ; son éloignement lais- 
sait la place libre à ceux qui voulaient et pouvaient relever la 
France '. Il n'y avait pas à compter sur lui pour faire la paix 
avec le duc de Bourgogne, et là, encore une fois, était le seul 
moyen de salut. A ce moment même, Philippe le Bon avait à 
Londres, où se trouvait aussi Bedford *, des ambassadeurs qui 
demandaient, ou la conclusion de la paix avec la France, ou de 
nouveaux secours pour continuer la guerre contre Charles VII, 
puisque les trêves n'étaient pas observées. Il conseillait au gou- 
vernement anglais de gagner les principaux seigneurs de France, 
en leur donnant des terres et de l'argent ; il se chargeait d'agir 
lui-même auprès d'Amédée, duc de Savoie, et, le 7 juillet, le 
cardinal de Winchester, au nom de Henri VI, priait Philippe le 
Bon de bien vouloir « toujours entretenir les besoignes entre les 
ducs de Savoie et de Bretaigne et le comte de Richemont et 

1. Anselme, IV, 165 A. Montrésor, arrondissement de Loches. 

2. Le 31 juillet 1433, le comte de Foix fait encore payer à Louvet 
BOO moutons d'or (voir Portef. Font., 117-118, à la date). Par lettres du 
26 septembre 1435, Charles VII conserve à La Trémoille ses appointements 
{Anselme, IV, 165; J 475, n» 91). Même après sa disgrâce, La Trémoille 
commit encore de grands abus et était très redouté [X^' 20, f» 60; Clai- 
ramb.,120, f» 9149; X2* 21, au l" février 1436 [a. st.]; X2» 23, f»» 19 v, 20). 

3. De Beaucourt, Charles VU, t. II, 291. 

4. Le chancelier, L. de Lu.\embourg, évêque de Thérouenne, gouvernait 
en l'absence de Bedford (X»« 8605, f» 23 v). 



202 CH. d'anjou remplace la trémoille (1433) 

y faire le mieux possible, pour le bien du roi *. » Peu après, 
des négociations entre Charles VII et les Anglais étaient rom- 
pues ^. D'autre part, le duc d'Orléans, fatigué de sa longue cap- 
tivité, s'employait avec ardeur au rétablissement de la paix. Il 
répondait aux ambassadeurs bourguignons que « les ducs de 
Bourgogne et de Bretagne y pouvoient plus, après les parties 
principales, que prince qui vive ». Il voulait s'entendre avec 
Philippe le Bon et avec Jean V. Pour recouvrer sa liberté, il était 
prêt à tout, même à trahir Charles YII et la France, même à se 
reconnaître vassal de Henri VI ^. Il avait déjà négocié le mariage 
de son frère, le comte d'Angoulême,avec Jeanne de Rohan *, fille 
d'Alain IX, nièce de Jean V et de Richemont, pour avoir l'appui 
de la Bretagne; des ambassadeurs bretons, qui étaient aussi à 
Londres, travaillaient à sa délivrance ^; enfin il protestait de 
son amitié pour le duc de Bourgogne et proposait de lui écrire. 
Toutes ces complications pouvaient avoir des résultats fu- 
nestes pour la France. N'était-il pas à craindre, par exemple, 
que Richemont, las d'être en butte aux persécutions de La Tré- 
moille, ne finît par accepter les offres du gouvernement anglais? 
que le duc d'Orléans n'essayât d'accomplir ses dangereux des- 
seins, et que, par cette union de l'Angleterre avec les plus puis- 
santes maisons de France, Charles VII ne fût réduit à se con-^ 
tenter d'un simple apanage dans le royaume de Henri VI ? Certes 
la chute de La Trémoille ne suffisait pas à écarter tous ces 
périls, mais elle allait permettre à Yolande, à Richemont et à 
leurs amis d'employer librement tous les moyens propres à les 
surmonter *. Charles d'Anjou remplaça La Trémoille auprès de 
Charles VII et jouit bientôt de toute sa faveur. Dirigé par sa 
mère, soutenu par sa sœur, la reine de France, il put, malgré 
sa jeunesse, rendre des services '. 

1. J. Stevenson, II, l""" partie, 2il (Lettre de H. de Lannoi et autres ambasr 
sadeurs bourguignons à Piiilippe le Bon et réponses de Henri VI, p. 218-262). 

2. Le Bourgeois de Paris, II, 294. 

3. J. Stevenson, II, !'« partie, 241 et suiv. Voir le traité conclu par L. 
d'Orléans avec Henri VI, le 14 août 1 433 (Rymer, IV, 4" partie,, p. 197-199 ; 
de Beaucourt, Charles VU, II, 463). 

4. Anselme, IV, p. 57 A. — Jeanne de Rohan avait donné procuration à 
Richemont et à Jacq. de Dinan, seigneur de Montafilant. pour traiter de 
son mariage. Le traité de mariage fut conclu le 30 décembre 1432, mais le 
mariage n'eut pas lieu {Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col, 12o4-12o5, 
1237). J. d'Angoulême épousa, en 1449, Marguerite de Rohan, sœur de 
Jeanne (Anselme, IV, 57). 

5. J. Stevenson, ibid. 

6. De Beaucourt, Charles VU, t. II, 48-49. Le comte de Pardiac et La 
Fayette reparurent bientôt à la cour (Fr. 23710, n°' 79 et 81). 

7. A en croire G. Tringant, qui exprime sans doute en cela l'opinion de 



YOLANDE RECOUVRE SON INFLUENCE (1433) 203 

En somme, ce fut Yolande qui prit la direction du gouverne- 
ment. Dans les Etats de Languedoil, réunis à Tours (août-octo- 
bre '),le chancelier de France, Regnault de Chartres, qui n'avait 
point partagé la disgrâce de La Trémoille, désavoua haute- 
ment son ancien collègue, en présence du roi, pour approuver 
Gh. d'Anjou, J. de Bueil, Prigent de Goëtivy et P. de Brézé, qui 
assistaient à cette séance *. On peut affirmer que cette solen- 
nelle approbation fut ratifiée par les Etats et, pour mieux dire, 
par la France entière. On comprit que c'était le commencement 
d'une ère nouvelle et que les plus mauvais jours étaient passés^. 

J. de Bueil, Ch. d'Anjou « n'avoit rien, fors qu'il estoit de grant maison 
du sang royal » (Ms. 3059, f» 119 v», à l'Arsenal). 

1. Ces Etats (août-octobre 1433) octroyèrent au roi 40 000 1. (voir K 63, 
no» 29 et 36; Fr. 26037, n»» 2191, 2233, 2246; Fr. 26039, n» 2432; Fr. 20886, 
n» 113). 

2. J. Chartier, I, 171. 

3. « Grâce à Dieu, le règne des intrigants et des traîtres était fini ; Char- 
les VII s'appartenait enfin (de Beaucourt, t. II, 298). Désormais il est en- 
touré de serviteurs intègres et dévoués. » {Idem, p. 299.) 



QUATRIÈME PARTIE 

LES ANNÉES FÉCONDES 
1435-1458 



CHAPITRE PREMIER 

LE TRAITÉ d'aRRAS (1435) 

Richemont assiste aux funérailles de la duchesse de Bretagne. — II va 
dans le Maine pour soutenir le due d'Alençon et Amb. de Loré. — La 
journée de Sillé. — Le connétable rentre en grâce auprès de Char- 
les VII. — Il arrête un plan de campagne pour obliger le duc de Bour- 
gogne à faire la paix. — États de Vienne. — Campagne de Richemont 
dans la Picardie, la Champagne et le Barrois. — Il conclut une trêve 
de six mois avec Philippe le Bon, réprime les brigandages des routiers 
et oblige Robert de Sarrebrûck à se soumettre à René d'Anjou. — Le duc 
de Bourgogne se montre disposé à la paix. — Richemont se rend aux 
conférences de Nevers, où est décidé le congrès d'Arras. — Rôle de 
Richemont au congrès d'Arras. — Les Anglais rejettent les propositions 
de Charles VII, mais le duc de Bourgogne fait la paix. — Traité d'Ar- 
ras. — Mort de Bedford. — La guerre continue avec l'Angleterre. 

Le connétable n'essaya pas de reparaître à la cour aus- 
sitôt après l'enlèvement de La Trémoille ; il jugea prudent 
d'attendre que ses amis eussent atténué l'aversion qu'il inspi- 
rait au roi. Il se rendit à Vannes, pour assister aux obsèques 
de sa belle-sœur, Jeanne de France, femme de Jean V, qui était 
morte le 20 septembre 1433 *. C'était là un malheur doublement 
déplorable, car cette princesse, sœur de Charles VII, servait en 
Bretagne les intérêts de la France. Richemont se proposait d'aller 
ensuite, vers le 15 octobre, à Calais, où devaient se tenirde nouvel- 
les conférences pour la paix, sous lamédiation de Ch. d'Orléans; 
mais ces conférences n'eurent pas lieu *. Les négociations de- 

\. Anselme, I, 455. Gruel (p. 199) place un an trop tôt la mort de la 
duchesse de Bretagne. 
2. Dans le traité du 14 août (voy. ci-dessus, p, 202, note 3), le duc d'Or- 



206 AMBROISE DE LORÉ A SAINT-CÉNERI (1433) 

valent être reprises à Bâle, sous la médiation du concile, qui était 
réuni dans cette ville depuis le mois de mai 1431. 

En attendant, la guerre continuait de tous côtés, au nord contre 
Willoughby ^ et le comte d'Arondel ^, au sud contre le duc de 
Bourgogne, qui reprenait Avallon le 20 octobre '. Le régent avait 
envoyé en Normandie * et dans le pays de Gaux des renforts 
considérables, malgré les difficultés croissantes qu'il trouvait à 
obtenir des subsides du parlement ^. 

Au mois de décembre 1433, le comte d'Arondel assiégeait l'im- 
portante forteresse de Saint-Céneri '', qui bravait depuis long- 
temps tous les efforts des Anglais. Le duc d'Alençon en avait 
confié la garde à Ambroise de Loré, qui, de là, inquiétait sans 
cesse les places voisines, Fresnay, Alençon, harcelait les garni- 
sons ennemies et leur infligeait de fréquentes défaites ''. 

Plusieurs fois déjà, les Anglais avaient essayé de prendre Sainl- 
Céneri. L'année précédente, Willoughby en avait encore fait le 
siège sans plus de succès ^. Le comte d'Arondel ne voulait 

léans avait stipulé qu'on ferait venir à Calais là reine de Sicile, Ch. d'Anjou, 
Jean V, Artur et Richard de Bretagne, le duc d'Alençon, etc. Le 13 août, 
Henri VI donne des sauf-conduits aux personnes ci-dessus désignées (Rymer, 
IV, 4° partie, p. 197-199; Moreau 705, p. 145-146). Le duc de Bretagne fit 
tout son possible pour que la conférence eût lieu, mais il ne réussit pas 
(D. Lobineau, I, 594; D. Morice, I, 519; Hist. de Bourgogne, IV, 182-183). 

1. Rob. de Willoughby était lieutenant du roi et du régent sur lé fait 
de la guerre eiltre les rivières de Seine, Oise, Somme et la mer (K 63, 
n» 242). 

2. Jean, c. d'Arondel, seigneur de Mautravers, lieutenant de Henri VI 
entre la Seine, la Loire et la mer (K 63, n»» 243 et»; jj 175_, n" 233; Fr. 
26036, n"2032, 2131, 2134, 2140, 2146, et Fi-. 25770, n" T36). 

3. Hist. de Bourgogne, IV, 183. Le bâtard d'Orléaris avait été envoyé en 
Champagne [Pièces orig., t. 364, dossier Blanchet, 7869, n" 36). 

4. Il y eut encore une tentative pour livrer Rouen et Dieppe aux Fran- 
çais (Fr. 26056, n" 2000 et 2062). Sur la guerre en Normandie, voir : JJ 
173, n»' 2^3, 276; Fr. 26056, n»s 2007, 2010, 2011, 2028-2032. Fr. 26037, 
n"' 2067, 2074-75,' 2086-2093, 2101, 21i7, 2131, 2134, 2140, 2146, 2190; Fr. 
26060, n» 2735; Fr. 25771, n»» 817-823. 

3. Ilsoudoie,pour4mois, 1600 h. sous le comte de Saint-Pol, pour repren- 
dre Saint-Valery; il envoie 1200 h. sous le comte de Huntington en Basse- 
Normandie, 900 h. sous le comte d'Arondel. Voir la réponse de Henri VI et 
du conseil d'Angleterre aux ambassadeurs de Bourgogne, ap. J. Stevenson, 
t. II, p. 249-262. Voy. aussi, sur la prise de Saint-Valery, JJ 175, n"'' 250-237. 

6. Canton ouest d'Alençon. Fr. 26056, n» 2201. 

7. Fr. 26056, n» 2201. Append., LVHI. J. Chartier, t, 147, 150-134. Voir 
aussi, sur Loré, Nie. Gilles, édit. gothique de 1320, 2' vol., f°» 90, 92, 93, 94. 

8. J. Chartier, I, 110, 118, 134, 140. Fr. 11342, f» 21. Chron. du Mont- 
Saint-Michel, I, 33, et note 3. —En 1431, pendant qu'ils assiégeaient Saint- 
Céneri, Loré les avait battus à Vivoin, près de Beaumonl-sur-Sarthe, ar- 
rondissement de Mamers (Cagny, ap. Duchesne, 48, f 124; Ms. 3059, fll9, 
à la bib. de l'Arsenal). 



LES ANGLAIS ASSIÈGENT SILLÉ-LE-GUILLAUME (1434) 207 

pas s'exposer à un nouvel échec. Bien pourvu d'artillerie, de 
munitions, de troupes*, il poussa le siège avec la plus grande 
activité. Loré ne montrait pas moins d'ardeur à défendre une 
forteresse qui était sa principale place d'armes, la résidence de 
sa femme et de ses enfants; mais, abandonné à ses seules forces, 
il devait infailliblement succomber. 

Richemont, sollicité par le duc d'Alençon, résolut d'aller se- 
courir ce vaillant capitaine, qui leur avait rendu service à tous 
deux, lors du siège de Pouancé *. Il réunit à Saumur les troupes 
dont il disposait et se mit en marche, avec le duc d'Alençon. 
Malheureusement, ce secours venait trop tard. Le connétable 
et son neveu n'étaient pas encore à moitié chemin, quand ils 
furent informés, à Durtal ^, que le comte d'Arondel avait fait 
capituler Saint-Géneri '' (1434. janvier), Ils revinrent à Saumur, où 
ils apprirent bientôt que le comte d'Arondel était allé assiéger 
Sillé-le-Guillaume", petite ville assez mal fortifiée, et que Aimeri 
d'Anthenaise, lieutenant du sire de Bueil, s'était engagé, en don- 
nant des otages, à livrer cette place s'il n'était pas secouru avant 
six semaines. D'après cette convention , les Anglais devaient 
rendre les otages si, au jour fixé, les Français se trouvaient 
près d'un orme, dans une lande voisine de Neuvillalais ", et s'ils 
étaient les plus forts. 

Le connétable résolut de paraître, avec des forces imposantes, 
à cette journée, moins pour délivrer Sillé-le-Guillaume que pour 
inaugurer par une grande démonstration militaire la reprise de 
son commandement.il se rendit à Parthenay ^ (février 1434), pen- 
dant que le duc d'Alençon et les autres seigneurs allaient chercher 
de leur côté toutes les troupes qu'ils purent trouver. Deux jours 
avant l'expiration du délai convenu, toute une armée se trouva 

i. Voir Append., LVIII. G. Rygmayden, lieutenant d'Alençon, Jean Sal- 
vain, bailli de Rouen, vinrent aider le comte d'Arondel à ce siège (Fr. 23771, 
n»' 810, 831 et 849); le bailli de Cotentin, les troupes d'Essai (Fr. 26057, 
n»* 2222, 2233), le bailli de Gaen, Guill. Breton (id., n" 2225 et 2226) y vin- 
rent aussi. 

2. Voy. ci-dessus, p. 187-188. 

3. Arrondissement de Baugé. 

4. Sur le siège de Saint-Géneri, voir Append., LVIII, et Fr. 26057, nos 2222, 
2225, 2226, 2227, 2233. Le siège fut terminé avant le 26 janvier (n" 2227), J. 
Chartier, I, 134-137. Berry, 387. Gruel, 200. Fr. 26038, n» 2336. Les Anglais 
démolirent ensuite Saint-Géneri et d'autres forteresses prises également 
par le comte d'Arondel, comme Houdan^ Montfort-l'Amaury, Rambouillet, 
Bonsmoulins. Fr. 23771, n»« 817-823 et 848-853, 858, 860, 861. Fr. 26037, 
n" 2227, 2229, 2231, 2232, 2243, 2233, 2254. Fr. 26038, n" 2268. 

5. Arrondissement du Mans. 

6. Arrondissement du Mans; canton de Gonlie; non loin de Sillé. 

7. Il y était le 22 février (Fr. 8819, f» 48 v»). 



208 LA JOURNÉE DE SILLÉ (1434) 

réunie à Sablé K La reine Yolande y avait envoyé son fils, 
Charles d'Anjou, avec les gens de la maison du roi qui avaient 
voulu le suivre. Les sires de Bueil, de Brézé, de Coëtivy, de 
Ghaumont, le vicomte de Thouars, récemment sorti de sa pri- 
son *, avaient répondu à l'appel du connétable, qui amenait les 
maréchaux de Raiz et de Rieux,le sire de Rostrenen et plusieurs 
chevaliers et écuyers de Bretagne et du Poitou. 

Partie de Sablé, cette armée campa, le lendemain soir, près de 
l'endroit où devait avoir lieu la rencontre. Le connétable prit 
les plus sages mesures pour faire reposer ses troupes en sécurité 
pendant la nuit. Avant l'aube, à la lueur des torches, il les con- 
duisit sur le champ de bataille. Au soleil levant, l'armée française 
était rangée en bon ordre près d'une petite rivière. Les maré- 
chaux de Raiz et de Rieux commandaient l'avant-garde ; une 
des ailes était conduite par le sire de Bueil, l'autre par le vidame 
de Chartres ^ Le connétable, le duc d'Alençon, Charles d'Anjou 
étaient au centre avec le sire de Lohéac et d'autres seigneurs qui 
les avaient rejoints au passage. Les Anglais, au nombre d'en- 
viron 8000 combattants, étaient établis en belle ordonnance au 
delà de la rivière. Le comte d'Arondel les commandait. Pendant 
de longues heures, les deux armées s'observèrent, immobiles, 
sans oser s'attaquer. Ch. d'Anjou pria Richemont de lui con- 
férer la chevalerie, et, comme celui-ci, modestement, lui disait 
qu'il valait mieux la demander au duc d'Alençon, le jeune prince 
déclara qu'il ne la voulait tenir que du connétable. Après avoir 
reçu cette dignité, Ch. d'Anjou fit à son tour beaucoup d'autres 
chevaliers, notamment les sires de Bueil, de Coëtivy, de Chau- 
mont, tandis que le connétable conférait le même honneur à 
divers officiers de sa maison *. 

Enfin les Anglais, quittant les premiers la lande du grand 
Orme, se retirèrent dans un village voisin, où ils se fortifièrent. 
Comme ils n'avaient pas été les plus forts avant l'heure de midi, 



1. Arrondissement de La Flèche. 

2. D. Morice, I, 519. Cet élargissement eut lieu après une conférence que 
La Trémoille eut, à Nantes, avec le chancelier de Bretagne, P. Eder, Ro- 
bert d'Espinay, et où il fut parlé du mariage des demoiselles de Laval et 
d'Etampes avec les fils de La Trémoille et du sire d'Albret (D. Lobineau, I, 
597). La Trémoille fit ensuite promesse de bon et loyal service au duc de 
Bretagne, en faveur du mariage accordé entre Yolande de Laval et son fils, 
Jean de La Trémoille. L'original est aux Arch. de la Loire-Inf., cass. 57, 
E 144, avec signature et sceau de G. de La Trémoille. En septembre 1434, 
Charles VII restitua au vicomte de Thouars ses biens confisqués (X<> 8604, 
f« 122). 

3. Jean de Vendôme (H. de Lépinois, Hist. de Chartres, II, 614). 

4. Voy. Gruel, 200. 



RICHEMONT RENTRE EN GRACE (1434, AVRIL) 209 

le connétable les fit sommer de rendre les otages, qu'ils renvoyè- 
rent aussitôt Ml tint ensuite un conseil de guerre, pour examiner 
s'il fallait attaquer les ennemis. Tout le monde fut d'avis qu'il y 
aurait imprudence à tenter une pareille aventure, car ils occu- 
paient une forte position, dans le voisinage de plusieurs places qui 
leur appartenaient, tandis que les Français n'avaient que Sablé, 
éloigné d'environ dix lieues. D'ailleurs les vivres manquaient, car 
on n'en avait apporté que pour trois jours. Quant à la ville de 
Sillé-le-Guillaume, « qui ne valait rien,» Richemont voulait qu'on 
l'abandonnât, qu'on y mît le feu et qu'on fit couper la tête à 
Aimeri d'Anthenaise, pour le punir d'avoir capitulé. Beaucoup 
furent de cette opinion, excepté le sire de Bueil.Il protesta contre 
un arrêt aussi cruel et promit que son lieutenant défendrait bien 
cette place. L'armée revint alors à Sablé. Aussitôt après, les An- 
glais attaquèrent de nouveau la ville de Sillé ; ils donnèrent l'as- 
saut le 9 mars, et le comte d'Arondel reçut les habitants à com- 
position le 12. Cette perte fut largement compensée par l'honneur 
d'avoir offert la bataille aux ennemis, « car il n'estoit de mémoire 
d'homme qu'à une journée assignée les Français fussent compa- 
rus jusques à ce jour^.» 

Le connétable put ensuite se présenter à la cour. Ses amis 
étaient parvenus à calmer le ressentiment du roi, qui lui fit bon 
accueil '. Il semble que dès lors, par une sorte de convention 
tacite, le roi et le connétable aient résolu de vivre en bonne in- 
telligence, l'un en dominant son antipathie, l'autre en montrant 
moins d'exigences et de rudesse. 

On prit aussitôt des résolutions importantes qui attestent une 
direction nouvelle et un plan arrêté. Il fut convenu que Char- 
les VII irait dans le Dauphiné, tenir les Etats de cette province 
(car on avait grand besoin d'argent) et rassembler des troupes 
pour menacer le Charolais, tandis que le duc de Bourbon 
et le seigneur de Châteauvilain attaqueraient aussi les domaines 
du duc de Bourgogne. Quant au connétable, il fut chargé 

1. La journée de Sillé est rappelée dans les registres JJ 185, f» 204, n'295, 
et JJ 187, f" 153, n» 286. 

2. Gruel, 201. Fr. 25711, n» 843; JJ 175, no 360. J. Charticr, I, 165, 169 ; 
Berry, 387. Martial d'Auvergne, I, 137. 

3. On ne sait oii celte réconciliation eut lieu. Gruel (p. 201) dit que 
Richemont vit le roi avant son départ pour Lyon et Vienne. Au moment 
de la journée de Sillé, Charles VII était à Montluçon le 8 mars (K 63, n* 32), 
à Montfaucon en Auvergne le 18 mars; le l*' avril à Vienne; en avril et 
mai à Vienne (voy. Fr. 25710, n"* 80-86). Le roi se rendit à Vienne (Berry, 
p. 387) par Le Puy et probablement par Lyon. C'est peut-être au Puy que 
le connétable alla le voir. En tout cas, Richemont était à Vienne dès le 6 
ou le 7 avril, et il était encore à Sablé le 12 mars. 

Richemont. 14 



210 ON ARRÊTE UN PLAN DE CAMPAGNE A VIENNE (1434, AVRIL) 

d'aller, avec le bâtard d'Orléans, au delà de la Seine, pour se- 
courir le pays et les bonnes villes, tant contre les ennemis, c'est- 
à-dire contre les Anglo-Bourguignons ^, que contre « les gens du 
roy », c'est-à-dire contre les routiers. Tout en combattant Phi- 
lipe le Bon sur divers points, en Picardie, dans la Bourgogne et 
le Charolais, on devait faire de nouvelles tentatives auprès de 
lui, auprès d'Amédée VIII, pour négocier un traité définitif, et la 
guerre ne devait être qu'un moyen de hâter la conclusion de la 
paix *. Tel est l'esprit dans lequel Richemont allait entreprendre 
cette campagne. Il suivait avec plus d'ardeur que jamais cette 
politique, dont il avait pris l'initiative dès 1425, avec la reine de 
Sicile. Cette princesse devait seconder les opérations militaires 
par une diplomatie féconde en ressources. 

Une fois ce plan arrêté, la cour se rendit à Vienne, où les Etats 
de Languedoc et ceux du Dauphiné devaient se réunir^. Il y eut 
là, pendant les mois d'avril, de mai, de juin, une réunion bril- 
lante * et des fêtes comme les aimait le jeune roi, mais elles ne 
firent point oublier les intérêts politiques. Les cardinaux d'Arles 
et de Chypre ^, ambassadeurs du concile de Bâle, la reine de 
Sicile, son fils Charles d'Anjou, Charles de Bourbon, devenu ré- 
cemment duc, par la mort de sorr père, le connétable, le bâtard 
d'Orléans, le maréchal de La Fayette, Gaucourt, l'amiral de Cu- 
lant, Christophe d'Harcourt, Hugues de Noyers et d'autres con- 
seillers '^ de Charles VII purent examiner ensemble les questions 
qui les préoccupaient. Le concile faisait, comme le pape, de cons- 
tants efforts auprès des rois de France et d'Angleterre, pour ré- 
tablir la paix générale. La réponse de Charles VII aux cardi- 
naux fut très bienveillante '' ; mais ce qu'on voulait surtout, ce 

1. Ceux-ci se préparaient également à la guerre (voir Hist. de Bourgogne^ 
IV, cxxxvii et 9ui\., cxu-cxuii). 

2. Le connétable était toujours en relations avec le duc de Bourgogne 
(de Beaucourt, Charles VU, II, p. 306, note 2). 

3. V. D. Vaissète, IV, 482, et Preuves, p. 438-439. Voir aussi les Etats gé- 
néraux sous Charles VU, par A. Thomas, dans le Cab. hist., t, 24, année 
1878. 

4. "Du moins une partie de juin, car, dans ce mois, Charles VII alla aussi 
à Lyon et à Saint-Symphorien-d'Auzon (Fr. 23710, n» 86, et Fr. 20877, n» 34; 
D. Marlène, Amplissima Collectio, VIII, 719-720). 

5. L. Aleman, archev. d'Arles, cardinal de Sainte-Cécile, -|- 1430 (Gallia 
christ. I, 382-584, 615). — Hugues de Lusignan, fils de Jacques I" de Lusi- 
gnan, roi de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie (Art de vérifier les dates, 
1, 466). 

6. Tous ces noms sont dans des lettres datées de Vienne et citées par 
D. Vaissète (t. IV, p. 482). Voir aussi Fr. 23710, n" 81-85. Fr. 20877, n» 34. 
Fr. 20385, n» 1. M. Canat, p. 342, et Ordonn. XIII, 194-204. De Smet, 
Chron. de Flandre, III, 418. Berry, 387. 

7. Le 10 juin, Charles VII écrit au concile de Bâle qu'il est prêt à faire 



LES ÉTATS DE VIENNE (1434) 211 

n'était point la paix avec les Anglais, car on savait que leurs 
exigences la rendraient impossible ; c'était la réconciliation avec 
le duc de Bourgogne. René d'Anjou, sur les conseils de sa mère, 
alla voir ce prince, pour sonder ses intentions, et se rendit en- 
suite à Vienne, auprès du roi, puis à Ghambéry \ où se trouvaient 
alors le duc de Savoie et sa fille Marguerite, femme du jeune roi 
de Naples, Louis III d'Anjou. Secondé par sa belle-sœur, René 
sut gagner Amédée VIII, bien que ce dernier fût irrité contre le 
duc de Bourbon, qui refusait de lui rend re hommage pour cer- 
tains fiefs *. 

Amédée VIII consentit à reprendre son rôle de médiateur et 
exhorta encore Phifippe le Bon à faire la paix avec Char- 
les VII'. René conduisit ensuite à Vienne sa belle-sœur, la reine 
de Naples. Elle reçut un accueil empressé à la cour. Le roi donna 
une fête en son honneur et dansa longuement avec elle. Le con- 
nétable, qui était rentré complètement en grâce, prit part à ces 
réjouissances, et ce fut lui qui présenta les épices au roi de France 
et à la reine de Naples^. 

Cependant les Etats de Languedoc avaient voté une aide de 
170 000 moutons d'or, ceux du Dauphiné une aide de 30000 flo- 
rins ^. Avec ces ressources, ^on pouvait continuer la guerre. Le 

la paix {Amplissima Collectio, VIII, 719-720), Le concile s'adressa aussi au 
roi d'Angleterre (Rymer, V, l'» partie, p. 9, 10, 12, 15). 

1. René d'Anjou avait déjà vu les ducs de Bourgogne et de Savoie à 
Chambéry, en février, lors du mariage du comte de Genève, fils aîné d'Amé- 
dée VIII, avec Anne, fille du roi de Chypre et nièce du cardinal. Il est pro- 
bable que le cardinal de Chypre avait profité de son séjour à Chambéry 
pour remplir sa mission de médiateur (Le Fèvre de Saint-Remy, II, 87-97). 
En tout cas, Amédée VIII avait écrit à Bedford et continué ses démarches 
auprès de PhiUppe le Bon (de Beaucourt, Charles VU, t. II, p. 506-508.) 

2. Le duc de Bourbon opposait le même refus au duc de Bourgogne 
pour d'autres fiefs. Amédée VIII et Philippe le Bon s'étaient même alliés 
le 12 février, à Chambéry, pour contraindre le due de Bourbon à leur ren- 
dre hommage (M. Canat, p. 340). 

3. T. 99 delà Coll. de Bourgogne, f»' 410416. Lecoy de La M., t. I, 105-107. 

4.11 était certainement à Vienne le 6 ou le 7 avril et le 4 mai (voy. Fr. 25710, 
n» 85), avec le duc de Bourbon, le maréchal de La Fayette, l'amiral de 
Culant, le sire de Gaucourt, etc. Voy. aussi D. Vaissète, IV, p. 482. Berry,387. 
Martial d'Auvergne, I, 138-139. Le roi écrivit, le 26 avril, aux habitants de 
Lyon, pour réclamer le payement d'une ancienne créance du connétable 
(de Beaucourt, Charles Vil, II, 304, note 2). C'était annoncer par là même 
son retour en grâce. 

5. D. Vaissète, IV, p. 482, et Preuves, p. 438-39. Fr. 20417, n» H. Fr, 
25710, n» 86. Portef. Fontanieu, 117-118, aux dates du 19 mai et du l*-" juin. 
Fr. 20877, n» 34, et K 63, n» 37. R. de Gaucourt reçut 3 000 florins pour 
payer les troupes qu'il devait conduire au secours du duc de Bourbon et 
du sire de Châteauvillain contre le duc de Bourgogne (K 63, n» 37; Portef, 
Fontanieu, 117-118, au 26 septembre). 



212 CAMPAGNE DE RICHEMOMT EN PICARDIE (1434) 

connétable eut spécialement sous sa charge 300 hommes d'ar- 
mes et GOO hommes de trait ^ Ainsi réconcilié avec le roi, il prit 
congé de lui et revint à Parthenai pour lever ses troupes et se 
préparer à la campagne qu'il allait commencer MI apprit alors 
que Talbot, envoyé par Bedford dans l'Ile-de-France, avait obligé 
La Hire à évacuer Beaumont-sur-Oise ' et attaqué la ville de 
Greil, où le frère de La Hire avait été tué * (juin). Richemont ne 
put partir assez tôt pour sauver Greil, car il dut attendre au 
moins trois semaines à Blois le bâtard d'Orléans, qui avait été 
chargé de réunir 200 hommes d'armes et 300 hommes de trait ". 
Il se dirigea ensuite, avec le bâtard d'Orléans, le maréchal de 
Rieuxet le chancelier de France, vers Gompiègne, en passant par 
Orléans, Melun,Lagny et Senlis, dont lecapitaine était Alain Giron. 
Pendant qu'il était à Gompiègne (août) *, Saintrailles et La 
Hire vinrent lui demander deux cents lances, avec les archers, 
pour ravitailler et dégager Laon, où ils étaient serrés de près 
par les troupes de Jean de Luxembourg ^ qui tenaient toutes les 
places du voisinage et même le mont Saint- Vincent, à un trait 
d'arc de la ville. Le connétable envoya au secours de Laon 
Gilles de Saint-Simon et Jamet de ïillay. Ces deux capitaines 
s'attendaient à rencontrer l'ennemi près d'Assis-sur-Serre * ; 
mais ils purent s'avancer en toute liberté. Après avoir fait capi- 

1. Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. 1267. 

2. Richemont était alors en procès avec J. de Rochechouart, seigneur de 
Mortemart, au sujet d'une rente de 200 1. t. sur Châtelaillon, réclamée 
p^ar ce seigneur. Le connétable obtint un délai, en opposant des lettres 
d'Etat (Xi" 9200, i» 243 v). 

3. Arrondissement de Pontoise. Fr. 260S7, n» 2243. Fr. 26058, n»' 2331, 
2287. JJ 173, nos 312, 313, 348. La capitulation de Beaumont fut conclue 
avec Talbot le 14 juin, par Georges, bâtard de Seneterre, et ratifiée par 
Henri VI le 28 juin. Le roi d'Angleterre créa Talbot comte et lui donna le 
comté de Clermont en Beauvoisis, en récompense de ses services (JJ 173, 
n? 318). 

4. Voy. Portef. Fontanieu, 117-118, à la date du 28 juin, et Fr. 25771, 
n" 872. Gruel appelle Amadoc ce frère de La Hire (Gruel, 201). Greil, arron- 
dissement de Senlis. 

5. Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. 1267. Le bâtard d'Orléans avait 
peut-être levé des troupes en Bretagne. Le 18 juin, il fait alliance avec le 
vicomte de Rohan {Preuves de Vhist. de Bret., II, col. 1263). Jeanne, fille 
d'Alain IX, vicomte de Rohan, avait été promise à Jean, comte d'Angou- 
lême en 1432 (Anselme, IV, p. 57 A, et ci-dessus, p. 202). 

6. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 313, note 1. 

7. Jean II de Luxembourg, comle de Ligny, frère de P. de Luxembourg, 
comte de Saint-Pol (-f- le 31 août 1433, après avoir repris aux Français 
Saint-Valery), et de L. de Luxembourg, chancelier de France pour Henri VI. 
C'est ce J. de Luxembourg qui avait pris J. d'Arc à Gompiègne (Anselme, 
III, 723-26; Pièces orig., t. 1778, dossier Luxembourg, n" 40; JJ 175, n» 356). 

8. Arrondissement de Laon. 



LES FRANÇAIS PRENNENT HAM (1434) 213 

tuler Saint- Vincent en accordant à ceux qui l'occupaient un sauf- 
conduit du connétable, ils ravitaillèrent Laon et firent des courses 
sur les pays qui obéissaient à Philippe le Bon. Celui-ci venait 
alors de Picardie avec 3 000 hommes. Il passa tout près des lieu- 
tenants de Richemont, à Crécy-sur- Serre * (7 août) : mais il ne 
les poursuivit pas, et il continua sa route vers la Bourgogne, 
pour aller combattre le duc de Bourbon *. 

A ce moment, le connétable apprit qu'il y avait grand danger 
de perdre Beauvais. LaHire commandait dçins cette ville. C'était 
un vaillant capitaine, mais aussi un pillard redoutable, qui s'était 
fait détester par son caractère violent et cruel. Les habitants se 
révoltaient contre lui, et les Anglais, qui occupaient Verberie ', 
Greil, Beaumont, profitaient de son embarras pour venir l'atta- 
quer. Richemont, laissant à Compiègne le chancelier, le bâtaM 
d'Orléans et le maréchal de Rieux, alla lui-même à Beauvais, où 
il rétablit promptement le bon ordre. Revenu à Compiègne, il 
rappela les troupes qu'il avait envoyées à Laon et les diri- 
gea sur Ham *, qui appartenait au duc de Bourgogne (septem- 
bre). Le connétable les suivit de près, avec le bâtard d'Orléans, le 
maréchal de Rieux, Saintrailles, La Hire, Blanchefort et le gros 
de son armée, car il savait que Jean de Luxembourg n'était 
pas loin. 

Quand ils arrivèrent à Ham, la ville et le château étaient déjà 
pris d'assaut par l'avant-garde ^, et ils trouvèrent leurs loge- 
ments tout préparés. Richemont délivra les prisonniers, excepté 
ceux qui étaient Anglais ou au service de l'Angleterre, et il 
fit rendre aux habitants de la ville la moitié de leurs biens. !1 
épargna aussi les marches de Picardie, malgré le mécontente- 
ment des capitaines et des soldats, qui ne comprenaient pas la 
guerre sans pillage. II laissa seulement le bâtard d'Orléans faire 
une course jusqu'à Chauny ^, où il rencontra Jean de Luxem- 
bourg quand il croyait n'avoir affaire qu'à ceux de la ville . Il y 
eut là « une belle escarmouche ». 

Le bâtard et La Hire soutinrent le choc avec leur vaillance 
habituelle. Averti par eux, le connétable s'avança aussitôt à leur 
secours, mais, à trois lieues de Chauny, il les trouva qui revenaient 
en bon ordre, sans avoir rien perdu. Il conclut alors (17 septem- 

1. Arrondissement de Laon. 

2. 11 arriva le 13 août à Dijon (M. Ganat, p. 258, et Itinéraire de Philippe 
le Bon, ibid., p. 489; de Smet, Chron. de Flandre, III, p. 418-419; Gruel, 201). 

3. Arrondissement de Senlis. 
"4. Arrondissement de Péronne. 

5. Martial d'Auvergne, I, 139. 

6. Arrondissement de Laon. 



214 TRÊVE DE HAM (4434, 47 septembre) 

bre) une trêve de six mois avec le comte d'Etampes, lieutenant 
du duc de Bourgogne ^ Il rendit Ham à Jean de Luxembourg, à 
condition que celui-ci payerait 60 000 saints, qu'il empêcherait 
Bruyère *, Aulnois ' et autres places voisines de faire la guerre à 
la ville de Laon, et que Blanchefort évacuerait Breteuil ■'. Si le 
connétable montrait tant de modération, c'est que « toujours il 
taschoit et désiroit faire la paix entre le roy et Mgr de Bourgon- 
gne ^. » Philippe accepta volontiers cet arrangement et fit déli- 
vrer la somme convenue. Richemont s'en servit pour payer ses 
gens d'armes, il partagea ce qui restait aux capitaines et sei- 
gneurs de son armée, ne gardant pour lui que 1500 saluts. Il 
retourna ensuite à Compiègne ®. 

De là, il se rendit à Reims et parcourut la Champagne, faisant 
partout prompte justice des pillards et larrons qui désolaient 
cette province ''. Près de Troyes, il réduisit à capituler, en moins 
de deux jours, une place dont la garnison faisait beaucoup de mal 
dans le pays *. Il nettoya ensuite les environs de Châlons et alla 
lui-même assiéger la ville de Maure *, que tenaient les Anglais. 
En trois jours il réduisit celte place à se rendre, puis il fît le siège 
de Hans *", René d'Anjou se trouvait alors tout près de là, dans 
les environs de Sainte-Menehould. Sur son invitation, le con- 
nétable alla le voir et revint, dès le lendemain, s'emparer de 
Hans, 11 continua sa route par Vitry-en-Perthois **, fit encore ca- 
pituler une petite place que les ennemis fortifiaient près d'Arzil- 
lières ** et retourna aussitôt à Châlons, où il fit pendre un capi- 
taine de routiers, nommé H. Bourges, qui s'avoua lui-même 
coupable des excès les plus odieux. 

A Châlons, il vit arriver Robert de Sarrebruck ^^ damoiseau ou 

1. Voy. Append., LIX. 

2. Arrondissement de Laon. 

3. Arrondissement de Laon. 

4. Arrondissement de Clermont (Oise). 

5. Gruel, 202. Monstrelet (t. V, 93-96} dit aussi : « Et la cause pour quoy 
lesdîz traictiés furent conduis en doulceur, si fut l'espérance de venir à 
paix finable entre le roy Charles de France et le duc de Bourgogne ». Les 
mêmes considérations sont formellement exprimées dans le traité qui sti- 
pule la trêve de six mois (voy. Append., LIX). 

6. De Smet, Chron. de Flandre, III, 419. 

7. Ed. de Barthélémy, Hist. de Châlons, p. 184. Il avait sans doute avec 
lui Tristan Lermite, qu'il avait nommé prévôt des maréchaux (Fr. 20684, 
fo 662, el Bib. de l'Ec. des chartes, t. XXXIII, p. 76). 

8. Gruel, 202. Il ne donne pas le nom de cette place. 

9. Gruel, 202. Maure, arrondissement de Vouziers. 

10. Canton de Sainte-Menehould. 
. H. Aujourd'hui Vitry-le-François. 

12. Arrondissement de Vitry-le-François. 

13. Sur Rob. de Sarrebruck, voir Anselme, VIII, 533. 



RICHEMONT DANS LA CHAMPAGNE ET LE BARROIS 215 

seigneur de Commercy, qui était alors en guerre avec René d'An- 
jou \ les Messins et le comte de Vaudemont. Sous prétexte de ser- 
vir Charles VII, Robert exerçait de grands ravages sur les ter- 
ritoires voisins. René d'Anjou et les Messins, alliés contre lui, 
assiégeaient alors sa ville deCommery, pendant que le comte de 
Vaudemont attaquait une autre de ses places -. Le connétable 
envoya Saintrailles, La Hire et Gilles de Saint-Simon, avec 400 
lances, au secours du damoiseau contre le comte de Vaudemont, 
qui tenait le parti de Bourgogne et d'Angleterre. Ils chassèrent 
les gens du comte de Vaudemont, délivrèrent la place assiégée, et 
après avoir ravagé le comté de Ligny-èn-Barrois, occupé par 
les Anglais, ils s'en retournèrent à Ghâlons. 

Pendant ce temps, le connétable avait déterminé René d'An- 
jou et les Messins à lever le siège de Commercy, sous certaines 
conditions acceptées par eux, dans une entrevue à Châlons, le 
6 septembre 1434 ^ Robert de Sarrebruck s'en remit à l'arbitrage 
de Richemont et de l'archevêque de Reims. Il signa le 19 octo- 
bre, à Vitry, le compromis conclu par eux avec René d'Anjou et 
les Messins et laissa son fils en otage au roi de Sicile*. Le conné- 
table croyait cette affaire terminée, quand il apprit, à Vitry-en- 
Perthois, que le damoiseau refusait d'obéir au duc de Bar et de 
tenir ses engagements. Sur les plaintes de René d'Anjou, il fit 
arrêter Robert de Sarrebruck ^ et le donna en garde à Gilles de 
Saint-Simon et à Guillaume Gruel, puis il le fît élargir, à con- 
dition qu'il ne s'éloignerait point sans y être autorisé. 

Un jour, comme le connétable jeûnait, on lui fit observer que 
le damoiseau, qui se trouvait auprès de lui, ne jeûnait pas. Ri- 
chemont lui dit alors d'aller souper. « Puisqu'il vous plaît, avec 
votre congé, monseigneur, » répondit le damoiseau et, sautant 
surson cheval, qui l'attendait à la porte, il s'enfuit à Etrepy*, puis 
à Commercy. Irrité de cette félonie, le connétable envoya aussi- 
tôt 40 lances à la poursuite de Robert, et il partit pour assiéger 



i. René d'Anjou avait épousé, en 1420, Isabelle, fille de Charles l"', 
duc de Lorraine, mort en 1431. René était alors duc de Lorraine et de 
Bar. 

2. Gruel (p. 202) appelle cette place Nercy. C'est Narcy, arrondissement 
de Vassy. 

3. Voir la cliron. du doyen de Saint-Thiébault de Metz dans D. Galmet, 
Hist. de Lorraine, II, Preuves, col. ccxvui-xix. 

4. D'après le doyen de SaintrThiébault, Richeoïont aurait eu 20 000 saluts 
pour avoir ménagé cet arrangement (D.Calmet, 11,788 elPreiivps,eo\. ccxviii- 
ccxix. Voir aussi Dumont, Hist. de Commercy, i3ar-le-t)uc, 1843, iu-8, t. I, 
p. 232). 

3. Probablement à Revigny (Meuse, arrondissement de Bar-le-Duc). 
6. Arrondissement de Vitry-le-François. 



216 RICHEMONT DANS LE BARROIS (1434) 

Gommercy avec René d'Anjou. Alors le damoiseau vint trouver 
le connétable, fît sa soumission et jura de tenir tous ses engage- 
ments envers lui et envers le duc de Bar. 

En se dirigeant vers Saint-Mihiel % où était René d'Anjou, le 
connétable apprit que les Anglais, qui tenaient garnison à Ligny *, 
s'étaient avancés jusqu'à Bar-le-Duc et ravageaient tout le pays 
voisin. Il détacha 10 lances pour les arrêter et s'avança lui-même 
dans le Barrois. Ses éclaireurs rencontrèrent les Anglais comme 
ils revenaient à Ligny, traînant après eux des chariots chargés de 
butin. A la vue des gens du connétable, les ennemis, quoique 
bien supérieurs en nombre, prirent la fuile, laissant là tous leurs 
bagages. Les Français les poursuivirent jusqu'aux portes de 
Ligny, puis ils allèrent à Bar et à Saint-Mihiel, où les attendait 
René d'Anjou. C'est là que le damoiseau de Gommercy vint faire 
sa soumission au duc de Bar (14 décembre) '. On était au milieu 
de décembre ; l'hiver était très froid ; les chevaux avaient grand'- 
peine à marcher sur les chemins couverts de neiges et de glaces. 
Néanmoins Saîntrailles et Gilles de Saint-Simon, après avoir ral- 
lié en passant la petite troupe qui était à Saint-Mihiel, firent une 
course devant Metz, pour rançonner le pays (décembre et janvier). 
Plusieurs de ces routiers furent pris ou tués ; mais Saîntrailles, 
après avoir exercé de cruels ravages, ramena un grand butin. 
On ne s'explique pas comment Richemont, qui réprimait ordi- 
nairement les excès des gens de guerre, permit cette incursion 
sur le territoire d'une ville alliée de René d'Anjou. Saîntrailles 
s'autorisait des ordres du connétable, ce qui n'empêcha pas plu- 
sieurs des gens d'armes de murmurer quand ils virent la guerre 
qu'il leur faisait faire *. 

Après cette course, ils allèrent retrouver, dans le Barrois, le 
connétable, qui avait pris, par composition, la place d'Epense ^. 
Le 15 décembre, il était à Ghâlons, où il délia le damoiseau de 
ses engagements antérieurs, à la prière de René d'Anjou ^. 



i. Arrondissement de Gommercy. 

2. Arrondissement de Bar-le-Duc. 

3. Collect. de Lorraine, t. 294, n» 21. 

4. Gruel, 203. D. Calmet, II, Preuves, col. ccxix. 

5. Arrondissement de Sainte-Menehould, 

6. Voy. Append., LX. Cette campagne de Richemont en 1434 est racontée 
par Gruel avec une abondance, une exactitude et une précision de détails 
qu'on chercherait vainement ailleurs. On voit qu'il y a pris part. Son récit 
est confirmé, sur tous les points essentiels, soit par des documents authen- 
tiques, soit par les chroniqueurs, soit par les historiens (voy. D. Morice, I, 
521, qui ne raconte pas d'ailleurs toute cette campagne; D. Lobineau,I, 601, 
qui donne plus de détails; D. Calmet, t. II, p. 782-788, et les Preuves déjà 
indiquées; le t. 226 de la collect. de Lorraine, n» 9; Monstrelet, t. V, p. 95, 



GUERRE ET NÉGOCIATIONS (1434) 217 

Durant cette campagne du connétable, la guerre s'était faite 
aussi à l'ouest entre le comte d'Arondel, Charles d'Anjou, le 
duc d'Alençon, Ambroise de Loré ; au sud , entre le duc de 
Bourgogne, le duc de Bourbon, les sires de Gaucourt et de 
Château villain *. Malgré quelques succès, comme la prise de 
Grancey * (15 août), de Chaumont^ et de Belleville * (septem- 
bre), Philippe le Bon n'était pas sans inquiétude sur l'issue de 
cette lutte. Trop peu secondé par les Anglais, il n'était point 
soutenu par le duc de Savoie, qui, au lieu de lui fournir les 
secours promis par le traité de Chambéry (du 12 février 1434), 
l'engageait à faire la paix avec le duc de Bourbon ; le roi appe- 
lait contre lui la noblesse du Midi ^ ; enfin il était menacé par 
l'empereur Sigismond, qui s'était prononcé en faveur de René 
d'Anjou et avait fait alliance avec Charles VII ^. Sans tenir 
compte des plaintes et des reproches de Philippe ', Amédée VIII 
avait conclu la paix avec le duc de Bourbon (21 novembre 1434), 
et il offrait avec insistance sa médiation pour ménager un 
accommodement entre les deux beaux-frères. Enfin le duc de 
Bourgogne entra dans la voie où Richemont le voulait amener 
depuis si longtemps *. Il fit un premier pas en signant une trêve 
à Pont-de-Veyle ^ avec le duc de Bourbon (4 décembre). Il fut 
convenu qu'ils auraient une conférence à Nevers, pour arriver 

111; J. Chartier, 1, 175-177; De Smet, Chroniques de Flandre, t. III, 418-419 ; 
la chronique d'Adrien de Buts, un contemporain, dans la Collect. des chro- 
niques belges de M. Kervyn de Letlenhove, I, 239-240; l'Abrégé chronol. du 
règne de Charles VII, ap. Godefroy, p. 337-338 ; Berry, ibid., p. 388 ; Lecoy 
de La Marche, René d'Anjou, I, p. 109-111, G.-E. Dumont, Hist. de Corn- 
mercy, Bar-le-Duc, 1843, in-8, t. I, p. 228-232i. 

1. Sur la guerre avec les Anglais, voir K 63, n<" 34, 34^, 37; Fr. 26038, 
n«s 2273, 2323, 2334, 2340, 2331, 2356, 2394, 2418. Portef. Fontanieu, 117-118, 
à la date du 21 décembre. JJ 173, n» 333. Le 8 septembre, Henri VI donna 
au comte d'Arondel le duché de Tou raine et des terres en Normandie, en 
récompense de ses services (JJ 175, n* 366). Sur la guerre contre le duc 
de Bourgogne, voir M. Canat, p. 338-361. 

2. Arrondissement de Dijon. 

3. Ghaumont-la-Guiche (arrondissement de Gharolles), qui avait été prise 
par Rod. de Villandrando, beau-frère du duc de Bourbon, dont il avait 
épousé une sœur bâtarde (J. Quicherat, Rod. de Villandrando, p. 90, 109). 

4. Arrondissement de Villefranche. 

5. Les comtes de Foix, de Gomminges, d'Armagnac, d'Astarac, etc. (D. 
Vaissète, IV, 482). 

6. T. 99 de la collect. de Bourg., f- 392-399. J. 186^, àladate du 17 juin 
1434, f» 21. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 482483. 

7. Voir ses instructions du 2 Juin à ses envoyés (t. 99 de la coll. de Bourg. , 
f.8 410-416). 

8. Pendant cette campagne de 1434, Richemont était toujours en rela- 
tions avec le duc de Bourgogne (de Beaucourt, t. II, 514, not^ 1). 

9. Arrondissement de Bourg (Ain). 



218 CONFÉRENCES DE NEVERS (1435) 

à une entente définitive. Le concile, le pape, les ducs de Bre- 
tagne ^ et de Savoie sollicitaient toujours le duc de Bourgogne 
de se prêter à la conclusion de la paix générale. Le 27 décembre, 
les ambassadeurs bourguignons déclarèrent au concile que Phi- 
lippe cédait à ses instances ^. 

Richemont apprit ces nouvelles avec la plus vive joie. Bientôt 
il reçut des lettres de ses beaux-frères, les ducs de Bourgogne 
et de Bourbon, qui l'invitaient à venir auprès d'eux à Nevers. Il 
passa quelques jours à Troyes ^, « pour faire justice et mettre 
police au pays *, » puis il alla voir, à Dijon, la duchesse de 
Bourgogne, qui le reçut avec de grands honneurs (janvier) ^. 
De là, par Beaune, Autun, Decize, il se rendit à Nevers. Il y 
trouva le duc de Bourgogne, le duc et la duchesse de Bourbon, 
qui lui firent l'accueil le plus cordial. Les conférences étaient 
commencées depuis le 20 janvier. Le duc de Bretagne, le roi de 
France y avaient aussi envoyé leurs ambassadeurs, le chan- 
celier, archevêque de Reims, Christ, de Harcourt, le maréchal de 
La Fayette ^. Déjà un traité, conclu à Nevers, avait terminé le 
différend entre le duc de Bourbon et le duc de Bourgogne. Ce 
traité fut signé par Richemont le 5 février et par les deux autres 
princes le lendemain '', mais il restait beaucoup plus à faire. 

Il fallait maintenant décider Philippe le Bon à se réconcilier 
avec Charles VII. Le connétable, secondé par le duc et la 
duchesse de Bourbon, fut enfin assez heureux pour réussir dans 
ces importantes négociations. Comme Philippe ne voulait pas 
traiter sans le roi d'Angleterre, il fut bien spécifié qu'on s'effor- 
cerait de faire la paix générale. C'était là d'ailleurs le désir et 
l'intention de Charles VII ; ses ambassadeurs le répétaient ; il 



1. Jean V avait aussi envoyé des ambassadeurs à Henri VI, pour l'enga- 
ger à faire la paix (Moreau, 705, f-* 133-142). 

2. Sur la guerre avec le duc de Bourgogne et les négociations, voir": 
Amplissima Collectio, VIII, 785-786 ; Inventaire des arch. de la Gôte-d'Or, 
t. I, 27, 253; t. II, 39, 61, 62 et 71, et J. Quicherat, Rod. de Villandrando, 
p. 103-113, et pièces justifie, p. 247; Hist. de Bourgcgne, IV, 189-193, et 
Preuves, cxlui-cxlvi; CoUect. de Bourgogne, t. 99, f"» 402-423; M. Canat, 
258-260 et 338-362; D. Calmet, II, col. 783-784 ; Porfe/l Fo}it., 117-118, au 26 
septembre; K 63, n" 37; Le Fèvre de Saint-Remy, t. II, p. 268, 287, 297, 303. 

3. Le 13 janvier, le duc de Bourgogne écrit de Moulins-Engilbert au 
comte de Richemont à Troyes (M. Canat, p. 364). 

4. Gruel, 203. 

5. De Beaucourt, Charles Vil, II, 514, note 1, à la fin. Il est probable que 
Richemont était encore à Dijon le 25 janvier. 

6. Les conférences devaient avoir lieu à Decize, mais on préféra Nevers. 
Ilist. de Bourg., IV, 195, et Preuves, cxun-cxLV. Porief. Fontanieu, 117-118, 
au 12 janvier. Le Fèvre de Saint-Remy, II, 303-304. De Beaucourt, 11^ 515. 

7. M. Canat, p. 361. Hist. de Bourg., IV, Preuves, cxlv-cxlyi. 



COÎNVENTION AVEC PHILIPPE LE BON (1435, 6 FÉVRIER) 219 

avait chargé le comte de Vendôme d'en informer le duc de 
Bretagne, qui avait écrit au duc de Bourgogne, pour joindre ses 
instances à celles de son frère Artur. Il fut donc convenu qu'il 
y aurait « une journée », le l""" juillet, à Arras ; que le roi de 
France ferait à Henri VI « des offres raisonnables » ; que, si le 
roi d'Angleterre ne voulait pas les accepter, le duc de Bourgo- 
gne ferait tout son possible, son honneur sauf, pour s'entendre 
avec Charles VII. On alla plus loin : on arrêta, le 6 février, les 
bases d'un traité particulier, par lequel Charles VII céderait à 
Philippe le Bon, dans le cas où celui-ci se séparerait de Henri VI, 
les villes de la Somme, le Ponthieu, Montreuil, Doullcns, Saint- 
Riquier, avec faculté de rachat, moyennant une somme de 
400000 écus d'or, payables en deux fois, par moitié. Il fut même 
question d'un mariage entre une fille du roi de France et le fils 
du duc de Bourgogne, Charles, comte de Charolais, qui n'avait 
guère qu'un an *. Enfin, il fut entendu que le pape et le concile 
seraient invités, comme le roi d'Angleterre, à envoyer leurs 
ambassadeurs à la journée d'Arras et que le duc de Bourbon et 
le comte de Richemont y représenteraient le roi de France *. 

Après avoir ainsi préparé ce grand résultat, qu'il poursui- 
vait depuis dix ans, la réconciliation de Philippe le Bon avec 
Charles VII, le connétable prit congé de ses beaux-frères, pour 
revenir à la cour. Chemin faisant, il apprit, à Dun-Ie-Roi, qu'il 
y avait alors à Bourges un capitaine de routiers, Jacques de 
Pailly ', surnommé Forte-Epice, dont il avait grandement à 
se plaindre. Forte-Epice avait promis, l'année précédente, de 
suivre Richemont en Champagne, avec 40 lances; il avait même 
reçu un cheval, de l'argent pour lui et pour ses gens, puis, au 
moment du départ, il s'en était allé d'un autre côté, « car il ne 
demandait que pillerie, » et il savait bien que le connétable ne 
tolérait pas ces déprédations *. Le routier eût été pendu, si les 



i. Né à Dijon, le 10 novembre 1433 [Hist. de Bourg., IV, 183). 

2. Hist. de Bourg., IV, 193-195, et Preuves, cxliii-cxlvi ; Delpit, Doc. fran- 
çais, etc., 251-252 (lettre du duc de Bourgogne): le t. 99 de la coll. de Bour- 
gogne, f"' 418-421 ; Bréquigny, 81 (Moreau, 705), f« 149-150; Berry, 388, et 
une lettre du card. de Sainte-Croix dans le Ms. lat. 9868 (S. F. 3031), f 2 V; 
le t. III des Chron. belges, p. 149; Monstrelet, V, 107-109; Lettre de Phi- 
lippe le Bon, en date du 16 mars, aux Pères du concile de Bdle, dans le 
t. 254 de la collection Godefroy,f- 51 (à la biblioth. de l'Institut); de Beau- 
court, II, 518 et notes; Append., LXI (déposition du connétable). 

3. Y\ f° 45 v. On trouve rarement le vrai nom de ce routier fameux. 

4. Pendant ce temps, il avait pris au duc de Bourgogne Coulanges-la- 
Vineuse (Yonne), qu'il ne rendit que moyennant une forte somme. Dans 
le Poitou même, les gens du comte de Foix, du comte d'Harcourt, etc., 
commettaient les plus graves abus (X^a 21, au 4 janvier 1434, a. st.). 



220 ON SE PRÉPARE AU CONGRÈS d'ARRAS 

habitants de Bourges auxquels il avait rendu quelques services, 
n'eussent intercédé en sa faveur'. 

Le connétable alla ensuite à Tours, où il trouva le roi René, 
puis à Chinon, où était alors Charles VII, qui lui fit bonne chèi'e 
(2 mars) '^. Il rendit compte des négociations qui avaient eu lieu 
à.Nevers. Il fît décider que le roi réunirait à Tours, vers Pâques, 
les seigneurs de son sang, pour délibérer sur la journée d'Arras 
et arrêter les résolutions qu'il conviendrait de prendre. Après 
avoir passé quelques jours à Parthenay, où résidait habituel- 
lement la duchesse de Guyenne , il revint auprès du roi , à 
Tours. Le duc de Bourbon, Charles d'Anjou, le chancelier de 
France, le comte de Vendôme, l'archevêque de Vienne, le bâtard 
d'Orléans, les maréchaux de Rieux et de La Fayette, les sires 
de Graville, de Gaucourt, de Bueil, plusieurs évêques et beau- 
coup d'autres seigneurs étaient aussi arrivés à la cour. Le 9 avril, 
Charles VII confirma encore une fois la donation, déjà faite au 
connétable, des terres de Parthenay, Mervent, Vouvant, Le Goul- 
dray-Salbart , Secondigny, Ghâtelaillon , Matefelon, etc., et 
ordonna qu'on lui en laissât la jouissance, nonobstant le procès 
pendant en la cour du Parlement '. 

Le roi regrettait maintenant que Richemont eût été si long- 
temps éloigné de lui « par le moyen et pourchaz d'aulcuns ses 
malveillans » ; il reconnaissait hautement ses grands services. Le 
lendemain, jour des Rameaux, le comte de Richemont fit hom- 
mage au roi pour ces seigneuries. On s'occupa surtout de la 
journée d'Arras, du choix des ambassadeurs qui devaient accom- 
pagner le duc de Bourbon et le connétable, des opérations mili- 
taires, qu'il fallait activer, pour donner plus de poids aux négo- 
ciations. Le duc de Bourgogne se trouvait alors à Paris, où il était 
toujours très populaire. Les Parisiens le supplièrent de faire la 
paix, et il encouragea leurs espérances par de bonnes promesses *. 
Peu après, le comte de Richemont lui écrivit que le roi acceptait 
la journée d'Arras. Philippe s'empressa d'annoncer cette nou- 
velle aux Parisiens. En même temps, il envoya une ambassade 
en Angleterre, pour informer Henri VI de ses intentions, comme 
il en avait déjà informé le Conseil anglais à Paris ^ 

1. Gruel, 203-204. 

2. Le jour de carême prenant, d'après Gruel (p. 204), c'est-à-dire le 2 
mars, Pâques tombant le 17 avril. 

3. X»a 8604, f<" 125 V, 126. X'» 8605, f»» 204 v», 203. Le Parlement fit, 
comme il arrivait souvent, des difficultés pour entériner les lettres du 
9 avril (Xi» 9194, f» 126 v). 

4. Arrivé à Paris le jeudi 14 avril, avec la duchesse de Bourgogne et le 
comte de Charolais, il en partit le jeudi 21 avril (Xi"» 1481, f» 99 v). 

5. Xia 1481, f" 99 v\ Collect. de Bourgogne, t. 99, f<" 422-428; Procee- 



GUERRE ACTIVE CONTRE LES ANGLAIS (1435) 221 

Tout en négociant, le connétable poussait vivement la guerre 
contre les Anglais, surtout en Normandie, car il importait de 
montrer au duc de Bourgogne que la France n'était pas encore 
abattue, comme ceux-ci le prétendaient '. Les populations de 
la Normandie, nobles et gens du commun, s'insurgeaient de tous 
côtés contre la domination anglaise, dans le Bessin, dans le pays 
de Caux, et le duc d'Alençon, avec Ambroise de Loré, continuait 
de guerroyer dans le Cotentin *. 

Le bâtard d'Orléans fut chargé d'attaquer la Normandie vers 
le sud, tandis que La Hire et Saintrailles faisaient des courses 
vers le pays de Caux et que d'autres troupes étaient dirigées sur 
Paris. Le bâtard d'Orléans alla prendre Houdan ' et menacer 
Evreux (mai-juin)*; J. de Brézé, lieutenant du maréchal de 
Rieux, s'empara de Rue ^ et du Crotry ^ avec l'aide d'un brave 
officier, Charles des Marets, qui jadis avait été capitaine de 
Dieppe ' ; La Hire et Saintrailles, envoyés par le connétable pour 
occuper et fortifier Gerberoy % vainquirent, près de là, le comte 
d'Arundel, qui fut blessé, pris, et mourut, au bout de quelques 
jours, à Beauvais^; enfin, dans la nuit du 30 au 31 mai, les 
capitaines français de Melun et de Lagny entrèrent par surprise 

dings, t. IV. préface, p. lxxxii; Hist. de Bourg., IV, 196-197, et Preuves; 
Delpit, Docum. français, etc., 231-252. 

1. Charles VII avait renouvelé son alliance avec la Castille fX** 9193, 
fo 103 v). De son côté, le duc de Bourgogne avait demandé à Henri VI l'en- 
voi d'une puissante armée (coll. de Bourgogne, t. 99, f « 422-428). 

2. Les insurgés normands assiègent Caen au mois de janvier (Fr. 26039, 
no" 2433 et 2445. JJ 187, f° 74). Le duc d'AIençon assiège, en février, Avran- 
ches, d'où il est repoussé par le comte d'Arondel et Th.de Scales (Fr. 26059, 
no» 2438, 2465, 2469), puis il va se joindre aux insurgés du Bessin, pour 
ravitailler le Mont-Saint-Michel (Fr. 26039, n- 2468, K 63, n» 34i6). Simon 
Morbier, prévôt de Paris, est envoyé contre les rebelles du Cotentin (Fr. 
26039, n" 2461 et 2462). Les Anglais sont chassés de la bastille d'Ardenon, 
et la garnison du Mont-Saint-Michel fait des courses ruineuses dans le pays 
voisin (Fr. 26059, n" 2300). Les Français menacent Valognes en avril (Fr, 
26039, n° 2317). Voir aussi L. Puiseux, Les insurrections populaires en Nor- 
mandie, Caen, 1831, in-4. 

3. Arrondissement de Mantes. Martial d'Auvergne, I, 141. 

4. Fr. 26039, n"» 2542, 2343, 2344, 2346. 
3. Arrondissement d'Abbeville. 

6. Arrondissement d'Abbeville. 

7. Th. Basin dit que c'était un simpleouvrier terrassier. (Th. Basin,I, p. IH ; 
Vallet de V., Charles VU, II, 340, note 2, X2« 24, au jeudi 11 février 1444, a. st.) 

8. Arrondissement de Beauvais. 

9. Monstrelet, V, 119-123, Berry, 388-389 et le Bourg, de Paris, 275, don- 
nent la date du mois de mai; Gruel, 203, celle du mois d'octobre. J. Pillet, 
Uist. de Gerberoy, Rouen, 1679, in-4, p. 222. Martial d'Auvergne, 1,140-141. 
En août «t septembre, des gens d'armes anglais reçoivent l'ordre d'aller se 
mettre à la disposition du comte d'Arondel (Fr. 26059, n»» 2382, 2602, 
2618). Voy. aussi Fr. 5022, f» 40 v«. 



222 LES FRANÇAIS PRENNENT SAINT-DENIS (1435, 30 MAl) 

dans la ville de Saint-Denis *. C'était un succès important. De là, 
on pouvait observer et inquiéter Paris. Peu après, le bâtard 
d'Orléans s'empara de Pont-Sainte-Maxence (juin) ^ Toute la 
Normandie s'agitait; de nouveaux troubles éclataient, et Bedford, 
effrayé des rassemblements de troupes qu'on lui signalait de 
toutes parts, prescrivait des mesures de défense qui dénotent 
les inquiétudes du gouvernement anglais ^. 

Le connétable ne pouvait diriger en personne ces expéditions ; 
il estimait que, dans les circonstances actuelles, il devait s'occu- 
per surtout de la paix. Il alla en Bretagne, au mois de mai *, puis il 
revint encore, pour quelques jours, à Parthenay, où devaient se 
rendre aussi la reine de France et la reine de Sicile , qui étaient à La 
Rochelle ^. Guillaume Gruel, le biographe d'Artur de Bretagne, 
vint alors lui annoncer que la comtesse d'Etampes " était accou- 
chée d'un beau fils. Le connétable en éprouva une joie très vive, 
car il n'avait pas d'enfant légitime, et il aimait beaucoup son 
frère Richard, comte d'Etampes, qui soutenait fidèlement, en 
Bretagne, le parti français. Richemont, à cette époque, ne sup- 
posait guère qu'il deviendrait duc de Bretagne et qu'il aurait 
pour successeur ce même enfant qui venait de naître ''. 

Ses préparatifs terminés, il revint à la cour^ pour se rendre à 
la journée d'Arras. Par lettres données à Amboise le 6 juillet *, 

1. On lit dans le registre X** 1481, au f» 101, à la date du mardi 31 mai : 
« Ce jour, après minuit, par faute de bon guet, entrèrent en la ville de 
Saint-Denis les capitaines de Melun et de Laigny, accompagnés, comme on 
disoit, de 300 à 400 combatans, gens de guerre. » Voy. le Bourg, de Paris, 
305-306. La date du 17 juin, donnée par Yallet de V. (II, 312), est donc 
inexacte. Gruel (p. 204) dit que la ville de Saint-Denis fut prise par Mahé 
Morillon, J. Foucaut, L. de Vaucourt et Regnault de Saint-Jean ; mais il 
place inexactement ce fait à l'époque du congrès d'Arras. J. Foucaut était 
capitaine de Lagny. "Voy. aussi Fr. 26039, n"^ 2344, 2346. Berry, p. 389, attri- 
bue ce succès au bâtard d'Orléans. 

2. D. Grenier, XX bis, liasse 9, f» 17. Martial d'Auvergne, I, 141. Pont- 
Sainte-Maxence, dans l'arrondissement de Senlis. Ce fait et la prise de 
Saint-Denis et de Rue sont relatés dans des instructions du 13 juillet, 
adressées à Regnault Girart et à Martineau, envoyés de Charles VII en 
Ecosse. Ce document intéressant est égaré parmi des pièces du xvi° siècle, 
dans le Ms. fr. 17330, où il figure sous le n» 9 (non folioté). 

3. Fr. 26039, n<" 2338, 2340, 2554. 

4. Richemont assista au mariage d'Alain, fils du vicomte de Rohan, avec 
Yolande de Laval, le 21 mai 1433, à Vannes [Preuves de Vhist, de Bret., II, 
col. 1272-1273). 

5. Fr. 8819, f° 30. Le 15 juin, Richemont était à Parthenay. 

6. Marguerite d'Orléans, comtesse de Vertus, femme de Richard de Bre- 
tagne, comte d'Etampes. 

7. Ce fut François 11,1e dernier duc de Bretagne. 

8. Voir le n» 406 de la galerie des Chartes à la Bibl. nationale, et Bré- 
quigny, 81, f"* 177-179 (Moreau, 705). Collect.de Bourgogne, 95, p. 848-851. 



RICHEMONT VA AU CONGRÈS d'ARRAS (1435, JUILLET) 223 

Charles VII avait désigné comme ambassadeurs le connétable, le 
duc de Bourbon, le comte de Vendôme, le chancelier de France 
Christophe d'Harcourt. le maréchal de La Fayette, Theaulde 
de Valperga, bailli de Mâcon, Adam de Cambray, premier pré- 
sident du Parlement, J. Tudert, doyen de Paris, et beaucoup 
d'autres *. Ils passèrent par Reims, Laon, Saint-Quentin et Cam- 
bray, oti ils arrivèrent le 29 juillet *, le jour même où le duc 
de Bourgogne faisait son entrée dans Arras ^ 

Le dimanche 31 juillet, ils s'acheminèrent enfin vers cette 
ville. Le duc de Bourgogne avec le duc de Gueldre * et un nom- 
breux cortège de chevaliers, l'évêque d'Auxerre ^, l'abbé de Saint- 
Vaast, le maire et les échevins, suivis d'une grande multitude 
de peuple, vinrent au-devant d'eux, jusqu'au bois de Moufflaine, 
à une lieu d'Arras, leur souhaiter la bienvenue. Les trois beaux- 
frères s'embrassèrent avec les démonstrations les plus amicales, 
et chevauchèrent au pas jusqu'au pelit marché de la ville, au 
milieu d'une foule joyeuse, qui garnissait les rues, les fenêtres et 
même les toits. Partout retentissaient les cris de Noëll Noël! car 
ce bon accord des princes était d'un heureux augure pour la paix 
que tout le monde désirait. On remarqua l'absence des ambas- 
sadeurs anglais, l'archevêque d'York, l'évêque de Norwich, le 
comte de SufTolk, etc., qui étaient arrivés depuis plusieurs jours, 
et on disait qu'ils ne voyaient pas sans mécontentement cette 
courtoisie bienveillante, avec laquelle le duc de Bourgogne ac- 
cueillait les envoyés de V adversaire ^. Les jours suivants, ceux-ci 
allèrent visiter le cardinal de Chypre, Hugues de Lusignan ', 
légat du concile, puis le cardinal de Sainte-Croix *, légat du 

1. Monstrelet, V, 134-136. J. Charlier, I, 186-187. X"» 9200, f 370. 

2. Le lundi 18, le parlement de Poitiers est informé que le connétable, 
toujours en procès avec L. de Rochechouart, a des lettres d'état, parce 
qu'il est à Arras (X»* 9200, f" 370). Sa présence à Arras est encore men- 
tionnée à la date du 2 septembre (fo 386). 

3. D'autres ambassadeurs étaient arrivés depuis longtemps : trois envoyés 
anglais dès le l»' juin, le cardinal de Chypre le 8 juillet, le cardinal de Sainte- 
Croix le 12 (le 14, d'après la relation latine dans Bréquigny, t. 81, f- 131), 
la plupart des ambassadeurs anglais (l'archevêque d'York, l'évêque de 
Norwich, le comte de Suffolk), le 23 juillet. Le 26, l'archevêque d'York pro- 
nonce un discours devant les cardinaux (Relation latine dans Bréquignv, 
t. 81, f»» 132-160; Le Fèvre de Saint-Remy, t. II, 305-310; Journal français 
de la paix d'Arras, par A. de Le Taverne, Paris, 1631, in-12, p. 27). 

4. Adolphe, duc de Berg et de Gueldre {Art de vérifier les dates, III, 181). 

5. Laurent Pinon, confesseur de Philippe le Bon. 

6. Hist. de Bourgogne, IV, 201. Monstrelet, V, 134-135. Le Fèvre de Saint- 
Remy, t. II, 310-311. 

7. Relat française, p. 171. Voir ci-dessus, p. 210, note 5. 

8. Nicolas Albergati, évêque de Bologne (Garnefeldt, Vita Albergali, 
Cologne, 1618, in-4, p. 36, 60, 97-99; de Beaucourt, Charles VII, II, 520). 



224 OUVERTURE DU CONGRÈS d'arras (1435, 5 août) 

pape (l*"" et 2 août). Le mercredi 3, arriva la duchesse de Bour- 
gogne *. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre, avec tous 
les autres seigneurs, allèrent à sa rencontre; mais ceux d'Angle- 
terre « prirent congié à elle aux champs % » tandis que ceux de 
France l'escortaient jusqu'à l'hôtel de la Cour-le-Comte, où de- 
meurait le duc de Bourgogne. Le duc de Bourbon, le conné- 
table, le comte de Vendôme, le duc de Gueldre chevauchaient 
à côté de la litière où était la duchesse. Ils furent accueillis de 
la façon la plus gracieuse par Philippe le Bon, qui leur fit « très 
joyeuse chère en son hôtel » '. 

Le vendredi 5 août *, le congrès tint sa première séance à 
l'abbaye de Saint- Vaast, dans une salle ornée de draps d'or et 
de tapisseries magnifiques. Jamais assemblée aussi nombreuse 
et aussi brillante ne s'était réunie pour négocier un traité. On y 
voyait les ambassadeurs de presque tous les Etats et souverains 
de l'Europe, avec ceux du concile de Baie, de l'Université de 
Paris, des ducs d'Anjou, de Bretagne et de plusieurs villes de 
France ; tant on s'intéressait partout au grand débat qui allait 
s'ouvrir ^. Les cardinaux qui présidaient le congrès, presque 
tous les ambassadeurs laïques ou ecclésiastiques voulaient sin- 
cèrement la paix; le peuple l'implorait à grands cris; les An- 
glais eux-mêmes la désiraient secrètement, car la guerre com- 
mençait à leur peser; mais, enorgueillis par vingt ans de succès 
et de domination, ils apportaient aux conférences une morgue 
et des exigences qui rendaient l'accord à peu près impossible. 

Après des difficultés de pure forme, soulevées par les ambas- 
deurs français, qui trouvaient que les commissions des ambassa- 
deurs anglais n'étaient pas en règle % les négociations commen- 
cèrent. Selon les engagements qu'ils avaient pris à Nevers, le 
duc de Bourbon et le comte de Richemont firent des ofl'res 
justes et raisonnables, car ils ne voulaient pas qu'on pût mettre 
les torts de leur côté. Dès les premiers jours, on comprit qu'il 



1. Isabelle de Portugal, fille de Jean !«"• et de Philippine de Lancastre 
(Anselme, I, 241, E). 

2. Monstrelet, V, 137. 

3. Monstrelet, V, 137. Le Fèvre de Saint-Remy, t. II, 303-304. Le soir, 
entre trois et quatre heures, après dîner, les ducs de Bourgogne et de 
Bourbon firent une partie de paume à laquelle assistait le connétable {Re- 
lut, franc., p. 38). 

4. Le 4, d'après la relation latine (Bréquigny, t. 81, f* 161). Discours de 
l'évêque de Vexio, ambassadeur du roi de Dacie, après que le cardinal de 
Chypre a lu les lettres du saint concile. 

3. Le duc de Savoie, Amédée VIII, n'envoya pas d'ambassadeurs. Il 
venait de se retirer à Ripaille. 
6. Bréquigny, t. 81, f» 170 (journée du 7 août). 



ARRIVÉE DU CARDINAL DE WINCHESTER (23 AOUT) 225 

serait impossible de s'entendre sur le point capital, la renoncia- 
tion de Henri VI à la couronne de France; néanmoins les négo- 
ciations continuèrent, entremêlées de fêtes, de réjouissances *. 
Le 11 et le 12, il y eut une belle joute entre un chevalier espagnol, 
Jean de Merle, et un chevalier de Bourgogne, P. de Beauffremont, 
sire de Gharny, devant les princes et les autres seigne^irs ^ 

Le lundi 15 août, jour de l'Assomption, les ambassadeurs 
français allèrent , en grande cérémonie , entendre la messe à 
l'église Notre-Dame d'Arras, avec le duc de Bourgogne. Cette 
intimité, qui s'.affîrmait de plus en plus, entre Philippe le Bon et 
ses beaux-frères, déplaisait fort aux Anglais, car ils craignaient 
qu'on ne machinât un traité à leur préjudice. Henri V avait 
nommé Philippe le Bon commissaire général et principal pour 
la négociation du traité; mais le duc s'était excusé. Il valait 
mieux, disait-il, dans l'intérêt même de cette affaire, qu'il n'en 
fût pas chargé ^ Le cardinal de Winchester *, chef de l'ambassade 
anglaise, n'arriva que le 23 août. Le duc de Bourgogne alla au- 
devant de lui avec les seigneurs de sa maison, mais les ambas- 
sadeurs français ne l'accompagnèrent pas ^ . 

Après l'arrivée du cardinal de Winchester, on put discuter sé- 
rieusement les conditions de la paix. Un incident des plus fâcheux 
interrompit alors les travaux du congrès. Le jeudi 25 août, le 
comte de Richemont était avec le duc de Bourbon et le comte de 
Vendôme à l'hôtel du duc de Bourgogne, où ils avaient dîné, 
quand ils apprirent que La Hire et Saintrailles avaient passé la 
Somme, ravagé le pays jusqu'à Doullens et fait un énorme butin '. 
Cette agression impudente mit les ambassadeurs français dans un 
cruel embarras. Le duc de Bourgogne et les seigneurs de son entou- 
rage en étaient indignés. Dans la nuit, les comtes d'Etampes ', 

1. Le 10, Richemont soupa chez le duc de Bourgogne, avec le duc de 
Bourbon et le comte de Vendôme. 

2. Le 14, Richemont va entendre' la messe à l'église Saint-Vaast. 

3. Voy. Bréquigny, 81, f° 161. Monstrelet, V, 144. 

4. Henry Beaufort, fils de Jean de Lancastre et oncle de Henri V, 
Voy. Sandford, Genealogical hisiory, p. 260-262. H appuyait résolument en 
Angleterre la politique de Bedford (Green, Hist. ofthe English people. I, 350- 
551). 

5. Le comte de Huntingdon était arrivé le 22 août (le -23, d'après la relation 
latine, f» 180 v). Monstrelet (V, 144) donne ici la date du 29 et diffère, sur ce 
point, de la relation française, mais il s'accorde avec elle d'une manière re- 
marquable sur la plupart des autres et notamment sur les plus importants. 

6. Quelque temps auparavant, le duc de Bourgogne avait payé 4 200 sa- 
lut» d'or à La Hire, pour qu'il rendît la ville de Breteuil (Ms. Moreau, 
1423, no» 126-128). 

1. Jean de Bourgogne, fils de Philippe, comte de Nevers et petit-fils de 
Philippe le Hardi (Anselme, I, 238). 

Richemont. ' 15 



226 EXIGENCES DES ANGLAIS 

de Ligny, de Saint-Pol, les sires de Groy, de Lalain et des sei- 
gneurs anglais, liégeois, brabançons partirent, avec plus de 
12O0 chevaux, pour se mettre à la poursuite des routiers. Ils 
les trouvèrent entre Corbie * et Heilly ^ faisant bonne conte- 
nance; mais le connétable avait eu le temps d'envoyer Théaulde 
de Valperiga ^ vers La Hire et Saintrailles, pour leur ordonner 
de ne point combattre et de se retirer, en abandonnant prison- 
niers et butin. Ils obéirent, non sans répugnance, et, grâce à 
cette sage précaution, l'affaire n'eut pas d'autre suite. L'expédi- 
tion rentra dans Arras le 27 au matin *. 

Ce jour-là et les jours suivants, il y eut d'importantes confé- 
rences entre les ambassadeurs français et anglais, par l'inter- 
médiaire des cardinaux. De concession en concession, les Français 
en vinrent jusqu'à offrir de laisser à Henri VI, sous condition 
d'hommage, la Normandie et la partie de la Guyenne occupée 
par les Anglais, pourvu qu'il renonçât, à tout jamais, au titre 
de roi de France. Il aurait en mariage une fille de Charles V I, 
mais sans aucune dot; le duc d'Orléans serait mis en liberté 
moyennant rançon °. Les ambassadeurs du concile et du pape, 
le duc de Bourgogne lui-même trouvaient ces offres justes et 
raisonnables ^ ; mais les Anglais se montrèrent beaucoup plus 
exigeants. Ils ne voulaient accorder à Y adversaire que les pays 
occupés par les Français au nord et au sud de la Loire, en ré- 
servant à Henri VI le titre de roi de France. Vainement les am- 
bassadeurs français leur offrirent encore un délai de plusieurs 
mois ', pour que Henri VI eût tout le temps de délibérer. Avant 
de donner une réponse définitive, les Anglais déclarèrent que, si 
Charles ne renonçait pas à la couronne de France, il était inu- 
tile de continuer les négociations *. 

1. Arrondissement d'Amiens. 

2. Id. 

3. Bailli de Mâcon, sénéchal et capitaine de Lyon (M. Canat, 368). 

4. Chron. Martinienne, f» cclxxxi. Gruel, 204. 

5. Telles sont les principales conditions formulées, le 7 septembre, dans 
un document signé par les ambassadeurs de France. Le roi d'Angleterre 
devait signifier son acceptation avant le 1"^ septembre 1436. Ces offres 
furent ensuite portées à Henri "VI par le roi d'armes Saint-Remy. L'ori- 
ginal est à la Bib. nat., Mélanges de Colbert, 353, n» 202. Le Fèvre de 
Saint-Remy, 550. Voir aussi le Thésaurus novus anecdotorum, I, 1784-1789, 

6. Quœ oblationes nobis vis£B sunt magnœ, rationabiles et merito accep- 
tandœ. (Voy. les lettres du card. de Chypre et du duc de Bourgogne à 
Henri VI dans V Amplissima Collectio, VIII, col. 861-864.) 

7. Ils proposèrent même de ne conclure le traité définitif qu'au bout de 
sept ans, quand le roi d'Angleterre serait en âge « de délibérer plus à 
plain et avoir bon conseil ». Fr. 9868, f» 4 v°. Le Fèvre de Saint-Remy, 
II, 376. Append., LXII. 

8. Oblationem partis alterius (c.-à-d. Charles VII), habentes derisorium 



RÔLE PARTICULIER DE RICHEMONT 227 

Cette arrogance excitait un grand mécontentement dans le con- 
grès et parmi le peuple, qui désirait que le duc de Bourgogne se 
séparât des Anglais, On s'irritait contre ceux qui conseillaient à 
Philippe le Bon de n'en rien faire, comme le comte de Ligny, Hu- 
gues de Lannoy et quelques autres ^ En général, la noblesse bour- 
guignonne, jalouse des Anglais, souhaitait que le duc fit la paix 
avec Charles VII sans plus tarder, mais il n'en était pas de même 
des communes de Flandre. Elles ne voulaient que la paix générale, 
sachant bien qu'une rupture entre l'Angleterre et la Bourgogne 
serait funeste à leurs intérêts commerciaux. Les ambassadeurs 
anglais croyaient que cette seule considération suffirait à empê- 
cher Philippe le Bon de traiter séparément; mais, d'autre part, 
il était tenté par les avantages que lui promettait Charles VII. 

Richemont, habilement secondé par Raoul Gruel, avait su se 
conciher l'appui des seigneurs qui avaient le plus d'influence 
sur le duc de Bourgogne, comme le chancelier Nie. Raulin, 
son confesseur, Laurent Pinon, évêque d'Auxerre, et surtout son 
premier chambellan, Antoine de Groy, auquel il promit une 
rente de 3 000 livres ou 30 000 écus d'or au nom du roi *. La 
nuit, quand tout le monde était retiré, le connétable allait voir se- 
crètement son beau-frère Philippe et ceux de ses conseillers qui 
étaient bien disposés pour la France ^ ; il s'efforçait de leur prou- 
ver qu'un traité séparé avec le duc de Bourgogne était le meil- 
leur moyen de hâter la conclusion de la paix avec l'Angleterre*. 
Un docteur éminent. Th. Sarzana, élève et secrétaire du cardinal 
de Sainte-Croix et qui fut plus tard le pape Nicolas V ^, em- 
ployait aussi toute son habileté à préparer la réconciliation de 
Philippe le Bon avec Charles VII •. Les Anglais, sentant qu'ils 

indignati recedebant {Bréquigny, 81, f» 173, 180 et 226; Rolls of Parliament, 
IV, 481). 

1. Append. LXI (déposition de La Fayette). 

2. P 2531, fo* 169 v°, 177. Z>« 14, f»» 33, 34. 

3. Gruel, 204. Relut, française, p. 75. Append., LXI, déposition de la 
Fayette. 

4. Appendice LXI (Déposition du connétable). 

5. Sur T. Parentucelli, dit Thomas de Sarzane, voir Garnefeldt, Vita Al- 
bergati,'p. 110-112, 118-119; Muratori, t. XXV, p. 271. 

6. Comme les deux légats ne s'entendaient guère eux-mêmes, ce fut 
Th. Sarzana qui « seorsum inter Phillippum et Garolum de concordia egit, 
illumque tandem suo régi conciliavit et a jurejurando quod Anglico praes- 
titeral, auctoritate primte sedis, absolvit; satius esse arbitratus ex duobus 
regnis alterum salvare, Francis inter se pacatis, quam perseverantibus 
odiis utrumque perdere » {PU II Commentarii, Romœ, 1584, in-4, p. 289-90). 
Pourtant, le IG juillet 1435, le pape Eugène IV, répondant à une lettre de 
Henri VI, qui lui demandait s'il avait délié certains princes de leur ser- 
ment, affirmait qu'il n'en avait rien fait et qu'il n'en avait pas été prié; Il 



228 DÉPART DES AMBASSADEURS ANGLAIS (6 SEPT.) 

perdaient du terrain, rappelaient au duc le crime de Montereau, 
le traité de Troyes, la faiblesse et la déloyauté de l'adversaire *. 

Le d" septembre, après un dîner qu'il avait donné aux am- 
bassadeurs anglais, le duc eut avec le cardinal de Winchester 
un entretien très animé pendant plus d'une heure. Le cardi- 
nal « s'eschauffoit tellement qu'il suoit à grosses gouttes ^ ». 
"Les jours suivants, il y eut encore des conférences entre les am- 
bassadeurs de Charles VII et ceux de Henri VI, sans plus de 
résultats. Le duc de Bedford, malade, près de mourir, ne vou- 
lait rien rabattre de ses exigences ; il prescrivait aux ambassa- 
deurs de rejeter les propositions de l'adversaire, propositions 
aussi honteuses pour Henri VI que favorables à son ennemi, et 
il songeait aux moyens de continuer la guerre '. 

Vainement les envoyés de Paris, arrivés le 1" septembre, de- 
mandaient la paix avec instances, en disant que, si elle n'était pas 
conclue, la misère forcerait la plupart des habitants à quitter 
leur ville ; les Anglais estimaient qu'il ne fallait point avoir égard 
aux clameurs du peuple et qu'il valait mieux laisser dévaster un 
pays pour un temps que de le perdre tout à fait *. Le 5 septembre, 
les envoyés de Paris furent admis devant le congrès, avec ceux 
de plusieurs autres villes. Leur orateur, Thomas de Gourcelles, 
fît un discours si éloquent pour implorer la paix « que ce seroit 
longue chose à raconter et sembloit qu'on ouyst parler un ange 
de Dieu, par quoy des assistants plusieurs furent esmeus à 
larmes ^. » Le lendemain, les ambassadeurs anglais quittaient 
Arras, rompant ainsi les négociations. Ils avaient compris que 
leur cause était perdue auprès du duc de Bourgogne. 

s'agissait surtout ici de Philippe le Bon (Rymer, V, 1" partie, p. 21-23). 
Il n'en est pas moins vrai que le pape avait expressément recommandé à 
ses ambassadeurs d'exhorter le duc de Bourgogne à faire la paix avec 
Charles VII, s'ils ne pouvaient obtenir la paix générale (voy. Fr. 9868, f» 5). 

1. T. 99 de la coll. de Bourgogne, 348-355. 

2. Relat. française,^. 71. P. Cauchon, évêque de Lisieux, qui était un 
des ambassadeurs de Henri VI, assistait à ce dîner. 

3. Voir un mémoire envoyé par Fastolf aux ambassadeurs anglais, avec 
l'agrément de Bedford et du Conseil : « and so it semythe .... that thesaid 
taking, offre and appointement were none honorabile to the king, but 
gretely to the worshipe and advantage of his ennemies and adversaries » 
(J. Stevenson, II, 2^ partie, p. 575-585, et Rolls of Parliament, IV, 481). 
Le gouvernement anglais déclare que les ambassadeurs français « nulla 
média rationabilia, immo trupha et derisoria obtulerunt. » 

4. « Not havyng nor taking revsrarde unto the clamour of the people, 
whiche, of nature, love his adversarie more than hym (Henri VI), nor for 
wasting of the country; for better is a country to be wasted for a tyme 
than lost » (IVIémoire de Fastolf déjà cité, p. 577). « Melius terram vaiere 
vastatam quam perditam » (T. Bazin, t. I, p. 102). 

5. Relat. française, p. 78. 



PHILIPPE LE BON CONSENT A LA PA!X (6 SEPT.) 229 

Le connétable redoubla d'efforts. Le même jour (6 septembre), 
devant les envoyés de Paris et des autres villes, l'archidiacre de 
Metz, après avoir rappelé les propositions faites aux ambassa- 
deurs anglais par ceux de France, déclara que ces offres, reje- 
tées avec tant de hauteur, avaient paru « bonnes et raisonnables » 
aux cardinaux et aux autres ambassadeurs du concile, et il con- 
jura éloquemment le duc de faire la paix avec Charles VII *. 
Philippe répondit qu'il était prêt à traiter. Le soir, il eut avec 
les ambassadeurs français une conférence qui se prolongea jus- 
qu'à minuit et dans laquelle furent probablement arrêtées les 
principales conditions de la paix. 

Le 7 septembre, les ambassadeurs de France allèrentàlarencon- 
tre du comte de Gharolais, qui venait de Lens à Arras. Richemont 
chevauchait tout auprès de sa litière, avec le comte de Vendôme. 
Dans des lettres datées du même jour, les envoyés de Charles VII 
renouvelaient les propositions qu'ils avaient déjà faites aux am- 
bassadeurs anglais *. Le 8, jour de la Nativité de Notre-Dame, le 
duc et la duchesse de Bourgogne, avec les ambassadeurs français 
et beaucoup d'autres seigneurs, entendirent la messe dans l'église 
de l'abbaye de Saint-Vaast. Un jacobin, confesseur du duc de 
Bourbon, prononça un sermon, dans lequel il conjura encore les 
princes de faire la paix. Le même jour, Philippe le Bon reçut à 
dîner les ambassadeurs du roi de France. Il avait auprès de lui, 
à sa table, ses deux beaux-frères, le duc de Bourbon et le con- 
nétable '. Enfin, le 10 septembre, le duc de Bourgogne déclara 
dans son conseil qu'il acceptait les propositions du roi de France. 
C'était l'anniversaire de l'assassinat de Jean sans Peur. On re- 
gardait comme chose miraculeuse que PhiUppe le Bon eût con- 
senti, ce jour-là même, à se réconcilier avec Charles VII. Le 
lendemain, il renouvela sa déclaration devant le congrès, et il 
n'y eut plus qu'à rédiger la formule définitive du traité. 

Le 16 septembre, on apprit que le duc de Bedford venait de 
mourir, deux jours auparavant, au château de Chantereine, 
près de Rouen. Rien ne pouvait être plus funeste aux Anglais, 

1. Voir la déclaration des ambassadeurs du concile [Bréquigny , 81, 
fo» 219-230). Les cardinaux, conformément aux instructions qu'ils avaient 
reçues, conjurèrent aussi le duc de s'entendre avec les envoyés de Char- 
les VII (Fr. 9868, f"* 1 v» et 5). Des écrivains anglais blâment aussi le 
gouvernement anglais d'avoir rejeté les propositions de Charles VII (Sha- 
ron Turner, III, 127-129; J. Stevenson, I, préface, p. lxvu). 

2. Voy. Append. LXII. De Beaucourt, Charles VII, t. II, 539. L'original de 
ces lettres du 7 septembre, avec les signatures et les sceaux de tous les am- 
bassadeurs français, se trouve dans les Mélanges de Golbert, 3o'6, charte 202 
(à la Biblioth. nat.). 

3. Le Fèvre de Saint-Remy, II, 326-327. 



230 MORT DE BEDFORD (1435, 14 SEPT.) 

plus favorable à la France que ces deux grands événements, la 
paix d'Arras et la mort du Régent. Depuis son dernier voyage 
en Angleterre, Bedford avait compris que la guerre deviendrait 
de plus en plus difficile, parce que le parlement ne voulait plus 
faire de sacrifices. Il sentait que la rupture avec le duc de Bour- 
gogne était le prélude de l'expulsion des Anglais, et pourtant son 
orgueil n'avait pu se résigner à des concessions nécessaires. Ce 
fut là une des causes de sa mort. « Brave sur le champ de ba- 
taille, prudent au conseil, calme dans la délibération, résolu 
dans l'action, Bedford était certainement égal, peut-être supé- 
rieur à Henri V ^ » Ainsi l'Angleterre faisait en même temps deux 
pertes également irréparables, Bedford et le duc de Bourgogne. 
Les conditions de la paix d'Arras furent arrêtées six jours 
après la mort du Régent ^ (20 septembre). Elle coûtait bien cher à 
la France. Demander pardon du crime de 1419 et en poursuivre 
les auteurs ^ ; fonder en l'église de Montereau une chapelle ex- 
piatoire, où, chaque jour et perpétuellement, serait dite une 
messe basse de Requiem ; établir dans la même ville un couvent 
de Chartreux et le doter ; élever sur le pont de Montereau une 
croix commémorative ; fonder en l'église des Chartreux, près de 
Dijon, où reposait le corps de Jean sans Peur, une haute messe de 
Requiem^ qui devait être célébrée chaque jour, à perpétuité ; 
payer 50 000 écus d'or, en compensation des joyaux que le duc 
Jean avait sur lui au moment du meurtre ; céder les villes et les 
comtés de Mâcon, de Saint-Gengoux * et d'Auxerre, la châtel- 
lenie de Bar-sur-Seine, la garde de l'église et abbaye de Luxeuil 
avec les droits qui en dépendaient, les villes, châtellenies et 
prévôtés de Péronne, Montdidier et Roye, les villes de la Somme, 
c'est-à-dire Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville et autres, 
ainsi que le comté de Ponthieu, avec faculté pour le roi de 
racheter ces villes moyennant 400000 écus d'or ^; laisser au duc 

1. J. Stevenson, I, préface, p. lxix-lxx. Sandford, Genealogical history, 
p. 313-314; Green, I, 547; Rolls of Parliament, IV, 485. 

2. Voir les propositions des ambassadeurs français datées du 20 sep- 
tembre, avec signatures et sceaux, à la galerie des Chartes de la Bib. nat., 
n" 406. Le 20 septembre, le légat du pape délie Philippe le Bon de son ser- 
ment de fidélité envers le roi d'Angleterre et l'engage à faire la paix avec 
Charles VII (K64, n" 36 bis). 

3. Philippe le Bon les désigna spécialement dans des lettres du 23 sep- 
tembre (voy. Ms. Colbert 43 [Flandres], 2" partie, f» 7 v°, et coll. de Bourg., 
t. 95, p. -880). Il y nomme Tanguy du Chastel, J. Louvet, P. Frotier et J. Ca- 
dart. 

4. Arrondissement de Mâcon. 

5. D. Grenier, 100, f" 50. Fr. 6965 (Legrand, VI), p. 15. Le duc de Bour- 
gogne s'était engagé à restituer ces villes moyennant 400 000 écus. Il devait 
même les restituer gratuitement, si, avant le l^r janvier 1436, le roi d'An- 



TRAITÉ d'aRRAS (1435, 20 SEPT.) 231 

le comté de Boulogne, en empêchant les poursuites de ceux qui 
prétendaient y avoir droit * ; remettre au comte d'Etampes le 
comté de Gien-sur-Loire, après la présentation des lettres par 
lesquelles le feu duc de Berry avait donné cette terre au duc 
Jean sans Peur ^; restituer au comte de Nevers et au comte 
d'Etampes, son frère, 32 800 écus d'or enlevés à leur mère, Bonne 
d'Artois, par ordre de Charles VI ; exempter Philippele Bon de 
tout hommage, de toute sujétion envers la couronne de France 
durant la vie du roi ; s'engager à secourir le duc contre les An- 
glais, s'ils lui faisaient la guerre à cause de sa défection, et à ne 
point conclure la paix avec eux sans son consentement exprès ; 
accorder une abolition générale pour tous les cas survenus de- 
puis la mort de Jean sans Peur, en exceptant toutefois ses meur- 
triers ; renoncer à l'alliance formée avec l'empereur contre le duc 
de Bourgogne ; faire signer le traité d'Arras par René et Gh. 
d'Anjou, le duc de Bourbon, les comtes de Richemont, de Ven- 
dôme, de Foix, d'Armagnac et de Pardiac et autres qu'on avise- 
rait ^ : telles sont les principales conditions que le roi de France 
dut subir *. Elles avaient, pour la plupart, été débattues, soit 
aux conférences de Bourg, en 1423, soit au mois d'août 1429, 
quand La Trémoille avait envoyé dans cette même ville d'Arras 
le chancelier Regnault de Chartres, avec Christophe d'Harcourt 
et le doyen de Paris, pouf négocier avec le duc de Bourgogne ; 
mais alors Philippe n'avait pas voulu traiter sans les Anglais ^, 



gleterre acceptait les olTres faites à ses ambassadeurs et s'il y avait une 
paix générale, quand même cette paix ne serait signée qu'après le délai de 
sept ans laissé au roi d'Angleterre (voy. ci-dessus, p. 226, note 7, et Ap- 
pend. LXI et LXII). 

1. C"est-tà-dire La Trémoille. Il avait épousé Jeanne, comtesse de BoiUo- 
gne (veuve du duc de Berry), qui lui légua l'usufruit de ses biens (voir ci- 
dessus, p. 141). 

2. "Voy. Append., XV. 

3. Ms. CoIt)ert 43 (Flandres), 2° partie, f" 10. Quelques seigneurs bour- 
guignons, comme H. de Lannoy, J. de Luxembourg, comte de Ligny, re- 
fusèrent d'abord de jurer le traité d'Arras, mais ils finirent par s'y dé- 
cider [Relat. française, p. lOo; J. Ghartier, I, 208). 

4. Voir les offres du 20 septembre sur le document original qui se 
trouve à la galerie des Chartes de la Bibl. nat., n" 406. 

5. Sur les négociations de 1429, qui servirent surtout de base au traité 
d'Arras, voir le t. 90 de la coliect. de Bourgogne, f"» 241-243 et 249-251, et 
ci-dessus, p. 176. Sur le congrès, les négociations et le traité d'Arras, 
voir : le Journal français d'Ant. de Le Taverne ; la relation française du 
Ms. latin 9868 ; la relation latine du Ms. Moreau, 705 (Bréquigny, 81), 
f- 149-230; Ms. Moreau, 1425, n" 129; Monstrelet, V, 130-183; J. Ghartier, 
I, 185-208; Le Fèvre de Saint-Remy, II, 305-361; 01. de La Marche, édit. du 
Panthéon littéraire, p. 354-365; Berry, 392; Th. Basin, I, 95-102; Chroni- 
ques belges publiées par Kervyn de Lettenhove, I, 241-244; II, 209-210; III, 



232 PUBLICATION DU TRAITÉ (1435, 21 SEPT.) 

et ceux-ci avaient rejeté les offres de Charles VII. Cette fois, le 
connétable avait le bonheur de réussir là où son rival avait 
échoué. Cette récompense était bien due à ses longs efforts. 

Le mercredi 21 septembre, le duc de Bourgogne et les sei- 
gneurs de sa suite, les ambassadeurs de France et les autres 
membres du congrès étaient réunis dans l'église de l'abbaye ; 
une foule immense était accourue pour entendre la publication 
de la paix. Le cardinal de Chypre dit lui-même la messe ; l'évèque 
d'Auxerre, dans un sermon approprié aux circonstances, fit 
éloquemment ressortir les bienfaits qu'allait engendrer l'union 
fraternelle des princes; puis maître P. Brunet, chanoine d'Arras, 
monta en chaire et lut le traité conclu entre le roi de France 
et le duc de Bourgogne. Cette lecture finie, les cris de : Noël ! 
retentirent de toutes parts et si haut que « on n'eust pas ouy 
Dieu ^ ». Alors, selon ce qui avait été convenu, J. Tudert, doyen 
de Paris, maître des requêtes, conseiller et ambassadeur de 
Charles VII, s' agenouillant devant Philippe le Bon, dit à haute 
et intelligible voix : que la mort de Mgr le duc Jean avait été 
iniquement et mauvaisement faite par ceux qui avaient perpétré 
ledit cas et par mauvais conseil ; qu'il en avait toujours déplu au 
roi et que, de présent, il lui en déplaisait de tout son cœur; que, 
s'il eût su ledit cas et eût eu tel âge et entendement qu'il a de 
présent, il y eût obvié selon son pouvoir, mais qu'il était bien 
jeune et avait pour lors petite connaissance et qu'il n'avait pas 
été assez avisé pour y pourvoir ; qu'il priait Mgr de Bourgogne 
d'ôter de son cœur toute rancune et haine qu'il pouvait avoir 
contre lui à cause de cela et qu'entre eux iV y eût bonne paix 
et amour. — Le duc, relevant alors l'ambassadeur de Charles VII, 
répondit qu'il y consentait ^. Les cardinaux reçurent ensuite les 
serments de Philippe le Bon et des ambassadeurs français ; on 
chanta un Te Deum, et le duc regagna son hôtel au milieu d'une 
multitude transportée d'allégresse, qui saluait son passage par 
des acclamations enthousiastes. Beaucoup de personnes pieu- 

43-61, 151, 378-382; Lettres des rois, II, 431 et suiv. ; Rymer, V, ire partie, 
p. 18-23; Ms. Colbert, 43 (Flandres), f" 152-115, dans la 2« partie, f" 6-8; 
Portef. Fontanieu, 117-118, à la date; Vv. 26060, n»' 2754, 2761; du Boulai, 
V, 431-432; Garnefeldt, Vita Albergati, p. 97-99; D. Martène, V, 437-438; 
VIII, 864-868; Prowedm»/^, IV. préface, p. Lxxxm; J. Stevenson, I, 51-64; II, 
2c partie, 431-433; Kervyn de Lettenhove, Hist. de Flandre, IV, p. 261 et 
suiv.; Fr. 4054, n° 168; K 64, n» 36'; Fr. 5036, f"» 310-312;. Mélanges de 
Colbert, 355, n" 202, n° 203 (original du traité), n» 206 (confirmation du 
traité par le Dauphin); D. Grenier, 100, f» 43-65, etc. 

1. Relat. française, p. 99. 

2. Lat. 1502, f" 13 V. Ms. Colbert, 43 (Flandres), f" 8 et 9. Moreau, 1425, 
n» 130. Fr. 5036, f 4. 



MORT DE LA REINE ISABEAU (1435, 29 SEPT.) 233 

raient de joie ; dans les rues, dans les carrefours, on allumait des 
feux, on dressait des tables couvertes de pain et de vin, où les 
passants pouvaient prendre place; toute la ville était en fête. 
Le duc de Bourbon et le connétable envoyèrent aussitôt des 
messagers annoncer de tous côtés cette bonne nouvelle, qui 
causa partout la même joie '. 

Tel fut le célèbre traité d'Arras, qui devait réparer les maux 
causés à la France par celui de Troyes et rendre à Charles VII 
son royaume *. Là reine Isabeau était sur le point de mourir. La 
nouvelle du traité apporta, dit-on, un adoucissement à ses re- 
mords. Elle termina tristement ses derniers jours à l'hôtel 
Saint-Paul, le 29 septembre. On célébra pour elle, le 9 octobre, 
à Arras, un service funèbre, auquel assistèrent les ducs de 
Bourgogne et de Bourbon, les comtes de Vendôme et d'Etampes '. 
Ainsi périssaient ceux qui avaient fait tant de mal à la France, 
au moment même où le traité d'Arras allait lui rendre une vie 
nouvelle. Partout on comprit l'importance de ce grand événe- 
ment. Quand les ambassadeurs du concile revinrent à Bâle, un 
orateur s'écria, dans son enthousiasme, que cette assemblée, 
eût-elle duré vingt ans, avait fait assez, puisqu'elle avait procuré 
la paix à la France *. Cette paix allait donner à Charles VII la 
force de terrasser les Anglais ^. Richemont avait contribué lar- 
gement à ce résultat, et on lui en sut gré ®. Jamais peut-être il 
ne rendit à la France un plus grand service. 

Il fut moins heureux dans les efforts qu'il fit pour délivrer 

1. D. Grenier, XX 625, liasse 9, f» 17. 

2. Ea enim dies fuit quse Carolo regnum restituit {Pli II Commentarii, 
p. 290). Le 24 septembre, le duc de Bourgogne ordonne la publication du 
traité d'Arras (D. Grenier, 100, f» 43). 

3. Le corps d'Isabeau fut transporté à Saint-Denis le 14 octobre, par eau, 
« pour ce que les ennemis venoient et prenoient, chacun jour, entre Paris 
et Saint-Denis, gens, et emmenoient prisonniers. » Le lendemain, ou 
l'inhuma auprès de Charles VI (X<* 1481, f 107; Bourg, de Paris, p. 309; 
Martial d'Auvergne, I, 146; J. Chartier, I, 208-212). 

4. Latrent jam, ut libet, sacri hujus concilii detractores .... et dicant 
jam, si possint, « quid fecit concilium Basileense? » Quid egit, dicitis, 
Basileense concilium? Pacem fecit in Francia. Numquid hoc modicum est, 
etiamsi per viginti annos stetissel? (D. Martène, Amplissima Collectio, 
VIII, col. 882.) 

5. Une médaille frappée après le traité d'Arras représente Hercule, c'est- 
à-dire Charles VII, prêt à frapper son ennemi, avec cette légende ET SPE 
lAM PRiEGIPIT HOSTEM (Mézeray, Hist. de Fr., édit. de 1646, iu-f% II, 
86, n» 9). 

6. Journal français, 190-191. Quand il revint d'Arras, les villes lui offrirent 
des présents; Senlis, par exemple, 600 saints d'or (Flammermont, Institu- 
tions municipales de Senlis, dans le 45° fascicule de la Biblioth. des hautes 
études, p. 252-235). 



234 LES DUCS d'orléans et d'anjou 

cil. d'Orléans et René d'Anjou. Le duc d'Orléans était venu à 
Calais, avec l'intention de travailler à la paix et de se faire com- 
prendre dans -le traité. La rupture des négociations engagées 
avec les Anglais lui enleva tout espoir. Les ambassadeurs fran- 
çais avaient, en effet, essayé d'obtenir sa délivrance, moyennant 
rançon ; mais il y avait tant d'autres difficultés à surmonter que 
le captif aurait lui-même conseillé au duc de Bourbon et à 
Richemont de ne pas se laisser arrêter par la considération de 
ses intérêts personnels K 

Quant à René d'Anjou, que le duc de Bourgogne gardait encore 
prisonnier, il avait obtenu que ses ambassadeurs fussent admis 
au congrès d'Arras. Le duc de Bourbon et le comte de Riche- 
mont mirent tout en œuvre, jusqu'au dernier moment, pour 
négocier sa délivrance; mais, le 21 septembre, le duc de Bour- 
gogne fît déclarer par son chancelier Nie. Raulin qu'il n'avait 
pas eu et n''avait pas l'intention de comprendre le duc d'Anjou 
et de Bar dans le traité qu'on allait publier, et les ambassadeurs 
français furent obligés de répéter cette même déclaration *. 
Ces deux échecs n'avaient pas une très grande importance; ils 
n'étaient pas irréparables. Quant à la rupture des négociations 
avec les Anglais, fallait-il s'en affliger? Puisqu'ils ne voulaient 
pas la paix, il n'y avait plus qu'à les vaincre. C'est à quoi s'ap- 
pliqua Richemont, avec une ardeur toute nouvelle. 

1. Gruel, 204. J. Stevenson, I, 58-64. Proceedings, t. IV, préface, p.Lxxvi. 
Lettres des rois, t. Il, 420, 433. Rymer, V, 1'" partie, p. 20. 

2. Ms. Lat. 1302 {Varia acta concilii Basileensis), î" 13. D. Calmet, II, 
793. Lecoy de La Marche, Le roi René, I, 115-116. Ms. Colbert, 43 (Flandres), 
2° partie, f» 9. 



CHAPITRE II 

LA RÉDUCTION DE PARIS (1436) 



Les Anglais reprennent Saint-Denis. — Richemont envoie des troupes 
dans le pays de Caux révolté. — Il fait évacuer les places de la Cham- 
pagne cédées au duc de Bourgogne. — Les Ecorcheurs. — Charles VII 
ratifie le traité d'Arras. — Les Anglais, irrités contre le duc de Bour- 
gogne, veulent le combattre et font de nouveaux efforts pour continuer 
la guerre en France. — Richemont prépare, avec l'aide de Philippe le 
Bon, une entreprise sur Paris. — Les Français et les Bourguignons 
s'emparent de Pontoise, Vincennes, Corbeil, Saint-Germain, Charealon. 
— Richemont, nommé lieutenant général, s'approche de Paris. — Com- 
bat d'Epinay. — Conspiration à Paris. — Michel de Laillier. — Entrée 
du connétable à Paris. — Capitulation de la Bastille. — Etablissement 
d'un gouvernement français â Paris. — Procession solennelle. 



Le connétable avait hâte de quitter Arras, pour aller secourir 
le maréchal de Rieux, assiégé dans Saint-Denis par Th. de Scales, 
Talbot et Willoughby. Secondé par Le Bourgeois, l'habile ingé- 
nieur, par Regnault de Saint-Jean et L. de Vaucourt * , qui périrent 
tous deux pendant ce siège, par Foulque de La Belloseraye, le 
maréchal de Rieux résistait, depuis plus d'un mois et demi, avec 
des forces très insuffisantes, à toutes les attaques des Anglais, 
encore aidés par les Bourguignons et Yilliers de l'Isle-Adam; 

Le bâtard d'Orléans, avec le duc d'Alençon, avait fait en Nor- 
mandie une diversion qui eut pour résultat la prise du pont 
de Meulan ^, mais non la délivrance de Saint-Denis. Gomme 
il marchait vers cette ville pour la dégager, il apprit que le 
maréchal de Rieux, cédant à la famine plutôt qu'à l'ennemi, 
avait promis de rendre la place ', s'il n'était pas secouru dans 

1. Gruel, p. 204, confirmé par X^» 24, au jeudi 13 août 1444. Voir aussi 
Pièces orig.,t. 530, dossier Du Broullat (n» H955), au 7 août, et ci-dessus, p. 222. 

2. Le 24 septembre, d'après le Bourg, de Paris, p. 308. 

3. Le 24 septembre, d'après le Bourg, de Paris, p. 308. Société de Vhist. 
de Paris, t. V, p. 255 (Flammermont). 



236 SOUMISSION DU PAYS DE CAUX (143o, OCT.) 

trois semaines. On lui accordait, d'ailleurs, les conditions les plus 
honorables *. Dans ces circonstances, le bâtard ne jugea pas utile 
de poursuivre son entreprise. Cependant le connétable, aussitôt 
la paix publiée, était parti d'Arras (le jeudi 22 septembre), où 
le duc de Bourgogne voulut en vain le retenir, avec les autres 
ambassadeurs. Il avait promis de secourir le maréchal de Rieux, 
et rien ne pouvait le faire manquer à cet engagement. 

Arrivé à Senlis, il apprit la capitulation de Saint-Denis ^. Il 
s'avança néanmoins jusqu'auprès de cette ville; mais, quand il 
eut reconnu la position et le nombre des ennemis, il ne voulut 
pas risquer une attaque téméraire. Après avoir laissé une partie 
de ses troupes aux environs de Paris, il se rendit, avec le reste, 
à Beauvais. S'il avait pu se concerter assez tôt avec le bâtard 
d'Orléans, l'affaire aurait eu sans doute une meilleure issue; 
toutefois ce ne fut qu'un échec sans gravité ; les Français n'en 
continuèrent pas moins de menacer les abords de la capitale '. 

En attendant le moment favorable pour donner suite à ses 
projets sur Paris, qu'il voulait reprendre aux Anglais, Riche- 
mont organisa d'autres expéditions. Il envoya le maréchal de 
Rieux * dans le pays de Caux, où l'insurrection populaire ne 
cessait de grandir. Le bâtard d'Orléans, qu'il avait trouvé à Beau- 
vais, fut chargé d'aller combattre les Anglais sur la rive gauche 
de la Seine, dans la Beauce et dans la Normandie. 

Le maréchal alla se joindre à Gh. des Marets, qui s'était mis 
à la tête des Cauchois révoltés, avec un simple paysan, nommé 
Le Carnier (ou Le Gharuyer), et prit la direction de ce mouve- 
ment, au nom du roi. Le 28 octobre, ils s'emparèrent de Dieppe, 
une des places auxquelles les Anglais tenaient le plus ; puis, tou- 
jours renforcés par de nouveaux auxiliaires, ils continuèrent la 
conquête du pays de Caux par la soumission de Fécamp, Harfleur, 
Montivilliers, Lillebonne, Tancarville % etc., pendant que le 



1. Sur la conduite du marée, de Rieux, voir d'intéressants détails dans 
X2a 24 (au jeudi 13 août 1444 et au jeudi H février 1444, a. st.). 

2. Senlis lui donna 600 saluts d'or pour secourir Saint-Denis. Flammer- 
mont, dans le t. V de la Soc. de l'hist. de Pa7'is, p. 275. 

3. Sur la prise de Meulan et le siège de Saint-Denis, voir Gruel, 204, 205; 
Journal de la paix d'Arras, p. 104, 106; Berry, 391; Monstrelet, V, 184-187; 
le Bourg, de Paris, 307-309; JJ 175, n<'344; JJ 177, f" 104;Fr. 23772, n"^ 963, 
967-970, 973-999; Fr. 26039, n" 2372, 2373, 2390-2600, 2607; Pièces orig., 
t. 2007, dossier n" 46062, pièce 2; K 64, n" 1»0; J. Chartier, I, p. 180-183 et 
208; Martial d'Auvergne, I, 143-144. 

4. Avec Gilles de Saint-Simon et plusieurs autres gentilshommes de sa 
maison, notamment Artur Brécart, qui épousa la fille naturelle du conné- 
table. 

5. Seine-Inférieure. 



LES ÉCORCHEURS 237 

bâtard d'Orléans prenait Verneuil *, menaçait Evreux et répan- 
dait l'alarme jusque dans la grande ville de Rouen ^. 

Quant à Richement, il était retourné auprès de Philippe le 
Bon, à Arras ' (le 15 octobre), pour s'entendre avec lui sur 
l'exécution du traité. Il fallait faire sortir les garnisons françaises 
des villes qui devaient être rendues au duc de Bourgogne, et 
c'est de cela qu'eut à s'occuper le connétable. Déjà il avait remis 
la ville de Rue * aux Bourguignons. Le 17 octobre, il prit congé 
de son beau-frère, qui partait pour Boulogne, et lui-même alla 
d'abord à Reims ^, où se trouvaient les autres ambassadeurs fran- 
çais, puis à Dijon, où il vit le cardinal de Sainte-Croix, l'évéque 
d'Amiens et d'autres envoyés de Philippe le Bon, qui se ren- 
daient à Florence, pour demander au pape les bulles de rati- 
fication du traité d'Arras ^. 

Il dut rester quelque temps en Champagne, pour opérer la 
remise des places que le traité donnait au duc de Bourgogne ". 
Il ne fallut pas moins que sa présence et toute son autorité pour 
obliger certains capitaines, comme celui de Grandpré *, à quitter 
leurs villes ^. Cette évacuation devint la cause de grands mal- 
heurs. Elle jeta sur le pays une multitude de gens de guerre 
qui, n'ayant pas d'autre occupation ni d'autres moyens d'exis- 
tence, se mirent aie ravager avec une telle cruauté que le peuple 
les qualifia du nom significatif d'Écorcheurs ^°. Ils formèrent des 

1. Le duc d'Alencon avait échoué devant cette place en septembre 
(Fr. 26059, n" 2612-2617). 

2. Sur cette campagne, voir : Berry, p. 392; Gruel, 205; Monstrelet, t. V, 
199-203; Basin, I, 111-113; Martial d'Auvergne, I, 147; Lettres des rois, t. II, 
p. 435-36; J. Stevenson, I, 424-29; Bréquigny, t. 81, fo' 328-336; D. 
Grenier, XX Us, liasse 9, f» 17 ; Fr. 26060, n»» 2657, 2662, 2676, 2679, 2685, 
2692-2696; X2a 24, au 13 août 1444 et au H février 1444, a. st. En octobre, 
plusieurs soldats anglais de la garnison de Gisors furent exécutés, pour 
avoir voulu livrer la ville aux Français (Fr. 26060, n» 2654). En novembre, 
décembre et janvier, les Anglais assiègent Meulan (Fr. 26060, n" 2652, 2665, 
2690, 2789,2710,2727; Fr. 25772, n»» 1014, 1017, 1021, 1033; Fr. 23773, 
nM067). 

3. Tous les membres du congrès étaient alors partis, le duc de Bourbon 
seulement depuis le 10 octobre. 

4. Arrondissement d'Abbeville. 

5. Le 24 octobre, d'après J. Chartier, I, 215. Il était à Dijon vers la fin du 
mois (M. Canal, 371). 

6. Journal de la paix d'Arras, 113-114. M. Canat, 371. J. Chartier, I, 215. 

7. Coll. de Bourg., 100, f° 247. 

8. Arrondissement de Vouziers. 

9. Perrinet Grasset refusa de rendre La Charité. Il fallut négocier avec 
lui (Coll. de Bourgogne, 100, p. 247). 

10. « Lesquels on nommoit, en commun langaige, les Escorcheurs. Et 
la cause pour quoy ils avoient ce nom si estoit pour tant que toutes gens 
qui estoient rencontrés d'eulx, tant de leur party comme d'aultre, estoienl 



238 CHARLES VII RATIFIE LE TRAITÉ d'ARRAS (1435, 10 DEC.) 

bandes qui avaient pour chefs des capitaines royaux, comme le 
fameux Antoine de Chabannes et deux bâtards de Bourbon *. 
Faute d'argent, le connétable ne savait comment employer ces 
auxiliaires incommodes. Il envoya bien à Dieppe ceux qu'il jugea 
les moins dangereux, avec Chabannes, Saintrailles, Gauthier de 
Brusac, au nombre de 400 hommes d'armes et de 600 archers; 
mais il en resta beaucoup d'autres, qui répandirent la terreur dans 
le pays. Richemont faisait pendre sans miséricorde ceux qu'on 
pouvait saisir, « et se monstra en ce le dit connestable bon justi- 
cier, et aussi il en avait la grâce et renommée par tous pays * ». 
Quant à ceux qu'il avait envoyés dans le pays de Gaux, ils ne se 
comportèrent pas mieux; ils coururent la campagne, détrous- 
sant « tout au net ceux qu'ils pouvaient atteindre, tant nobles 
comme autres ^ ». Le connétable gémissait de ne pouvoir empê- 
cher ces excès, mais le moment n'en était pas encore venu *. 

Il était grand temps que Richemont revint à la cour, pour 
faire ratifier le traité d'Arras, car il avait été stipulé que cette 
formalité serait remplie avant le 15 décembre, et le duc de 
Bourgogne en réclamait l'accomplissement^. Le roi ne se résigna 
qu'à grand'peine à subir les dures conditions imposées par le 
duc ; pourtant il ratifia, le 10 décembre ^, à Tours, les engage- 

devestus de leurs habillemens tout au net jusques à la chemise. » (Mons- 
Irelet, V, 317-318.) Le nom d'Ecorcheurs remplaça celui d'Armagnacs. 

1. Alexandre et Guy de Bourbon, fils du duc Jean !«' de Bourbon (An- 
selme, I, 304). Voir A. Tuetey, les Écorcheurs sous Charles VU, Montbé- 
liard, 1874, 2 vol. in-8, t. I, au commencement, surtout p. 11 et suiv. 

2. J. Chartier, I, 217. Martial d'Auvergne, après avoir mentionné les 
ravages des Ecorcheurs en Champagne, ajoute (t. 1, 147, et Fr. 5054, f» 87 v°) : 

Le Roy tantost y envoya 
Le connestable pour les prandre. 
Qui bien tost les en envoya. 
Faisant les ungz nayer et pendre. 

3. Monstrelet, V, 199. Tuetey, les Ecorcheurs, I, 13. 

4. Gruel, 205; J. Chartier, I, 215-217. D'après J. Chartier, I, 216. Riche- 
mont revint à Reims le 2 décembre. C'est peut-être alors qu'il fit saisir, 
pour ses démérites, jusque dans la cathédrale de Reims, un individu nommé 
Etienne d'Orme, qui s'y était réfugié (voir JJ 176, f" 311 v°). 

5. Il envoya pour cela J. deCroy (Le Fèvre de Saint-Remy, II, 559; voir, 
à la Bibl. nat., le n° 406 de la galerie des Chartes). 

6. Le 10 décembre, Charles VII ordonne aux baillis de Mâcon, Sens, 
Auxerre de mettre le duc de Bourgogne en possession de ces comtés 

* (M. Canat, 371: Mélanges de Colbert, 355, n°,206; voir dans le Ms. Brienne 
197, f"' 320-344, une copie du traité avec la ratification en date du 10 décem- 
bre, à Tours). D'après Le Fèvre de Saint-Remy, tous les seigneurs de la 
cour de France jurèrent le traité, excepté Dunois, qui ne le voulait pas jurer 
sans l'autorisation du duc d'Orléans et du comte d'Angoulême (Le Fèvre 
de Saint-Remy, II, 365; 01. de La Marche, édit. du Panthéon litt., p. 365). 



IRRITATION DES ANGLAIS CONTRE PHILIPPE LE BON 239 

ments pris par ses ambassadeurs. Le pape Eugène IV et le con- 
cile de Bâle confirmèrent aussi ce traité *. 

Le connétable alla encore passer quelques jours à Parthenay ^, 
où vint aussi sa belle-sœur, la comtesse d'Etampes, puis à 
Vannes, auprès de son frère, le duc de Bretagne ^. 

Loin d'écouter les exhortations de Philippe le Bon, des cardi- 
naux et du pape, qui le pressaient de faire la paix avec Charles VII, 
le gouvernement anglais ne respirait que guerre et vengeance. 
La défection de son allié le plus indispensable portait un coup 
mortel à ses intérêts et à son orgueil. Un sentiment d'indignation 
et de haine contre Je duc de Bourgogne animait la nation tout 
entière. Les ambassadeurs qu'il envoya notifier le traité à 
Henri VI furent exposés aux insultes et aux menaces d'une mul- 
titude furieuse. Philippe aurait mieux aimé garder la neutralité 
que de combattre ses anciens amis; mais, par leurs attaques 
continuelles, ils le contraignirent à leur faire la guerre et à de- 
venir l'allié de Charles VII. La France ne pouvait qu'y gagner, 
et le roi ne négligea rien pour s'attacher un auxiliaire aussi pré- 
cieux. Il écrivit lui-même au duc une lettre des plus affectueuses, 
et on parla dès lors du mariage de Catherine de France avec le 
comte de Charolais *. 



1. Voir Ms. Colbert 43 (Flandres), 2« partie, f" 8 et8 v», et t. 100 de la coll. 
de Bourg,, f"' 248 et 249. 

2. 11 semble certain que Richement ne retourna pas dans le pays de 
Caux après avoir quitté Beauvais, quoique Monstrelet le dise au ch. CXGIII, 
t. V, 202, mais qu'il y vint après la prise de Harfleur, de Tancarville, etc., et 
qu'après sa venue les Français prirent encore Aumale et plusieurs autres 
villes. Le connétable envoya bien au maréchal de Rieux quelques-uns de 
ses officiers, Olivier de Coëtivy et le bâtard Chapelle; mais il ne retourna 
pas lui-même dans le pays de Caux. Voir Gruel, 205. 

3. Cette visite causa de vives inquiétudes aux Anglais". Ils crurent même 
que le connétable allait relever les remparts de Pontorson et de Saint- 
James-de-Beuvron." Après avoir perdu l'alliance de Philippe le Bon, ils crai- 
gnaient de perdre aussi celle de Jean V. « J. Leber est allé, par le com- 
mandement du lieutenant et viconte d'Avranches, à Venues en Bretaigne, 
enquérir et sçavoir des nouvelles de Artur de Bretaigne, qui estoit venu 
audit lieu de Venues, devers monseigneur le Duc, et que l'on disoit qu'il 
remparoit Pontorson et Saint-James-de-Beuvron; auquel voyage il a vac- 
qué neuf jours, depuis le 13 janvier 1435 (a. st.), » (Fr, 26062, n''3137.) Un 
autre messager est envoyé à Fougères et à Vitré, pour savoir si l'on retn- 
pare Saint-James-de-Beuvron et Pontorson [Ibid.). 

. 4, Voir dans D, Martène, AmpUssima collectio, VIII, col, 861-864, les let- 
tres adressées, le 26 septembre, à Henri VI et au cardinal d'Angleterre 
par le cardinal de Chypre et le duc de Bourgogne pour les exhorter à la 
paix. Voir aussi, dans le même vol., col. 871-72, une lettre de Philippe le 
Bon au cardinal de Chypre; dans Monstrelet, la scène curieuse et vivante 
décrite au chap. CXCI du livre II, t. V, p. 190; dans Le Fèvre de Saint- 
Remy, t. II, les p. 363 et 377; dans Stevenson, t. II, la préface, p. x-xv, et 



240 NOUVEAUX EFFORTS DE l'aNGLETERRE (1436) 

Il était certain que Henri VI ne profiterait point, pour se déci- 
der à faire la paix, du délai que les ambassadeurs français 
s'étaient engagés à lui laisser, jusqu'au 1" janvier 1436 K L'exas- 
pération excitée par le traité d'Arras arrachait à la nation 
anglaise de nouveaux sacrifices. Le roi écrivait aux Etats de Nor- 
mandie qu'il voulait « bouter loing la guerre et mettre sus une 
très grosse et puissante armée et la plus grosse qui, de mémoire 
d'homme passa au-delà la mer ^. » Le duc d'York, désigné pour 
succéder à Bedford ', les comtes de Somerset *, de Suffolk, de Sa- 
lisbury, devaient amener ces troupes en France et se joindre à 
ïalbot, à Willoughby, à Fastolf, à Th. de Sc.ales et à Fauquem- 
berge ^. 

Le connétable voulait se hâter d'agir avant l'arrivée de ces 
renforts . Il se proposait de diriger lui-même les opérations dans 
l'Ile -de-France, tandis que La Hire et Saintrailles occuperaient 
les ennemis dans la Normandie et que le duc d'Alençon Ch. 
d'Anjou et les sires de Lohéac et de Bueil feraient une autre 
diversion vers les marches de Bretagne, dans le Cotentin ^. Il fal- 

surtout, dans le Ms. fr. 1278 (f°' 40-43), un mémoire qui paraît avoir été 
rédigé par la chancellerie de Bourgogne. Le duc de Bourgogne ayant 
occupé Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Saint-Riquier, Abbeville, Doullens, 
Montreuil, qui avaient appartenu à la couronne d'Angleterre, l'indignation 
publique fut au comble. Henri VI excita l'empereur Sigismond, le duc de 
Bavière, l'archevêque de Cologne, à faire la guerre au duc de Bourgogne; 
la garnison de Calais attaqua ses Etats, au grand détriment du commerce 
de la Flandre. Voir Stevenson, loco citato ; Hist. de Bourgogne, IV, 222 ; 
Polydore Vergil, édit. Hellis, p. 57, 58. Voir dans Le Fèvre de Saint-Remy 
la lettre de Charles VII au duc de Bourgogne en date du 4 février. Le roi 
lui annonce la naissance de son dernier fils; il lui apprend qu'il l'a choisi 
comme son compère, pour donner son nom à cet enfant; enfin il lui de- 
mande la délivrance du roi de Sicile. — Voir la lettre du roi et la réponse 
de Philippe le Bon (Le Fèvre de Saint-Remy, t. II, 363-373). D'après J. 
Chartier (I, 219-220), cet enfant, nommé Philippe, comme le duc de Bour- 
gogne, son parrain, naquit à Chinon, le 4 février, et ne vécut que quatre 
mois. 
' 1. Ms. Colbert 43 (Flandres), 2" partie, f<" 7 v» et 8, et Ms. latin 9868, f» 6. 

2. Lettres des rois, II, 423-431. Proceedings, IV, préface, p. xcvn, et p. 316- 
329. Moreau, 705 (Bréquigny, 81), f»' 328-340. 

3. Moreau, 70o, f-' 342-343. 

4. J. Beaufort, comte de Somerset et de Mortain, petit-neveu de Henri IV. 

5. W. Nevil, lord Falcombridge, ou Fauquemberge ou Faucomberge. 

6. Voy. Fr. 25772, n" 1043. Fr. 23773, n» 1103. Bréquigny, 81, f"' 337-340, 
ou Lettres des rois et reines. H, 438-441. Fr. 26060, n»* 2753, 2781, 2788, 
2802, 2802*. Fr. 26061, n»' 2810, 2814, 2816, 2836-2840. Pendant que Riche- 
mont entrait dans Paris, le duc d'Alençon, Ch. d'Anjou et d'autres capi- 
taines français s'approchaient de Granville (J. Stevenson, t. II, appendice 
à la préface, p. 33, 62, et Fr. 26060, n» 2802^). Fastolf, capitaine de Caen, 
et Th. de Scales, grand sénéchal de Normandie, furent ainsi retenus de 
ce côté. Talbot, capitaine de Rouen et lieutenant du roi sur le fait de la 



RICBEMO?«T PRÉPARE LE RECOUVREMENT DE PARIS (1436) 241 

lait aussi profiter du mécontentement que l'Angleterre avait 
soulevé dans les pays soumis à sa domination par le refus de 
conclure la paix. Le conseil du roi Henri VI en France avait beau 
lui faire envoyer des protestations de fidélité par les Etats de 
Normandie, cet enthousiasme de commande ne trouvait aucun 
écho dans le peuple; d'ailleurs les Anglais n'observaient plus 
les ménagements que Bedford leur imposait jadis, et l'esprit de 
révolte se propageait. Les insurgés du pays de Caux furent 
exterminés devant Caudebec (29 janvier *), et Gilles de Saint- 
Simon, lieutenant du connétalile, fut fait prisonnier dans cette 
expédition; mais ce désastre n'empêcha pas une autre révolte 
dans le Gotentin ^ et, si La Hire fut battu par Th. de Scales près 
de Rouen ^, les Français purent néanmoins entrer dans l'impor- 
tante ville de Pontoise, grâce à une rébellion des habitants, qui 
appelèrent Villiers de L'Isle-Adam *. D'autre part, les Français 
avaient pris le pont de Gharenton et le château de Vincennes, 
Gorbeil, Brie-Comte-Robert, Saint-Germain-en-Laye (janvier- 
mars), et occupé ainsi les abords de Paris ». 

Le moment semblait enfin venu d'enlever cette ville aux en- 
nemis. G'était le plan du connétable, comme c'avait été celui de 
Jeanne d'Arc. Les Anglais étaient détestés plus que jamais à Paris, 
depuis qu'ils avaient refusé de faire la paix au congrès d'Arras *. 
Les Français, maîtres de Harfleur, de Tancarville, deLillebonne, 
de Meulan, de Gorbeil, de Melun, de Lagny, de Pontoise, tenaient 
la Seine, la Marne, l'Oise, et empêchaient les vivres d'arriver 
jusqu'à Paris '; la disette se faisait cruellement sentir; le peuple 
s'agitait, tout prêt à la révolte. Une commission, comprenant le 
prévôt des marchands, Hugues Le Coq, deux membres du Parle- 
ment, deux du grand Gonseil, deux de la Chambre des comptes. 



guerre entre Seine, Somme et Oise, était aussi retenu en Normandie par 
la crainte d'une attaque des Français sur RoueTi (Fr. 26060, n» 2805, et Fr. 
26061, n»' 28019, 2812, 2824, 2863, 2868, 69, 71 ; Fr. 25772, n»» 1053-1037). 

1. Fr. 26060, n" 2764*, 2777, et Fr. 23772, n» 1043. 

2. Fr. 26060, n»» 2708, 2736, 2737, 2784, et Fr. 26061, n» 2923. 

3. Fr. 25772, n- 1043; Fr. 26060, n" 2720, 2724-34 et 27643. 

4. Fr. 26061, n»' 2838, 2896; Fr. 26062, n- 3117. J. Ghartier, I, 217-218. 
Villiers de L'Isle-Adam avait été capitaine de Pontoise en 1418 (Bourg, de 
Paris, p. 88 et note 2). En 1420, il avait laissé surprendre cette ville par 
les Anglais (Anselme, VII, 10-11). 

5. Félibien, II, 822. Basin, I, 121-122. Berry, 392-93. P 1363», cote 1156, 
n»* 47 et 30. Le Bourg, de Paris, 311. Martial d'Auvergne, I, 147. 

6. Le Bourg, de Paris, 319-320. De Beaucourt, Charles Vil, t. II, 234. 

7. Fr. 26060, n" 2747. Les Français, qui occupent Harfleur, Fécamp, Tan- 
carville, Lillebonne, Meulan, font des courses sur mer, sur la Seine, pillent 
les marchands et rendent presque impossibles les communications entre 
Harfleur et Paris. Voir aussi le Bourg, de Paris, p. 311, note 5. 

RiCBEMONT. 16 



242 RICHEMONT. NOMMÉ LIEUTENANT GÉNÉRAL (1436, 8 MARS) 

deux du Ghàtelet, se tenait en permanence à l'hôtel de ville, dès 
le milieu de janvier, pour exercer une surveillance inces- 
sante. 

Le chancelier Louis de Luxembourg, rappelé en hâte, contrai- 
gnit, sous les peines les plus sévères, tous les Parisiens à jurer 
de nouveau fidélité à Henri VI, parce que ceux qui avaient déjà fait 
ce serment se disposaient à seconder les ennemis du roi ^ Le Con- 
seil avait même écrit au duc de Bourgogne et publié sa réponse 
(18 février), pour montrer aux Parisiens qu'ils ne devaient pas 
compter sur lui; mais ils savaient bien à quoi s'en tenir sur les 
intentions de ce prince, toujours si populaire parmi eux. Ils 
étaient décidés à se soulever pour lui et pour son allié, le roi de 
France, dès que leurs troupes paraîtraient devant la ville ^. 

Déjà Philippe le Bon se concertait avec Charles VII pour 
encourager les Parisiens à la révolte et pour seconder leurs 
efforts ^ Le 28 février, des lettres de rémission furent rédigées à 
Poitiers, au nom du roi, et à Bruges, au nom de Philippe le 
Bon. Cette amnistie s'appliquait également à toutes les autres 
villes qui voudraient se soumettre au roi*. Dans le même temps, 
le connétable revenait à Poitiers, où se trouvaient aussi les prin- 
cipaux capitaines et conseillers de Charles VII, la reine Yolande, 
les ducs de Bourbon et d'Alençon, Ch. d'Anjou, comte de Mor- 
tain, le comte de Vendôme, le bâtard d'Orléans, le maréchal de 
La Fayette, le maître des arbalétriers, les sires de Bueil et de 
Gaucourt (3 mars) ^. Bientôt Charles VII, par lettres du 8 mars, 
nomma le comte de Richemont son lieutenant général dans 
rile-de-France, la Normandie, la Champagne et la Brie, avec des 
pouvoirs souverains ^. Il fut décidé que le connétable se rendrait 
dans l'Ile-de-France, pour diriger l'entreprise qu'on devait faire 

1. X'a 1481, aux dates des 12, 14 janvier, 11, 18 février et 15 mars, f»' 112- 
118. XI* 8605, f<" 32 v», 33. Le Bourg, de Paris, p. 311 et note 1, p. 313. 

2. Xi3 1481, ibidem, et Félibien, II, p. 822. 

3. En janvier, J. Viguier, huissier d'armes et valet de chambre du duc 
de Bourgogne, est envoyé à Tours vers le roi, pour de grandes et impor- 
tantes affaires (Collect. de Bourg., t. 100, f" 247; voir aussi Colbert VC, 
252, fo 22 v). D'après Anseline, I, 231 232, 235, Charles d'Anjou aurait été 
nommé gouverneur et capitaine de Paris par lettres du 29 janvier 1436. 

4. K 949, n"' 24, 25, 26, 27. K 69, n» 21. Ces lettres sont aussi dans Go- 
defroyi p. 795-96, dans Félibien, etc. 

5. K 949, n» 26, voir au dos de cette pièce. Les États de Languedoil 
étaient alors réunis à Poitiers. Ils octroyèrent une taille de 200 000 1. et 
consentirent au rétablissement des aides pour la guerre, qui avaient été 
abolies depuis que le roi avait quitté Paris (Ordonnances XIII, 211 ; Fr. 
26060, n» 2769, et A. Thomas, t. 24 du Cabinet hist., année 1878). 

6. Blanchard, Compilation chronologique, Paris, 1715, 2 vol. in-f», col. 
249. Mémoires de la Soc. de Vhist. de Paris, I, 31. Vallet de V., Charles VII, 
t. II, 349-350. Append. LXIII. Xi' 4797, f 334. 



IL s'approche de paris (1436, avril) 243 

sur Paris avec les Bourguignons. S'il faut en croire son biogra- 
phe, il ne reçut du roi que i 000 francs, pour cette mémorable 
expédition, et les grands seigneurs qui devaient l'accompagner, 
comme le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, le chancelier, 
le quittèrent pour retourner à la cour *. 

Au départ, il n'avait que 60 lances; mais à Lagny, où il arriva 
le dimanche des Rameaux [i^^ avril 1436), il trouva une nom- 
breuse compagnie , sous les ordres de Jean Foucault et de 
Mahé Morillon. Il envoya aux garnisons de Champagne et de 
Brie et aux autres troupes qui tenaient les champs l'ordre de 
venir le rejoindre à Pontoise, où il se rendit le mardi de la 
semaine sainte. Le maréchal de L'Isle-Adam et d'autres capi- 
taines bourguignons, les seigneurs de Varambon, de Ternant, 
de Lalain, qui occupaient Pontoise, vinrent au-devant de lui, et 
le bâtard d'Orléans lui amena quelques troupes de la Beauce. 
Le connétable réunit ainsi 5 à 6000 hommes, tant Français que 
Bourguignons, et il se trouva en état d'agir. Pendant toute la 
semaine sainte, ses gens furent en armes, toujours prêts à com- 
battre. 

Les Anglais de Paris avaient aussi reçu des renforts, amenés 
tout récemment d'Angleterre par Thomas de Beaumont. Gomme 
l'agitation du peuple et le voisinage de l'armée franco-bourgui- 
gnonne leur faisaient craindre une tentative sur Paris, ils réso- 
lurent de la prévenir. Le mardi de Pâques (10 avril), ils allè- 
rent, en grand nombre, piller Saint-Denis, qui pouvait être 
occupé d'un moment à l'autre par les Français. Ils n'épargnè- 
rent pas plus l'abbaye- que la ville. Ils ne gardèrent que la 
tour du Salut ou du Venin, qui était bien fortifiée *. Ce jour- 
là même, le connétable, qui voulait se rapprocher de Paris, 
avait envoyé ses fourriers, avec Le Bourgeois, Mahé Morillon, 
J. Foucault et environ 300 hommes à Saint-Denis, pour y faire 
préparer ses logements. Il se disposait à suivre cette petite 
troupe, avec le reste de ses gens. Les sentinelles anglaises, 
ayant aperçu cette avant-garde, donnèrent l'alarme. Aussitôt 

1. « Le roi et les prochains de son conseil n'avaient pas grant volonté 
d'eulx armer et de faire la guerre en leurs personnes. Et, par ce, les sei- 
gneurs de son sang estans par deçà Saine, les ducs d'AIençon, de Bourbon 
et messire Charles d'Anjou s'en sont passez légièrement et ont tout lessié 
démener la guerre par delà Saine au conte de Richemont, connestable de 
France, et à de simples capitaines de très grant courage et de bon vou- 
loir » (comme La Hire, Saintrailles) [voy. P. de Cagny, Ms. Duchesne, 48, 
f° 100]. Gruel, p. 206, mentionne simplement le fait, sans aucune idée de 
blâme. Le 28 avril, le roi donnait cependant 2 000 moulons d'or à Ch. 
d'Anjou (Fr. 25710, n» 96). 

2. Voir le curieux récit du Bourg, de Paris, p. 313-314.. 



244 COMBAT d'épinay (1436, 10 avril) 

Th. de Beaumont et tous les siens « saillirent à l'escarmouche * ». 

Ils étaient au nombre de 700 à 800 combattants ^ En voyant 
une si grande compagnie, Le Bourgeois dépêcha un messager au 
connétable, qui était encore à Pontoise, pour lui demander ren- 
fort. Aussitôt Richemont envoya le sire de Rostrenen et Villiers 
de L'Isle-Adam. Gomme celui-ci lui affirmait qu'il ne pouvait 
faire aucun mal aux Anglais dans la position qu'ils occupaient, 
eût-on 10 000 hommes à lancer contre eux : « Allez toujours, 
dit le connétable, allez devant, pour entretenir Tescarmouche; 
Dieu nous aidera. » Le sire de Ternant ne voulait pas marcher 
sans avoir reçu la solde due à ses troupes. Il fallut que le con- 
nétable s'obligeât envers lui pour une somme de i 000 écus. 

Cependant un combat opiniâtre s'était engagé près d'Bpinay, 
à quelque distance de Saint-Denis. Les Anglais, protégés par un 
ruisseau, gardaient un petit pont, par où l'on pouvait les atta- 
quer. Les Français avaient plusieurs fois pris et perdu ce pont ; 
L'Isle-Adam avait failli succomber, et les ennemis gagnaient du 
terrain, quand le conné|.able arriva, par un chemin couvert, 
avec ses troupes. A cette vue, les Anglais reculèrent pour se 
retrancher derrière le ruisseau et défendre le pont; mais les 
Français et les Bourguignons les chargèrent à pied et à cheval 
avec une telle impétuosité qu'ils furent rompus et mis en dé- 
route. Trois à quatre cents périrent ; beaucoup d'autres furent 
pris et, parmi eux, leur chef, Thomas de Beaumont, que Jean de 
Rosnivinen fit prisonnier. Quelques-uns se réfugièrent à Saint- 
Denis, dans la tour du Salut; les autres s'enfuirent à Paris, 
poursuivis jusque sous les murs de cette ville, si bien qu'il y en 
eut de tués à la barrière et au bord des fossés. Peu s'en fallut 
que le connétable entrât ce jour-là dans Paris. Il n'avait pas 
assez de troupes pour exécuter cette entreprise; mais elle fut 
certainement facilitée par cette petite victoire , qui répandit 
l'effroi parmi les Anglais et la joie parmi les Parisiens. Le 
moindre échec aurait pu, au contraire, tout compromettre ^. 

Après le combat, les Bourguignons retournèrent à Pontoise ; 
le connétable alla loger à Saint-Denis. Il assiégea aussitôt la 
tour du Salut * et envoya chercher au bois de Vincennes deux 

1. Grue], 206. Martial d'Auvergne, I, 148. 

2. Cagny dit 1 000 à 1 200 h.; Berry, envii'on 300; le Bourg, de Paris, 60O 
à 800; J. Chartier,7 à 800 ; Monstrelet, 600. 

3. Voy. Monstrelet, Y, 217, et le Bourg, de Paris, toujours disposés à 
donner le premier rôle aux Bourguignons, et ici à L'Isle-Adam ; mais les au- 
tres chroniqueurs, Berry, Cagny, J. Gtiartier, l'attribuent au connétable. Le 
Bourg, de Paris, 314. Berry, p. 393; Cagny, f» 100 V et 101; Gruel, 206-207. 

4. La tour du Salut était aussi appelée, improprement, tour du Velin ou 
du Venin. D. Godefroy, Hist. de Charles VU, p. 322; J. Chartier, I, 221. 



COMPLOT DE MICHEL DE LAILLIER A PARIS 245 

bombardes pour la battre en brèche. Dans la nuit du mercredi, 
il reçut de Paris les nouvelles qu'il attendait. On lui mandait 
qu'il pouvait venir, que tout était prêt, qu'on lui ouvrirait une 
des portes de la ville, du côté de Saint-Marcel. Il fut convenu 
que l'entreprise aurait lieu le surlendemain, au matin. Laissant 
à Saint-Denis son lieutenant, le sire de La Suze, son maître 
d'hôtel, Pierre du Pan, et tous les routiers, avec ordre de con- 
tinuer le siège et de ne pas s'en écarter, il partit, de grand 
matin, pour Pontoise, où étaient L'Isle-Adam et les autres capi- 
taines bourguignons. De là, il envoya Mahé Morillon et son frère 
GeofTroy, avec 400 hommes de pied, qu'ils devaient mettre en 
embuscade dans le village de Notre-Dâme-des-Ghamps, puis il 
alla jusqu'à Poissy pour passer la Seine et rallier les troupes 
amenées par le bâtard d'Orléans. Après avoir rassemblé toutes 
ses forces, il partit de Poissy le jeudi soir, 12 août, à la fin du 
jour, et chevaucha toute la nuit, pour arriver aux portes de 
Paris avant le lever du soleil. 

A Paris, le peuple, qui, depuis trois mois, était surexcité par 
une agitation continuelle, n'attendait qu'un signal pour prendre 
les armes. Un complot s'était formé, dans lequel étaient entrés 
plusieurs des principaux bourgeois de Paris, Michel de Laillier 
et son fils Jean \ Pierre de Lancras, Thomas Pigache, Nicolas 
de Louviers, Jacques de Bergières, Jean de La Fontaine, etc. *. 
Ils avaient renouvelé, le 15 mars, le serment de fidélité exigé 
par le chancelier Louis de Luxembourg ; quelques-uns d'entre 
eux, comme M. de Laillier^, conseiller à la Chambre des 

1. Parmi ceux qui firent le serment du 15 mars, on trouve Jean de Lail- 
lier,avocat au Parlement (voy. Reg.du Pari, et Félibien). Sur M. de Laillier, 
voir Simon Fournival, le Livre des trésoriers, Paris, 1655, in-f», p. 13, et 
Mlle Denjs, Armoriai de la Chambre des comptes, Paris, 1780, petit in-4, p. 53, 
56. 60. Voy. ci-dessus, p. 242, notes 1 et 2. 

2. A ces noms, cités par Félibien, il faut ajouter : Jean de Belloy, Nie. 
de Neufville, Pierre de Landes, Jean de Grantrue, qui furent élus éche- 
vins le 23 juillet 1436 (le Bourg, de Paris, p. 315, notes 1 et 2 ; KK 1009, 
f" 5 v); Jean Auger, qui fut nommé maître extraordinaire à la Chambre 
des comptes le 20 avril, en considération des services qu'il avait rendus 
pour chasser les Anglais (voy. V Armoriai de la Chambre des comptes, par 
Mlle Denys, p. 122). 

3. Richemont avait peut-être connu M. de Laillier quand il était auprès 
du Dauphin, en 1413-1415 (LeFèvre de Saint-Remy, I, 79, 213). Laillier avait 
déjà conspiré en novembre 1422, après la mort de Charles VII, pour livrer 
Paris à Charles VII (Vallet de V., Charles VU, 1. 1, 367-368; t. II, 354-356). 
En 1422, on trouve aussi parmi les rebelles Jacques de Laillier (JJ 172, 
fo 44 v«). Quant à Michel de Laillier, il était fils de Richard de Laillier, 
bourgeois de Paris [Pièces orig., t. 1624, dossier 37783, n» 2). Il avait été 
trésorier de France sous Charles VI (Fr. 26042, n<" 5195, 5196 ; P 2297, 
f»» 967-970). Obligé de fuir en Bourgogne, après la conspiration de 1122, il 



246 msuRREGïiON DANS PARIS (1436, 13 avril) 

comptes, étaient même officiers du roi d'Angleterre. Le conné- 
table leur avait envoyé les lettres de rémission qu'ils avaient de- 
mandées pour entraîner plus sûrement les Parisiens. Il comptait 
aussi sur la popularité de Philippe le Bon, sur l'effet que devait 
produire la présence parmi les troupes royales de plusieurs 
chefs bourguignons, dont l'un, Villiers de L'Isle-Adam, avait été 
capitaine du Louvre et gouverneur de Paris *. 

Le vendredi 13 avril , de grand matin , Laillier et ses amis 
parcoururent les rues, en appelant les Parisiens aux armes '^ 
En quelques instants, l'insurrection se propagea de tous côtés, 
dans les faubourgs, au centre, dans le quartier des halles, où 
fermentait encore le vieux levain bourguignon. On répétait que 
le duc de Bourgogne et le roi de France avaient réuni leurs 
forces pour délivrer Paris, que leurs troupes entraient dans la 
ville, que la misère allait finir, que les Anglais étaient perdus. 
Bourgeois, étudiants, gens du peuple s'armaient. On prenait la 
croix blanche (de France) ou la croix de Saint-André (de Bour- 
gogne) ; on barrait les rues avec des chaînes ; on amassait des 
projectiles de toutes sortes, en criant : Mort aux Anglais ! Vive 
le duc de Bourgogne ! Vive le roi de France ! 

Les Anglais s'attendaient bien à une tentative sur Paris et à 
un soulèvement de la population; mais ils n'en étaient pas 
moins embarrassés, ne sachant où aller, pour faire face en même 
temps aux rebelles et aux ennemis du dehors. Quand ils essayè- 
rent de courir aux portes, afin d'en renforcer la garde, ils furent 
arrêtés par des obstacles qu'ils rencontraient à chaque pas dans 
la ville, avant de pouvoir passer la Seine. Ils avaient beau tirer 
des flèches aux fenêtres ; les pierres, les bûches, les tables, les 
tréteaux pleuvaient sur eux, quand ils essayaient d'avancer. 
D'ailleurs LaiUier avait opéré une diversion habile, en occupant 
la porte Saint-Denis, pour faire croire que les Français allaient 
paraître de ce côté, tandis qu'ils se présentaient à l'extrémité 
opposée. Les halles formaient un autre centre de résistance ; de 
sorte que, les Anglais étant retenus sur la rive droite, les quar- 
tiers et les portes de la rive gauche se trouvaient dégarnis. 

dut rentrer bientôt en grâce, car il figure parmi les membres de la Cham- 
bre des comptes en février 1424 (Zii» 60, i" 21 v»; Monstrelet, IV, 135; KK 
403, f»* 106 Y», 264 v). 

1. Anselme, VIT, 10, 11. Clairamb., t. 112, f°' 8733, 8735, et t. 114, 
fos 8907, 8913. C'est lui qui avait enlevé Paris au Dauphin et aux Arma- 
gnacs en mai 1418. 

2. Ce vaillant homme fut en danger de mort et dut se cacher dans une 
maison, « pour ce que ceulx de ceste ville n'estoient encore suz à puis- 
sance, comme les Anglois, et, si tôt qu'il eut compaignie. ala par la ville 
et à la porte Saint-Denis, deschassant les Anglois » (X^a 4799, f» 229). 



ENTRÉE DU CONINÉTABLE DANS PARIS (1436, 13 AVRIL) 247 

Laillier avait promis à Richement de donner assez de besogne 
aux ennemis dans l'intérieur de la ville pour qu'il leur fût im- 
possible de s'opposer à son entrée. Il tenait parole. 

Pendant que le chancelier L. de Luxembourg, gouverneur de 
Paris, faisait attaquer sans succès la porte Saint-Denis et les 
halles par Willoughby, par le prévôt Simon Morbier et par son 
lieutenant Jean Larcher, « ung des plus crueulx chrétiens du 
monde % » le connétable arrivait, avec le reste de ses troupes, et 
rejoignait ses gens de pied, qui se tenaient en embuscade dans 
le village de Notre-Dame-des-Ghamps. On vint alors l'avertir 
que l'entreprise était découverte. Il continua d'avancer, sans 
dire mot, et envoya quelques éclaireurs vers les Chartreux * et 
vers la porte Saint-Michel, pour savoir ce qu'il devait faire. Ils 
virent paraître sur les murs un homme qui, avec son chaperon, 
leur faisait signe d'approcher. Ils en informèrent le connétable, 
qui s'avança aussitôt vers la porte Saint-Michel. « Tirez à 
l'autre porte, car celle-ci n'ouvre point, cria l'homme qui se 
tenait sur les murs; on besogne pour vous aux halles. » Riche- 
mont se dirigea vers la porte Saint-Jacques, suivi par H. de Vil- 
leblanche, qui portait la bannière royale. 

11 était environ sept heures du matin. Les Parisiens s'étaient 
déjà rendus maîtres de la porte Saint-Jacques. Ils voulurent 
d'abord parler au connétable et lui demandèrent s'il leur garan- 
tissait l'amnistie. Il leur jura que les engagements du roi et du 
duc de Bourgogne seraient loyalement tenus. Ils l'introduisirent 
alors dans la barbacane, en jetant une planche sur le fossé. Les 
gens de pied passèrent de la même manière, puis ils escaladè- 
rent les murs aux deux côtés de la porte et se mirent à briser 
les ferrures du pont-levis. L'Isle-Adam, qui s'était élancé avec 
eux, planta le premier la bannière de France sur les murs de 
Paris ^. Le pont ayant été abattu, le connétable put monter à 
cheval et entrer dans la ville. En même temps, des bateaux 
chargés de troupes pénétraient aussi dans Paris par la Seine, et 
les Anglais, craignant de se voir couper la retraite, se reti- 
raient dans la bastille Saint-Antoine, avec leurs partisans *. 

Richemont descendit lentement toute la rue Saint-Jacques, 



1. Il était aussi franc-sergent de l'église Notre-Dame de Paris, et il fut 
remplacé, dans ces fonctions, par P. de Haqueville, drapier et bourgeois 
de Paris (LL 217, f» 207 ; le Bourg, de Paris, 315, note 3). 

2. Sur l'emplacement actuel du jardin et des allées du Luxembourg. 

3. D'après le Bourg, de Paris, 314-315. 

4. J. de Saint- Yon, chevalier, maître des bouchers de la grande bouche- 
rie, Jacques de Raye, épicier, etc. J. de Saint-Yon resta au service de 
l'Angleterre (K 68, n» 16; le Bourg, de Paris, p. 71-72, note 3; 319, note 2). 



248 LES ANGLAIS SE RETIRENT DANS LA BASTILLE (13 AVRIL) 

au milieu d'une foule enthousiaste. Arrivé au pont Notre-Dame, 
il rencontra Michel de Laillier, qui portait une bannière du roi. 
Les acclamations retentissaient; les cloches sonnaient à toute 
volée; beaucoup de personnes pleuraient de joie. Le connétable 
ne pouvait contenir son émotion en se trouvant ainsi au milieu 
des Parisiens. « Mes bons amys, leur disait-il, le bon roi Charles 
vous remercie cent mil fois, et moi de par luy, de ce que si doul- 
cement vous lui avez rendue sa mestresse cité de son royaulme, 
et s'aucun, de quelque estât qu'il soit, a mesprins par-devers 
monseigneur le roy, soit absent ou autrement, il lui est tout par- 
donné '. » Il s'avança ensuite jusqu'à la place de Grève, où l'on 
vint lui apprendre que les Anglais s'étaient retirés dans la Bas- 
tille et que tout allait bien. On le pria de se rendre aux halles. 
Il y alla et remercia encore les Parisiens, en répétant les mêmes 
promesses de pardon. En face des Innocents ^, il s'arrêta devant 
la maison de Jean Asselin *, qui avait été autrefois son épicier. 
Il accepta les rafraîchissements qui lui furent présentés, puis, 
revenant sur ses pas, il entra tout armé dans l'église Notre- 
Dame, avec les autres seigneurs. Il y fut reçu solennellement 
par le clergé de la cathédrale *, et il entendit la messe, pour 
remercier Dieu du grand succès qu'il lui accordait. 

De là, il se rendit à la porte Baudet ^ et établit devant la 
Bastille une garde nombreuse, pour bloquer la forteresse, du 
côté de la ville et hors des murs. Il avait d'ailleurs pris toutes 
les mesures nécessaires pour maintenir le bon ordre et la sécu- 
rité, faisant publier partout les lettres d'abolition et défendant, 
sous peine de mort, aux gens de guerre d'entrer dans les mai- 
sons et de causer le moindre dommage ou déplaisir aux habi- 
. tants ". Gomme il avait eu soin de laisser à Saint-Denis les 
routiers les plus dangereux, ses ordres furent ponctuellement 
observés ', On ne pilla que les maisons des Anglais et celles des 

1. Le Bourg, de Paris, 317. 

2. L'église des Saints-Innocents (Sauvai, I, 358). 

3. KK 402, f» 67, 

4. L'évêque de Paris était alors Jacques du Ghastelier. Il se fît Français 
à ce moment et mourut le 2 novembre 1438 (Gallia Christ., t. VII, p. 146- 
148). 

5. Porte Baudet, ou Baudets, ou Baudette, ou Baudoyer, rue Saint- An- 
toine (Sauvai, I, 35). 

6. Vallet de V. loue « l'énergique modération » du connétable {Hist. de 
Charles VII, t. II, p. 360). 

7. Il est probable que le connétable avait amené à Paris le fameux Tris- 
tan Lermite, prévôt des maréchaux, qu'il nomma maître de l'artillerie. 
Tristan prêta serment en cette qualité le 26 avril (Anselme, "VIII, 132, B). 
Le connétable lui donna aussi la garde de Conflans-Sainte-Honorine (X*» 
4800, fo 110 V). 



MASSACRE DES ANGLAIS DE SAINT-DEiNI3 (43 AVRIL) 249 

bourgeois qui s'étaient retirés avec eux dans la bastille Saint- 
Antoine. Beaucoup de Parisiens, malgré les promesses de Riche- 
mont, n'étaient pas sans craindre ces Armagnacs, qui avaient 
laissé dans leur ville de si mauvais souvenirs; mais ils se rassu- 
rèrent bientôt, et l'auteur anonyme du Journal d'un bourgeois 
de Paris, Bourguignon forcené, avoue lui-même que le peuple 
prit le connétable en si grand amour qu'avant le lendemain 
tout le monde était prêt à se mettre corps et biens à son service, 
pour détruire les Anglais *. 

Ne voulant pas s'éloigner de la bastille Saint-Antoine, Riche- 
mont alla loger dans la rue du Jour, à l'hôtel dû Porc-Epic % qui 
avait appartenu jadis à Jean de Montaigu ^ Tandis qu'il dînait, 
Pierre du Pan, son maître d'hôtel, vint de Saint-Denis, pour 
rinformer que les Anglais assiégés dans la tour du Salut vou- 
laient se rendre, à condition qu'on leur accordât la vie sauve. 
Richement y consentit ; mais, quand Pierre du Pan revint, il 
était trop tard. A la nouvelle que les Français étaient entrés 
dans la capitale, les routiers qui étaient été restés à Saint-Denis 
s'étaient précipités vers Paris, avec l'espoir d'y faire un gros 
butin. En les voyant s'éloigner, les Anglais, sortant de la tour, 
avaient commencé à prendre la fuite avec leur capitaine, le sire 
de Brichanteau, neveu du prévôt Simon Morbier*; mais les 
paysans leur avaient donné la chasse et en avaient tué un 
certain nombre. Sur ces entrefaites , les routiers Kevenaient 
furieux de n'avoir pu entrer à Paris, dont les portes leur étaient 
fermées par ordre du connétable. Ils se jetèrent sur les Anglais 
et les massacrèrent jusqu'au dernier ^. 

Le même jour, Marcoussis ®, Ghevreuse', Montlhéry», le pont 
de Saint-Cloud furent remis en l'obéissance du roi, grâce à quel- 
ques Parisiens^ qui abandonnèrent le parti des Anglais et qui 
avaient des intelligences dans ces places ^. Pendant la nuit, le con- 

1. Le Bourg, de Paris, p. 318. 

2. Richemont avait eu autrefois un hôtel à Paris, dans la rue Haute- 
feuille, devant les cordeliers (KK 402, f»' 4 et 78). Cet hôtel avait appartenu 
jadis au sire d'Aligre. 11 avait été probablement confisqué depuis 1425. 

3. Hôtel du Porc-Epic, rue de Jouy ou du Jour, près de l'église et de 
iTiôtel Saint-Paul (Sauvai, II, 81, 133 et 222). 

4. Godefroy, p. 323. En 1430, S. Morbier était capitaine « de la forte- 
resse nouvellement ordonnée estre faicte à Saint-Denys en France » (Clai- 
ramb., 78, f»' 6142, 6143). 

5. Gruel, 208. 

6. Arrondissement de Rambouillet. 

7. Id. 

8. Arrondissement de Corbeil. 

9. Gruel (p. 208) ajoute à ces noms celui du pont de Charenton, qu'on 
trouve aussi dans J. Ghartier; mais il est certain que cette place avait été 



250 MICHEL DE LAILLIER PRÉVÔT DES MARCHAINDS (14 AVRIL) 

nétable fit lui-même le guet devant la Bastille, avec les gens de 
sa maison. Ainsi se termina cette grande journée, qui compte 
parmi les plus mémorables dans la vie de Richemont et dans 
l'histoire du règne de Charles VII. L'honneur en revenait surtout 
aux Parisiens et à leurs chefs, qui d'eux-mêmes avaient mis les An- 
glais hors de la ville *, mais le connétable avait habilement pré- 
paré ce succès, et il avait le droit d'en être fier. Pour les enne- 
mis, la perte de la capitale pouvait être la perte du royaume, 
comme ie leur avait prédit le duc de Bourgogne quand il était 
leur allié *. Pour Charles VII, pour la France, le recouvrement de 
Paris était un encouragement et un véritable triomphe. L'exem- 
ple des Parisiens pouvait entraîner d'autres villes, et ils espé- 
raient déjà que- Rouen s'efforcerait aussi de chasser les Anglais ^. 
En attendant que cette victoire eût produit tous les résultats 
qu'on en pouvait espérer, la situation était toujours difficile. 11 
fallait tout réorganiser à Paris, faire cesser la disette, trouver de 
l'argent pour payer les gens de guerre, afin qu'ils ne commissent 
aucun excès, s'emparer de la Bastille, et chasser aussi les Anglais 
des places qu'ils occupaient aux environs. Philippe de Ternant 
avait été institué prévôt de Paris, en place de Simon Morbier * (le 
vendredi 13 avril). Le lendemain (samedi 14 avril)^ Michel de Lail- 

livrée, le 10 février 1436, à Denis de Chailly, capitaine de Corbeil. Lors de 
la réduction de Paris, le prévôt S. Morbier fut pris au pont de Charenton 
par les gens de D. de Chailly. Le connétable réclama le prisonnier comme 
sien, ce qui donna lieu à des contestations (Félibien, II, 822; X'» 4798, 
f» 53 v, au lundi 4 mai 1439). Morbier ne resta pas longtemps prisonnier; 
Henri VI lui donna une pension et de hauts emplois (Fr. 26063, n» 3369). 

1. Voy. des lettres de Charles VU, du 15 mai 1436 (K 950, n° 26 a^b,c.; x»» 
4797, f" 334). Richemont envoya Roulet Guillaume, chevaucheur de l'écurie 
du roi, à Issoudun, porter à Charles VII des lettres annonçant « la prise 
et reddition de la ville de Paris » (Fr. 26061, n» 2884). Voir aussi J. Ste- 
venson, t. II, Append. à la Préface, p. 59, et Portef. Fontanieu, 117-118, au 
8 septembre 1436. 

2. Dans un avis donné par le duc de Bourgogne au gouvernement an- 
glais en 1430 ou 1431, on lit : « Item est bien à considérer Testât de la 

cité de Paris, qui est le cuer et le chief principal du royaume mesme- 

ment que la dite cité est si grant chose que d'elle seule elle ne se puet 
longuement soutenir, sans l'affluence des autres villes et pais du royaume, 
et toutevoies, les choses estant comme elles sont à présent, la perdicion 
d'icelle ville, comme il puet sembler, serait la perdicion du royaume. » 
(Ms. Fr. 1278, f» 12.) Dès 1431, le peuple de Paris demandait au roi d'An- 
gleterre des secours : 

Secourez-moi et faites bonne guerre, 
Ou vous perdrez Paris et toute France. 

(Complainte de la ville de Paris, ap. Delpit, Doc. français, p. 238-239.) 

3. Voir dans Y* f» 3 v, les demandes des Parisiens à Charles VII et les 
réponses du roi, en mai 1436. 

4. Y» f» 4. Félibien, IV, 597. 



CAPITULATION DE LA BASTILLE (15 AVRIL) 2S1 

lier remplaça Hugues Le Coq comme prévôt des marchands; 
quatre nouveaux échevins furent nommés, Jean du Bellay, 
P. de Landes, Jean de Grantrue et Nie. de Neufville, tous natifs de 
Paris *. Le vieux marché de la Madeleine, fermé depuis plus de 
vingt ans, fut rouvert, et dès ce jour les approvisionnements furent 
si considérables qu'on put avoir pour 20 sols parisis le blé, qui se 
vendait 50 le mercredi précédent *. Dans la matinée, il y eut 
encore une messe solennelle à Notre-Dame. Le connétable y as- 
sistait, avec le bâtard d'Orléans, Villiers de L'Isle-Adam, les sires 
de Ternant et de Lalain et une multitude innombrable de clercs, 
de bourgeois, de gens du peuple. Il fît lire les lettres d'abolition, 
et cette lecture fut répétée à l'hôtel de ville devant les mêmes 
seigneurs, puis dans les carrefours de Paris '. 

Cependant le siège de la Bastille continuait. Le connétable 
avait appelé toutes les troupes disponibles qui se trouvaient dans 
le voisinage, pour compléter l'investissement de la forteresse. 
Elle contenait plus de 500 personnes *, parmi lesquelles le chan- 
celier Louis de Luxembourg et l'èvèque P. Cauchon^. Lord Wil- 
loughby, qui commandait la garnison, était un brave soldat, un 
combattant d'Azincourt et de Verneuil; mais, comme le manque 
de vivres ne permettait pas de faire une longue résistance, il 
dut se résigner à une capitulation. Les Anglais proposèrent 
de vider la place, à condition d'emporter leurs biens. 

La question fut vivement débattue dans un conseil tenu par 
Richement ; les uns soutenant que les ennemis seraient bien- 
tôt réduits par la disette à se rendre corps et biens, qu'on pou- 
vait compter sur un riche butin et sur de grosses rançons ; les 
autres faisant remarquer que les Anglais avaient encore un parti 
nombreux à Paris et qu'il y aurait là un véritable danger, s'ils 
recevaient des secours. « Monseigneur, disaient les Parisiens, s'ils 
veulent se rendre, ne les refusez pas. Ce vous est belle chose 
d'avoir recouvré Paris. Maints connestables et maints mares- 
chaux ont été autrefois chassez de Paris ; prenez en gré ce que 
Dieu vous a donné ^. » Si le connétable avait eu de quoi payer ses 
troupes, il eût mieux aimé continuer le siège ; mais beaucoup de 
gens d'armes ne voulaient plus servir sans avoir reçu leur solde. 
Il choisit donc le parti le plus prudent, et il accorda au chan- 

1. Félibien, II, 824. Le Bourg, de Paris, 279. 

2. Félibien, II, 824-825. Le Bourg, de Paris, p. 321-323 et notes. 

3. K 949, n» 24. Voir aussi au dos de cette pièce. 

4. C'est le chiffre que donne le registre X" 1481, f» 120 v». Gruel et 
Cagny disent 1 000 à 1 200. 

5. LL 211, fo 206. Gallia Christ., VII, 148. 

6. Gruel, 208. 



2o2 GOUVERNEMENT FRANÇAIS A PARIS 

celier L. de Luxembourg les conditions qu'il demandait. La ca- 
pitulation fut signée le dimanche 15 avril. 

Deux jours après, le mardi 17 avril *, les Anglais et leurs par- 
tisans Jacques de Saint-Yon, Jacques de Rays, Legoix évacuèrent 
la Bastille, poursuivis par les huées de la foule. On les conduisit, 
sans les faire passer dans la ville, jusqu'à la Seine, où ils s'em- 
barquèrent pour aller à Rouen *. D'autres Parisiens, que leur 
dévouement à l'Angleterre rendait suspects, furent chassés par 
ordre de Richemont, mais ils ne furent pas traités avec une sévé- 
rité excessive, car ceux qui voulurent rentrer un peu plus tard 
dans la ville purent y rester, en prêtant serment de fidélité à 
Charles VII K 

D'ailleurs le connétable montra envers tout le monde une mo- 
dération et une bienveillance dont les envoyés de l'Université 
firent l'éloge devant le roi *. Il accueillit avec douceur les délé- 
gués du Parlement et de la Chambre des comptes, qui firent acte 
de soumission, en proposant leurs services ; il leur conseilla 
d'écrire à Charles VII, leur promit d'appuyer leurs démarches. 
Il les autorisa même (17 et 28 avril) à expédier les affaires cou- 
rantes et à reprendre leurs fonctions, jusqu'à ce que le roi en 
«ut ordonné autrement ^. Il institua quelques nouveaux offi- 
ciers''; en un mot, il pourvut à l'organisation provisoire de tous 
les services publics. Le roi lui adjoignit bientôt un conseil, avec 
pouvoir de faire des ordonnances, et la capitale eut ainsi son gou- 
vernement. 

Sur la décision du chapitre de Notre-Dame, on fit, le dimanche 
22 avril, une grande procession, pour remercier Dieu de l'entrée 

1. LL 217, f» 206. Le Bourg, de Paris, 318. 

2. 11 paraît que le chancelier L. de Luxembourg aurait dit, depuis, qu'il 
avait bien payé son écot, puisque sa chapelle et ses bijoux étaient restés 
au connétable (voy. J. Ghartier, I, 228; Félibien,ll, 824;Monstrelet, V,22i). 

3. Félibien, II, 828, IV, 598. Richemont fit donner à Berthelot et à un 
autre de ses secrétaires les biens de F. Férat, qui était venu de Rouen à 
Paris et qui n'avait pas voulu prêter serment (X^a 22, au dernier jour 
d'août 1441). D'autres partisans obstinés de l'Angleterre furent punis de 
lamême façon {Issues of the Exchequer, p. 430). 

4. Du Boulai, Hist. de l' Université de Paris, V, 436. 

5. P. 2531, f»s 146 v, 148. Félibien, III, 560. S. Fournival, p. 13. 
Mlle Denys, Armoriai, p. xxxi, cxxii. 

6. Par exemple, Jean Trotet et J. de La Fontaine, trésoriers de France, 
J. Auger, maître extraordinaire, et Alain de Coetivy, premier président de 
la Chambre des comptes (S. Fournival, p. 13; Mlle Denys, Annorial, 
p. XXXI et cxxn). Un peu plus tard, Richemont institua Emery Martineau 
procureur général sur le fait des monnaies {Append. LXIII; voir aussi 
Xia 4797, f° 334). Bernard Bracque, qui avait servi Charles VI et Charles VII 
pendant cinquante ans, fut institué « général maître de la monnoie » 
(Zi beO^fo' 35, 36). 



LA PROCESSION DES ANGLAIS 2S3 

du connétable dans Paris *. Une foule immense prit part à cette 
cérémonie, qui ne dura pas moins de quatre heures, malgré une 
pluie continuelle *. Pendant trois siècles, jusqu'en 1735, l'expul- 
sion des Anglais fut célébrée comme une victoire nationale. 
Chaque année, au mois d'avril, le prévôt des marchands, les éche- 
vins, les membres du Parlement et des autres cours assistaient 
à la messe solennelle et à la procession des Anglais ou de la ré- 
duction de Paris '. 

1. LL 217, (o 207. Le doyen, J. Tudert, ne revint que le 7 mai, après une 
absence de dix-huit ans {Ibid., P 209). Il avait été reçu doyen de Notre- 
Dame de Paris le li avril 1414 (LL 141i, f» 316). 

2. Le Bourg, de Paris, 320-321. 

3. K 1002-1005. Voy. Append. LXIV. La première eut lieu le vendredi 
5 avril 1437 (LL 217, f» 292, à la date du mercredi 3 avril). 

Sur la réduction de Paris, voir : Reg. du Parlement X*» 1481, f»s 120-121; 
Mémoriaux de la Chambre des comptes, P 2531, f» 145 et suiv; Félibien, 
qui reproduit une partie des documents contenus dans ces deux registres, 
t. III, p. 558-560, t. IV, 595-598; Registre capitulaire de N.-D. de Paris, 
LL 217, f"' 206-207 ; le Livre Vert vieil second du Châtelet, Y*, f»» 1 et 2, 
et e carton K 949, n»^ 24, 25, 26 ; Fr. 2882, f»« 108-113; Perceval de Cagny, 
dans le t. 48 des Mss. Duchesne, f»' 100 et 101 ; Gallia Christ., VII, 147-148; 
.Martial d'Auvergne, I, 148-151; le Bourgeois de Paris, p. 314-323; J. Char- 
ger, I, p. 220-228; Gruel, 207-208; Berry, p. 393; Basin, I, 121-122; Mons- 
trelet, V, 217-222; M. d'Escouchy, II, 399-400; les chroniqueurs anglais 
Polyd. Vergil, édit. H. EUis, 59-60; Hall, 179-180 (édit. de Bâle, 1570); Fa- 
bian, 431; J. Stevenson, t. II, préface, p. 24, 25. Voir aussi Sauvai, t. I, 35 
et 358, t. II, p. 153 et 222; du Boulai, t. V, 435-36; surtout Félibien, t. II, 
p. 822-825; t. III, 558-559, t. IV, 598; Kausler, Atlas des plus mémorables 
batailles, kuiWe 14% Texte p. 151; Vallet de V., Charles VII, t. II, 353-364; 
Médaille coramémorative dans Môzeray, Hist. de France, édit. de 1646, 
in-f«, II, 86, n» 10. 



CHAPITRE III 

LE RECOUVREMENT DE l' ILE-DE-FRANCE (1436-1440) 



Richemont veut reconquérir d'abord l'Ile-de-France. — Détresse finan- 
cière. — Le duc d'York succède à Bedford. — Richemont va trouver le 
duc de Bourgogne. — Les Français échouent devant Creil. — Le con- 
nétable va en Picardie, en Champagne, en Lorraine. — Il revient à 
Paris et s'efforce d'y attirer le roi. — Il va ensuite à Loches, à Parthe- 
nay, en Bretagne, et revient à Paris. — Ses démêlés avec Guillaume de 
Flavy. — Il contribue à la délivrance de René d'Anjou. — Les Anglais 
reprennent Pontoise et menacent Paris. — Traîtres exécutés à Paris. — 
Les Français s'emparent de Malesherbes. — Le roi prend part à la guerre. 

— Prise de Nemours. — Mort de Jeanne de Navarre. — Siège et prise 
de Montereau. — Guerre en Normandie. — Charles VII vient à Paris, 
puis retourne sur la Loire. — Famine et épidémie. — La guerre languit. 

— Assemblée de Bourges. — Tentative infructueuse sur Pontoise. — 
Ravages des routiers. — Guillaume de Flavy enlève le maréchal de 
Rieux. — Ordonnance du 22 décembre 1438 contre les routiers. — 
Grande mortalité à Paris. — Richemont s'éloigne. — Il va en Lorraine, 
où il échoue contre Robert de Sarrebrûck. — Les Anglais surprennent 
Saidt-Germain-en-Laye.— Accusations contre Richemont. — Découragé, 
il veut se retirer, quand le roi ordonne enfin le siège de Meaux. — Le 
connétable prend la ville de Meaux et fait capituler le Marché. — Le roi 
revient à Paris. — Richemont le suit à Orléans. — Négociations inutiles 
avec les Anglais. — Etats d'Orléans. — Ordonnance du 2 novembre 
1439 sur les gens de guerre.— Difficulté d'appliquer cette ordonnance. 

— Le connétable échoue devant Avranches. — Il obtient des mesures 
contre les routiers et commence la réforme de l'armée. 

Après la réduction de Paris, le rôle de Richemont devient beau- 
coup plus considérable. On sent que son influence grandit, 
que sa sphère d'action s'étend, que son initiative s'affirme da- 
vantage et qu'il est, en réalité, le lieutenant général du roi. 
Avoir rendu à la France sa capitale, c'était beaucoup; mais, 
en comparaison de ce qui restait à faire, c'était peu de chose. 
Mettre la ville de Paris en bon état de défense, réparer les maux 
qu'elle avait soufferts, achever sa délivrance, en chassant les An- 
glais de toutes les places qu'ils occupaient encore dans le voisi- 



RICHEMONT VEUT RECONQUÉRIR l'iLE-DE-FRANCE 285 

nage et en réprimant les déprédations des gens de guerre: tel est 
le plan que Richemont se proposa tout d'abord. Vouloir expul- 
ser en même temps les Anglais de la Normandie, c'était, dans 
l'état actuel des choses, une entreprise chimérique et même dan- 
gereuse ^ ; il l'ajourna résolument. Pour l'exécuter avec succès, 
il fallait avoir tout ce qui manquait en ce moment, de l'argent, 
une armée disciplinée, l'alHance de la Bretagne, comme on 
avait déjà celle de l'Ecosse et de la Gastille *. Le nouveau régent, 
duc d'York, allait débarquer en France avec une armée, et la Nor- 
mandie était pour les Anglais plus facile à défendre que Paris. 
Le connétable estimait avec raison que, avant d'entreprendre sé- 
rieusement la conquête de la Normandie, il fallait achever celle 
de l'Ile-de-France, delaBrieet delà Champagne, Il voulait intéres- 
ser à ce projet Charles VII, le soustraire à l'énervante oisiveté de 
la cour, l'amener à Paris, l'associer aux opérations militaires, 
éveiller ainsi dans l'âme de ce jeune prince des aspirations plus 
dignes d'un roi que la mollesse et le goût des plaisirs ^, Il mar- 
cha vers ce but avec sa ténacité habituelle, sans précipitation té- 
méraire, par des progrès plus continus qu'éclatants, et refoula 
peu à peu les ennemis qui s'obstinaient à menacer la capitale. 
La ville de Paris était alors dans un état lamentable, La popu- 
lation avait été décimée par les fléaux de la guerre ; les murailles 
étaient mal entretenues; beaucoup de maisons, depuis long- 
temps inhabitées, tombaient en ruines; la misère était perma- 
nente. D'autres villes dans l'Ile-de-France, la Brie et la Champagne, 
notamment Troyes, étaient dans une situation aussi misérable *. , 
Quant aux campagnes, sans cesse ravagées par les gens de 
guerre, elles avaient encore plus à soufl'rir. Beaucoup de villages 
étaient déserts ; les paysans aimaient mieux abandonner leurs 
champs que de les cultiver pour voir leurs moissons détruites 
ou enlevées par les ennemis ou par les routiers ^. 

1. Quoi qu'en dise l'évêque de Lisieux Th. Basin, qui ne voit que son 
pays et qui n'embrasse point l'ensemble de la situation (Th. Basin, 1, 114- 
119, surtout p. 118). 

2. L'utilité de ces alliances est bien indiquée dans le document déjà 
cité, qui émane de la chancellerie de Bourgogne (Fr. 1278, f'* 41-43). 
L'alliance avec l'Ecosse avait encore été affermie par le mariage du dau- 
phin Louis avec Marguerite, fille de Jacques I" (1436). Voir la curieuse 
relation de Regnault Girard, égarée dans le Ms. fr, 17330, au milieu de 
pièces relatives à François I*"^ et à Henri IL 

3. Si Charles VU avait eu vraiment quelque énergie, s'il avait compris 
la grandeur de son rôle, s'il avait eu souci des intérêts de la France et de 
sa propre gloire, il aurait dû accourir à Paris, comme on l'en suppliait 
(voir ci-dessous, p. 260 et notes 7, 8; p. 261 ; p. 262, et note 5). 

4. Il en était encore de même sept ans plus tard, en 1443 (Y* f» 69). 

5. Sur l'état de Paris, v. Y* f<>» 29 vet 69; le Bourg, de Paris, passim. Sur 



256 DÉTRESSE FINANCIÈRE 

Comment exiger des impôts de ces populations si cruellement 
éprouvées? Pourtant il fallait bien trouver de l'argent ' ; le con- 
nétable en avait besoin pour continuer la guerre. Il fut obligé 
d'en demander plusieurs fois à la ville de Paris et aux autres 
villes de l'Ile-de-France *. Cet argent fut employé à réparer les 
fortifications de Paris, travail des plus urgents, à solder les garni- 
sons qui furent mises dans les places fortes, avec interdiction, sous 
peine des châtiments les plus rigoureux, de rançonner les habi- 
tants, enfin à subvenir aux dépenses des opérations militaires. 

Dans le même temps (fin d'avril et commencement de mai), le 
connétable eut à s'occujier de deux tentatives, Tune sur Gisors, 
l'autre sur Rouen. La Hire et Saintrailles, sans lui laisser le 
temps de faire venir les troupes qu'il avait dans le pays de Caux 
sous le maréchal de Rieux ^, entrèrent dans Gisors; mais ils en 
furent promptement délogés par Talbot et Th. de Scales, parce 
qu'ils n'avaient pas assez de forces''. Quanta l'entreprise sur Rouen 
elle était trop prématurée pour réussir. Sur les nouvelles qu'il 
avait reçues, le connétable s'avança néanmoins jusqu'à Gerberoy 
avec le maréchal de Rieux et toutes les troupes qu'il put réunir; 
mais, comme les Anglais se tenaient sur leurs gardes, il vit qu'il n'y 
avait rien à faire pour le moment, et il revint par Pontoise à Paris ^. 

Il ne pouvait d'ailleurs faire que de très courtes absences. Des 
soins multiples le retenaient dans la capitale, où chaque jour il 
avait à conférer avec les délégués du Parlement, de la Chambre 
des comptes, du clergé, de l'Universiié de la ville. Il avait convo- 

l'élat dos campagaes, voir Fiammermont, dans les Mémoires de la So- 
ciété de l'hist. de Paris, t. V, p. 237 et sq. Sur la ville de Troves, voy. 
JJ 177, f»» 42 V», 43. 

1. Les Etats de Poitiers avaient voté une aide de 200 000 1. au mois de 
février (Fr. 26061, w^ 2933, 2936, 2962,2967, et Fr. 26062, n» 3055). En sep- 
tembre, les Etats du Dauphiné octroient 20 000 florins [Porlef. Fontan., 
117-118, à la date de septembre). 

2. Le clergé de Notre-Dame dut payer, malgré la pauvreté qu'il alléguait 
(LL 217, f" 208). Senlis donna 400 1., etc. (Fiammermont, dans les Méw. rfe 
la Société de l'hist. de Paris, t. V, p. 255). Le 13 mai, Charles VII octroie à 
la ville de Paris le droit de lever 6 1. t. sur chaque muid de sel qui sera 
vendu au grenier à sel de Paris, pendant trois ans, à partir du 1" avril 
1436. Le produit de cette taxe sera employé à réparer les fortifications de 
Paris, qui en ont grand besoin (K 950, n» 26 «.''.<=). En août, en septembre 
1436, nouvelles taxes sur les vins qui traversent Paris et le pays voisin et 
sur le vin recueilli dans la vicomte de Paris (Y* f"* 10, 11 v» et 12). V. Ap- 
pend. LXV. 

3. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1267-1268. 

4. Fr. 25773, n» 1105; Gruel, 209; Monstrelet, V, 231. Gisors, arrondis- 
sement des Andelys. 

5. Fr. 26061, n° 2809; Gruel, 209. Talbot, capitaine de Rouen, reçut des 
renforts considérables et prit des précautions qui attestent une inquiétude 
réelle (Fr. 26060, n- 2726, 2734, 2768, 2776; Fr. 26061, n°« 2865-2871). 



RICHEMONT ENVOYÉ AUPRÈS DE PHILIPPE LE BON (1436) 257 

que, pour le B mai, à Paris, les délégués des villes de l'Ile-de-France, 
afin d'aviser aux moyens de recouvrer Creil, Meaux et Montereau. 
Il fut décidé qu'on attaquerait d'abord Creil '. Le connétable alla 
mettre le siège devant cette place, avec le bâtard d'Orléans, L'Isle- 
Adam, La Hire, Saintrailles et le sire de Rostrenen. Senlis et les 
villes voisines * durent lui envoyer de l'argent, des vivres, des 
munitions, des canons, des machines de guerre, des arbalétriers. 
La garnison anglaise de Creil était en état de faire une longue ré- 
sistance. Malheureusement Richemont fut alors obligé de s'éloi- 
gner, pour aller vers le duc de Bourgogne, négocier la délivrance 
du roi de Sicile. Charles YII et la reine Yolande tenaient beaucoup 
à ce qu'il fît partie de l'ambassade envoyée auprès de Philippe le 
Bon, et lui-même portait le plus grand intérêt à René d'Anjou, 
son compagnon d'armes, le fils de sa protectrice. Il laissa la direc- 
tion du siège au bâtard d'Orléans et se rendit en Picardie ^ (juin). 
C'est à Saint-Omer qu'il trouva Philippe le Bon, alors occupé 
à réunir une armée destinée à faire le siège de Calais. Il ne put 
obtenir l'élargissement immédiat de René, le duc de Bourgogne 
y mettant des conditions trop dures; mais les négociations ne fu- 
rent point abandonnées, et il ne désespéra pas de les voir bientôt 
aboutir. Il offrit à son beau-frère de lui amener 3 000 hommes, 
qu'il avait dans le pays de Caux, pour l'aider au siège de Calais. 
Philippe n'accepta point ce secours; il crut qu'il n'en aurait pas 
besoin, car il avait rassemblé des forces considérables, surtout 
en Flandre. Quand Richemont voulut s'en retourner, le duc le 
reconduisit et lui montra l'armée flamande, dont le camp res- 
semblait à une ville. On leur offrit le vin dans la tente de Gand, 
puis ils se séparèrent * (juin). Au retour de cette mission, le 
connétable passa par Azincourt, Il voulut revoir ce champ de 
bataille où il avait failli périr. Il expliqua aux seigneurs qui 
l'accompagnaient les détails de cette néfaste journée, en leur dé- 
signant les endroits où se trouvaient les principaux chefs de l'ar- 
mée française, la place où il avait combattu lui-même, le lieu 
où était logé le roi d'Angleterre. 

1. D. Grenier, t. XX bis, liasse 9, f" 17 (comptes de la ville de Compiègne). 

2. Compiègne, Pontoise, Pont-Sainte-Maxence, Beauvais, etc. (D. Gre- 
nier, XX 6ii, liasse 9, fo' 17 v» et 18);C.-L. Doyen, Hist. de Beauvais, p. 87: 
Flammermont, Instit. munie, de Senlis, p. 252-253, et Mém. de la Soc, de 
l'hist. de Paris, V, 233-256. 

3. En mai, Charles VII envoie le comte de Vendôme, l'évêque de Tou- 
louse, etc., auprès de Philippe le Boa (D. Calmet, II, 791). Richemont était 
encore à Compiègne au commencement de juin (D. Grenier, XX bis, liasse 9, 
fo 17 vo). Pendant qu'il était avec le duc de Bourgogne, il reçut des lettres 
du duc d'Orléans {Catal. Joursanvault, l, 19-20, n» 36). 

4. Gruel, 209. Monstrelet, V, 240. 

Richemont. 17 



2o8 LE DUC d'york successeur de bedford (1436) 

Il continua sa route par Hesdin et Abbeville ^ Là, il reçut de 
mauvaises nouvelles. Les troupes qu'il avait laissées devant 
Greil venaient de lever le siège ^ en apprenant que le duc d'York, 
récemment arrivé d'Angleterre, s'apprêtait à secourir cette ville. 
C'étaient là de fâcheux contretemps, qui devaient retarder l'ex- 
pulsion des Anglais de l'Ile-de-France. Le duc d'York *, envoyé 
par Henri VI pour gouverner ses provinces françaises (mai 1436), 
n'était pas indigne de succéder à Bedford. Ses talents politiques 
et militaires faisaient de lui un adversaire redoutable. Il rétablit 
la discipline, l'unité de commandement ; il évita de mécontenter 
les populations, et, s'il eût été mieux secondé par le Conseil d'An- 
gleterre, il aurait pu remporter de grands succès *. Il arriva en 
France au mois de juin, avec le comte de Suffolk et une armée 
anglaise ^ ; mais le siège de Calais par le duc de Bourgogne (juin- 
juillet) ^, le recouvrement des pays de Caux et de Bray occupèrent 
d'abord son attention, et il ne fit pas d'entreprise considérable 
cette année-là '. 

Richemont se rendit alors dans le pays de Caux, à Eu ^ et à 
Dieppe, pour réprimer les excès intolérables des gens de guerre. 
Pendant qu'il y était, Florimond de Brimeu, sénéchal du Pon- 
Ihieu, avec quelques troupes tirées des garnisons d'Eu, de Rue ' 
et de Saint-Valery *°, s'empara du Crotoy ^', par un habile strata- 
gème ^^ On pouvait faire là une diversion utile au duc de Bour- 
gogne, qui continuait, non sans peine, le siège de Calais. Il 
restait à prendre le château du Crotoy, dans lequel les Anglais 
s'étaient retirés *'. Le connétable était tout disposé à venir les 

1. Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1267-1268. 

2. Moastrelet, V, 229. Gruel, 209. Le Bourg, de Paris, 323-324. Le 12 juin, 
le bâtard était encore au siège de Creil (D. Grenier, XX bis, liasse 9, f" 17 
v). Vallet de V. dit que l'armée de Paris s'empara de Creil (t. II, p. 381). 

3. Richard d'York, petit-fils d'Edmond Langley (4° fils d'Edouard III) et 
descendant, par sa mère, de Lionel, duc de Clarence (2' fils d'Edouard III). 
11 disputa, plus tard le trône d'Angleterre à Henri VI. 

4. J. Stevenson, II, préface, p. xxix. Green, I, 339-560. Moreau 703, 
fos 342-343. Fr. 26061, n" 2887, 2892-2894, 2921. Fr. 26062, n» 3035. 

3. Fr. 26061, n" 2977. Fr. 26062, n» 3006. Hist. de Bourgogne, lY, 224-225. 

6. Coll. de Bourgogne, t. 100, f° 249. Hist. de Bourgogne, IV, 224-226. 

7. Les Anglais firent les sièges de Saint-Gerraain-sous-Cailly, de Cham- 
brois (Broglie), de Fécamp (Fr. 26061, n=s 2900, 2939, 2944, 2998, 2999; Fr. 
26062, n-s 3030, 3031, 3038; Fr. 23773, n»' 1124, 1128, 1135, 1144, 1147-49). 

8. Arrondissement de Dieppe. 

9. Arrondissement d'Abbeville. 

10. Id. 

11. Id. 

12. D. Grenier, t. 96, p. 37, et Chron. belges, t. II, p. 213. Gruel, 209. FL 
Lefils, Hist. du Crotoy, Abbeville, 1860, in-8, p. 122-124. 

13. En juillet, Fauquemberge fut chargé de ravitailler le château du Cro- 
toy (Fr. 23773, n» 1124). 



RICHEMONT VA EN PICARDIE, EN LORRAINE, EN CHAMPAGNE (1436) 259 

attaquer lui-même; toutefois, il ne le pouvait pas faire sans 
l'agrément de Philippe le Bon, à qui le traité d'Arras avait 
donné les villes de la Somme. S'étant avancé jusqu'à Abbe- 
ville *, il envoya demander au duc de Bourgogne s'il auto- 
risait cette entreprise. Celui-ci ayant répondu qu'il serait 
temps de s'en occuper après le siège de Calais, le connétable 
s'éloigna. 

Il avait fort à faire d'un autre côté, pour chasser de plusieurs 
places des Anglais ou des routiers, qui commettaient de grands 
ravages ^. Ses lieutenants René de Raiz, seigneur de La Suze, et 
Jean de Malestroit avaient été chargés, avant la réduction de 
Paris, l'un d'enlever aux Anglais les forteresses de Nogent et de 
Montigny-le-Roi *, l'autre de combattre les gens d'armes du 
damoiseau de Gommercy, qui faisaient des courses sur les terres 
de René d'Anjou, pendant que Robert de Sarrebriick était re- 
tenu prisonnier en Lorraine *. D'autres routiers, tels que le 
bâtard de Bourbon et le petit Picard, ravageaient aussi les pays 
de René d'Anjou, et la régence de Lorraine dénonçait à la reine 
Yolande, comme un routier dangereux, le lieutenant même du 
connétable, le seigneur de La Suze *. Jean de Malestroit, avec 
Evrard deLaMarck, assiégeait Chauvency ^, place appartenant au 
damoiseau. Leurs gens, qui couraient le pays, furent battus près 
de Romagne-sous-Montfaucon'^, et ils durent lever le siège, après 
avoir perdu 200 à 300 hommes (24 juin). Le connétable fit une 
courte apparition en Lorraine et en Champagne, pour essayer 
d'y rétablir l'ordre. Il prit lui-même Louvois * ; mais, n'ayant pas 

1. J. de La Mothe, qui avait fait tuer le Galois de Honnignœul, ayant 
entendu dire que le conr jtable, à sa nouvelle entrée dans une ville, avait 
pouvoir de délivrer des prisonniers, se rendit aux prisons d'Abbeville et 
obtint de Richemont des lettres de rémission qui furent confirmées par le 
roi. La veuve de la victime poursuivit néanmoins le meurtrier devant le 
parlement (X^^ 22, f»» 1 v, 4). 

2. Ilist. de Bourg., IV, 222-223. 

3. Nogent-le-Roy, arrondissement de Cbaumont. Montigny-le-Roi, arron- 
dissement de Langres. Le sire de La Suze avait conclu une convention, le 
jour de Noël 1435, avec Erard du Chdtelet, pour assiéger Nogent et Mon- 
tigny (Coll. de Lorraine, VIII, n" 43, 43; Coll. de Bourgogne, t. 100, f" 247 
248; X2a 23, au 19 juin et au 3 juillet 1455; Hist. de Bourg., IV, 222-223). 

4. Ce ne fut donc pas Robert de Sarrebriick qui fit lui-même cette 
guerre, comme le dit, à tort, Monstrelet. Robert, revenant de la Terre- 
Sainte, fut arrêté le 18 septembre 1433, à Bâie, puis remis, en août 1436, à 
la régence de Lorraine, qui le retint prisonnier jusqu'au 28 mars 1437 
(D. Galmet, II, 794-793; Dumont, Hist. de Commercy, I, 232-233). 

5. Coll. de Lorraine, VIII, n" 43. 

6. Chauvency-le-Château, canton de Montmédy. 

7. Canton de Montfaucon-en-Argonne, arrondissement de Montmédy. 

8. Canton de Châtillon-sur-Marne, arrondissement de Reims. 



260 LE ROI PROMET DE VENIR A PARIS (1436) 

assez de forces pour s'emparer de Braisne % défendue par une 
garnison nombreuse, il alla occuper Sainte-Menehould, en vertu 
d'une convention conclue avec le capitaine de cette place, puis il 
réduisit encore Nanteuil % Han '^, Bourg * et plusieurs autres for- 
teresses ^. 

Après avoir donné à la reine Yolande et à son fils René ces 
preuves de gratitude et d'affection, le connétable revint à Paris, 
où il avait hâte de rentrer ^ (août 1436). Sur ses conseils, les 
Parisiens avaient envoyé une ambassade à Bourges (28 avril), 
pour prier le roi de venir dans sa bonne ville capitale, d'y réta- 
blir les cours souveraines '' et de travailler à Texpulsion totale 
des ennemis. Les ambassadeurs remercièrent aussi Charles VU 
d'avoir chargé du recouvrement de Paris son connétable, dont 
ils louèrent la bienveillance et la modération. Le roi fit le plus 
gracieux accueil à ces envoyés. Il leur affirma qu'il viendrait 
« visiter et consoler ses bons et loyaux subjects ^ » aussitôt qu'il 

1. Braisne, arrondissement de Soissons, appartenait au damoiseau de 
Commercy (Carlier, Hist. du Valois, II, 471). 

2. Nanteuil-la-Fosse, c. d'Ay, arrondissement de Reims. 

3. Han-lès-Juvigny, c. de Montmédy, ou Haus, c. de Sainte-Menehould (?). 

4. Bourg, arrondissement de Vouziers. 

5. Charles VII donna Sainte-Menehould à Richemont en novembre 1437. 
Voir X»a 4798. f" 21S; Ch. Buirette, Hist. de Sainte-Menehould, 1837, in-8, 
p. 169-171. (Sainte-Menehould était une ville importante, où il y avait des 
marchés et des foires considérables. JJ 17S, f » 4 v»; Monstrelet, V, 222- 
224; Abrégé chronol. dans Godefroy, p. 340; Cagny, f"' 101 v», 102). Gruel, 
p. 209, est muet sur ces faits. Il dit que Richemont revint d'Abbeville à 
Paris. C'est probablement dans la deuxième moitié de juillet et dans la 
première moitié d'août que Richemont fit cette petite campagne, car il 
était encore à Compiègne au commencement de ^lin, et on a vu qu'il était 
allé ensuite auprès de Philippe le Bon (D. Grenic-, XX 625, liasse 9, f» 17 v°). 
Dans la deuxième quinzaine d'août, il était à Paris (Y* f" 10). 

6. Gruel, 210, dit que les Anglais lui tendirent une embuscade pour l'ar- 
rêter, mais qu'ils n'osèrent l'attaquer. Richemont était à Pans le 21 août 
(voy. Append. LXIII). 

7. L'évéque de Paris et les autres ambassadeurs étaient partis le ven- 
dredi 28 avril (LL 217, f» 208; voy. aussi f» 215, aux dates du lundi 28 mai 
et du vendredi r' juin; K 949, nos 25, 26). Le 22 mai, lettres de Charles VII 
ordonnant que toutes les cours qui se tiennent à Paris cessent, jusqu'à 
nouvel ordre, à cause de certaines grandes affaires qui empêchent d'insti- 
tuer le Parlement à Paris, pour le présent, comme il avait été ordonné de 
le faire (X»» 8603, f" 35; Ordonn., XIII, 218-219). 

8. Le roi avait évidemment promis de venir bientôt à Paris, puisque, 
après le retour des envoyés, le chapitre de Notre-Dame délibéra « de modo 
recipiendi dominum nostrum regem, quando proxime veniet in bac villa » 
(LL 217, fo 218, à la date du mercredi l<i juin). On retrouve cette promesse 
dans la réponse que fait Charles VII à la requête du Parlement de Poitiers 
(Félibien, t. III des Preuves, p. 270 ; voir aussi Fr. 21302, au 10 août). 
Enfin le roi avait retenu le vicomte de Thouars pour l'accompagner dans 



EMBARRAS DU CONNÉTABLE A PARIS (1436) 261 

aurait pourvu aux affaires les plus urgentes ; qu'il n'avait chose 
au monde plus à cœur que de chasser entièrement les ennemis 
de son royaume et qu'il voulait « s'y employer de corps et de 
biens ». En réalité, il éprouvait une antipathie insurmontable 
pour cette ville turbulente, dont il avait gardé un si mauvais 
souvenir ; mais il n'en laissa rien voir, et les députés revinrent 
tout heureux des promesses qu'il leur avait faites *. Le conné- 
table fut, lui aussi, très satisfait de ces' engagements, et il ne né- 
gligea rien pour en hâter la réalisation. 

Au mois d'août, une nouvelle ambassade alla trouver le roi, 
et dès lors il décida que le Parlement, qui était à Poitiers de- 
puis 1418, serait rétabli à Paris ^. Cependant celte dernière ville 
était toujours menacée par les Anglais ^. Pour la protéger, Riche- 
mont eut soin de mettre des garnisons suffisantes dans les places 
fortes de l'Ile-de-France, comme Saint-Germain-en-Laye, Pon- 
toise, Senlis, Lagny, le Bois-de-Yiocennes, Gorbeil, Chantilly, le 
Pont-de-Meulan et autres *. Il interdit encore aux capitaines de 
molester les habitants, et il essaya de pourvoir au payement ré- 
gulier de la solde, par un impôt sur les vins qui traversaient Paris 
et le pays voisin (22 août) ^. Cette ressource paraissant insuffi- 
sante, le Conseil du roi ordonna (30 août) qu'on saisît et qu'on 
veildît les biens meubles et immeubles de tous les Parisiens qui 
persistaient à demeurer en pays ennemi ; enfin il mit une aide 
sur tout le vin recueilli dans la prévôté, vicomte et élection de 
Paris ^. 

Pénurie continuelle d'argent, indicipline et ravages des gens 
de guerre, plaintes réitérées des habitants, telles étaient les 
difficultés qui entravaient sans cesse les efforts du connétable. 
II désirait d'autant plus mettre fin à cet état de choses, et, comme 

rile-de-France et l'avait chargé de réunir autant de troupes qu'il en pour- 
rait trouver (X"> 9201, f- 202 v). 

1. LL 217, f- 215, au lundi 28 mai. Du Boulai, V, 436-437. Xi^ 8604, 
fus 127-128. Félibien, t. III, 269. Y* f- 3, 5. X'» 8605, f" 36. Ms. Brienne, 
197, f»» 346 et suiv. Le roi confirma dès lors les privilèges de l'Université 
de Paris (du Boulai, V, 438; Y* f» 8). 

2. LL 217, f 235, et Ordonn., XIII, 226-227. Fr. 21302, au 10 août 1436. 
D. Neuville, le Parlement rorjal à Poitiers, dans la Revue histor., t. VI"» 
p. 311 et suiv. 

3. Le Bourg, de Paris, p. 327, § 708. 

4. Voy. Append. LXVI. 

5. Voy. Append. LXV. 

6. Y* f" 10 V», 12. Ordonn., XIII, p. 227-229. Le Bourg, de Paris, 226. Le 
23 juin et le 12 juillet, des ordonnances sur les monnaies avaient été ren- 
dues par les gens du Conseil du roi étant à Paris (Y*, f"' 8 v et 9). Jacques 
Cœur était alors à Paris (d'après P. Clément, Jacques Cœur et Charles VU, 
Didier, 1866, in-12, p. 71). 



262 RICHEMONT VA VOIR LE ROI ET LE DUC DE BRETAGNE (1436) 

il espérait beaucoup de la présence du roi, il se rendit auprès de 
lui, après avoir laissé à Paris son lieutenant, le sire de Ros- 
trenen (septembre). 

C'est à Loches que Richemont trouva la cour. Il fut reçu 
d'une manière plus cordiale qu'auparavant, bien que La Tré- 
moille ne fût pas encore oublié * ; mais il ne put obtenir que le 
roi vint avec lui à Paris. Jusqu'ici, d'autres soins avaient retenu 
Charles VU sur la Loire, notamment le mariage du Dauphin 
avec Marguerite d'Ecosse (2o juin) ^. Maintenant, il voulait se 
rendre dans le Languedoc, oii la mort du comte de Foix ^, gou- 
verneur de cette province, la mauvaise administration finan- 
cière de l'évêque de Laon, Guillaume de Ghampeaux, et les 
courses désastreuses des routiers avaient créé de graves diffi- 
cultés qui réclamaient un prompt remède ■*. Certes, la présence 
du roi eût été beaucoup plus utile à Paris que dans le Lan- 
guedoc, mais il préférait ce voyage aux ennuis d'une expédition 
militaire. Il fut seulement convenu que le connétable demeurerait 
à Paris, avec la duchesse de Guyenne, pour donner une première 
satisfaction aux Parisiens, en attendant que le roi pût venir lui- 
même dans sa capitale ^. 

Richemont, après avoir passé quelques jours à Parlhenay, eut 
une entrevue, à Ancenis, avec son frère, le duc de Bretagne et 
avec Gh. d'Anjou, comte de Mortain, qui était toujours en 
grande faveur auprès du roi ^ Le connétable sentait bien qu'il 
était difficile de ramener le duc de Bretagne à l'alliance fran- 

1. Il reçut, en novembre, l'ordre de réduire Montereau et Montargis 
(Anselme, IV, 165 B), et fut même nommé capitaine de ces places. On soup- 
çonne là une nouvelle manœuvre du mortel ennemi de Richemont (L. Rc- 
det, Catal. de D. Fonteneau, p. 333). 

2. J 186b, fo 22. Le 16 août est conclu le traité du mariage de Yolande 
de France avec Amédée de Savoie (J 186b, f- 23). Amédée, fils de Louis V", 
duc de Savoie et petit-fils d'Amédée VIII, était né en 1435. Yolande, troi- 
sième fille de Charles VII, était née le 23 septembre 1434 (Anselme, I, 118). 
Le mariage n'eut lieu qu'en 1452. 

3. Jean, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de Béarn, mourut à 
Mazères le 4 mai 1436 (Anselme, III, 370, 373). 

4. Fr. 26060, n"' 2744, 2745, 2748. Fr. 26061, n»s 2808, 2813. Sur les rou- 
tiers (notamment Rodrigo), voy. Fr. 26062, n"' 3024, 3053; Fr. 26063, 
n" 3232, 3270; J. Quicherat, Rod. de Villandrando, p. 126 et suiv. 

5. Cagny dit que cette résolution mécontenta beaucoup tout le monde, 
seigneurs, prélats, habitants des bonnes villes : « Et pouvoit sembler à 
grant partie d'iceulx qu'il (le roi) avait petit regard aux grans meschiefs 
et guerres de son royaume » (Cagny, f 103 V). Cagny dit, auparavant, 
que cette résolution fut prise au moment même où les Parisiens envoyaient 
une nouvelle ambassade au roi, à Amboise, pour le supplier de venir à 
Paris, où sa présence était si nécessaire [Ibid.). 

6. Gruel, 210. 



IL RAMÈNE LE PARLEMENT A PARIS (1436, NOV.) 263 

çaise, mais c'était un motif de plus pour préparer peu à peu sa 
défection. D'ailleurs les Bretons du parti français continuaient 
de suivre le sire (Je Lohéac, et, en attendant que le duc redevint 
l'allié de Charles VII, il pouvait, rien que par une tolérance 
bienveillante, rendre de grands services. Le 13 septembre, le 
duc de Bretagne et Ch. d'Anjou avaient conclu un traité d'al- 
liance *. L'entrevue des trois princes ne put que fortifier les 
bonnes dispositions de Jean V envers la France ^, et, sans produire 
d'autre résultat immédiat, elle suffît pour inquiéter les Anglais. 
D'ailleurs les sires de Lohéac et de Bueil réunirent des forces 
considérables du côté de Vitré, Fougères, Laval, Château-Gon- 
tier, d'où ils menacèrent la basse marche de Normandie ^ (octobre 
et novembre). 

Richemont revint ensuite à Parthenay, hâter les préparatifs 
de départ. Il n'attendit pas la duchesse de Guyenne, pour se 
rendre auprès du roi, dans les premiers jours de novembre *. 
Par lettres données à Issoudun le 6 da même mois, Charles VII 
prescrivit le rétablissement à Paris du Parlement, de la Cour des 
comptes et de la Cour des monnaies, qui étaient à Bourges de- 
puis 1418. Le connétable et le chancelier étaient chargés de 
faire exécuter cette ordonnance ^. Ils prirent congé du roi, pour 
aller à Orléans, où déjà était arrivée la duchesse de Guyenne. 
Les magistrats, avec leurs familles et leurs biens, étaient aussi 
venus dans cette ville, afin de se rendre à Paris, sous la protection 
du connétable, car on pouvait craindre la rencontre des Anglais 
et des routiers *'. Pour plus de sécurité, le sire de Rostrenen, 
Ant. de Chabannes, Jean Foucault, Mahé Morillon, prévenus à 
temps, s'avancèrent, avec une nombreuse compagnie de gens 
d'armes, jusqu'à Etampes. De là, Richemont, en passant par 

1. L'original est aux Arch. de la Loire-Inf., cass. 76, E, 179. 

2. Charles d'Anjou demanda probablement aussi Tintervention de Jean V 
auprès de Philippe le Boa, pour obtenir la délivrance de René, car le comte 
de Montfort se porta garant auprès du duc de Bourgogne, en janvier 1437, 
Voir ci-dessous, p. 529, note 2. 

3. Fr. 26060, n« 28022. Fr. 26061, n" 2836, 2839, 2840, 2891. Fr. 26062, 
n» 3137. 

4. Gruel, 210. 

5. X" 8605, f»' 36 v% 37. Félibien, V, 272. Blanchard, Compilation chro- 
nologique, col. 250. Ordonn., XIII, 226. Le 18 octobre, le Parlement de Poi- 
tiers recevait une lettre du roi qui lui enjoignait de venir vers lui, à 
Tours, le 25 octobre (X*» 9194, f° 255 v»). La dernière séance mentionnée 
dans le registre X*» 9201 est celle du 20 octobre; mais il resta tout au 
moins quelques magistrats de la cour à Poitiers, car la dernière aifaire 
criminelle est du mercredi 28 novembre (X*" 21, à la fin ; voir aussi Fr. 
21302, aux 10 août, 15 octobre et 18 octobre 1436). 

6. Les Anglais occupaient Montargis et Montereau. Quant aux rautiers, 
ils osèrent bien, quelque temps après, attaquer les fourriers du roil 



264 INSTALLATION DES COURS A PARIS (1436, NOV.-DÉC.) 

Gorbeil, gagna Paris, où il arriva le vendredi 23 novembre, dans 
l'après-midi *. Dès le lendemain, la duchesse de Guyenne alla 
entendre la messe à Notre-Dame, où elle fut reçue solennellement 
par l'évêque de Paris et son clergé *. Le 29, le connétable fit 
publier les lettres relatives au rétablissement des cours. Le sa- 
medi, l^"" décembre, il vint présider à l'installation solennelle du 
Parlement, avec l'archevêque de Reims, chancelier de France, 
l'archevêque de Toulouse, le bâtard d'Orléans, le maréchal de 
Rieux, le sire de Gaucourt, J. Tudert, doyen de Paris. Le même 
jour, la Chambre des comptes fut ouverte par le chancelier, 
pendant que le connétable entendait la messe à la sainte Cha- 
pelle. Parmi les magistrats de cette cour nouvellement ordonnés, 
on remarque Michel de Laillier '. 

Ce n'était pas seulement de Paris que Richement avait à s'oc- 
cuper *. Il recevait de tous côtés des plaintes contre les gens de 
guerre. En vain le Conseil du roi, siégeant à Paris, avait enjoint 
aux capitaines de ne rien exiger des habitants, de renvoyer aux 
frontières, devant l'winemi, les gens d'armes qui étaient venus, 
sans autorisation, dans les places de l'Ile-de-France ; en vain le 
sire de Rostrenen, le prévôt de Paris, les baiUis de Senlis et de 
Meaux avaient été chargés de réprimer l'audace des routiers joar 
tous les moyens possibles (l^"" octobre) ; les pilleries avaient re- 
commencé aussitôt après le départ du connétable ^. Il semblait 
que sa présence pût seule apporter un remède à ce fléau. On 
savait, du moins, qu'il faisait tous ses efforts pour le combattre. 

Dans ce moment même, Guillaume de Flavy, capitaine de 
Compiègne, commettait de cruelles exactions dans le Soisson- 
nais. Outre le château de La Fère-en-Tardenois ^, qui lui ap- 



1. Le Bourgeois de Paris, p. 327-28. Gruel, 210. LL217, f° 263, au 23 no- 
vembre. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1268. 

2. LL 217, f» 265, au 24 novembre. 

3. X«» 8605, f» 272. X»» 1481, f- 122. Félibien, IV, 597 et suiv. X'» 1482, 
fo» 1 v" et 2. P 2531, f»' 152, 155. Xî" 22, f» 1. Arch. du min. des aff. étr., 
t. 20, fos 108 v», 110. Un peu plus tard, le roi déclare que les sentences 
rendues auparavant, sous la domination anglaise, conserveront leur effet 
(Y* fo 14 v, 15). II est très probable que Richement, d'accord avec le Par- 
lement, réorganisa aussi le Conseil de la ville de Paris à cette époque 
(voir, dans K 996, un mémoire du 24 juillet 1778). 

i. Le duc de Bourbon devait avoir le commandement de la Bastille ; 
mais, à la date du 3 janvier 1437, personne n'était encore venu, de par le 
roi, prendre la garde de cette forteresse {Arch. des aff. étr., t. 20, f* 114 v°). 

5. Voy. Append. LXVI. Voir aussi le Bourg, de Paris, qui ne manque 
jamais une occasion de se signaler par l'aprêté de ses plaintes, quelquefois 
par l'exagération de ses griefs et l'injustice de ses accusations (p. 327, 
§ 708). 

6. Arrondissement de Château-Thierry. 



DÉLIVRANCE DE RENÉ d'ANJOU (1437, 4 FÉVRIER) 26S 

partenait, il en avait pris plusieurs autres, comme celui de 
Vailly * et la tour d'Ambleny % d'où il exerçait dans le pays un 
véritable brigandage. Imploré par les habitants, Richemont lui 
enleva le gouvernement de Gompiègne, l'assiégea dans le châ- 
teau de Vailly, l'y réduisit à capituler (20 décembre) et fit dé- 
molir cette place « pour le bien du pais et de la marchandise ^ ». 
Elu capitaine de Gompiègne par les habitants, il accepta cette 
charge, dans laquelle il fut confirmé par le roi (décembre), et il 
y mit comme lieutenant H. de Villeblanche, puis le sire de Ros- 
trenen *. Toutefois Guillaume de Flavy rentra bientôt en grâce, 
comme tant d'autres pillards qui obtenaient du roi des lettres 
d'abolition, au grand mécontentement du peuple et du conné- 
table. Flavy redevint donc capitaine de Gompiègne (mars 1437) 
et put continuer ses brigandages ^. 

Avant de reprendre ses opérations dans les environs de Paris, 
le connétable dut aller, avec le chancelier, en Ghampagne ^, pour 
obtenir quelques subsides des Etats de cette province, puis à 
Lille, où avaient lieu des conférences entre le duc de Bourgogne 
et René d'Anjou. Il prit une part active à ces négociations, qui 
aboutirent enfin à la délivrance du roi de Sicile (4 février). Quel- 
que temps après, René rendit aussi la liberté à Robert de Sarre- 
brùck, sur la recommandation du comte de Richemont (28 mars) '. 

1. Arrondissement de Soissons. 

2. Id. 

3. D. Grenier, XX bis, liasse 9, f" 18. 

4. Le sire de Rostrenen était lieutenant du connétable à la capitainerie 
de Gompiègne et partout ailleurs (D. Grenier, XX bis, f° 18). Voir, dans le 
l. XX de D. Grenier, un extrait d'un manuscrit intitulé « Mémoire pour 
servir à l'histoire de Gompiègne », p. 38, et une histoire de Gompiègne, 
par D. Berthau, ch. 10, p. 83 et suiv. — Voir aussi le t. XX bis de D. Gre- 
nier, liasse 8"", f» 15i. Le connétable était à Gompiègne le 8 décembre, 
avec le chancelier de France. 

5. D. Grenier, XX bis, f» 18 v». J. Ghartier, I, 244. Monstrelet dit que 
Flavy trouva le moyen de rentrer dans Gompiègne, avec beaucoup de gens 
de guerre, et qu'il reprit cette ville à ceux que le connétable y avait com- 
mis, enfin qu'il tint longtemps Gompiègne, du consentement du roi, mal- 
gré les elTorts du connétable pour la ravoir (Monstrelet, V, 274). Ge fait, 
entre beaucoup d'autres, ne justifie-t-il pas cette amère réflexion de 
J. Ghartier (le panégyriste de Charles VII, pourtant)? « Qui pouvoit avoir 
plus de gens sur les champs et plus povoit pillier et rober les povres gens 

'estoit le plus craint et le plus doubté et qui plus tost eust obtenu quelque 
chose du roy de France que nul aultre • (J. Ghartier, I, 241). 

6. LL 217, {o 267, à la date du mercredi 5 décembre. Il était à Ghâlons le 
14 janvier, avec René d'Anjou. 11 fit ajouter 500 1. aux 1 000 1. que devait 
payer la ville de Ghâlons, pour sa part d'un subside voté par les Etats de 
Ghampagne, réunis à Reims, au commencement de janvier 1437 (Ed. de 
Barthélémy, Hist. de Chàlons, Ghâlons, 1834, in-8, p. 185 et note 1). 

7. Le traité pour la libération de René fut conclu à Lille, le 4 février. Phi 



266 LES ANGLAIS REPRENNENT PONTOISE (1437, 12 FÉVRIER) 

Le connétable profita de son séjour à Lille pour conclure aussi 
un arrangement avec J. de Luxembourg, qui n'avait pas encore 
consenti à jurer la paix d'Arras ^ La Hire, qui faisait la guerre 
au comte de Luxembourg, dut s'abstenir de toute hostilité envers 
lui et put tourner ses forces d'un autre côté. Richemont repartit 
ensuite pour Paris (février) ^, où sa présence était plus indis- 
pensable que jamais, car, depuis son départ, de graves événe- 
ments s'étaient accomplis. 

Le duc d'York tenait à reprendre la capitale et les places voi- 
sines. Il avait des intelligences dans ces villes avec des traîtres 
qui lui révélaient ce qui s'y passait, les projets du connétable, 
et qui se préparaient à seconder les tentatives de l'ennemi. Ils 
avaient, dit-on, découvert d'anciennes carrières qui communi- 
quaient avec des caves, par où ils devaient introduire les An- 
glais dans Paris ^. 

Ceux-ci commencèrent par s'emparer d'Ivry et de Pontoise. 
Le comte de Salisbury, lieutenant général du duc d'York, avec 
Talbot et Fauquemberge , surprit, par un habile stratagème, 

lippe le Bon, qui avait échoué au siège de Calais et qui avait eu ensuite 
à repousser une invasion de Glocester en Flandre, avait maintenant à con- 
tenir les Flamands, prêts à se révolter. Il avait besoin d'argent et se montra 
moins rapace, tout en imposant à René des conditions très onéreuses, 
comme le payement de 400 000 écus d'or. Il faut remarquer que le comte de 
Montfort, fils de Jean V et neveu de Richemont, se porta garant pour René, 
et que le seigneur de Croy, dont les services peu désintéressés n'avaient 
pas été inutiles au connétable lors du traité d'Arras, employa encore son 
crédit auprès de Philippe le Bon dans ces négociations (Coll. de Lorraine, 
t. 238, n»» 19, 23, 27, 28; D. Calmet, t. II, p. 79i, 800, et Lecoy de La Mar- 
che, Le roi René, I, p. 122-123, et II, p. 224-233; Monstrelet, V, 273). Quant 
au traité relatif à la mise en liberté de Rob. de Sarrebrûck, il fut conclu 
à Vaucouleurs, le 28 mars, pendant que René était dans l'Anjou (voy. Du- 
mont, Uist. de Commerctj, t. I, p. 232-233, et aussi plusieurs copies de ce 
traité dans le t. 292 de la coll. de Lorraine, f»' 40-46). 

1. La Hire, qui était bailli de Vermandois, lui faisait la guerre et lui 
avait pris la ville de Soissons. Il fut convenu que les hostilités cesseraient 
de part et d'autre et que J. de Luxembourg aurait délai jusqu'à la Saint- 
Jean-Baptiste pour faire serment au roi (Monstrelet, V, 273-274). Il resta 
néanmoins attaché aux Anglais {liist. de Bourg., IV, 239). 

2, Il était avec le chancelier, à Gompiègne, le 15 février (D. Grenier, 
XX bis, f» 18), et à Paris quelques jours après (LL 217, f» 278, à la date 
du mardi 19 février). 

. 3. Le Bourg, de Paris, p. 330-331, nomme ici J. de Lunay(ou de Lunel); 
J. Rousseau, J. Leclerc, Mille de Saulx. Cagny dit que Jacques de Lunel 
avait été secrétaire de Henri VI; que ces traîtres faisaient partie du Con- 
seil du roi à Paris; qu'ils révélaient ce qui s'y passait; qu'ils empêchèrent 
les Français de prendre Meaux et Vernon, où ils avaient des intelligences; 
enfin qu'ils voulaient aussi livrer le pont de Charenton aux Anglais (P. de 
Cagny, ap. Duchesne, 48, f» 104 v). Pierre de Rostrenen occupait alors le 
pont de Charenton (voy. Preuves de l'hist. de Bret., II, col. 1298). 



TRAÎTRES EXÉCUTÉS A PARIS (1437) 267 

cette place importante, qui fut mal défendue par Villiers de L'Isle- 
Adam ^ 

Ce fut un grand malheur pour Paris. L'hiver était rigoureux; 
la persistance du froid, la cherté des vivres ^ aggravaient la mi- 
sère du peuple, et Pontoise regorgeait de blé, tandis qu'on en 
manquait à Paris ^. Avec les Anglais dans le voisinage, les appro- 
visionnements devinrent encore plus difficiles, A peine étaient-ils 
maîtres de Pontoise qu'ils essayèrent aussi de surprendre Paris. 
La veille du premier dimanche de carême *, vers minuit, ils ar- 
rivèrent devant la ville. Gomme les fossés étaient gelés, ilspurent 
s'approcher des murailles et les escalader; mais on faisait bonne 
garde, et ils furent repoussés ^. 

Quelques jours après, Richement rentrait à Paris, avec le chan- 
celier de France (mardi 19 février) ''.Alarmé du danger que la ville 
avait couru et qui la menaçait encore, il prit des mesures éner- 
giques. Il institua prévôt de Paris (23 février) Ambroise deLoré '', 
ce vaillant capitaine, dont la vigilance et le dévouement n'étaient 
jamais en défaut; il poursuivit les traîtres qui servaient si bien 
l'Angleterre ; il les fit condamner et décapiter à Paris *. L'un d'eux, 
Mille de Saulx ^, fortifiait alors Beauvoir-en-Brie *°. Richemont 
envoya J. de Malestroit, avec le commandeur de Giresme et Denis 
de Ghailly, attaquer cette place *'. Après un assaut qui dura 
toute une journée, la garnison capitula, en livrant plusieurs 
otages, entre autres Mille de Saulx. Amené à Paris, il fut exécuté 
comme ses complices (le 10 avril) *^ 

1. La prise de Pontoise eut lieu dans la nuit du 12 février (J. Chartier, 
I, 233; Cagny, f» 104 ; Berry, 394; JJ 176, f» 54 v»; le Bourg, de Paris, 329). 
Villiers de L'Isle-Adam fut tué, la môme année, à Bruges, dans une sédi- 
tion. Voir aussi Fr. 26062, n<" 3164, 3166, 3185, 3188-89. Fauquemberge fut 
nommé capitaine de Pontoise, Fr. 26063, n» 3284. Talbot et Fauquemberge» 
avant de surprendre Pontoise, avaient déjà pris Ivry, à la fin de janvier 
(Fr. 26062, n» 2164J. Au mois de février, ils menacèrent aussi Beauvais 
(C.-L. Doyen, Hist. de Beauvais, p. 88-89). 

2. La famine se faisait sentir également en Bourgogne (JJ 176, f" 211 v»). 

3. On interdit alors de faire du pain blanc à Paris, par une ordonnance 
du 16 février (le Bourg, de Paris, 329). 

4. C'est-à-dire dans la nuit du 16 au 17 février. 

5. Le Bourg, de Paris, 329-330. 

6. LL 217, f» 278. 

7. Y* f» 4 v». Le roi lui donna l'hôtel de la Grange aux Merciers (près de 
la porte Saint-Antoine), qui appartenait au chancelier L. de Luxembourg 
(Arch. du min. des a£f. étr., t. 20, f»' 121, 128 v, 129). 

8. Le 26 mars, d'après le Bourg, de Paris, p. 330 et331.Monstrelet, V, 279. 

9. Clairamb., 102, f- 7911. 

10. Beauvoir, canton de Mormant, arrondissement de Melun. 

11. Preuves de Vhist. de Bretagne, II, col. 1268. — Nicolas de Giresme était 
chevalier de Rhodes (Pièces orig., 1333, dossier 30174, n"» 25, 33 et suiv.), 

12. Gruel, 210. Vallet de V., II, 399-400, avec la date inexacte de 1438. Vers 



268 LES ANGLAIS MEISACENT PARIS (1437) 

Cependant les Anglais continuaient leurs entreprises sur les pla- 
ces des environs de Paris, notamment sur Senlis Mis s'emparèrent 
de Clievreuse,du château d'Orville %d'où ils pouvaient surveiller 
les chemins conduisant vers la Brie, la Picardie et la Flandre. 
Ils désolaient tous les environs de Paris, interceptaient les com- 
munications, empêchaient les travaux des champs. 

Talbot enleva rapidement plusieurs places, telles que Amble- 
ville ^ Genainville *, Mézières^ Villarceaulx ^, Chars', Vigny *, 
Viarmes **, Luzarches *'*, pour assurer les communications entre 
Pontoise et la Normandie parle Vexin, car les Français tenaientles 
villes de la Seine au nord de Paris, comme Saint-Germain, Poissy, 
Meulan. Le duc d'York avait prêté au roi l'argent nécessaire à 
cette campagne, et, sous son habile direction, les Anglais faisaient 
des progrès incessants *'. 

Le connétable dut renforcer les garnisons des places voisines 
de la capitale, notamment celle de Saint-Denis, où il mit ïugdual 
de Kermoysan ", et, pendant que les Français inquiétaient l'en- 
nemi dans la Normandie vers Château-Guyon ", pont de l'Arche**, 
Caen, Bayeux *% il entreprit lui-même une expédition, pour en- 
lever aux Anglais les villes qu'ils occupaient encore entre Paris 
et la Loire. Il commença par attaquer Malesherbes ^^ La garnison, 
repoussée dans une sortie, perdit tout espoir, en voyant arriver 

cette même époque, au mois de mars, Richement apaisa un différend sou- 
levé par une contestation entre un écolier et un laïque, qui ne voulait 
pas se soumettre à la juridiction de l'Université (voy. du Boulai, t. V, 
p. 440-441). 

1. V. D. Grenier, t. XX bis, î' 18 v°. Ce passage prouve que, quand le 
connétable était absent de Paris, la duchesse de Guyenne le secondait 
autant que possible. 

2. Le château d'Orville, près de Louvres, c. de Luzarches, arrondissement 
de Pontoise. Selon Gruel, ce fut Guill. de Ghambrelan, avec des troupes de 
la garnison de Meaux, qui prit Orville, grâce à la trahison du Galois d'Aul- 
nay.'Gruel, 210. J. Chartier, I, 233. Le Bourg, de Paris, 332, 337 et note 2. 

3. Canton de Magny-en-Vexin, arrondissement de Mantes. 

4. Id. 

î). Arrondissement de Mantes. 
6. Id. 

I. Arrondissement de Pontoise. 
S.Id. 

9. Id. 

10. Id. 

II. Fr. 26062, n"' 3164, 3185, 3188, 3189. Fr. 26063, n» 3202. 

12. Le Bourg, de Paris, p. 332 et note 4. Preuves de l'hisl. de Bret., IL 
coL 1268. 

13. Arrondissement de Mantes. 

14. Arrondissement de Louviers. 

15. Fr. 26062, n- 3103, 3116, 3122, 3123, 3147, 3157. 

16. Arrondissement de Pithiviers. 



RICHEMONT PREND MALESHERBES (1437) 269 

des renforts amenés par le sire de La Suze. Elle capitula, et Ri- 
chemont revint aussitôt à Paris, pour apaiser encore une fois 
les continuels désordres des gens de guerre * (mai). 

Les garnisons de Saint-Denis, de Vincennes, de Lagny, mécon- 
tentes de ne point recevoir leur solde, pillaient les campagnes, 
rançonnaient les paysans aussi cruellement que le pouvaient 
faire les Anglais eux-mêmes * et menaçaient d'abandonner ces 
places, si l'on ne leur accordait prompte satisfaction. Telle était 
la détresse financière que Richemout dut s'adresser au Parlement, 
pour obtenir qu'une somme assez considérable, mise en dépôt 
chez un changeur, par ordonnance de cette cour, fût affectée au 
payement des gens de guerre '. 

Au milieu de ces entraves, le connétable marchait néanmoins 
vers son but avec une persévérance que rien ne décourageait. Il 
attendait impatiemment le retour du roi *, avec l'espoir de le 
déterminer enfin à prendre part aux opérations militaires. Cette 
fois, il fut favorisé par les circonstances. Au mois de juin, 
Charles Yll revint du Midi, avec des troupes nombreuses, ame- 
nées par le comte de Pardiac, un ami du connétable ®. Le roi 
était fort irrité contre Rodrigo de Villandrando, qui, pendant son 
absence, avait osé pénétrer dans le Berry et jusque dans la Tou- 
raine, avec son beau-frère, le bâtard de Bourbon ", terrifier les 
populations par ses ravages et jeter l'alarme jusque dans les 
, résidences royales où se trouvaient la reine et la dauphine '' . 

1. Gruel, 210. Au siège de Malesherbes, l'artillerie était commandée par 
Tristan l'Hermite, « prévôt des maréchaux sur le fait de l'artillerie, à quoi 
il avait été commis par le comte de Richement » (Fr. 20684, f» 662 v»; 
Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1268). Il signe ordinairement Tristan 
(Clairamb., 64, f» 4973). 

2. Le Bourg, de Paris, p. 333. 

3. X'a 1482, fo' 20, 21, aux 10, 14, 17 mai. D'autres côtés encore, le conné- 
table recevait des plaintes contre les gens de guerre (C.-L. Doyen, Hist. 
de Beauvais, 88-89). 

4. Il avait envoyé le sire de Rostrenen auprès de Charles VII, à Montpel- 
lier, « pour lui parler des affaires de la guerre » {Preuves de Ihist. de Bre- 
tagne, II, col. 1268). 

5. Cagny, f» 107. Voir aussi Fr. 6963 (Legrand, VI), f» 23. 

6. Rodrigo avait épousé Marguerite, bâtarde de Bourbon, fille de Jean I<"", 
duc de Bourbon (Anselme, I, 304). 

7. Ils s'avancèrent jusqu'à Ghâtillon-sur-Indre, à huit lieues de Loches. 
La reine et la dauphine durent écrire deux fois à Rodrigo, pour le déter- 
miner à s'éloigner. (Voy. ce curieux épisode dans J. Quicherat, Rod. de 
Villandrando, p. 135-142; voy. aussi Berry, ap. Godefroy, p. 394-93, et 
Cagny, f" 103.) Faut-il voir dans cette course de Rodrigo une preuve d'une 
conspiration qui aurait été ébauchée, en l'absence de Charles VII, par le 
roi de Sicile avec les ducs de Bourbon, d'Alençon et de Bretagne? Vallet 
de V., 11, p. 379-81, M. de Beaucourt, flevue des quest. hist., 1872, p. 98, J. 
Quicherat, p. 139-141, croient à une conspiration, mais sans en fournir la 



270 LE ROI PREND PART A LA GUERRE (1437) 

Cette course aud acieuse avait excité partout une indignation que 
le roi partageait. Sa colère éclata quand il apprit que ses fourriers 
avaient été eux-mêmes dévalisés et maltraitéspar les routiers, près 
de la ville d'Hérisson ^, où ils allaient préparer ses logements. 

Il fît marcher ses troupes contre Rodrigo, qui chercha un 
refuge, avec sa compagnie, au delà de la Saône, dans les do- 
maines de son beau-frère, le duc de Bourbon, et qui fut ensuite 
banni du royaume. Cet acte de vigueur tira Charles VII de son 
apathie. Il se trouvait à la tête d'une véritable armée, dont l'ef- 
fectif pouvait facilement s'accroître ; il était sollicité par les ha- 
bitants de Paris, et vraisemblablement aussi par ceux d'autres 
villes, par le connétable, par le duc de Bourgogne, qui l'exhor- 
taient à combattre les Anglais au sud, pendant qu'il les combat- 
trait lui-même au nord ^. Richemont fit enfin décider le siège de 
Montereau, opération des plus urgentes, et le roi promit d'y 
prendre part. En attendant qu'on eût réuni des forces plus con- 
sidérables, on résolut d'enlever quelques autres places, tant 
pour isoler Montereau des secours qui pourraient lui venir de 
Pontoise, de Meaux^ de Montargis, que pour établir des commu- 
nications plus sûres avec les villes de la Loire. Le roi devait 
opérer la concentration de ses troupes à Gien et se diriger de là 
sur Montereau ^ 

preuve. Les'passages de Gagny et de Berry qu'ils allèguent ne sont pas 
probants. La réunion des princes à Angers ne peut-elle s'expliquer naturel- 
lement par le mariage de Jean de Galabre, fils de René d'Anjou, avec Marie 
de Bourbon? On ne voit pas pourquoi René aurait voulu enlever le pou- 
voir à son frère Charles d'Anjou, qui n'avait rien fait, à ce qu'il semble, 
pour lui déplaire. Était-ce dans le but de le remplacer auprès du roi par le 
iluc de Bourbon? Celui-ci est peut-être jaloux de Ch. d'Anjou; mais est-ce un 
motif suffisant pour expliquer cette prétendue conspiration? Les pourpar- 
lers avec le duc de Bretagne ne prouvent rien non plus. Gh. d'Anjou 
n'avait-il pas fait alliance avec lui l'année précédente? Le duc de Bourbon, 
qui semble être alors un esprit chagrin, mécontent, voulait peut-être sup- 
planter Ch. d'Anjou; mais quel intérêt pouvait avoir à cela René, qui avait 
hâte d'ailleurs de passer en Italie? La conduite équivoque du duc de Bour- 
bon, les ravages de son beau-frère Rodrigo suffisent à expliquer la colère 
du roi; mais il est difficile de croire à une conjuration. Lecoy de La M. 
combat cette hypothèse (t. I, 130-132). Les ducs de Bourbon, d'Anjou et 
de Bretagne voulaient obtenir la délivrance du duc d'Orléans et du comte 
d'Angoulême, et amener des négociations pour la paix avec l'Angleterre. 
Ils se réunirent certainement dans ce but. (Voy. Proceedings, V, f"» 7-9, 
20-22, 44, 51, 52-53; K 534, n» 19). 

1. Arrondissement de Montluçon. 

2. Les villes faisaient au roi des offres d'argent, de vivres, de troupes 
pour la guerre (Cagny, f» 106; voir aussi Rod. de Villandrando, p. 14-3; 
Gruel, 210; LL 217, f» 283; lUst. de Bourg., IV, 231). 

3. Le roi vint à Montereau par Gien, Gharny, Joigny, Sens et Bray. Le 
1«" août, il était à Gien (Fr. 20418, n" 3). 



RICHEMONT PREND NEMOURS (1437, AOUT) 271 

Le connétable, avec le comte de la Marche, le comte de Par- 
diac et le sire d'Albret, fit d'abord une course devant Montereau, 
pour examiner l'état de la place, puis il alla prendre Charny * , 
Château-Landon *, qui fut enlevé d'assaut en présence du 
Dauphin, et Nemours ^, qui capitula (juillet-août) ^. 

Le succès de cette courte campagne remplit le roi d'espoir et d'ar- 
deur. « Le très bon couraige qu'il avoit et la grant volonté de re- 
couvrer son royaume lui creut de plus de la moitié ^ » Il se rendit 
à Sens ^ (août), d'oii il activa les préparatifs du siège de Monte- 
reau, écrivant aux bonnes villes, pour leur demander des armes, 
des' vivres, de l'argent, des hommes, pendant que Richemont al- 
lait à Paris chercher les mêmes secours. Il fut obligé de mettre à 
une rude épreuve le patriotisme des Parisiens en leur imposant 
les charges les plus accablantes '^. Il excita ainsi un vif méconten- 
tement, et perdit bientôt la popularité dont il avait joui après 
la réduction de la capitale; mais ces mesures étaient nécessaires. 

Il était à Paris, quand il apprit la mort de sa mère, Jeanne de 
Navarre *, qu'il n'avait sans doute jamais revue depuis son re- 
tour d'Angleterre, c'est-à-dire depuis quinze ans. La veuve de 
Jean IV et de Henri V était morte le 9 juillet 1437, à son châ- 
teau de Hawering-at-Bower ^. Depuis l'avènement de Henri VI, 



1. Charny, arrondissement de Joigny. D'après Monstrelet (V, 292), Charny 
fut prise par le bailli de Bourges, Gaston de Logus, qui mourut peu après, 
d'une chute de cheval, et fut remplacé par Saintrailles, comme bailli de 
Bourges. 

2. Arrondissement de Fontainebleau. 

3. Id. 

4. Ce furent les premières armes du Dauphin. Il fit pendre tous les An- 
glais et couper la tête à tous les Français qui étaient dans la place, pour 
montrer « le bon couraige qu'il avoit à destruire les anciens ennemis de 
la France » (Cagny, f<" 105 v», 106; Berry, p. 395; J. Chartier, I, 236-237; 
Chronique Martinienne, f» cclxxxi v»; Monstrelet, V, p. 291-92). La prise de 
Nemours, Chàteau-Landon, Charny est mentionnée dans des chartes royales 
(Fr. 25710, n- 114 et 116, et Fr. 22296, n» 3). 

5. Cagny, M 06. 

6. Le 19 août, Charles VII écrivait de Sens aux habitants d'Amiens (D. 
Grenier, 96, f» 41; Berry, 355). Avant le 1" septembre, les Parisiens octroient 
au roi une aide de 36 000 1. t. pour le siège de Montereau (Z'b 60, f" 29). 

1. La ville de Paris fut lourdement imposée, à plusieurs reprises, en 
août et en septembre. Le Bourgeois de Paris en est exaspéré (vov. LL 
217, f- 333-334; Zib 60, f» 29; Gruel, 210; le Bourg, de Paris, p. 333, 334 et 
notes). D'autres villes, moins éprouvées peut-être, comme Troyes, don- 
nèrent plus qu'on ne leur demandait (voy. Boutiot, Dépenses faites par la 
ville de Troyes pour le siège de Montereau, Troyes, 1855, in-8», simple pièce). 
Paris fournit, aussi comme les autres villes, « des habillements de guerre » 
(voy. K 950, n» 32 •• >>). 

8. Gruel, 210-211. 

9. Dans le comté d'Essex. Henri VI lui fit faire de magnifiques funé- 



272 RICHEMOINT PERD SA MÈRE (1437, 9 JUILLET) 

elle avait retrouvé une certaine faveur à la cour d'Angleterre; 
elle y avait fait venir son petit-fils, Gilles de Bretagne, et elle 
avait ainsi contribué à maintenir son fils aîné, le duc Jean V, 
dans l'alliance anglaise, tandis que son second fils, Artur, con- 
tinuait de servir la France. 

A ce moment même, Richemont poussait Charles Vil à la 
guerre, pendant que son frère Jean V, d'accord avec le roi de 
Sicile , le duc de Bourbon et le bâtard d'Orléans, s'efforçait 
d'amener le gouvernement anglais à des négociations ^ Le duc 
d'Orléans, qui aspirait toujours à sortir de captivité, devait être 
envoyé sur le continent, pour travailler tout à la fois à sa 
propre délivrance et à la paix ^. La guerre coûtait cher, et 
Henri YI manquait d'argent ^. 

Autre embarras et non moins grave. Le duc d'York, qui déjà 
peut-être méditait d'ambitieux projets, demandait à revenir en 
Angleterre, d'où Glocester le voulait tenir éloigné. Le remplacer 
n'était pas chose facile. Il avait pourtant fallu céder àses instances, 
et, dès le mois d'avril, le comte de Warwick * avait été désigné 
pour lui succéder; mais il ne put venir en France qu'au mois de 
novembre^. C'étaient sans doute ces difficultés qui empêchaient 
Henri VI de repousser les demandes du duc d'Orléans. Pour 
Charles VII, n'était-ce pas une raison de continuer la guerre ^? 

Pour subvenir aux dépenses qu'elle entraînait, le connétable "^ 
avait réuni à Bray-sur-Seine ^ une assemblée des trois Etats des 
pays situés au nord de la Loire. Si l'on en juge par l'exemple que 

railles. Elle fut inhumée le 11 août, dans la cathédrale de Cantorbéry, près 
du tombeau de Henri IV, son époux (A. Strickland, p. 109-1 13 ; J. Stevenson, 
t. II, 2e partie, p. 761; Proceedings, t. V, p. 36), Le 16 mai 1437, Jeanne de 
Navarre, duchesse de Bretagne, reine d'Angleterre, dame d'Irlande, avait 
donné à Berard de Montferrant 1 000 écus, à prendre sur les 2 230 que lui 
devait le duc de Bretagne (Archives de la Loire-Inférieure, cass. 59, E, 152). 

1. Moreau, 706 (Bréquigny, 82), f"* 4-7, 9-14, 17. Après son échec devant 
Calais, le duc de Bourgogne fut aussi engagé à négocier en vue de la paix 
générale (Fr. 1278, f»» 34-40).' 

2. Il semble qu'il y avait alors en France le parti de la paix (René d'Anjou, 
le duc de Bourbon) et le parti de la guerre (Richemont, les comtes de La 
Marche et de Pardiac, le sire d'Albret, etc.) [Proceedings, V, 44, 31, 07, 86]. 

3. Il était obligé d'en emprunter à ses ofiiciers, au clergé, aux seigneurs, 
au riche cardinal Beaufort [Proceedings, t. V, p. 13, 14, 16). 

4. Richard Beauchamp, comte de Warwick. 

3. Fr. 26063, n» 3332. Au mois de septembre, le duc d'York était encore 
à Rouen. Voy. Append. LXVII. 

6. J. Stevenson, t.. II, Préface, p. lvi. Proceedings, V, xiv, xv, 7, 16, 36. 
Rymer, V, 2e partie, 38, 42. 

7. On voit dans le document publié par Boutiot (voir ci-dessus, p. 271,, 
note 7) qu'un aide fut octroyé au roi en la personne du connétable. 

8. Arrondissement de Provins. 



SIÈGE DE MONTEREAU (1437, SEPT.) 273 

donna la ville de Troyes, les populations répondirent à cet appel 
avec un patriotique enthousiasme ^ 

Vers la fin d'août, on fut en mesure de commencer le siège de 
Montereau *. On construisit sur la rive droite de la Seine, vers la 
Brie, près du château qui dominait la ville, une forte bastille, où 
s'établirent Gaucourt, Goëtivy, Saintrailles ^, Boussac, Denis de 
Ghailly, le commandenr de Giresme. Le roi, laissant le Dauphin 
à Bray, vint loger dans un prieuré voisin de la bastille. Il avait 
amené 6 à 7 000 hommes, « gens de bonne estoffe et très bien 
habillés '', » avec Charles d'Anjou, les sires d'Albret,d'Harcourt, 
de Chaumont, de La Varenne, Le connétable, avec les comtes de 
La Marche et de Pardiac, le bâtard d'Orléans, Jacques de Gha- 
bannes, prit position dans un pré, du côté de la ville, vers le 
Gâtinais. D'autres troupes, avec le bailli de Vitry (Hincelin de La 
Tour), Gharles de Culant, le bâtard de Beaumanoir, occupèrent 
la pointe de la presqu'île comprise entre l'Yonne et la Seine; de' 
sorte que la ville fut investie de tous côtés. La garnison n'était 
pas assez nombreuse ^ pour repousser à elle seule Farinée de 
Gharles VII ; mais, pourvue d'une bonne artillerie, elle pouvait 
tenir longtemps et attendre les secours sur lesquels elle comp- 
tait «. 

Dans la nuit même qui suivit son arrivée, le connétable fît 
creuser un fossé large et très long, établir des gabions et com- 
mencer les travaux d'approche. Il fallut jeter un pont sur l'Yonne 
et un autre sur la Seine, détourner les eaux de l'Yonne, qui 
remplissaient les fossés, ouvrir des tranchées, percer des galeries 
couvertes, mettre des canons en batterie. Tous ces travaux 
furent dirigés avec une habileté remarquable par Jean Bureau 
et par Le Bourgeois, capitaine de Janville, qui servait depuis 
longtemps sous le connétable. Le roi montrait une grande ar- 
deur '. Jour et nuit, il parcourait le camp, examinait tout par 



l.Châlons-sur-Marne et Reims contribuèrent aussi aux dépenses decesiège 
(Ed. de Barthélémy, Hist. de Châlons, p. 65, 66, 185; Mémoires de J. Ro- 
gier, prévôt de l'échevinage de Reims, Reims, 1875, in-8°, chez Giret; Varin, 
Arch. législ. de la ville de Reims, 1. 1 des Statuts, p. 632, notes, 2« colonne). 
On envoyait non seulement des armes, des munitions, des vivres, de l'ar- 
tillerie, mais encore des volontaires. D'après VHist. de Bourgogne, IV, 232, le 
duc de Bourgogne donna 12 000 1. 1. Voyez aussi Tuetey.Les ÉcQ}'cheurs,l,i4t. 

2. Arrondissement de Fontainebleau. 

3. Y* f« 19 V». 

4. Monstrelet, V, 294. Y* f» 21 v». 

5. 3 à 400 combattants, d'après Monstrelet, V, 294. 

6. Le duc d'York se disposait à en envoyer. Voy. Append. LXVII. 

7. tt Et luy-mesme, de sa personne, y prist moult de travail » (Mons- 
trelet, V, 294). 

BlCHEMONT. 18 



274 SIÈGE DE MOiNTEREAU (1437, SEPT.-OCT.) 

lui-même, s'exposant plus qu'il ne convenait. Quand l'artillerie 
eut fait des brèches dans les murs, on tenta un premier assaut. 
Les eaux étaient encore trop profondes, et il fallut se retirer. 

Un second assaut fut donné le jeudi 10 octobre, au matin. Le 
connétable avait fait construire un bateau pour traverser le 
fossé. Dans leur ardeur, les Bretons s'y précipitèrent tous à la 
fois ; le bateau s'enfonça, et beaucoup furent noyés ; mais les 
autres parvinrentnéanmoins jusqu'à la muraille et l'escaladèrent. 
A leur tête était Le Bourgeois, qui, le premier, atteignit le haut 
du rempart. Ace moment même, un boulet frappa le mur, en fai- 
sant voler des éclats de pierre. Le hardi capitaine fut précipité 
tout sanglant dans le fossé ; mais bientôt d'autres assaillants le 
suivirent et pénétrèrent de toutes parts dans la place. Le roi les 
animait de sa présence, de son exemple. Il s'élança vaillam- 
ment dans les fossés, ayant de l'eau jusqu'au-dessus de la cein- 
ture, et monta, l'un des premiers, à l'assaut *. Les Anglais qui ne 
furent pas tués ou pris se réfugièrent dans le château. La ville 
resta au pouvoir de Charles VII. 

Il fallut ensuite assiéger le château, qui était très fort et bien 
muni de tout. Le capitaine anglais, Thomas Guérard %se défendit 
encore plus de dix jours ; puis, comme il perdait l'espoir d'être 
secouru, il proposa de capituler, à des conditions honorables. Le 
duc d'York songeait bien à envoyer des secours; mais il avait 
employé une grande partie de ses forces, avec ses meilleurs 
lieutenants, Th. de Scales, Fauquemberge, Talbot, aux sièges du' 
château de Baudemont-en-Vexin et de Tancarville, pendant que, 
sur d'autres points, dans la Haute et la Basse-Normandie, de- 
puis Arques jusqu'à Vire, il avait à faire face aux Français ' ; enfin 



1. D'après la relation qu'on trouve dans le registre X'a 1482 (f°* 37 v, 38) 
et que confirment quelques mots de J. Jouvenel des Ursins (Fr. 5022, 
f" 19 vo). Le 10 octobre, on fait à Paris une procession générale, pour que le 
roi obtienne la victoire devant Montereau (LL 217, f" 338). Le même jour, 
Charles "VII rend une ordonnance en faveur des archers de Paris (Y* 
fo 21 v). Le 21 octobre, on décide qu'il y aura une autre procession à Paris, 
à cause de la nouvelle de la prise de Montereau (LL 217, à la date; voir 
aussi à la date du 27 septembre). 

2. Il fut ensuite capitaine de Pontoise. 

3. Voy. Append. LXVII. Les sièges- de Baudemont (à 2 lieues de Saint- 
Clair-sur-Epte, arrondissement des Andelys) et de Tancarville (arrondisse- 
ment du Havre) occupèrent beaucoup les Anglais. Les documents abondent : 
Fr. 25770, n»» 623 et 626; Fr. 23773, n»s 1202-1205 ;Fr. 23774, n»» 1213-1273; 
Fr. 26062, n- 3190; Fr. 26063, n»» 3192, 3202, 3215, 3217, 3220, 3229, 3240, 
3242, 3255-39, 3262-3296 (surtout 3295 et 3296), 3306-3315, 3327-29, 3331, 
3342, 3346. Baudemont et Tancarville furent pris par les Anglais (Fr. 26063, 
n"' 3329 et 3346), et le château de Baudemont fut détruit, comme beaucoup 
d'autres forteresses (n* ci-dessus, 3346, et Fr. 26062, n° 3163). Après la 



CAPITULATION DE MONTEREAU (1437, 22 OCT.) 275 

il redoutait une attaque du duc de Bourgogne sur Calais, Guines * 
ou Le Crotoy ^. Bien qu'il eût reçu des renforts d'Angleterre, 
il ne put donc envoyer aux assiégés de Montereau les secours 
qui leur étaient indispensables. Le roi ne voulait pas recevoir 
les Anglais à composition; il préférait emporter le château de 
vive force. On lui remontra que, en terminant tout de suite le siège 
par une capitulation, on aurait peut-être le temps de secourir 
Tancarville. Cette considération le détermina. La garnison an- 
glaise obtint de quitter le château, vie et biens saufs (22 octo- 
bre). Ainsi fut menée à bonne fin la plus grande opération qui 
eût été entreprise depuis la mort de Jeanne d'Arc ^. 

Ce succès, qui récompensait les efforts communs de la nation 
et du roi, montrait bien que la France, même épuisée, était 
encore assez forte pour vaincre ; il encouragea le connétable à 
poursuivre l'exécution du plan dont il ne devait pas se départir. 
Des messagers portèrent aussitôt dans toutes les villes la nou- 
velle de la prise de Montereau, en ajoutant que le roi avait l'in- 
tention d'aller mettre en son obéissance Meaux, Pontoise et 
Creil, pour rétablir partout la justice et la prospérité *. Des 
troupes furent dirigées sur Tancarville, mais trop tard pour 
sauver cette place ^. D'ailleurs la saison était avancée; l'argent 
manquait; il fallut renvoyer une partie des troupes. Le roi 



prise de Tancarville, il fallut envoyer Talbot au secours du Crotoy (Fr. 
26063, n" 3342, 3351, et Fr. 26064, n» 3413; Fr. 25774, n*» 1277, 1278j. — 
Willoughby avait amené des troupes d'Angleterre (Fr. 25774, n" 1274, 
1275). Les Flamands échouèrent au siège du Crotoy (Monstrelet, V, 308-316; 
Hist. de Bourg., IV, 231-32; D. Grenier, 96, f» 41; Proceedings, V, 73, 76, 
79, 80). 

1. Arrondissement de Boulogne. 

2. Id. 

3. Sur le siège de Montereau, voir aussi Cagny, f"* 106 v», 107; Berry, 
p. 395-96; Monstrelet, V, p. 294; Gruel, 210-211; le Bourg, de Paris, 334. 
J. Chartier donne peu de détails. Ordonnances rendues par le roi devant 
Montereau : Y* f<>s 19 v% 21 v, et Xi» 8605, fs 46, 48, 50; LL 217, fos 335^ 
338, 343. Charles VII aimait à rappeler les succès de cette année (Fr. 22296 
no 3; Fr. 25710, n'^ 114, 116; Martial d'Auvergne, I,-154; Chron. Marti- 
nienne, f» cclxxxi V). 

4. D. Grenier, 96, î» 42. Fr. 25710, no 114. 

5. Le duc d'York avertit Talbot que les Français veulent faire une entre- 
prise sur le siège de Tancarville (Fr. 26063, n» 3328). Après la prise de 
Montereau, les Français voulurent aussi faire une entreprise sur Pontoise 
Mantes et La Roche-Guyon (Fr. 26063, n» 3318). D'après Berry (p, 396-97),' 
les Anglais assiégeaient, en même temps que Tancarville, Beauchâtel et 
Malleville (arrondissement d'Yvetot), dont Rob. de Floques était capitaine. 
Il vint lui-même demander au roi des secours pendant le siège de Monte- 
reau ; mais ses gens capitulèrent avant son retour, bien qu'ils eussent 
promis de tenir. — Sur Tancarville, voir Fr. 26063, n" 3388, et Fr. 26064 



276 CHARLES VII VIENT A PARIS (1437, NOV.) 

promit alors au connétable de se rendre à Paris, et, quittant Mon- 
tereau, dont la garde fut confiée au bâtard d'Orléans, il se diri- 
gea, par Melun, Corbeil et Saint-Denis, vers sa capitale K 

Richemont l'y avait précédé, afin de préparer tout pour le re- 
cevoir. Ce fut le mardi 12 novembre 1437 ^ que Charles VII fit 
son entrée solennelle dans Paris, après une absence qui avait 
duré plus de dix-neuf ans ^. Le prévôt des maixhands, les éche- 
vins et les bourgeois, avec les arbalétriers et les archers de Paris, 
allèrent au-devant de lui jusqu'à La Chapelle. Le prévôt lui 
ayant présenté les clefs de la ville, le roi les remit au conné- 
table, puis il entra par la porte Saint-Denis, suivi d'un cortège 
de magistrats, de seigneurs, de capitaines, dont les armures res- 
plendissaient d'argent, d'or et de pierreries. 

La population, oubliant ses souffrances, acclamait avec des 
cris joyeux son souverain légitime, qui reprenait enfin dans 
la capitale de la France la place usurpée trop longtemps par 
des princes étrangers. Le connétable, tenant à la main son 
bâton de commandement, chevauchait à droite du roi, qui 
avait à sa gauche le comte de Vendôme, son grand maître 
d'hôtel. 

Derrière eux venait le dauphin Louis, avec Ch. d'Anjou à sa 
droite et le comte de La Marche à sa gauche. Le bâtard d'Or- 
léans, « tout couvert d'orfèvrerie, lui et son cheval *, » condui- 
sait un corps d'environ mille lances, « fleur de gens d'armes » &, 
qui formaient l'élite de l'armée. Le clergé, tant régulier que sé- 
culier, alla en procession au-devant du roi jusqu'à Saint-Lazare, 
hors de la porte Saint-Denis. Le cortège se rendit d'abord à 
l'église Notre-Dame, selon la coutume. 

Il était environ quatre heures quand il arriva au parvis. Là, 
le roi mit pied à terre. Le clergé de la cathédrale, avec l'évêque, 
Jacques Chastelier, et le doyen, J. Tudert, s'avança jusqu'au gui- 
chet. Alors l'évêque s'adressant au roi : « Très chrestien roy, 
nostre souverain et droicturier seigneur, les saincts et très chres- 
tiens roys de France, vos prédécesseurs, qui tant ont honouré et 



nx^ 3448 et 3471; Clairamb., 187, f" 6981. Tout le pays aux environs de Tan- 
carville fut ruiné (Fr. 26064, n" 3477). 

1. Charles Vil était à Melun le 4 novembre (LL 217, à la date; Z^^ 60, fo 31 ; 
Fr. 26063, nos 3333, 3343). 

2. Journal parisien de J. Maupoïjit, publié par M. G. Fagniez dans les 
Mémoires de la Société de Vhist. de Paris, t. IV (1877), p. 24; X^» 22, au 
mercredi 13 novembre 1437. 

3. Il avait quitté Paris le 30 mai 1418. 

4. Monstrelet, V, 305. 

5. Monstrelet, V. 305. 



ENTRÉE SOLENNELLE DE CHARLES VII A PARIS (1437, 12 NOV.) 277 

amé Dieu et l'Eglise, si ont accoustumé que, après leur unction 
et sacre, en leur premier joyeulx advènement en cesle vostre 
cité, ils viengnent, premier, à l'église, et, devant qu'ilz entrent en 
la dicte église, ilz doivent faire, premier, le serement à l'église, 
et ainsi le debvez faire, en ensuivant les sainctes voyes, et bons 
propos de vos prédécesseurs ^ » Après avoir écouté la formule la- 
tine du serment, le roi, appelant auprès de lui le Dauphin et 
touchant les saints évangiles, que lui présentait l'évêque, répon- 
<lit : « Ainsi comme mes prédécesseurs l'ont juré, je le jure. » 
Ensuite, il baisa dévotement les évangiles et la croix. Alors les 
grandes portes de l'église, jusque-là fermées, s'ouvrirent. Le 
roi, avec tout son cortège, entra dans la cathédrale, au chant des 
orgues, au son des cloches, pendant qu'une multitude innom- 
brable criait : Noël! Noël! et que le Te Deum retentissait sous les 
hautes voûtes. Après cette cérémonie , le roi fut conduit à son 
palais, au milieu des mêmes acclamations ^. Le connétable pou- 
vait, entre tous, se réjouir de cette entrée triomphale, à laquelle, 
plus que personne, il avait contribué. 

Le séjour de Charles VII à Paris ne dura que trois semaines 
(12 novembre-3 décembre). Il revit alors sa belle-sœur, la du- 
chesse de Guyenne, comtesse de Richemont, qui avait été, comme 
son mari, longtemps éloignée de la cour. Il lui restitua la ville 
et chàtellenie de Gien, que Charles VI lui avait donnée, avec 
Dun-le-Roi, Montargis et Fontenay-le-Comte , quand elle avait 
épousé le dauphin Louis, duc de Guyenne. En outre, comme 
elle n'avait pas joui des seigneuries de Montargis et de Dun-le- 
Roi, elle reçut, en compensation, celle de Sainte-Menehould, en 
Champagne ^ (27 novembre 1437). Le roi scella ainsi sa récon- 
ciliation avec sa belle-sœur et récompensa les services de son 
mari, après sa longue disgrâce. Quant aux Parisiens, qui avaient 
fait à leur souverain « aussi grand feste comme on pourroit 
faire à Dieu *», ils reconnurent bientôt que sa présence ne pou- 
vait mettre fin, comme ils l'avaient espéré, à tous les maux 

1. LL 217, f<>360. 

2. Sur l'entrée du roi à Paris, voir surtout : LL 217, fos 345, 349, 360; KK 
404, fo92; parmi les chroniqueurs : Monstrelet, qui donne les plus longs 
détails, V, 301-307; Berry, 398-399; le Bourg, de Paris, 335-337; Le Baud, 
483. J. Chartier résume tout en cinq lignes. Sa chronique est généralement 
très insuffisante jusqu'à cette époque. 11 ne fut nommé chroniqueur royal 
que le 18 novembre 1437. Voir aussi D. Félibien, II, 828-829: Martial d'Au- 
vergne, I, 156-161. 

3. Voyez Append. LXVIII. On sait que Richemont avait occupé Sainte- 
Menehould en 1436. Voy. ci-dessus, p. 260 et note 5. Quant à Uun-le-Roi, 
Charles VII l'avait réuni à la couronne (Fr. 21302, au 28 mars 1430, a. st.). 

4. Le Bourg, de Paris, 335. 



278 LE ROI RETOURNE SUR LA LOIRE (1437, DEC.) 

dont ils souffraient. En restant à Paris, il aurait pu mieux as- 
surer la sécurité de cette ville, montrer la volonté bien arrêtée 
de délivrer entièrement l'Ile-de-France; mais la rigueur de la 
saison, la difficulté de payer les troupes étaient de réels empê- 
chements. D'ailleurs Charles VII conservait une prédilection 
constante pour ces villes de la Loire, qui étaient, depuis si long- 
temps, ses résidences habituelles. Il semblait qu'il aimât mieux 
rester le roi de Bourges que devenir le roi de Paris. Il quitta la 
capitale dès le 3 décembre * avec le Dauphin et alla passer une 
partie de l'hiver en Touraine *. 

L'année 1438 peut compter parmi les plus tristes de cette mal- 
heureuse époque. Le froid, la famine, une épidémie terrible, 
les gens de guerre, tous les fléaux à la fois, s'acharnaient sur la 
France. Nulle part ces maux ne se firent sentir plus cruellement 
qu'à Paris ^ Les Anglais qui occupaient les places voisines, no- 
tamment ceux de Pontoise et « les larrons de Ghevreuse * », pil- 
laient les environs, ravageaient les campagnes, empêchaient les 
arrivages et aggravaient ainsi la détresse. Le jour de l'Epiphanie, 
6 janvier, ils auraient même osé entrer dans la ville, au milieu 
du jour, par la porte Saint -Jacques, tuer un sergent à verge 
et emmener trois gardiens de la porte, avec plusieurs autres pau- 
vres gens et un grand butin ^. Beaucoup de malheureux n'avaient 
à manger que des navets ou des trognons de choux, « et toute 
nuit et tout jour crioient petits enfants et femmes et hommes : 



1. Le Boïirç. de Paris, 338. Ordonnances rendues à Paris : Y* fos 16, 28- 
29; K 950, no 28°. 

2. Cagny, fos 107-108. Voir des passages des Épîtres de Jean II Jouvenel 
des Ursins, cités par M. de Beaucourt, dans la Revue des questions histor. 
(livraison du l" juillet 1872). « Vous voulez, dit-il au roi, estre muché et 
caché en chasteaulx, meschans places et manières de petites chambrettes, 

sans vous monstrer et ouyr les plaintes de vostre peuple » (p. 114). 

« Hélas! Sire, pourquoy avertissez du milieu de vostre sang vostre main 
dextre, c'est assavoir de vostre ville de Paris, qui est le chief de vostre 
royaume? Quant vous y venez, il semble que vous en vouldriez estre 
hors » (p. 115, note 4). Et l'évêque de Beauvais rappelle encore à Char- 
les VII l'exemple de Charles le Sage, son aïeul (Fr. 5022, f» 15). 

3. Monstrelet, V, 319-320, 339-340. A Paris, beaucoup de maisons étaient 
inhabitées ou tombaient en ruines, à cause de la mortalité, des guerres, 
des impôts excessifs (Y* f» 29 v°). 

4. Le Bourg, de Paris, p. 338. Il n'est donc pas probable que Ghevreuse 
n'ait été pris que le 28 mai 1438 par les Anglais et les traîtres français de 
Dreux, avec Guill. du Broullat, comme le dit Cagny f" 109. Voy. ci-des- 
sous, p. 280, note 3. Au mois d'avril, des Anglais de la garnison de Pon- 
toise faillirent surprendre Lagny-sur-Marne (Fr. 25774, n" 1333). 

5. Le Bourg, de Paris, 338. Ce fait est peu vraisemblable. On n'en trouve 
nulle mention dans les registres du Parlement. C'est peut-être un de ce» 
bruits que la crédulité populaire accueille sans contrôle. 



FAMINE ET ÉPIDÉMIE. LA GUERRE LANGUIT (1438) 279 

Je meur ! Hélas ! las ! doux Dieux IJe meur de faim et de froid » * 1 
Vers le commencement de 1438, Richemont se rendit en Bre- 
tagne, où l'appelait Jean V, qui se croyait menacé par une 
conspiration, attribuée au maréchal de Raiz et à la maison de 
Laval *. Il emmenait un corps de troupes assez nombreux pour 
venir en aide à son frère, en cas de besoin, et il parvint à 
négocier un arrangement entre lui et le comte de Laval ^ Re- 
venu de Bretagne, il ne put obtenir que les opérations militaires 
fussent reprises avec vigueur. Elles subirent, au contraire, un 
ralentissement très marqué pendant toute cette année *. 

Les embarras financiers, l'antagonisme de Glocester et de son 
oncle, le cardinal, gênaient le gouvernement anglais; il se mon- 
trait même disposé à entrer en négociations avec Charles VII, 
sur les instances réitérées des ducs d'Orléans et de Bretagne. 
Enfin le duc d'York n'était plus en France. Son successeur, 
Richard Beauchamp, comte de Warwick ", n'avait ni son habileté 
ni son énergie; d'ailleurs la famine et les maladies conta- 
gieuses exerçaient partout leurs ravages, en Angleterre comme 
en France ^. Quant à Charles VII, sans montrer beaucoup d'em- 
pressement à négocier, dans le but de faire la paix, il n'en 
montrait pas davantage à s'occuper lui-même de la guerre ', 
comme il l'avait fait au siège de Monte reau. Au retour d'un 

1. Le Bourg, de Paris, 339. 

2. Le maréchal de Raiz avait vendu à Jean V une partie de ses biens, 
au grand mécontentement des Laval, ses parents (D. Morice, I, 527-528). 

3. D. Morice, t. I, 527-528, et Preuves, t. II, col. 1300 et suiv. D, Lobi- 
neau, t. I, 607. Un document atteste la présence d'Artur en Bretagne en 
février 1438; c'est une constitution d'apanage faite par le duc à ses fils 
puînés, Pierre et Gilles (Arch. de la Loire-Inférieure, cass. I, E, 2). Voir un 
autre arrangement du 5 août 1437 {Ibid.). Le 24 février, Charles VII ordonne 
à ses officiers de ne faire aucun tort ni violence à Richard, comte d'Etampes, 
dans ses terres du Poitou (Arch. de la Loire-Inf., cass. 34, E, 93, et cass. 
38, E, 105). 

4. La guerre ne se fit que dans la Normandie, surtout dans le pays de 
Caux, que les Anglais voulaient reprendre (Fr. 25774, no^ 1328 et 1346- 
1353; Fr. 26064, nos 3447, 3434, 3486, 3494, 3511, 3519, 3533, 3536, 3538; Fr. 
26065, nos 3633, 3643, 3646). Le duc d'Alençon et Gh. d'Anjou conclurent 
même une trêve de deux ans, pour le Maine et l'Anjou, avec le comte de 
Dorset, le 20'décembre, à Harcourt (Ms. Brienne 30, fos 173-178). . 

5. Fr. 25774, n»» 1286, 1292, 1303, 1304. 

6. Sur les embarras du gouvernement anglais, voir Fr. 26064, n»» 3303, 
3538, 3542, 3357, 3562; Rolls ofParliament, V, 31 ; J. Stevenson, t. II, Ap- 
pendix to the préface, p. 71. Sur les négociations avec les ducs d'Orléans 
et de Bretagne, J. Stevenson, t. II, p. 73, 294; Proceedings, t. V, Préface, 
p. xxvni, XXXI et p. 86, 91, 95; Rymer, t. V, l'o partie, p. 46, 34, 53 ; Fr. 
26064, n» 3529. 

7. « Se voulez avoir bonne paix, lui disait un peu plus tard J. Jouvenel 
des Ursins, prépares vous à faire bonne guerre, et vous-mesmes vous 



280 ASSEMBLÉE DE BOURGES (1438) 

voyage dans l'Ouest, il vint présider, à Bourges, la grande as- 
semblée qui élabora la pragmatique sanction (mai-juillet). 

Avant de consacrer tous ses travaux aux affaires ecclésiasti- 
ques, l'assemblée de Bourges porta son attention sur l'état du 
royaume (juin 1438). Les députés de Paris rappelèrent au roi, 
comme il le faisait volontiers lui-même, les succès de l'année pré- 
cédente * ; ils l'exhortèrent à ne s'en point tenir là. Charles répéta 
qu'il voulait employer le meilleur de ses forces « et sa propre 
personne » au recouvrement de son royaume *; mais, au lieu de 
reprendre les armes, il aima mieux acheter la reddition de plu- 
sieurs places, comme Montargis, Dreux, Ghevreuse.'Il est pos- 
sible que des sièges eussent exigé plus de dépenses. 

Ce moyen pacifique ne déplaisait pas d'ailleurs à des capitaines 
d'une vaillance incontestée, puisque Saintrailles et le bâtard 
d'Orléans allèrent négocier l'achat de ces villes ^. Richemont 
lui-même ne resta pas étranger à ces négociations, car il prêta 
de l'argent au roi pour le rachat de Ghevreuse ^. Enfin, 
Charles VII envoya des troupes en Guyenne et en Gascogne 
contre les Anglais, avec Poton de Saintrailles et Rodrigo 

raectes sus, en faisant les diligences que faisiez devant Monstereau » 
(Fr. 5022, f» 19 v»). 

1. Fr, 25710, n» 114. 

2. Fr. 25710, n» 116. Il est très probable que Richemont ne fut pas 
étranger à ces démarches et qu'il vit le roi en revenant de Bretagne. En 
tout cas, on ne le trouve pas à Paris en février, mars, avril et mai. La 
duchesse de Guyenne était restée dans la capitale. Le 23 avril, elle demande 
au Parlement qu'on élargisse l'évéque de Langres, détenu à la Conciergerie 
(XJa 1482, f» 74). 

3. Les négociations avaient commencé dès décembre 1437. Après une 
démonstration contre Montargis, Saintrailles alla trouver Fr. de Surienne, 
dit l'Aragonais, qui occupait Montargis depuis 1432 (voir ci-dessus, p. 193, 
198).Talbot et Fauquemberge voulurent secourir Montargis, mais Surienne 
se laissa néanmoins gagner. Le bâtard d'Orléans prêta au roi 10 000 écus 
pour payer Surienne et fut nommé capitaine de Montargis (novembre) 
[Cagny, î"' 107-110; le Bourg, de Paris, 342 ; Fr. 25710, n" 114-116 ; Fr. 25774, 
n»' 1294, 1295, 1300; Fr. 26063, n» 3394; Chron. du Mont-Saint-Michel, l, 
39, note 1]. Montargis fut rendu dans la dernière semaine d'octobre, 
Dreux et Ghevreuse dans la nuit de la Toussaint. Ce fut encore le bâtard 
d'Orléans qui négocia l'achat de ces deux villes avec uu Français, capitaine 
de routiers, au service de l'Angleterre, Guillaume du Broullat, par l'inter- 
médiaire de Thibaud d'Armagnac, dit de Charmes, bailli de Chartres, 
alors prisonnier à Dreux (Cagny, f»» 109-110 ; Berry, 400; le Bourg, de Paris, 
342 et note 1; Fr. 26065, n<" 3606-3609; Pièces orig., t. 530, dossier 11955 
[Du Broullat]; Zi» 13, f" 43; Zi» 14, f» 2; Z'a 17, f»» 22, 25). Le roi ne rendit 
pas Montargis à Richemont (voy. ci-dessus, p. 278, et Append. LXVIII). 

4. Voy. Appendice LXIX. Le duc de Bretagne prête 6 000 écus d'or à 
Charles VU, le 20 septembre 1438 (Arch. de la Loire-Inf., cass.38, E, 105). Le 
capitaine de Dreux et de Ghevreuse vint faire le serment au connétable 
à Paris (le Bourg, de Paris, p. 342). 



TENTATIVE INFRUCTUEUSE SUR PONTOISE (1438, JUILLET) 281 

(le Villandrando, qui d'ailleurs se rendirent aussi redoutables 
aux populations du Midi qu'aux ennemis eux-mêmes K 

Le connétable, faute de ressources, ne put faire de grandes 
entreprises. Il dut se borner à quelques démonstrations sans 
importance, dans le voisinage de Paris et en Champagne, pour 
contenir les Anglais et les routiers. C'est ainsi qu'il dirigea des 
tentatives sur Pontoise, Meaux, Creil, Mantes (juillet-novem- 
bre), plutôt pour donner satisfaction aux Parisiens que pour 
attaquer sérieusement ces importantes places, avec les forces très 
insuffisantes dont il disposait. Pourtant l'occasion eût été belle, 
si le roi eût voulu recommencer, avec la même ardeur, la cam- 
pagne de l'année précédente. Les garnisons anglaises, mal appro- 
visionnées, mal payées, étaient mécontentes; celle de Pontoise, 
qui avait pour capitaine Th. Guérard, voulait même déserter. Les 
Français avaient des intelligences dans toutes ces villes. 

Au mois de juillet, le connétable essaya de surpendre Pontoise ; 
« et tantost les menues gens qui avec luy estoient gaignèrent 
l'une des plus fortes tours qui fust en la ville; et, quand il vit 
que l'on besongnoit si asprement, il fit tout laisser et s'en refouit 
à Paris et dict qu'il ne vouloit pas faire tuer les bonnes gens; 
et, pour certain, le peuple qui avec luy estoit juroit que, s'il 
ne les eust point laissez, à très peu de tems,ilz eussent gaigné la 
ville et chastel *. » Ce passage d'un témoin oculaire montre les 
difficultés que Richemont trouvait à Paris, au milieu d'une 
population impressionnable, surexcitée par la souffrance et dis- 
posée môme à le soupçonner de trahison, quand il ne faisait 
pas l'impossible '. La bonne volonté des Parisiens ne pouvait 
leur tenir lieu de toutes les qualités militaires. Si le conné- 
table abandonna l'entreprise, c'est qu'il savait que la ville 
allait être secourue par Fauquemberge * et qu'il ne voulait pas 
faire massacrer, en pure perte, tant de braves gens ^. 

1. Fr. 26064, nos 3422, 3310, 331o.- Fr. 26065, n«» 3631, 3722. Fr 20417, 
nol4. K 64, n» 29. Pièces orig., 542, dossier 12237 (Brusac), n° 8. 

2. Le Bourg, de Paris, p. 341. 

3. On disait que le connétable était « favorable aux Anglais, plus qu'au 
royne que aux François ; et disoient les Anglois qu'ilz n'avoient point paour 
de guerre, ne de perdre, tant comme il seroit connestable de France » 
(Bourg, de Paris, p. 340). 

4. William Nevil ou Guill. de Neuville, sire de Fauquemberge, capitaine 
d'Evreux et de Verneuil (Fr. 25775, n- 1384, 1387). 

5. Le passage dans lequel le Bourg, de Paris raconte cet épisode a été 
publié par M. Tuetey, qui a comblé une lacune des éditions précédentes 
(voir p. 338, note 3). Sur les secours envoyés par les Anglais à Pontoise, 
Meaux, Creil, voir Fr. 25774, n«» 1341, 1344; Fr. 23775, n«' 1359-1361, 1364, 
1366», 1368, 1371 ; Pièces orig., t. 1404, dossier 31583, n» 8 ; Fr. 26053, n» 1404; 
voir aussi Fr. 26064, nos 3551, 3559^ 3566, 3574, 3644. Simon Morbier vint à 



282 RAVAGES DES ROUTIERS- (1438) 

Non seulement Richemont se trouvait réduit vis-à-vis des An- 
glais à une impuissance qui le faisait soupçonner de trahison, 
mais encore il ne réussissait pas mieux à protéger les campagnes 
contre les gens de guerre. Bien qu'un grand nombre de ces rou- 
tiers fussent allés en Guyenne, en Bourgogne, en Languedoc, en 
Lorraine ^, il en restait encore assez dans la Champagne et l'Ile- 
de-France pour y commettre des ravages. 

En vain le connétable et Ambroise de Loré, prévôt de Paris, 
redoublaient d'énergie et de vigilance; le mal allait s'aggra- 
vant, et les plaintes devenaient de plus en plus pressantes. Pour 
qu'Ambroise de Loré pût agir avec plus d'autorité, Richemont le 
fit nommer juge commissaire spécial et réformateur général des 
crimes commis par les malfaiteurs dans tout le royaume de 
France (5 avril ^); mais les efforts du connétable et du prévôt de 
Paris étaient paralysés par l'intensité du mal et par la détresse 
financière. Gomme il y avait souvent « de très grans faultes et 
longs délaiz au paiment » des gens de guerre, ils étaient obligés 
de piller pour vivre, et, quand ils se bornaient à cela, sans com- 
mettre de plus grands méfaits, on ne pouvait guère les punir ^, 

Malheureusement ces pillages n'allaient pas sans d'autres 
violences. Le meurtre , le viol , l'incendie étaient crimes si 
communs qu'on les retrouve à chaque instant mentionnés dans 
les chroniques, dans les actes de la chancellerie royale. Les 
routiers pullulaient de tous côtés •'. On rencontre parmi eux les 
meilleurs officiers du roi, La Hire, Saintrailles, les Ghabannes, 
les deux bâtards de Bourbon, Rodrigo de Villandrando, Robert 
de Floques, Louis de Bueil et tant d'autres, qui pouvaient 
compter sur une impunité presque absolue s. 

Gomment des gens du peuple, des paysans, auraient-ils obtenu 
justice, quand le connétable ne pouvait l'obtenir dans sa propre 
cause ^? C'est alors, en effet, qu'un de ses lieutenants, le maré- 

Pontoise, apporter de l'argent aux gens d'armes qui voulaient partir, et 
s'engagea à leur payer le reste (Fr. 26064, n" 3341; K 64, n" 24 bis). 

l.Fr. 25710, n°^ 118 et 119. Pièces orig., t. 542, dossier Bhussac, n° 122378. 
Fr. 26064, n^ 3422, 3310, 3515. Fr. 26063, n"' 3631, 3722. A. Tuetey, Les 
Ecorcheurs, t. I, p. 20, 35, 39, 43. 

2. Voir Ordonnances, XIII, 260-261. 
. 3. Ils obtenaient des lettres de rémission. Voir, par exemple, celles qui 
furent accordées le 28 mai aux gens d'armes des garnisons de Gorbeil et 
du bois de Vincennes. Y* fos 23 v», 26. 

4. Voir le savant ouvrage de M. A. Tuetey, Les Ecorcheurs, t. I, p. 7 et 
suiv. ; Monstrelet, V, 317-318. 

5. Voy. Append., LXX. 

6. « Cest outrage ne fut trouvé bon en la personne d'un grand officier 
de la couronne, encores que le Roy fût imbécile d'entendement et que les 
grands fissent, de son temps, grandes insolences » (d'Argentré, p. 793-794). 



ORDONNANCE CONTRE LES ROUTIERS (1438, 22 DEC.) 283 

chai de Rieux, qui était son neveu par alliance, ayant été arrêté 
par les gens de Guillaume de Flavy, près de Compiègne, Riche- 
mont ne put, par aucun moyen, l'arracher de ses mains *. Ro- 
binet l'Hermite, qui avait opéré cette arrestation, fut saisi à 
Paris, sur les ordres d'Ambroise de Loré, puis décapité aux 
Halles *; mais Flavy, bravant le connétable, dont il voulait se 
venger, retint le maréchal de Rieux dans une prison malsaine, 
au château de Nesles % et l'y laissa mourir *. 

Vers le même temps, un des plus hardis routiers de l'épo- 
que, le fameux Forte-Epice, que Richemont avait déjà voulu châ- 
tier, faisait prisonnier Jean de Dinteville, bailli de Troyes, lui 
enlevait sa ville d'Echenay ^ (mai 1448) et la gardait, malgré 
les injonctions du connétable. Ces actes et beaucoup d'autres du 
même genre montrent combien était nécessaire et difficile la 
réforme de l'armée. Ils excitèrent le connétable à poursuivre 
cette œuvre ingrate et périlleuse. C'est dans ce but qu'il fit 
publier un mandement du 22 décembre 1438, confirmé le même 
jour par des lettres du roi, et qu'on peut regarder comme le 
prélude de la grande ordonnance d'Orléans. 

Il y pose en principe que chaque capitaine « doit répondre des 
gens qu'il a et tient en sa compaignie et gouvernement, pour en 
faire punicion et justice, quant ilz délinquent ». Il ordonne au 
prévôt de Paris de faire arrêter, soit dans sa prévôté, soit autre 
part, dans tout le royaume, les malfaiteurs, ou, à défaut des 
coupables, leurs compagnons et leurs capitaines, pour les con- 
traindre, les uns ou les autres, à réparer les dommages causés, 
a par prinse de leurs biens propres et détencion de leurs per- 
sonnes » *. 

Déjà le roi avait défendu aux capitaines de gens d'armes 
d'entrer sur les terres du duc de Bourgogne, et il avait autorisé 
les habitants à leur résister par tous les moyens, sans crainte 



1. Voir ci-dessus, p. 184 et note 2. Berry (p. 401) dit qu'il venait de déli- 
vrer Harfleur, assiégé par les Anglais, quand il fut arrêté. Ce détail est 
confirmé par le registre X*'' 24 (au 25 juin 1444). 

2. J. Chartier, I, 243-243. Cet auteur dit que, pendant la captivité du ma- 
réchal, Flavy fit un traité avec le connétable, en lui payant 4 000 écus, qu'il 
voulut reprendre à P. de Rieux, et que, pour cela, il le retint en prison. 

3. Probablement Nesles-la- Vallée, canton de L'Isle-Adam, arrondissement 
de Pontoise. 

4. Voy. Append. LXXI. 

5. Echenay, arrondissement de Vassy. En 1437, Forte-Epice avait pris 
Mailly-le-Châtel (arrondissement d'Auxerre), qu'il ne voulut rendre que 
moyennant 1 500 écus d'or (A. Tuetey, Les Ecorcheurs, I, 44, 49 ; CoUect. de 
Bourgogne, t. 100, ^250; voir ci-dessus, p. 219), 

6. Voy. Append. LXX, et Ordonnances, XIII, 295. 



284 GRANDE MORTALITÉ A PARIS (1438) 

d'être inquiétés à ce sujet, quoi qu'il en pût advenir ' . Enfin, vers 
cette époque, le connétable fit saisir, par Tristan l'Hermite, un 
capitaine gascon, Bouzon de Failles, et un capitaine écossais, 
Bouays Glavy, «qui faisoit tous les maulx qu'on pourroit dire. » 
Le premier fut jeté dans la Seine à Troyes, le second fut pendu ^. 
11 y a là un ensemble de résolutions et de mesures qui prouvent 
que le roi comprenait la nécessité d'une réforme militaire et 
que Richemont le poussait à l'accomplir. 

Outre le regret d'être réduit trop souvent à une impuissance 
humiliante, Richemont éprouva, cette année-là, d'autres cha- 
grins. Il perdit son frère Richard, comte d'Etampes^, qui l'avait 
toujours soutenu de son influence et de son affection. Ensuite, ce 
fut une de ses nièces, Isabelle, fille de Richard, qui mourut, peu 
après son père. A Paris, la mortalité avait pris des proportions 
effrayantes pendant l'été ^ : « Quand la mort se boutoit en une 
maison, elle en emportoit la plus grant partie des gens, et spécia- 
lement des plus fors et des plus jeunes. » Un fille de Charles VII, 
Marie, abbesse de Poissy, fut enlevée par le fléau, le 19 août. Peu 
de temps auparavant, elle avait allumé, avec le connétable, le feu 
de la Saint-Jean, devant l'hôtel de ville ^ 

Richemont, avec la duchesse de Guyenne, quitta Paris, sans 
toutefois s'éloigner ". Il voulut aller loger au bois de Vincennes; 
mais Roger de Pierrefrite, lieutenant de Jacques de Chabannes', 

1. Mélanges de Colbert, 335, n» 209 (Ordonnance du 15 septembre). Tuetey, 
Les Ecorcheui's,l,^9-il. Autre ordonnance du 19 septembre (contresignée par 
le maréchal de La Fayette), signalée par Vallet de V., t. II, 403, note 2. 
Voir aussi X^^ 25, au 24 juillet 1452. A cette époque, Charles VII se rappro- 
chait plus intimement de Philippe le Bon, en concluant le mariage de sa 
fille, Catherine de France, avec le comte de Cliarolais, le 30 septembre 1433 
(Mélanges de Colbert, 335, n»» 210-212; Hist. de Bourgogne, IV, 233). 

2. « Dont les Gascons et Ecossois firent grant plaiucte et grant bruit 
devers le roy et donnèrent à monseigneur (le connétable) de grandes 
menaces, en son absence » (Gruel, 211). 

3. Richard de Bretagne, comte d'Etampes, le plus jeune fils de Jean IV, 
mourut le 3 juin 1438. Sa fille Isabelle mourut peu après; son autre fille, 
Catherine, épousa la même année Guill. de Châlons, fils du prince d'Orange 
(Anselme, I, 463, et VIII, 422-23). Son fils, François, devint duc de Breta- 
gne. Richard avait nommé exécuteurs testamentaires ses frères Jean V et 
xVrtur (D. Morice, I, p. 529, et Preuves, t. II, col. 1316). 

4. Journal de Maupoint, p. 25. 

5. Le Bourg, de Paris, 340-341. 

6. Il était, par exemple, à Paris le 2 octobre (Zib 60, f" 35). A celte époque 
on craignait encore des tentatives des Anglais contre Paris (Y* f • 42-43 ; 
LL 414, f 100; Ordonnances, XIII, 291 ; Pièces orig., t. 1404, dossier n" 31583, 
pièce 8. 

7. Gruel, 212 (avec la date inexacte de 1439). Voir Xi» 4798, f» 122. Jac- 
ques de Chabannes occupait cette place pour le duc de Bourbon. Les 
gens du duc de Bourbon occupaient aussi Corbeil (le Bourg, de Paris, 



RICIlEMOxNT QUITTE PARIS (1438) 285 

lui refusa l'entrée de cette place. Même refus au château de 
Beaulé-sur-Marne; puis, quand la garnison vit que le connétable 
faisait amener son artillerie, elle se rendit sans condition. Les 
gens d'armes qui la composaient furent conduits à Paris, la corde 
au cou, et ne durent la vie qu'aux prières do Mme de Guyenne, 
llichemont alla successivement loger à Saint-Maur et au Pont- 
de-Gharenton. Il se rendit ensuite à Sainte-Menehould et revint 
vers le temps de Noël, quand le danger fut passé *. S'il n'eut, 
dans ces déplacements, d'autre but que celui d'échapper à 
l'épidémie, comme le donne à entendre son biographe ^, on ne 
peut s'empêcher de remarquer qu'il eût été plus honorable pour 
lui de rester, comme Ambroise de Loré, au milieu des Parisiens, 
pour soutenir leur courage, en partageant leurs épreuves ^. 

Il est d'ailleurs certain qu'il avait d'autres motifs pour aller à 
Sainte-Menehould. Le roi l'avait chargé de conduire des troupes 
en Lorraine, pour défendre les Etats de René contre le comte de 
Vaudemont et son allié, Robert de Sarrebrûck. Geux-ci, malgré 
les traités, avaient recommencé la guerre, en appelant des rou- 
tiers, comme Forle-Epice et Antoine de Ghabannes, qui, au mé- 
pris des ordres du roi, ravageaient les possessions de son beau- 
frère. La Hire, Blanchefort, le grand et le petit Estrac *, envoyés 
parGharles Yll, avaient battu le comte de Vaudemont; mais ils 
étaient allés ensuite faire une course en Alsace, et les autres routiers 
qu'ils avaient chassés avaient recommencé leurs incursions en Lor- 
raine. G'est alors que les régents de Lorraine et Evrard de La Marck 
avaient demandé de nouveaux secours au roi et au connétable ^, 

351). Tous ces routiers avaient obtenu des lettres de rémission le 28 mai 1438 
(Y* f°» 25 v°, 26). Pendant la Praguerie, ils ref)riront le bois de Vincennes, 
où Roger de Pierrefrite fut encore le lieutenant de Ghabannes (le Bourg, 
de Paris, 351; Gruel, 213). Tout cela semble confirmer un passage de la 
Chron. Martinienne (f° cclxxvui r" et v) où l'on voit que Jacques de 
Ghabannes avait pris jadis aux Anglais les châteaux de Gorbeil et du bois 
de Vincennes et que celui du bois de Vincennes lui fut donné par Ghar- 
les VII, sous réserve du droit de rachat, pour une somme de 20 000 écus, 
qui fut payée environ dix ans après (voy. Append. LXXII). 

1. Gruel, qui donne ces détails, dit que la duchesse de Guyenne arriva 
la veille de Noël à Paris ; il dit bien aussi que le connétable s'en revint 
vers Noël, mais il ne dit pas positivement qu'il revint à Paris même 
(Gruel, 212). 

2. Gruel, 212. 

3. Peut-être le connétable voulait-il enlever Vincennes, le château de 
fieauté et quelques autres places aux routiers, qui les occupaient pour le 
duc de Bourbon. 

4. Paul et Guillaume d'Estrac (Tuetey, Les Écorcheurs, I, 68). 

5. Gruel, 212. D. Calmet, II, col. 812, 811 , el Preuves, col. ccxxix et suiv. 
A. Tuetey, Les Écorcheurs, I, 66-68. Dumont, Hist. de Commercy, 1. 1, 234-244. 
JJ 176, ^ 41i .Collect. de Lorraine, 293, n» 21. Chron. Martinienne, f" cclxxxt. 



286 RICHEMONT VA EN LORRAINE (1438) 

qui avait répondu à leur appel. Malheureusement les troupes 
qu'il leur avait amenées furent battues par Robert de Sarre- 
bruck près de Romagne * et échouèrent au siège de Ghauvency*. 
Plusieurs officiers du connétable, notamment Alain Giron, Gef- 
froy Morillon, P. d'Augy, furent tués dans cette expédition, et 
Robert put même se venger, en dévastant les domaines d'Evrard 
de LaMarck ^ 

Ces échecs chagrinèrent beaucoup Richemont. Tout semblait 
tourner contre lui. Il ne voyait partout qu'indiscipline et désor- 
dres. Les troupes, mal payées, servaient mal et ne cherchaient 
que le pillage. Les Anglais faisaient des courses jusqu'aux envi- 
rons de Paris *. C'est ainsi que les garnisons de Saint-Denis et 
de Lagny voulurent, au mois de janvier 1439, abandonner ces 
places, faute de payement. Le chancelier, qui se trouvait à Paris, 
fut obligé, pour les retenir, d'emprunter 300 livres tournois °. 
En même temps, les Anglais prenaient, par trahison, le château 
de Saint-Germain-en-Laye, que leur livra, pour 300 saluts d'or, 
un religieux, prieur de Nanterre ^. 

Ce n'était pas assez que le connétable, réduit à l'impuissance, 
eût à déplorer ces malheurs ; il fallait encore qu'on l'en rendît 
responsable. Le peuple ne voyait qu'une chose, c'est qu'il avait 
le commandement, et il l'accusait de tout le mal. Il faut ici 
laisser la parole aux contemporains. D'après Cagny, si le châ- 
teau de Saint-Germain fut pris, ce fut « par deffault de garde de 
dix ou douze raeschans Bretons que le connestable y tenoit, qui 
ne povoit avoir assez place pour bailler à ses gens. Et ne lui 
chaloit quel tort il feist aux chevaliers et escuiers d'autre pais, 
mais qu'il peust avoir places pour y tenir ses gens en nom et en" 



1. Arrondissement de Montmédy. 

2. Id. 

3. Voir les auteurs ci-dessus et Berry, p. 401, et surtout les lettres de 
rémission accordées par Charles VIT à Robert de Sarrebrûck, le dernier 
jour de février 1440, dans le t. 293 de la Coll. de Lorraine, n» 21. 

4. LL 414, f 100. Les Anglais avaient conclu, le 20 décembre 1438, une 
trêve de deux ans pour le Maine et l'Anjou (voir ci-dessus p. 279, note 4). 
Ces provinces furent alors plus tranquilles ; mais Paris fut, au contraire, 
plus menacé (Ms. Brienne 30, f<" 173-178). 

5. Xia 1482, f» 95 v». 

6. Le Bourg, de Paris, 344. Cagny, f" 110. Un peu plus tard, d'après 
Monstrelet, un gentilhomme nommé J. de La Fange fut décapité et écar- 
telé « pour ce qu'il fut trouvé coupable d'avoir pourparlé avecque les 
Anglais, sur aucunes besognes qui étoient préjudiciables au roi de France ». 
Avec lui, on écartela un sergent du Châtelet de Paris. Par lettres du 
8 avril, données à Riom, Charles VII accorde à la ville de Paris le .tiers 
des aides sur le vin qui s'y vend, pour continuer les travaux de réparation 
des murs, travaux qui sont très nécessaires (K 930, n» 32». h). 



ACCUSATIONS CONTRE RICHEMONT (1439) 287 

estât. Et moult de maulx en sont venus durant ces présentes 
guerres. Et de la perte d'icelle place et du gouvernement du dit 
connestable, en la ville de Paris et ailleurs estoient très mal 
contents ceulx de Paris *. » 

Le Bourgeois de Paris, qui ne ménage guère Richemont, n'ac- 
cuse ici que le coupable, c'est-à-dire le traître qui avait livré 
Saint-Germain aux ennemis. Il n'épargne pas le roi, qui restait 
dans le Berry et « ne tenoit compte de l'Isle-de-France ne 
de la guerre, ne de son peuple, ne (non plus) que s'il fust prin- 
sonnier aux Sarrazins -; » mais c'est au connétable qu'il réserve, 
comme d'ordinaire, ses invectives les plus haineuses. Il incri- 
mine ses actes et ses intentions; il le charge de tous les méfaits 
commis par les gens de guerre; il est aveuglé par la passion à 
tel point qu'il ne voit que le mal. Si Richemont répète, pour en- 
courager les Parisiens, qu'il veut chasser les Anglais de Meaux, 
de Creil, de Pontoise; s'il rassemble des troupes; s'il fait une 
tentative infructueuse, ou une simple reconnaissance militaire, 
le Bourgeois ne voit dans tout cela qu'un prétexte à pillage. 

« En cellui temps (c'est-à-dire vers le mois de juin, à ce qu'il 
semble) vint le connestable à Paris et amena avec lui un grant 
tas de larrons et fist entendant qu'il estoit venu pour prendre 
Pontoise ^ et les mena environ la ville et la regarda tant seulle- 
ment de loing et dist qu'elle estoit moult forte à prendre et qu'il 
n'avoit pas assez de gens et s'en retourna, sans autre chose faire, 
lui et ses larrons, tout gastant les blés, les gangnaiges et les 
éritaiges des bonnes gens, avant qu'ilz fussent bons, espéciale- 
ment les serises, qui commençoient à rougir, et, ce quHlz ne 
povoient menger, comme fèves nouvelles et pois, apportoient- 
ilz à grans sachées. 

« Item, la derraine sepmaine de juing, vint ung autre aussi 
mauvais ou pire, nommé le conte de Perdriel *, qui fut filz du 
conte d'Arminal, qui fut tué pour ses démérites, et admena une 
autre grant compaignie de larrons et de meurdriers, qui, pour 
leur mauvaise vie et détestable gouvernement, furent nommez 
les Escorcheurs; et, pour vray, ilz n'estoient pas mal nommez, 
car, aussitost qu'ilz venoient en quelque ville ou villaige, il con- 

1. Gagny, f» HO. C'est la fin de la chronique de Cagny, dans le Ms. Du- 
chesne, 48. 

2. Le Bourg, de P., 344. 

3. Il faut bien que Meaux, Pontoise et Creil aient été menacés au mois 
de juin, puisque le gouvernement anglais y envoie alors des secours 
|D. Grenier, t. XX bis, liasse 9, f 18 V; Fr. 25774, n»» 1341, 1344; Fr. 23775, 
n" 1339, 1360, 1361, 1364, 13661,1371, 1407, 1408, 1416; Fr. 26064, n°»3351, 
3566, 3574; Fr. 26065, n» 3644; Fr. 26066, n" 4000). 

4. Le comte de Pardiac. 



288 ACCUSATIOîSS CONTRE RICHEMONT (1439) 

venoit soy rançonner à eulx à grant finance, ou ilz degastoient 
tous les blez qui y estoient, qui encore estoient tous vers. Et 
firent entendant qu'ilz dévoient prendre Meaulx d'assault, ou 
par gens qui leur dévoient livrer, ou par composicion, ou autre- 
ment, et firent charger canons et prendre tout le pain que on 
trouvoit, et orent de l'argent largement, car on cuidoit qu'ilz 
deussent trop bien faire la besongne, mais ilz ne passèrent guère 
par delà le chastel de Dampmartin, et là pilloient, tuoient, ran- 
çonnoient les blez et tous autres gaignaiges, sans autre bien 
faire. Ainsi besongnoit le noble connestable de France, nommé 
Artus, conte de Richemont. Et, pour vray, les prinsonniers des 
Anglois disoient à Paris et ailleurs, quant ilz avoient paiée leur 
rançon et qu'ilz estoient en leurs lieux, que les Anglois disoient : 
« Par sainct Georges 1 vous povez bien crier et braire à vostre 
« connestable qu'il vous secoure, car, par sainct Edouart, tant 
« qu'il sera connestable, nous n'avons point paour que nous 
« soions combattuz, qu'il puisse; car, quant il veult faire une 
« armée, pour faire le bon varletz et pour avoir de vostre argent, 
« nous le savons de par lui ou de part autre touzjours trois ou 
« quatre jours davant, car par sainct Georges ! lui bon Anglois, et 
« secret et en appert. » Mais aucuns tenoient qu'ilz le disoient 
pour le mettre en hayne du roy et du commun, mais la plus 
saine partie le tenoit pour très mauvays homme et très couart. 
Brief, il ne lui challoit ne de roy, ne de prince, ne du commun, 
ne de ville, ne de chastel que les Angloys preissent; mais qu'il 
eust de Targent, ne lui challoit du demourant, ne de quel part. 
Brief, il n'estoit à rien bon au regart de la guerre, et laissoit et 
souffroit aux gros qui avoient les grans greniers plains de blez 
et d'autres grains, vendre aux povres gens tout comme ilz voul- 
loient; mais quHl en eust aucun émolument ou prouffît, il ne lui 
challoit comment ilz le vendissent,... Et, pour ce que le peuple 
ne se povoit taire, il fîst le bon varlet et fîst mettre le siège de- 
vant la cité de Meaulx Et ne faisoit mie en deux mois ce 

qu'il deust avoir fait en huit jours, car il commença dès le mois, 
de may à dire à ses gens qu'il se convenoit ordonner pour y 
aller et si fust avant le dix-neuvième jour de juillet qu'il ne ses 
gens y meissent le siège ; lesquelles gens estoient les plus mau- 
vaises gens que on eust oncques veu au royaulme de France, et 
se faisoient appeller les Escorcheurs, car telz les devoit on 
appeller et tenir partout où ilz passoient, car après eux ne de- 
mouroit rien ne qu'après feu *. » 
Il est certain que ces accusations ne sont pas exclusivement 

1. Le Bourg, de Paris, 345-347. 



NÉGOCIATIONS AVEC l'angleterre (1439) 289 

le fait de deux chroniqueurs; il est certain que la crédulité 
populaire les accueillait, comme il arrive toujours en pareil cas; 
qu'elles étaient répétées de tous côtés et que Richemont en 
devait beaucoup souffrir. Bravé impunément par les uns, haï, 
calomnié par les autres, abandonné par le roi à ses propres res- 
sources, condamné, après chaque effort, après chaque succès, à 
retomber dans la même impuissance, il finit par sentir le décou- 
ragement. 

Les Anglais, sans profiter de cette situation autant qu'ils l'au- 
raient pu faire, reprenaient pourtant l'avantage dans le pays de 
Caux ' et aux environs de Paris. Richemont voulait toujours 
assiéger Meaux, Creil ou Pontoise ^^ et c'est dans ce but qu'il 
avait appelé son ami, le comte de Pardiac; mais il fallait que le 
roi vînt lui-même, comme à Montereau, ou, tout au moins, qu'il 
envoyât des renforts considérables et de l'argent. Charles VII 
avait alors d'autres préoccupations. Le parti de la paix le pous- 
sait à négocier avec l'Angleterre. Le pape, le concile, les ducs de 
Bourgogne et de Bretagne l'y exhortaient, en offrant leur mé- 
diation ^. De son côté, le duc d'Orléans, qui espérait une pro- 
chaine délivrance, redoublait d'efforts. 

A la fin de janvier 1439, la duchesse de Bourgogne eut une 
entrevue avec le cardinal d'Angleterre, entre Calais et Grave- 
Unes. On y décida qu'il y aurait bientôt des conférences pour 
la paix et que le duc d'Orléans y viendrait *. Les ambassadeurs 
de Charles VII conduisirent d'abord Catherine de France à 
Saint-Omer, où fut célébré son mariage avec le comte de Cha- 
rolais. Le connétable, qui avait à conclure avec Philippe le Bon 
quelques arrangements relatifs à la dot de sa femme, s'était 



1. Sur la guerre dans le pays de Caux, voir Fr. 26066, n»» 3800-3802, 3835, 
3856. Les Anglais avaient pris Fécamp, Lillebonne et essayé de pénétrer 
par trahison dans Harfleur (voir Fr. 26065, n»^ 3703, 3713, 3732, 3738, et 
Fr. 25775, n" 1412). Le comte de Somerset et Talbot avaient fait une course 
dans le Santerre en février-mars (Fr. 26069, n« 4490, et Fr. 26066, n» 3988). 

2. Le connétable « désiroit, sur toutes choses, que le Roy lui baillast 
gens et artillerie pour mettre le siège audit lieu de Meaux; à ce sujet, il 
avoit envoyé, de par lui et de par ceux de Paris, devers le Roy, luy sup- 
plier qu'il y voulust pourvoir, ou que la bonne ville de Paris et tout le 
pays d'autour auroient trop à souffrir » (Gruel,212). Il faut dire que, dès les 
mois de mars et d'avril, le roi voulut envoyer dans l'Ile-de-France, pour 
assiéger Meaux ou Creil, les gens d'armes qui étaient en Lorraine et en 
Allemagne ; mais le duc de Bourbon empêcha, par ses intrigues, l'exécu- 
tion de cet ordre (voir Doat, IX, f» 227, ou Math. d'Escouchy, édit. de 
Beaucourt, t. III, p. 5 et 6; Berry, 401). Le duc de Bourbon était à Riom 
avec le roi dès le 20 mars (Fr. 25710, n» 122). 

3. Rymer, V, fe partie, 54, 55. 

4. Rymer, V, 1" partie, 59-64, Ilist. de Bourgogne, IV, 235. 
Richemont. 19 



290 DÉCOURAGEMENT DU CONNÉTABLE (1439) 

rendu auprès de lui '. Il assista peut-être au mariage du comte 
de Charolais ^, mais il ne prit aucune part aux négociations qui 
le suivirent (juin 1439), soit qu'il les désapprouvât, soit qu'il 
crût plus utile de continuer la guerre dans l'Ile-de-France. Pour 
obliger les Anglais à rabattre de leurs prétentions, il fallait de 
nouveaux succès militaires. 

Pendant qu'on négociait, le connétable voulait agir; mais où 
trouver les ressources nécessaires? Désespéré de ne pouvoir ni 
arrêter les ennemis, ni réprimer l'indiscipline des gens de guerre 
et de leurs chefs^ ni les empêcher de piller les provinces dont 
il avait le gouvernement, il eut l'intention de se retirer, « telle- 
ment qu'une fois il assembla le Conseil et fut délibéré de se def- 
faire et descharger du gouvernement de France (Ile-de-France) et 
d'entre les rivières et d'aller ou envoyei- devers le Roy pour 
ceste cause » ^. Il est présumable qu'un de ceux qui assistaient 
à ce conseil (peut-être Ambroise de Loré) fut alarmé des consé- 
quences que pouvait entraîner cette résolution et chercha un 
moyen pour en détourner le connétable. L'anecdote racontée à 
ce sujet par G. Gruel est curieuse. 

« Le lendemain, au matin, vint le prieur des Chartreux de 
Paris devers luy et le trouva tout seul en la chapelle de son 
hostel; et demanda au dict prieur : « Beau père, que vous faut- 
« il? » Et le prieur luy dist qu'il vouloit parler à Mgr le connes- 
table. Et monseigneur luy dist que c'estoit il. Et le dit prieur 
luy dist : « Pardonnez-moi, monseigneur, je ne vous cognois- 
« sois pas; je veux parler à vous, s'il vous plaist. » Et il luy 
dist que volontiers. Et il commença à luy dire : « Monsei- 
« gneur, vous tinstes hier conseil et délibérastes de vous des- 
« charger du gouvernement et charge que avez par deçà. » Et lors 
monseigneur s'eschaufFa et lui dist : « Gomment le scavez-vous ? 
« qui le vous dist? » Et cuida monseigneur que aulcun du Conseil 
luy eust dict. Et lors le prieur luy dist : « Monseigneur, je ne le 
« scay point par homme de votre Conseil ; je le scay par homme 
« bien certain et ne vous donnez point de malaise qui me l'a dict, 
« car ce a esté un de mes frères ; » et lui dist : « Monseigneur, ne 



1. Après le traité d'Arras, Philippe le Bon avait rendu à Jeanne de Châ- 
lon le comté de Tonnerre, dont les revenus avaient été assignés en dot à 
la duchesse de Guyenne. Par un arrangement conclu le 30 mai, le duc 
donna, en compensation, à sa sœur, les seigneuries de Montréal et de 
Chastel Girard {Hist. de Bourg., IV, 234-235, et Preuves, p. Clxiv; Fr. 4628, 
fos 621-628, 641-643; Collect. de Bourg., 96, p. 621-623). 

2. Fontanieu, dans son histoire manuscrite de Charles VII (Fr. 10449, 
i'o 253 v°), dit que Richemont y assista, mais il ne donne aucune preuve. 

3. Gruel, 213. Ms. Legrand, t. I {Hist. de Louis XI), ou Fr. 6960, f» 9. 



IL VEUT SE RETIRER (1439) 291 

« le faites point, car Dieu vous aidera et ne vous souciez. î Et 
monseigneur luy dist : « Ha, beau père, comment se pourroit-il 
« faire? le roy ne me veult ayder ny me bailler gens ne argent, 
« et les gens d'armes me hayssent pour ce que j'en fais justice et 
« ne me veulent obéir *. » Et lors le prieur luy dist ; « Monsei- 
« gneur, ils feront ce que vous voudrez, et le roy vous mandera 
« que ailliez mettre le siège à Meaux. et vous envoyera gens et 
« argent *. » Le roi fut-il averti de l'intention qu'avait le conné- 
table d'abandonner le gouvernement de ses provinces et voulut- 
il le retenir, en lui donnant satisfaction? Ce qui est certain, c'est 
qu'il lui envoya des troupes, en lui faisant dire qu'il allât assié- 
ger Meaux. Ce fut pour Richemont une des plus grandes joies 
de sa vie ^. 

Cbarles VII revenait alors, par Lyon et le Beaujolais, d'un 
voyage en Auvergne (mars-juin) *. Il avait imposé, de sa seule 
autorité, une aide de 300 000 I. aux pays de Languedoil; mais 
il avait pris en même temps l'engagement de lever « une grosse 
armée » (28 mars). Les Etats de Languedoc, réunis à Vienne, 
lui avaient encore octroyé 160 000 moutons d'or ^ Il était donc 
en état de faire face aux dépenses d'un grand siège; et d'ailleurs 
les villes de l'Ile-de-France et de la Champagne y contribuèrent 
aussi, comme elles l'avaient déjà fait pour celui de Montereau ^. 
La Hire, Floquet, Jean de Malestroit, Geoffroy de Gouvran et 
d'autres capitaines, qui revenaient d'Alsace par Montbéliard et 
Luxeuil, reçurent du roi l'ordre d'aller se mettre à la disposition 
du connétable '^. Après avoir fait une course devant la ville de 

1. Voir ci-dessus, p. 284 et la note 2. 

2. Gruel, 213. Il faut remarquer que cette anecdote, qui interrompt 
d'une manière assez inattendue le récit du siège de Meaux, dans l'édition 
Michaud et Poujoulat, ne se trouve pas dans le plus ancien des manus- 
crits de la chronique de G. Gruel qui appartiennent à la Bibliothèque natio- 
nale (voy. Ms. fr. 3037, f» 93 v», manuscrit du sv" siècle). On ne la trouve pas 
davantage dans un manuscrit du xvi" siècle (Fr. 5507, f" 27) qui semble re- 
produire le Ms. fr. 5037, mais elle est dans un autre manuscrit du xvi" s. 
(Fr. 18697, fo^ 82 y, 83). D'ailleurs le manuscrit du xv" s. (Fr. 3037, f- 93 v» 
met en scène un chartreux dont il n'a pas été dit un mot auparavant, de 
telle sorte qu'on reconnaît les traces d'une lacune. 

3. Doat, IX, p. 227. Gruel, 212. 

4. Voir une curieuse relation latine de ce voyage dans le t. XI des Mé- 
moires de la Société des antiquaires de France, p. 337 et suiv. 

5. Ceux du Dauphiné octroyèrent 30 000 florins à Saint-Symphorien 
d'Ozon, en mai. Voir Fr. 20889, n» 79; Legrand, VI (Fr. 6963), f"' 82-83. 
Voir aussi Doat, IX, f» 127, ou Math. d'Escouchy, t. III, p. 5 et suiv.; Fr. 
25710, no 123; Fr. 26063, n» 3770 ; Portef. Font., 117-118, au 28 mars. 

6. Voir les Mémoires de J. Rogier, prévôt de l'échcvinage de Reims, p. 27 ; 
D. Grenier, XX bis, liasse 9, f» 18 v°. 

7. Berry, 401. 



292 RICIIEMOM ASSIÈGE MEAUX (1439, JUILLET) 

Meaux ', il revint presser les préparatifs du siège. Il partit de 
Paris vers le milieu de juillet, avec les gens de sa maison et des 
capitaines qui lui étaient dévoués depuis longtemps, comme 
Ambroise de Loré, prévôt de Paris, Jean de Troissy % le sire 
de Rostrenen, Tugdual de Kermoysan, dit le Bourgeois, et beau- 
coup d'autres. Jean Bureau dirigeait l'artillerie '. 

Meaux était une des places les plus importantes de France, 
soit par ses fortifications, soit par sa situation dans le voisinage 
de Paris, sur la Marne, dont elle commande le cours. Outre la 
ville proprement dite, située sur la rive droite de la Marne, il y 
avait, dans une presqu'île formée par une des boucles de cette 
rivière, la puissante forteresse du Marché \ communiquant avec 
la ville par un pont fortifié. Dix-huit ans auparavant, cette place 
avait soutenu un siège mémorable. Henri V ne l'avait pu prendre 
qu'après sept mois d'efforts (6 octobre 1421 — 2 mai 1422). C'est 
pendant ce siège que Richemont avait servi sous les ordres du 
roi d'Angleterre ! Il devait avoir à cœur de réparer cette faute. 

Après avoir réuni ses troupes au village de Ghauconin °, il com- 
mença le siège le 20 juillet. Il divisa son armée en trois corps, qui 
occupèrent l'abbaye de Saint-Faron, les Cordeliers et un autre 
poste vers la Brie, devant la porte de Cornillon. Il fit construire 
une bastille à cet endroit ^ pour attaquer à la fois la ville et le 

1. Le roi ordonne, le 27 octobre, de lui rembourser 900 1., qu'il avait 
dépensées dans cette course. Voy. Append. LXIX. 

2. Sur Jean de Troissy, voir le t. 96 de la Collect. de Bourgogne, p. 621. 

3. Jean Bureau, qui s'était déjà signalé par des talents remarquables dans 
la direction de l'artillerie (par exemple au siège de Montereau), était rece- 
veur à Paris, quand il fut commis verbalement par le roi au commande- 
ment de l'artillerie pour le siège de Meaux. Devenu trésorier de France, 
il n'en conserva pas moins ces autres fonctions si différentes. Son frère 
Gaspard servait, sous ses ordres, au siège de Meaux. Gaspard devint maître 
de l'artillerie, après la démission de P. Bessonneau, le 27 décembre 1444 
(Anselme, VIII, 135, 136, 140; Y* P^ 63 v», 64). Originaires de la Champa- 
gne, les Bureau, contrairement à ce qu'on a dit, étaient nobles et issus 
d'une famille noble, comme il résulte de lettres données par le comte de 
Champagne en 1161, confirmées par le roi Jean en 1361 et par Char- 
les VII en 1447 (JJ 178, f» 145, n- nclxvi). 

4. Dès 1367, la forteresse du Marché de Meaux était une des plus nota- 
bles du royaume (JJ 177, f'' 108). Sur la topographie de Meaux, voir Tous- 
saints du Plessis, Hist. de l'Église de Meaux, Paris, 1731, in-4, p. 2 et 3, 
et V.-A. Garro, Hist. de Meaux, Meaux, 186o, in-8, p. 103 et suiv. L'évêque 
de Meaux, Pasquier, était alors président de la Chambre des comptes, à 
Rouen (Fr. 20883, n» 88). 

5. Carro, Hist. de Meaux, p. 175-178. Il y fut rejoint par La Hire, Robert 
de Floq.ues, le bâtard Chapelles, Denis de Chailly, le commandeur de Gi- 
resme, etc. Au mois de février 1430, Denis de Chailly avait fait une tenta- 
tive sur Meaux (JJ 173, n° 6). 

6. Monstrelet seul indique sept bastilles; Berry n'en indique qu'une 



PRISE DE LA VILLE DE MEAUX (1439, 12 AOUT) 293 

Marché. La ville était défendue par un lieutenant de Talbot ^ qui 
en était le capitaine, et par le bâtard de Thian, qui en était le 
bailli. Elle pouvait compter sur les secours du comte de War- 
wick, lieutenant général de Henri VI, car le gouvernement anglais 
ne devait rien épargner pour conserver une des places de France 
auxquelles il tenait le plus. Malgré quelques démonstrations des 
Français en Normandie, du côté de Granville et de Rouen, pour 
y retenir les ennemis, le comte de Somerset, avec Richard Ha- 
rjmgton, bailli de Gaen, réunit, dans les premiers jours d'août, 
une petite armée et marcha au secours de Meaux ^ Il y avait 
environ trois semaines ^ que cette ville était battue par l'artil- 
lerie de J. Bureau, quand le connétable apprit, par ses espions, 
que les Anglais approchaient. Il réunit un conseil où on résolut 
d'assaillir la ville sans plus de retard. 

Le mercredi 12 août, au matin, l'assaut fut donné, avec un tel 
succès que la place fat prise en moins d'une demi-heure *. « Je 
croy fermement, dit le biographe de Richemont, que Dieu y fit 
plus, pour l'amour de mondit seigneur, que les gens d'armes, 
car il ne coûtoit rien à monter sur la muraille ^. » Le même jour, 
ceux du Marché offrirent de rendre cette forteresse, si on vou- 
lait mettre en liberté trois prisonniers, dont le bâtard de Thian; 
mais La Hire et Antoine de Ghabannes ayant réclamé le petit 
Blanchefort, qui était aux mains des Anglais, les pourparlers 
furent rompus. D'ailleurs, un traître Gascon, Jean de La Fuite, 
encouragea les Anglais à résister, en disant qu'ils allaient être 
secourus. Le connétable fit couper la tète au bâtard de Thian 
et à tous les Français reniés qui avaient été pris avec les enne- 
mis. Plus tard, il punit de la même manière J. de La Fuite. 

La garnison du Marché pouvait tenir longtemps, à condition 
qu'elle ne manquât pas de vivres. Elle reçut bientôt les secours 
promis. Trois jours après l'occupation de Meaux arriva le comte 
de Somerset avec une armée de 4 à 5 000 hommes ^, commandés 
par les meilleurs capitaines anglais, Talbot, Scales, Fauquem- 
berge. Le connétable avait prudemment fait rentrer dans la ville 

seule (ce qui est plus vraisemblable), et Gruel aucune. Guillaume Gruel 
était au siège de Meaux. 

1. Berry l'appelle Thomas Abrigent (p. 402). Clairamb., 134, f" 2057. 

2. Fr. 26066, n"^ 3829, 3832, 3833, 3838, 3844, 4035. 

3. D'après le Bourg, de Paris, p. 347, le siège aurait commencé le 
19 juillet. Voy. ci-dessus, p. 292. 

4. Proceedings, V, 384. Gruel, 213. Journal de Maupoint, 23. 

5. Gruel, 213. Il est très probable que les Français avaient des intelli- 
gences dans la place (Z»» 13, f» 92 V). Jacquet Darcet, écuyer dans la 
compagnie du connétable, fut un des premiers à entrer dans Meaux (Z** 
13, f" 11). En récompense, il reçut l'office d'élu à Meaux (f» 23). 

6. Gruel dit 7 000, Berry 4 à 3 000, Monstrelet 4 000. 



294 SIÈGE DU MARCHÉ DE MEAUX (1439, AOUT) 

la plus grande partie de ses troupes et laissé le reste, avec Denis 
de Ghailly et le commandeur de Giresme, dans la bastille encore 
inachevée, du côté de la Brie, Vainement les ennemis, qui ne 
désiraient rien tant qu'une bataille, défièrent plusieurs fois les 
Français. Richemont n'était pas assez sûr de ses troupes pour 
risquer une partie aussi dangereuse ; il défendit qu'on sortît de 
la ville ^ Il laissa les Anglais s'avancer jusqu'au bord de la 
Marne, passer, avec leurs bateaux de cuir, dans une île située 
entre la ville et le Marché, remplacer la garnison par des 
troupes fraîches, et ce fut à contre-cœur qu'il céda aux con- 
seils de ses capitaines, en faisant occuper cette île pendant la 
nuit. 

Le lendemain matin, les Anglais attaquèrent l'île, où se trou- 
vaient les gens d'Olivier de Coëtivy. Le connétable envoya deux 
bateaux armés pour les secourir ; mais les archers anglais tuè- 
rent les mariniers, prirent les bateaux et passèrent dans l'île. 
Tous ceux qui l'occupaient furent massacrés ou noyés, sans qu'on 
pût venir à leur aide. Quant à ceux qui étaient dans la bastille, 
ils s'enfuirent, abandonnant des vivres dont les Anglais s'em- 
parèrent. La Hire voulait s'élancer contre les ennemis ; d'autres 
cherchaient à quitter la ville, « feignans de vouloir aller à l'es- 
carmouche; » mais le connétable resta inflexible, et même il fit 
garder les portes par les gens de sa maison et par ses officiers 
les plus dévoués, les sires de Rostrenen et de Ghâtillon, Jean 
Budes ^ son porte-étendard, le Bourgeois, Guillaume Gruel. 

Il recueillit bientôt les bénéfices de cette sage conduite. Les 
Anglais n'étaient point venus dans l'intention de faire un siège ; 
ils n'avaient pas assez de vivres pour rester longtemps. Ils 
espéraient s'en procurer en s'emparant de Grespy-en-Valois ^, 
mais le connétable les prévint. Il envoya Olivier de Broon, avec 
d'autres capitaines, au secours de cette place, et les ennemis, 
après avoir échoué dans cette entreprise, furent obhgés de re- 
tourner en Normandie. 

Le roi, inquiété par les nouvelles qu'il avait reçues, s'était avancé 

1. Les Anglais et leurs capitaines, surtout Talbot, avaient une réputa- 
tion de supériorité bien établie (Fr. 5022, f° 20). Richemont les connaissait 
mieux que personne. 

2. Des documents authentiques confirment la présence du sire de Ros- 
trenen au siège de Meaux et nous apprennent que J. Budes était porte- 
étendard du connétable. J. Budes avait été mis en prison et poursuivi pour 
les mêmes méfaits que Richemont réprimait sévèrement chez les gens de 
guerre. Il fut cautionné par le prévôt de Paris et par le maître d'hôtel de 
ia duchesse de Guyenne (voir X^» 22, aux dates du lundi 15 juin, lundi 22 
juin, mardi 23, jeudi 25 juin et jeudi 23 juillet lid9). \ oir Append. LXXIII. 

3. Arrondissement de Sentis. 



CAPITULATION DU MARCHÉ DE MEAUX (1439, AOUT) 

jusqu'à Brie-Gomte-Robert *, où il réunissait des troupes. Il en- 
voya des renforts au connétable, qui fit reconstruire la bastille 
détruite par les ennemis et réoccuper l'île située entre la ville et 
le Marché. Des postes furent établis sur la Marne et sur la Seine, 
pour garder tous les passages, et le roi mit tant de troupes à 
Saint-Denis et aux environs que les Anglais eussent été fort 
empêchés de revenir au secours du Marché de Meaux. Le siège 
fut poussé avec tant de vigueur et de célérité que Guillaume 
Chamberlain, le nouveau capitaine, laissé par le comte de So- 
merset dans la forteresse, fut réduit, au bout de quinze jours, à 
capituler ^. Il promit de rendre la place dans trois semaines, si 
elle n'était secourue dans l'intervalle, à condition que la gar- 
nison fût libre de se retirer corps et biens saufs. 

Le jour même où le Marché de Meaux fut rendu ^, le conné- 
table, après en avoir confié la garde à Olivier de Coëtivy, revint 
à Paris. Le roi s'y trouvait alors *. Il envoya au-devant de lui 
Charles d'Anjou et d'autres grands seigneurs, qui lui firent cor- 
tège jusqu'à l'hôtel Saint-Paul ". Là, Charles VII le reçut de la 
manière la plus honorable, « en le remerciant du service qu'il 
lui avait fait ^. » 

Pendant ce siège, le maréchal de Rieux mourut dans la prison 
où le retenait Flavy '. Il fut remplacé par André de Laval, sei- 
gneur de Lohéac, auparavant amiral, et celui-ci par Prigent de 



1. Arrondissement de Melun. 

2. Ce serait donc à la fin d'août. Les ambassadeurs anglais, qui étaient 
alors à Gravelines, apprirent cette capitulatioa le 5 septembre {Proceedings, 
V, 385, 387). 

3. Le 13 septembre, d'après le Journal de Maupoînt, p, 25. Le Bourg, de 
Paris, 348. Guill. Chamberlain, revenu à Rouen, fut accusé de trahison et 
même emprisonné pendant quelque temps. 

4. Il y était venu le mercredi 9 septembre, d'après le Bourg, de Paris, 
p. 347. 

5. Xia 4799, f 157 r° et v. Berry, 403. Richemont trouva aussi à Paris 
son neveu Pierre de Bretagne. Ils assistèrent, avec Ch. d'Anjou et le duc 
de Bourbon, au combat de quatre Français contre quatre Anglais, en pré- 
sence du roi, le 26 septembre (Journal de J, Maupoînt, p, 25, 26). 

6. Sur le siège de Meaux, voir surtout Gruel, qui fut témoin oculaire; 
Berry, p. 401-403, et Monstrelet, V, 387-390; Martial d'Auvergne, I, 163-167. 
i. Chartier en parle brièvement (1, 249-250). Le Bourg, de Paris mentionne en 
quelques lignes, p. 347 et 348, la prise de Meaux et celle du Marché, sans 
aucune réflexion, après avoir déblatéré pendant deux pages contre le con- 
nétable. Voir aussi K 65, nos jît^ i3o, issj Proceedings, V, p. 384, 385, 387, 
et Préface, p. lxii-lxiv). Vallet de V. (Charles VII, i. 11,448) indique, en trois 
lignes, la prise de Meaux, avec celle de quelques autres places, comme un 
fait très accessoire. Du reste, cet auteur n'a pas même entrevu le plan, 
pourtant si remarquable, de Richemont. 

7. Append. LXXI. 



296 RICHEMONT SUIT LE ROI A PARIS ET A ORLÉANS (1439) 

Coëtivy, deux Bretons. Le connétable avait repris assez d'in- 
fluence pour faire prévaloir ses choix i. 

Certes, la prise de Meaux était un grand succès ; mais les en- 
nemis avaient encore Saint-Germain, Pontoise, Greil, que Riche- 
mont voulait, avant tout, leur reprendre. Il fallut de graves 
motifs pour l'empêcher de poursuivre une campagne si heureuse; 
mais la réorganisation de l'armée ne lui paraissait pas moins 
urgente, et il voulait que cette question fût enfin résolue dans 
les Etats généraux convoqués pour le 2o septembre *. Il avait 
obtenu que ces Etats fussent réunis à Paris '. Le roi, qui avait 
hâte de revenir sur la Loire, voulut ensuite que l'assemblée se 
tînt à Orléans, malgré les représentations qu'on put lui faire. 
Il quitta Paris à la fin de septembre. 

Richemont le suivit à Orléans, avec le duc de Bourbon, Gh. 
d'Anjou et le comte de La Marche. Bientôt arrivèrent les ambas- 
sadeurs des princes, notamment ceux des ducs d'Orléans, de 
Bourgogne, de Bretagne * et ceux des bonnes villes du royaume, 
non moins intéressées aux débats qui allaient s'ouvrir. Aucune 
assemblée, sous le règne de Charles VII, ne mérite au même titre 
le nom d'Etats généraux. Les députés des pays de Languedoc 
y avaient été convoqués, avec ceux de Languedoil '^j et on y 
agita les questions les plus importantes, celle de la paix avec 
l'Angleterre et celle de la réforme de l'armée. 

Le gouvernement anglais, las des difficultés qu'il éprouvait à 
soutenir la guerre ®, ne demandait pas mieux, malgré tous les 
efforts du duc de Glocester, que d'entrer en accommodement. 

1. Berry, 403-404. 

2. Fr. 26066, n» 3932. 

3. Voir un curieux passade d'une épître de J. Jouvenel des Ursins (évê- 
que de Beauvais) à Charles VII, cité par M. de Beaucourt dans la Revue des 
questions hisl., livraison du 1" juillet 1872, p. 114. — « Naguères et l'an- 
née passée, vous aviez ordonné à tenir vos trois Estas en la ville capitale 
de vostre royaume, c'est assavoir à Paris, pour le fait de la paix, auquel 
lieu tous les gens de vostre royaume estoient joyeulx de venir; mais à 
cop vous muastes votre ymaginacion et ordonnastes que on alast à Or- 
léans » (Fr. 5022, P^ 5-6; voir ci-dessus, p. 278, note 2). 

4. Avec le chancelier de Bretagne, Jean V envoya son fils Pierre, neveu 
de Richemont qui lui succéda comme duc de Bretagne. Voy. ci-dessus, 
p. 295, note 4. Pour le duc de Bourgogne, voir Fr. 26066, n» 3943, et Fr. 26069, 
n» 4490. 

5. Les députés de Languedoc comme ceux de Languedoil furent convo- 
qués pour le 25 septembre (Fr. 26066, n'^ 3932 et 3943). M. Thomas croit 
qu'ils ne furent pas convoqués, ou, du moins, qu'ils ne vinrent qu'en petit 
nombre. Il prétend que les Etats de Chinon (septembre 1428) sont les 
seuls, sous Charles VII, qui méritent véritablement le nom d'Etats géné- 
raux (A. Thomas, dans le Cabinet hist., t. XXIV, 208-209, et ci-dessus, 
p. 161-163). 

6. Proceedings, V, Préface, p. xxxiv. 



NÉGOCIATIONS INUTILES. ÉTATS d'ORLÉANS (1439) 297 

Comme il avait été convenu, des conférences avaient eu lieu à 
Gravelines, pendant les mois de juillet, août, septembre *. Les 
envoyés de Charles VII s'étaient montrés plus exigeants qu'au 
congrès d'Arras, en raison des succès qui, depuis 1435, avaient 
été remportés par les Français, surtout par le connétable * ; mais 
le principal obstacle fut l'obstination avec laquelle Henri VI 
refusait de renoncer au titre de roi de France ^. On n'avait donc 
pu s'entendre ; toutefois, il avait été convenu que les négocia- 
tions seraient prochainement reprises. De tous côtés on désirait 
la paix ; le pape, le concile, les ducs de Bourgogne, de Bretagne 
et d'Orléans proposaient leur médiation; enfin, à la cour même 
et dans le Conseil du roi, il y avait un parti de la paix '*. 

Les ambassadeurs qui avaient pris part aux conférences, c'est- 
à-dire le comte de Vendôme, Dunois ^, le chancelier, étaient 
revenus à Orléans. Quand les Etats furent ouverts, en présence 
du roi, de la reine de France, de la reine Yolande, des princes 
et du connétable, le chancelier Regnault de Chartres exposa tout 
ce qui avait été fait pour s'entendre avec les Anglais, en ajoutant 
qu'il y aurait de nouvelles conférences à Saint-Omer et que le 
roi demandait l'avis de l'assemblée. Après de longues délibéra- 
tions, elle se prononça pour la paix ^. 

La question de l'armée ne passionna pas moins les Etats. Ils 
furent, comme à l'ordinaire, l'écho des plaintes et des réclama- 
tions qui s'élevaient de toute la France et des pays voisins, de 
la Bourgogne, de la Lorraine, de l'Alsace, également ravagés 
par les gens de guerre ^. Jusqu'ici, toutes les mesures qu'on avait 

1. Les ambassadeurs français, Dunois, etc., étaient à Gravelines le 
28 juin, revenant de Saint-Omer, où ils avaient conduit Catherine de France 
et assisté à son mariage avec le comte de Charolais {Hist. de Bourg., IV, 235). 
Pendant ces négociations, les Anglais apprirent, le 19 août, la prise de 
Meaux, et le 3 septembre la capitulation du Marché iProceedings, V, 384, 
387, et aussi Préface, p. Lxn, lxiv). 

2. Proceedings, V, 399, et Préface, p. lxix et lxxvii. C'est un argument 
que la duchesse de Bourgogne fait valoir auprès du cardinal Beaufort. 

3. Fr. 5022, f» 23 v°. 

4. Sur ces négociations, voir Bréquigny, t. 81, f" 230 et suiv. ; t. 82, 
fos 34-42, 49-54, 59-68; Proceedings, V, 385 et suiv., et la Préface, p. xxxiv- 
LXix,Lxxvii; Hist. de Bourg., IV, 234-39, et Preuves, p.CLxniet suiv. ;Fr. 26065, 
n- 3756; Fr. 26066, nos 3315, 388O. 

5. Le bâtard d'Orléans venait de recevoir le comté de Dunois, le 21 juil- 
let, d'après le Portef. Font., 117-118, à la date. Pourtant il prend déjà ce 
litre dans un document du 30 juin [Hist. de Bourg., IV; Preuves., p. clxvi). 

6. Berry, p. 405. Voir l'épître de J. Jouvenel des Ursins, évêque de 
Beauvais, aux Etats d'Orléans (Fr. 5022, f»' 1-26). C'est un plaidoyer pour 
la paix. Il conclut à là convocation d'une nouvelle assemblée des Etats, à 
Paris, pour arriver à ce but (f» 26 v»). Voir aussi P.-L. Péchenard, J. Juvê- 
nal des Ursins, Paris, Thorin, 1876, in-8, p. 194-206. 

7. XI» 1482, fo 104. K 60, n» 2. J. Jouvenel des Ursins revient sans cesse 



298 ORDONNANCE DU 2 DÉCEMBRE (1439) 

décrétées n'avaient point empêché le fléau de grandir, parce 
qu'elles n'étaient pas appliquées. Le connétable, qui avait, le 
plus souvent, inspiré ces ordonnances, ne parvenait pas lui- 
même à les faire exécuter. Aidé par Yolande, par son fils 
Charles d'Anjou, par Pierre de Brezé, par des hommes aussi 
modestes qu'utiles, les frères Bureau, Etienne Chevalier, Jac- 
ques Cœur, qui jouissaient d'un grand crédit, Richemont sut 
faire prévaloir dans le Conseil du roi les réclamations des 
Etats. 

Le 2 novembre 1439 fut rendue la fameuse ordonnance d'Or- 
léans, qui commença la réforme de l'armée. Elle reproduit avec 
plus de précision et de force l'ordonnance du 22 décembre 1438, 
due à l'initiative du connétable * ; mais elle ne se borne pas à 
rendre les capitaines responsables de leurs gens, à prescrire contre 
eux des poursuites rigoureuses ; elle attaque le mal dans sa racine, 
en posant ce principe, que le roi seul a le droit de lever des troupes. 
Les seigneurs peuvent avoir des garnisons dans leurs châteaux ; 
ils ne peuvent plus s'intituler, de leur propre autorité, capitaines 
de gens d'armes et courir le pays avec des compagnies, sous 
prétexte d'çiller combattre les ennemis. Nul ne peut désormais 
être capitaine de gens d'armes, s'il n'est nommé par le roi. — 
Les capitaines choisiront leurs gens, mais sans pouvoir jamais 
dépasser l'effectif fixé par le roi. — Les compagnies devront 
rester dans les garnisons qui leur seront assignées, aux frontières, 
sans jamais les quitter, pour aller vivre sur le pays. Tous les 
sujets du roi, nobles ou autres, sont autorisés à repousser les 
pillards par la force ; ceux qui les livreront à la justice auront 
même droit à leurs dépouilles. — Les seigneurs qui ont des 
garnisons dans leurs châteaux devront les entretenir à leurs pro- 
pres frais, sans pouvoir prélever, pour cela, aucune taxe extraor- 
dinaire sur leurs vassaux et surtout sans pouvoir détourner aucun 
denier des tailles ou des aides, comme ils le faisaient trop sou- 
vent. — Enfin, le roi s'interdit à lui-même le droit de donner des 
lettres de rémission aux délinquants, et, s'il leur en accorde, on 
n'en devra tenir aucun compte ! 

Telles sont les principales dispositions de cette ordonnance 

sur ce sujet, dans son épître aux Etats de 1439 (Fr. ^022, passim ; î°^ 20 v, 
26, par exemple). 

1. Voy. ci-dessus, p. 283. Par un étrange oubli, le préambule de l'ordon- 
nance ne mentionne même pas Richemont parmi ceux qui conseillèrent le 
roi dans ces circonstances, mais on y trouve le nom du duc de Bourbon 1 
Déjà, au moment du siège de Meaux, le duc de Bourbon tenait une conduite 
factieuse; il engageait les capitaines de gens d'armes à désobéir au roi, à 
ne pas aller au siège de Meaux (Doat, IX, p. 227). Quant à Richemont, il 
était alors au siège d'Avranches. 



DIFFICULTÉ d'appliquer l'ordonnance (1439) 299 

célèbre *. Elles ne sont pas nouvelles, pour la plupart; mais, 
promulguées avec cette solennité, acclamées par les Etats géné- 
raux, elles ont une importance vraiment exceptionnelle. Elles 
n'atteignent pas seulement les routiers, les écorcheurs, les capi- 
taines d'aventure, tous ceux, en un mot, qui vivaient de la 
guerre, même en temps de paix et en pays ami; elles attaquent 
aussi la féodalité dans ses abus invétérés, qu'elle considérait 
comme ses privilèges. 

L'application de cette ordonnance devait donc rencontrer 
bien des difficultés, dont la moindre n'était pas la faiblesse du 
roi ^. Faire un bon choix parmi les gens de guerre, habituer à 
la discipline ceux qui seraient conservés, se débarrasser des 
autres, sans provoquer de graves désordres, tout cela n'était 
point chose facile. Cette tâche ardue incombait au connétable. 
Avant que l'ordonnance fût signée, il se fit donner l'ordre d'em- 
mener en Normandie « grand nombre de gens tenans les 
champs, qui n'estoient point souldoyez ^. » C'étaient les troupes 
qui avaient été au siège de Meaux. Il "fallait en débarrasser les 
environs de Paris, qui avaient déjà tant souffert, et faciliter 
l'exécution de l'ordonnance. 

Les Anglais avaient surtout dirigé leurs entreprises contre le 
pays de Caux *, mais ce ne fut point de ce côté que Richemont 
conduisit ses troupes. Il marcha sur Avranches avec le maréchal 
de Lohéac et le duc d'Alençon, qu'il avait appelé auprès de lui. 
Il voulait sans doute soustraire ce jeune prince aux mauvais 
conseils du duc de Bourbon, et, en attaquant Avranches, il espé- 
rait peut-être trouver des secours en Bretagne. Il mit le siège 
devant Avranches, au mois de décembre ^ ; mais il manquait 
d'artillerie, de manœuvres, d'argent; et il avait dans son armée 
beaucoup de routiers ^, dont l'indiscipline ordinaire était encore 
accrue par le mécontentement, l'inquiétude, l'esprit de révolte. 
Déjà se machinait la Praguerie ^ Quant au duc de Bretagne, non 



1. Ordonnances, XIII, 306-311. L'ordonnance d'Orléans fut aussitôt pu- 
bliée dans tout le royaume, et le roi commanda expressément aux baillis et 
aux juges de poursuivre et de punir les délinquants (voir X^a 22, aux dates 
du jeudi 12 novembre 1439 et du jeudi 16 mai 1443; Fr. 23283, à la fin). 

2. On avait eu raison de prévoir qu'il accorderait des lettres de rémission. 

3. Gruel, 214. 

4. Ils y avaient pris Fécamp, Lillebonne et essayé de recouvrer Harfleur 
par trahison (voir Fr. 26065, nos 3703, 3713, 3732, 3738; Fr. 25775, n» 1412). 

5. Gruel, 214. C'était avant Noël, car Richemont était le 20 décembre 
devant Avranches (K 65, n" 1523). Voir Appencl. LXXV. 

6. Berry le dit formellement, p. 406. 

7. Voir Le Baud, p. 486. Les seigneurs, dit-il, qui étaient à ce siège, 
n'étaient pas bien d'accord, « mais déjà se machinait une praguerie. » 



300 RICHEMONT ÉCHOUE DEVANT AVRANCHES (1439, 23 DEC.) 

seulement il ne fit rien pour venir en aide à son frère, mais il 
offrit même ses services au roi d'Angleterre K 

Dans ces conditions, le succès était fort douteux, d'autant plus 
que Somerset et Warwick envoyaient à ceux d'Avranches des 
renforts considérables avec le comte de Dorset, Talbot, Th. de 
Scales et Fauquemberge ^. Ils furent arrêtés pendant plusieurs 
jours devant la Sée, petite rivière qui coule un peu au nord de 
la ville. Français et Anglais, rangés en bataille sur chaque rive, 
s'observèrent quelque temps. Les Anglais s'étaient établis au 
pont Gilbert, tout près d'Avranches. Quant aux Français, ils 
allaient, chaque soir, coucher dans les villages voisins, malgré 
la défense de Richemont. « Et vous certifie qu'il estoit nuict 
qu'il ne demeuroit pas à mon dict seigneur le connestable quatre 
cens combatans, et Dieu scait qu'il y endura '. » 

Une nuit, les Anglais, ayant découvert un gué, traversèrent la 
rivière, sans que le connétable, abandonné par la plus grande 
partie de son armée, fût en mesure de les arrêter ou de les 
suivre. Les ennemis tombèrent alors sur le camp français, pri- 
rent ou mirent en fuite ceux qui le gardaient et entrèrent dans 
la ville. A cette nouvelle , ce fut un sauve-qui-peut général 
parmi les routiers. Ils couraient en désordre vers Pontaubault*, 
où ils pouvaient passer la Sélune, pour se réfugier en Bretagne. 
En vain Richemont, avec un petit nombre des siens, essayait 
d'arrêter cette déroute. Antoine de Ghabannes et Blanchefort 
vinrent lui dire que, personnellement, ils ne l'abandonneraient 
pas, mais que, « s'il ne s'en alloit, il demeureroit tout seul, et 
que, de tous leurs gens, ils n'en avoient pas dix. » D'autres capi- 
taines lui firent la même déclaration, en le pressant de ne pas 
s'obstiner à une résistance impossible. Ils l'entraînèrent, pour 
ainsi dire malgré lui, jusqu'à Dol. Il ne lui restait pas même 
cent lances ^. Cette déroute d'Avranches, comme celle qu'il 



1. Voir dans les Preuves de VHist. de Bretagne, t. II, col. 1326, une pièce 
du 4 février 1439 (a. st.). 

2. Le comte de Somerset était capitaine d'Avranches et de Ciierbourg 
(Fr. 23773, nos 1406, 1430, 1432). Son frère, Edmond Beaufort, comte de Dorset, 
était capitaine d'AIencon (Fr. 26066, n° 3824 ; voir aussi nos 3910, 3915). 

3. Gruel, 215. 

4. Arrondissement d'Avranches. 

5. C'était le mercredi 23 décembre (voir Fr. 26066, n° 3920). Pendant le 
siège d'Avranches, le sire de Bueil enleva aux Anglais Sainte-Suzanne, la 
plus forte place du pays, celle qui nuisait le plus au Maine et à l'Anjou 
(J. Chartier, I, 252, et Berry, 405). Sur ce siège d'Avranches, voir, outré 
Gruel, J. Chartier, I, 250-232, qui est plus précis que d'ordinaire; Martial 
d'Auvergne, I, 167-169; Berry, 406; S. Luce, Chron. du Mont-Saint-Michel. 
39-40 ; Fr. 5022, f" 20 ; Fr. 26066, u» 3920 ; Fr. 26067, n° 4041 ; Fr. 26068, 



MESURES CONTRE LES ROUTIERS (1440) 301 

avait éprouvée non loin de là, quatorze ans auparavant, à Saint- 
James-de-Beuvron, était due aux mômes causes, à l'indiscipline 
des troupes françaises, à l'infériorité de leur organisation. 

Ce dernier échec n'était pas très grave, mais il montrait une 
fois de plus Turgence des réformes décrétées à Orléans; il servit 
d'argument à Richemont, qui se hâta de revenir auprès du roi, 
pour lui porter ses plaintes et réclamer des mesures énergiques. 
Charles VII manda aussitôt à Angers les capitaines qui avaient 
pris part à l'expédition. Là, en présence du connétable, il leur 
demanda pourquoi ils s'étaient « si lâchement gouvernés » de- 
vant Avranches. Il décida qu'à l'avenir il serait interdit aux 
gens d'armes de traîner avec eux des bagages, des femmes, des 
valets et autre coquinaille qui n'était bonne qu'à détruire le 
pauvre peuple. Après avoir désigné les capitaines des compa- 
gnies, il ordonna « de mettre ses gens d'armes es frontières, 
chacun homme d'armes ayant trois chevaux *. » Désormais les 
capitaines institués par le roi devaient, tous les mois, faire leurs 
montres devant le connétable et recevoir la solde de leurs trou- 
pes. Les autres étaient tenus de licencier leurs compagnies. 

Ensuite le roi fit distribuer à ses capitaines de l'argent, des 
armes, leur assigna des garnisons aux frontières, reçut leurs 
serments d'obéissance ^. En outre, le Dauphin, qui venait de 
conduire une expédition contre les Anglais dans la Guyenne et 
contre les routiers dont les Languedoc , était chargé d'aller 
réprimer les brigandages d'autres routiers dans le Poitou et la 
Saintonge ^. Richemont, après tant d'efforts, avait enfin obtenu 
gain de cause, et il était déjà reparti pour son gouvernement de 
rile-de-France, quand une révolte désastreuse entrava encore 
la réforme de l'armée et la guerre contre les Anglais. 

n" 4372. Le connétable avait environ 6 000 hommes. D'après le Bourg, de 
Paris, p. 331, il en avait 40 000 contre 8 000 Anglais! 

1. Berry, p. 406. D'après Martial d'Auvergne, un homme d'armes, ou 
lance, aura cinq chevaux, un coutillier, deux archers « et son gros varlct 
et paige » (t. I, 170). 

2. Voir Berry, p. 406, 407, le seul chroniqueur qui donne ces détails, 
confirmés d'ailleurs par un document précieux. C'est un mémoire dont la 
copie se trouve dans le t. IX de la collection Doat, f" 226-252. Elle a été 
reproduite dans l'édition de Mathieu d'Escouchy, par M. de Beaucourt, 
t. III, p. 4 et suiv. Voir aussi Martial d'Auvergne, I, 169-170. 

3. Voir Fr. 6960, c'est-à-dire Legrand, t. I, p. 9. Sur l'expédition du 
Dauphin en Guyenne et dans le Languedoc, voir Fr. 6965, c'est-à-dire Le- 
grand, VI, fos 27-36 et f' 67. Le comte de Huntingdon avait été envoyé dans 
la Saintonge et le Bordelais (JJ 178, f» 13 v»; Fr. 20886, n» 116; Fr. 26066, 
no» 3818, 3864, 3870, 3885, 3888, 3901, 3917, 3929 ; Pièces originales, t. 47, 
dossier Amboise, n" 1046, pièce 71 ; Tuetey, Les Écorchews, 1, 124; Quicherat, 
Rod. de Villandmndo, p. 172-173; J. Stevenson, 11,2* partie, p. 439 ; Portef. 
Font., 117-118, aux dates des 6, 13, 20 octobre 1439; K 65, n»' 5-10, 11). 



CHAPITRE IV 

LA PRAGUERIE. LA JOURNÉE DE TARTAS. LA TRÊVE DE TOURS. 
l'expédition de LORRAINE (1440-1445) 



La Praguerie. — Energie du connétable. — Il rend de grands services au 
roi. — Il conclut un arrangement avantageux avec Jean V. — Délivrance 
de Charles d'Orléans. — Les Anglais prennent Harfleur, les Français Con- 
ches et Louviers. — Le roi et le connétable vont châtier les Echorcheurs 
en Champagne et en Lorraine. — Intrigues de Charles d'Orléans. — Ri- 
cbemont prend Greil et assiège Pontoise. — Prise de Pontoise. — Char- 
les VII à Paris. — Richemont le suit sur la Loire, puis va en Bretagne. 

— Jean V abandonne la Praguerie. — Mort de la duchesse de Guyenne. 

— Soumission du duc d'Orléans. — Le connétable fait, avec le roi, une 
expédition en Guyenne. — La journée de Tartas. — Prise de Saint- 
Sever et de Dax. — Richemont épouse Jeanne d'Albret. — Mort de 
Jean V. — Richemont se rend en Bretagne. — Mort de Yolande d'Ara- 
gon. — Mesures répressives contre les routiers. — Les Anglais échouent 
devant Dieppe. — Expédition infructueuse de Somerset. — L'Angleterre 
désire la paix. — Conférences de Tours. — Le connétable y amène son 
neveu le duc de Bretagne. — Trêve de Tours. — Expéditions de Lor- 
raine et d'Alsace. — Richemont accompagne le roi. — Il perd sa seconde 
femme et épouse Catherine de Luxembourg. — Différend avec Pierre de 
Brézé. 



Le principal instigateur de cette insurrection féodale et mili- 
taire qu'on appelle la Praguerie fut le duc de Bourbon. Ce 
prince, qui avait rendu des services avant le traité d'Arras, ne 
pouvait se résigner au rôle effacé qu'il avait eu depuis cette 
époque. Assez ambitieux pour convoiter le pouvoir, sans pos- 
séder les talents qui l'en eussent rendu digne, il s'irritait de voir 
au premier rang Gh. d'Anjou et le connétable. Dédaignant d'oc- 
cuper à côté d'eux la place qu'on lui eût accordée volontiers, il 
n'aspirait qu'à s'élever au-dessus de tous. Son esprit chagrin 
et jaloux formait les plus dangereux desseins. Il voulait mettre 
le roi en tutelle, donner la régence au dauphin Louis, qui avait 
alors seize ans et demi, et s'emparer ainsi du gouvernement. 



LE DUC DE BOURBON. LA PRAGUERIE (1440, FÉVRIER) 303 

Son programme, c'était la paix, la paix que le peuple réclamait 
et qui eût permis de diminuer les impôts. Sous ce prétexte, il 
s'entendait avec les ducs de Bourgogne, de Bretagne ^ et d'Or- 
léans , qui s'étaient déjà portés comme médiateurs entre la 
France et l'Angleterre ; mais il ne se bornait pas à une interven- 
tion désintéressée, et, comme s'il eût été impossible de travailler 
au bien de l'État sans l'ébranler par une révolution^ il ne recu- 
lait pas devant la guerre civile. 

Déjà les intrigues qu'il formait, depuis 1436, avaient échoué *. 
A l'époque des États d'Orléans, il avait poussé le Dauphin à la 
révolte. Quand les routiers étaient revenus d'Avranches, il avait 
voulu se servir d'eux pour prendre le château d'Angers, où était 
le roi, et « tuer les plus prochains et principaux serviteurs qui 
estoient entour luy » ^. Jamais il n'avait trouvé une occasion 
aussi propice qu'en ce moment. Nobles et gens d'armes, mécon- 
tents des réformes militaires, étaient disposés à soutenir ceux 
qui les voulaient empêcher. Le duc d'Alençon, le comte de Ven- 
dôme, G. de La Trémoille, le maréchal de La Fayette, le sire de 
Chaumont, le bâtard d'Orléans * lui-même faisaient cause com- 
mune avec le duc de Bourbon. Ils occupaient des places fortes 
dans le Poitou, la Touraine, le Berry, l'Ile-de-France ^ Les rou- 
tiers que le roi n'avait pas voulu garder à son service leur four- 
nissaient une armée toute prête, et ceux mêmes qui, en vertu 
d'une commission régulière, tenaient garnison contre les en- 
nemis*, avaient, pour la plupart, trahi leurs serments. 

La révolte éclata dès le mois de février 1440. Pendant que 
le duc d'Alençon allait se concerter avec le Dauphin et Dunois 

1. Preuves.de l'hist. de Bretagne,!!, col. 1325. P 13582, cote 595. Le duc de 
Bourbon, par lettres du 12 janvier, le duc de Bourgogne, par lettres du 
18 janvier, font alliance avec le duc de Bretagne (Turnus Brutus, f<" 70 et 
70 v). En janvier aussi, J. de Blanchefort et L. de Valperga s'engagent en- 
vers le duc de Bretagne {ibid., î<" 70 v» et 71, et Fr. 22332, f<" 221-222). Voir 
les plaintes et réclamations du duc de Bourbon dans le t. III de l'édition 
de M. d'Escouchy, par M. de Beaucourt, 82-83. Plaintes des autres chefs 
de la Praguerie, ibid., p. 78-85. 

2. En 1436, 1437, 1439 (Vallet de V., Charles VII, t. II, p. 376, 379-381 ; Doat, 
IX, 227). Voir ci-dessus, p. 269, note 7. 

3. M. d'Escouchy, III, p. 8. 

4. On est étonné de trouver ici le maréchal de La Fayette, qui, d'après 
Vallet de V. {Charles VII, t. II, 402), était l'un des principaux auteurs de la 
réforme militaire. Quant au bâtard d'Orléans, le duc de Bourbon lui avait 
fait croire que le roi ne voulait point la délivrance du duc d'Orléans 
(voir le t. III de M. d'Escouchy, p. 7). 

5. Notamment Corbeil et le bois de Vincennes {Journal de J. Maupoint, 
p. 26). 

6. Antoine et Jacques de Ghabannes, le bâtard de Bourbon, les deux 
Blanchefort, Jean d'Apchier, Valperga. 



304 LA PRAGUERIE (1440, FÉVRIER) 

à Niort *, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, G. de 
La Trémoille et plusieurs capitaines des compagnies du roi se 
réunissaient à Blois, ville qui appartenait au duc d'Orléans. 
Charles VII se rendait d'Angers à Bourges, où il avait convoqué 
les États généraux pour le 15 février*, quand il apprit, à Tours, 
ce qui se passait. Il n'osa pas aller plus loin qu'Amboise, crai- 
gnant de tomber entre les mains des rebelles. Il envoya Poton 
de Saintrailles et Gaucourt demander au duc de Bourbon ce 
qu'il voulait et lui remontrer le grand mal qu'il allait faire au 
roi et au royaume. Le duc leur répondit « oultrageuses et des- 
honnestes paroles ». 

Le connétable, qui venait de quitter Charles VII pour re- 
tourner à Paris, avait dû passer par Blois ', et y avait reçu un 
mauvais accueil. Les rebelles (et parmi eux se trouvait G. de La 
Trémoille) l'avaient accablé des invectives les plus violentes. 
Dunois s'était montré encore plus agressif que les autres, comme 
s'il eût voulu le pousser à bout, pour avoir l'occasion de mettre 
la main sur lui. Richemont avait su se contenir * ; mais il se fût 
difficilement tiré de ce mauvais pas, si Antoine de Ghabannes, qui 
fut toujours prudent et avisé, n'avait fait observer que, à retenir 
le connétable, on risquait de livrer aux Anglais l'Ile-de-France, 
dont il avait le gouvernement. Ils le laissèrent partir, non sans 
regret. Pour eux, c'était une faute, dont ils sentirent bientôt les 
conséquences. 

Richemont n'avait pas dépassé Beaugency, quand Gaucourt et 
Saintrailles vinrent lui dire que le roi le priait d'accourir au 
plus vite ; que le duc d'Alençon avait chassé le comte de La 
Marche ^, conseiller du Dauphin ; que les amis de La Trémoille 



1. A. Thomas, Etals provinciaux, I, 321-322. 

2. Fr. 26066, n<>''3932et3943. Ces Etats attendirent près de six mois le roi, 
sans qu'il pût venir, ni personne de sa part (Fr. 6960, f» 14; A'oir aussi Y* 
fo» 43, 64-65). 

3. D'après Legrand, t. I, 17 (Fr. 6960), Richemont aurait été envoyé, avec 
Gaucourt, vers les rebelles, pour ramener le Dauphin. 

4. Lors de la déroute d'Avranches, Ant. de Ghabannes ne l'avait pas 
abandonné (voir ci-dessus, p. 300). 11 n'est pas impossible que Richemont 
ait fait aux rebelles quelques promesses, pour leur échapper. Gruel dit 
qu'il dissimula, et Legrand, dans son histoire manuscrite de Louis XI, pré- 
tend que Richemont se serait joint à eux, si La Trémoille n'avait pas été 
de leur parti. II ne donne d'ailleurs aucune preuve de cette assertion (voir 
Fr. 6990, f» 17; voir aussi Fr. 10449, f» 269). Cette supposition ne manque- 
rait pas de vraisemblance, si la Praguerie avait commencé quelques mois 
plus tôt, c'est-à-dire à l'époque où Richemont voulait abandonner son 
commandement. Quant à La Trémoille, il s'était allié intimement avec le 
Dauphin (Redet, Catal. de D. Fonteneau, p. 337). 

5. Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, qui s'appelait comte de La 



ÉNERGIE DU CONNÉTABLE (1440) 305 

s'insurgeaient dans le Poitou ; que le sire de Ghaumont refusait 
à son souverain l'entrée du château de Loches. Jamais le con- 
nétable n'avait eu l'occasion de jouer un rôle aussi décisif. Il 
était maintenant appelé à défendre le roi contre La Trémoille, 
contre son propre neveu, le duc d'Alençon, contre son beau-frère, 
le duc de Bourbon. S'il eût manqué à Charles VII dans cette crise 
périlleuse, on ne sait ce qui serait advenu du roi et de la France. 
D'ailleurs, Richemont défendait ici ses propres intérêts, ses idées, 
son œuvre. La ligue en voulait aux conseillers du roi, plus en- 
core qu'au roi lui-même. Elle visait à le leur prendre, pour 
gouverner en son nom, comme elle leur avait déjà pris le Dau- 
phin. C'est un spectacle vraiment curieux que de voir un des 
plus grands seigneurs de l'époque, un futur duc de Bretagne, 
défendant le pouvoir royal contre la féodalité *. 

On peut dire tout de suite que le connétable fut à la hauteur de 
cette tâche et que jamais il ne montra plus de décision et d'éner- 
gie. Equiper un bateau, le charger de ses gens les plus dévoués, 
passer résolument sous le pont de Blois, pendant la nuit, descendre 
la Loire jusqu'à Amboise, tout cela fut accompli avec autant de 
promptitude que de bonheur. Quand on annonça son arrivée au 
roi, que l'inquiétude tenait éveillé, il lui « feit grand chère et 
dist, puisqu'il avoit le connestable, que plus ne craignoit rien *. » 

De son côté, le roi avait agi avec vigueur. Il avait fait saisir le 
petit Blanchefort et dresser un échafaud sur lequel on allait lui 
couper la tête, quand Richemont obtint sa grâce, en se portant 
garant de sa fidélité pour l'avenir. Cet acte de clémence, qui, 
venant du connétable, ne pouvait être considéré comme une 
marque de faiblesse, était habile. D'ailleurs la répression des 
rebelles ne se fit pas attendre. Des lettres furent envoyées par- 
tout aux bonnes villes, pour défendre de recevoir le Dauphin et 
ses complices ^. « Le connestable, incontinent qu'il fut arrivé, 



Marche depuis la mort de son beau-père, Jacques II de Bourbon, comte de 
La Marche {+ 1438) [Anselme,!, 320; III, 427]. G. Chastellain, qui a connu 
Bernard d'Armagnac, a dit de lui qu'il « donnoit exemple d'un excellent 
singulier mirouer de toute bonne vie » (G. de Chastellain, édit. Kervyn 
de Lettenhove, t. I, notice XV). 

1. On n'a pas fait ressortir assez ce côté de la Praguerie, c'est-à-dire la 
lutte entre les conseillers de Charles VII et les princes qui voulaient leur 
enlever le pouvoir, non plus que l'importance de cette lutte, au point de 
vue de la politique extérieure, les uns voulant la guerre, les autres la paix 
avec l'Angleterre. Le duc d'Orléans s'était engagé vis-à-vis de Henri VI à 
faire la paix, et pour cela il fallait qu'il eût le pouvoir. 

2. Gruel, 215. 

3. Ces lettres furent envoyées à Compiègne, et probablement dans les 
autres villes, dès le commencement de mars (D. Grenier, t. XX Ois, liasse 9, 

Richemont. 20 



306 SERVICES RENDUS AU ROI PAR RICHEMOINT (4440) 

dist au roy qu'il prinst les champs, et qu'il luy souvinst du 
roy Richard, et qu'il ne s'enfermast point en ville ne en 
place ^ » Bien secondé par ses Bretons, par le maréchal de 
Lohéac, par l'amiral de Goëtivy, par Pierre de Brézé, qui 
trouva là une occasion de faire une brillante fortune, Riche- 
mont marcha aussitôt sur Loches, où était le duc de Bourbon, 
fit attaquer, dans les faubourgs de cette ville, les routiers, 
commandés par Antoine de Chabannes, le grand Blanchefort, 
Jean d'Apchier 2 et les mit en déroute. Le roi arriva le lende- 
main et voulut assiéger le duc de Bourbon dans le château de 
Loches; mais ce prince s'enfuit, de grand matin, pour aller en 
Auvergne continuer la guerre. 

Cependant le duc d'Alençon, avec Jean de La Roche, avait pris 
Melle et attaqué Saint-Maixent ^. Le roi, sans perdre un jour, 
vint assiéger Melle, avec le connétabe et le comte de La Marche, 
puis il s'avança jusqu'à Niort, pour reprendre son fils au duc 
d'Alençon *. Celui-ci , déconcerté par une attaque aussi sou- 
daine, feignit de vouloir négocier, par l'entremise du comte de 
La Marche et du connétable, ses oncles ° ; mais il ne cherchait 
qu'à gagner du temps, pour attendre le duc de Bourbon. Quand 
il sut que le duc avait été réduit à s'enfuir, il n'eut pas honte de 
demander secours au comte de Huntingdon^ qui commandait 
les Anglais en Guyenne ^. 

Le roi était revenu à Poitiers, dans l'intention de se rendre à 
Bourges, où l'attendaient les États, quand il fut informé que le 
duc d'Alençon et Jean de La Roche avaient pris le château et 
la ville de Saint-Maixent ; que les habitants défendaient encore 
une des portes et l'abbaye ; mais qu'ils allaient succomber, s'ils 
n'étaient promptement secourus. Aussitôt ' le roi monte à 



fo 19), à Reims, à Narbonne dès le 24 février (Fr. 1483 [nouvelles acquisi- 
tions], à l'année 1440, n"» 18, 22, 29). 

1. Gruel, 213. M. d'Escouchy, III, p. 11. 

2. Il y avait Jean et Guy de Blanchefort, autrement dits le grand et le 
petit Blanchefort, Jean el François d'Apchier, tous routiers (JJ 177, 
f„. li^ vo^ 160; JJ 178, f» 2\ ; A. Tuetey, Les Ecorcheurs, l, 161, 163). 

3. Arrondissement de Niort. 

4. Le duc d'Alençon avait acheté la ville et la châtellenie de Niort à 
Charles VII, le 28 août 1423 (Xi^ 8604, fo» 67-68; K 168, n» 22). 

5. Le duc d'Alençon avait épousé Isabelle d'Armagnac, nièce du comte de 
La Marche. 

6. Le mémoire Doat ajoute que le comte de Huntingdon n'envoya pas 
de secours, et pourtant Monstrelet et Gruel disent qu'il y avait des Anglais 
parmi les troupes des rebelles. — Le duc de Bretagne était toujours en 
relations avec Henri VI (Bréquigny, 82, f« 107). 

7. Le jour de la Quasimodo, d'après le mémoire Doat, c'est-à-dire le 



DÉFAITE DES REBELLES (1440, AVRIL-JUILLET) 307 

cheval, avec le connétable, l'amiral, Pierre de Brézé, Raoul de 
Gaucourt. Il arrive, le soir même, à Saint-Maixent, et entre dans 
la ville, pendant que les rebelles, effrayés, se réfugient dans le 
château. Après un siège de huit ou dix jours, ils sont réduits à 
so rendre. Les routiers de Jean de La Roche sont décapités ; mais 
les gens du duc d'Alençon, qui avaient toujours bien servi le roi 
auparavant, sont épargnés, grâce à l'intervention du connétable *. 

Pendant ce siège, le duc d'Alençon s'était enfui, avec le Dau- 
phin. Ils étaient allés rejoindre le duc de Bourbon en Auvergne. 
Le roi se met à leur poursuite, avec le connétable, Ch. d'Anjou, 
le comte de La Marche, Saintrailles, Gaucourt, Brézé, Robert 
de Floques, sans dégarnir le Poitou, la Touraine, le Berry, 
l'Ile-de-France, où ses troupes combattent les autres rebelles. 
Ceux-ci pouvaient déjà comprendre que leur cause était fort 
compromise. Le peuple, sur lequel ils avaient compté, se pro- 
nonçait pour le roi; le duc de Bourgogne ne voulait pas leur 
fournir de secours matériels ; Dunois lui-même venait faire sa 
soumission, en s'excusant d'avoir voulu arrêter le connétable 
à Blois. Bien accueilli dans la plupart des villes, Charles VII 
prend celles qui veulent résister, Chambon *, où le connétable 
sauve la vie aux habitants réfugiés dans leur église ^, Char- 
roux *, Ebreuil ^, Aigueperse ', occupe toutes les places de la 
Limagne, excepté Riom, entre à Montferrand, à Glermont, qui 
ont refusé d'ouvrir leurs portes au Dauphin, et, tout en accep- 
tant la médiation du duc de Bourgone et du comte d'Eu, il réduit 
les rebelles à l'impuissance, par la soumission du Bourbonnais 
et du Forez (avril-juillet). 

Le 17 juillet, le roi écrivait aux bonnes villes pour les informer 
qu'il avait reçu en grâce, à Gusset '', le iDauphin et le duc de Bour- 

3 avril. L'abbé de Saint-Maixent « fut cause de mettre la ville en la main 
du roy » (X»» 4799, f» 142 v"). 

1. Fr. 20584, f 40, n" 60, 61. X»» 4798, f» 246 v». X^» 20, f°« 32 v, 34. JJ 
177, f° 124 v". Le roi avait donné Saint-Maixent à la dame de La Roche- 
Guyon, qui avait mieux aimé perdre ses biens que de subir la domination 
anglaise. Il lui reprit cette ville en 1443 et lui donna Corbeil en compen- 
sation, puis il donna Saint-Maixent, avec Melle, Civray, Gien, etc., à Ch. 
d'Anjou, comte de Mortain et du Maine (X«a 4799, P' 236 v», 273; X^» 1482, 
f» 249). Avantages accordés à Saint-Maix£nt, en 1440 et 1441 (Redet, Catal. 
de D. Fonteneau, p. 337). 

2. Arrondissement de Boussac. 

3. C'est Berry qui fait connaître ce détail (p. 409). Le connétable exigea 
d'eux toutefois qu'ils payeraient 600 écus à Brézé et à Rob. de Floques. 

4. Arrondissement de Gannat. 

5. Arrondissement de Gannat (Allier). 

6. Arrondissement de Riom (Puy-de-Dôme). 

7. Arrondiasement de Lapalisse (Allier). 



308 RÉPRESSIO.N DE LA PRAGLERIE (1440, JUILLET) 

bon, venus vers « lui en toute humilité et obéissance * ». En leur 
pardonnant, Charles VII exigea d'eux, outre le renvoi de leurs 
troupes, l'engagement d'observer l'ordonnance relative aux 
gens de guerre, « car toute la guerre du royaume appartient au 
roy et à ses officiers et non à autres, et n'est nul si grand audit 
royaume qui puisse ou doive mouvoir guerre, ne tenir gens 
d'armes en icelluy, sans l'auctorité, commission et mandement du 
roy; et qui fait le contraire doit perdre et confisquer corps et 
biens envers luy, selon les droits ^ » Quelques jours après (27 juil- 
let), Charles VII déclarait confisqués les biens de feu Jacques de 
Pailly, dit Forte-Epice, un de ces dangereux pillards qui avaient 
impunément bravé le connétable. D'autres routiers, qui conti- 
nuaient leurs ravages-dans le Poitou, furent punis par la confisca- 
tion de leurs biens et bannis du royaume ^. 

Cette énergique répression de la Praguerie était un triomphe 
pour Richemont autant que pour le roi. Si l'épreuve avait été pé- 
rilleuse, il en sortait plus fort, plus décidé à poursuivre ses ré- 
formes, armé d'une autorité plus grande pour les réaliser. Avant 
de quitter Charles VII, il fut chargé tout spécialement de faire 
emprisonner et juger ceux qui auraient enfreint l'ordonnance du 
2 novembre 1439, corroborée par la convention de Gusset *. 

Laissant Charles VII victorieux en Auvergne, Richemont re- 
vint à Paris, prendre possession des places que le duc de 
Bourbon devait rendre au roi ^ Vincennes, Corbeil, Brie-Gomte- 

1. Lettres d'abolition pour le duc de Bourbon et pour ses complices, le 
15 juillet (P 13722, cote 2099). La paix fut publiée à Paris le jeudi 28 juillet. 
Voir, dans Y* f» 43, les lettres adressées au prévôt de Paris. Elles sont 
reproduites dans l'édition du Bourgeois de Paris de M. Tuetey, p. 3S3, 
note 1. Par lettres données le 2 septembre, à Bourges, le roi interdit toute 
poursuite à l'occasion de la Praguerie (X^* 8605, f" 74 v», 75J. 

2. M. d'Escouchy, 111 {Preuves), p. 18. 

3. Y* fo' 43 \o, 46. X2a 23, ^ 339, et A. Tuetey, Les Ecorcheuvs, t. I, p. 
127-129. Jacques de Chabannes perdit sa charge de sénéchal de Toulouse, 
qu'il avait obtenue peu auparavant (JJ 178, fo 125 v» ; X'» 4798, f» 122). 

4. X2a 22, au lundi 19 octobre 1440. Voir aussi Append. LXII. — Sur la Pra- 
guerie, voir le mémoire publié dans le t. III de l'édition de M. . d'Escou- 
chy par M. de Beaucourt, p. 1-29; Portef. Font., 117-118, aux dates du 
2 mai et du 5 juillet; X^» 8603, fo» 70 vo, 71 ; Fr. 25711, n" iZ^ ; Pièces orig., 
t. 207, dossier Barton, pièce n» 28; Fr. 20384, n»' 60, 61; JJ 177, n» 182; 
Lat. 6020, f" 67 ; Legrand, t. I (Fr. 6960), f» 15 et suiv. ; t. VI (Fr. 6965), 
fo» 69-71, 89, 102-103, 106-114, Parmi les chroniqueurs, outre Gruel, voir 
surtout Berry, qui est le plus complet, p. 407-411; Monstrelet, V, 410-416: 
J. Chartier, I, 233-259; Martial d'Auvergne, I, 170-179; Chron. Martinienne, 
f" ccLxxxv V, ccLXXXvi; H.-A. Briquet, Hist. de Niort, Niort, 1832, 2 vol. in-8, 
t. I, p. 109-110; i/w^ de Bourg., IV, p. 243-44, Duclos, Hist. de Louis XI, La. 
Haye, 1745, 3 vol. in-12, t. I, p. 17 et suiv.; t. III, 15-19. 

5. Ce ne fut pas sans difficulté que ces places furent rendues (voy. Ap- 
pend. LXXII). Il semble même que les gens du duc de Bourbon gardèrent 



ARRANGEMEiNT ENTRE JEAN V ET RICHEMONT (1440, 24 AOUT) 309 

Robert *, puis il alla en Bretagne. Le duc son frère s'était com- 
promis dans la Praguerie *. Malgré l'amnistie généreusement 
accordée par le roi, il n'était pas rassuré sur les suites de cette 
imprudence. Pour se prémunir contre tout danger, il obtint de 
Richement une promesse d'assistance éventuelle, dans le cas où 
la Bretagne serait attaquée par les troupes du roi, c'est-à-dire 
par les routiers, ou par d'autres. Le connétable s'engageait à 
empêcher toute invasion en Bretagne et à venir, au besoin, s'y 
opposer lui-même (22 août) ^. 

Si le document qui révèle ces détails portait une date anté- 
rieure à la répression de la Praguerie, il serait de nature à faire 
soupçonner la fidélité du connétable, mais il prouve plutôt que 
celui-ci était assez habile pour concilier avec ses devoirs en- 
vers le roi le souci de ses propres intérêts. Richemont savait 
bien que Charles VII n'avait nulle envie de déclarer la guerre 
à Jean V; que, s'il avait à intervenir, ce serait tout au plus 
pour empêcher les garnisons françaises * voisines de la Bretagne 
d'aller faire quelques courses dans ce pays ; mais il n'était point 
fâché que son frère eût des craintes dont il pouvait tirer parti. 
Il obtint de lui une convention avantageuse, qui contribue beau- 
coup à expliquer l'engagement du 22 août. Par un acte du 
24 août, conclu à Vannes, le duc lui donna les terres de Bourgneuf- 
en-RetzJ et de Lannion, pour parfaire un apanage de 8 000 livres de 
rentes, promis depuis 1422. Jusqu'ici, Richemont n'avait encore 
reçu que des terres dont les revenus ne s'élevaient qu'à 3 000 li- 
vres. Il fut convenu que le duc lui donnerait, en outre, comme 
dédommagement, une somme de G 000 livres une fois payée *. 

Corbeil. Pendant l'absence du connétable, le sire de Rostrenen, son lieutenant 
dans l'Ile-de-France, était mort (Gruel, 216). II fut probablement remplacé 
par Olivier de Coëtivy, frère de l'amiral. Gruel dit qu'Olivier de Coetivy était 
lieutenant du connétable en 1441, lors du siège de Pontoise. Les Anglais 
redoutaient déjà, au mois d'août 1440, une entreprise sur Pontoise (K 65, 
n» 34 [ordre d'envoyer des renforts à J. Staulawe, capitaine de Pontoise, 
pour résister aux ennemis qui veulent faire une entreprise sur cette ville, 
22 août 1440] ;K 66, n» 11* iPorfe/lFon^, 117-118, au 22 août ;Fr. 26068, n» 4100). 

1. T. III de M. d'Escouchy, p. 27. Le Bourg, de Paris, 351-333. 

2. T. III de M. d'Escouchy, p. 22. 

3. Voir Append. LXXIV. 

4. Par exemple, celles de Graon, de La Gravelle, et les troupes du maréchal 
de Lohéac, le duc étant en assez mauvais rapports avec les Laval, parce 
qu'il avait acheté au maréchal de Raiz, leur parent, une partie de ses 
biens. Voy. ci-dessus, p. 279. Peu après, le duc de Bretagne fit arrêter Gilles 
de Raiz, qui fut condamné à mort et exécuté le 26 octobre, à cause de ses 
crimes monstrueux (D, Morice, p. S33-o37, et Preuves; Marchegay, Notices 
et pièces historiques, Angers et Niort, 1872, in-8, p. 186-188). 

5. Arrondissement de Paimbœuf. 

6. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1132-1136. Richemont accepta 



310 DÉLIVRANCE DE CHARLES d'ORLÉANS (1440, 9 NOV.) 

Il faut donc voir dans cette conduite de Richemont un simple 
acte d'obéissance envers celui qui était tout à la fois son suze- 
rain immédiat et le chef de sa famille, mais nullement l'inten- 
tion de trahir le roi ; on peut seulement regretter qu'il n'ait pas 
agi d'une manière plus désintéressée. 

Il n'est pas vraisemblable qu'il ait espéré, en faisant ces con- 
cessions, détacher son frère de l'alliance anglaise. Cette aUiance 
venait d'être resserrée par un traité (11 juillet 1440) % dans lequel 
le duc prenait l'engagement de ne donner aucun secours à Char- 
les VII et d'empêcher que les Bretons lui en donnassent. Il est 
vrai qu'il était toujours question de la paix entre la France et 
l'Angleterre, paix dans laquelle le duc de Bretagne devait être 
compris ^ ; mais les négociations, recommencées depuis la fin de 
janvier, n'avaient abouti qu'à la délivrance de Charles d'Orléans 
(9 novembre 1440) ^ Les hostilités n'en avaient pas moins con- 

cet arrangement par lettres du 23 août, données à Vannes et dont l'original 
se trouve aux A)xh. de la Loire-Inférieure, cass. I, E, 3 (Turnus Brutus, 1, 
fos 80 vo et 89 vo). 

1. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1329-1331. K 66, n» 13. 
Rymer, V, l""» partie, 85-86. Voir aussi les Arch. de la Loire-Inf., cass. 47, 
E, 121, ou le t. 362 des Archives du ministère des Affaires étr., f°' 83-85. 
A la même époque, Jean V négociait avec le duc de Bourgogne (juin-dé- 
cembre). Il conclut avec lui un traité de paix et de commerce pour vingt 
ans (Arch. du minist. des Affaires étr., t. 362, f<" 83 v», 89; Portef. Font., 
117-118, au 19 décembre). 

2. Preuves de l'hist. de Bretagne, II, col. 1328. Rymer, V, 1" partie, p. 79. 
Bréquigny, 82, fo» 91, 103-106. 

3. Issues ofthe Exchequer, p. 439. Le duc d'Orléans arriva le 12 novembre 
1440 à Gravelines (Rymer, t. V, pars I, p. 73-101). Le 6 août, Charles VII 
ratifie le traité de libération du duc d'Orléans {Idem., p. 89-90). Les ducs 
deBretagneetd'Alen(;on,les comtesde Pardiacetde Vendôme, etc., donnent 
caution pour le payement de la rançon {Id., p. 88-89). Richemont avait 
aussi donné caution. On trouve dans les cartons K 65 (n" 14 et 13), K 66 
(nos 2-10) et K 72 (n" 56) de curieux détails sur la délivrance du duc d'Or- 
léans, sur les ventes de terres qu'il dut faire pour payer sa rançon, sur 
les cautions qu'il dut fournir à Henri VI. Il avait demandé à Richemont 
une caution de 20 000 saluts d'or, comme aux ducs de Bretagne, de Bour- 
bon et d'Alençon (K 63, n» 15'). Mais Richemont ne voulut s'engager que 
pour 6 000 saluts. C'est pendant le siège d'Avranches, le 20 décembre 1439, 
qu'il donna cette caution (voir Append. LXXV). Il est à remarquer que les 
moindres cautions accordées au duc d'Orléans sont de 4 000 saluts. Le 
connétable, qui était fort riche, montra donc peu de bonne volonté dans 
cette circonstance. Le duc d'Orléans ne lui rendit le titre de sa caution 
que le 30 avril 1452, et, comme il réclamait une contre-lettre, que Riche- 
mont ne se souvenait pas d'avoir eue, celui-ci lui délivra, le 30 avril 1432, 
un reçu du scellé de 1439 (voir, à V Append. LXXV, deux lettres de Riche- 
mont au duc d'Orléans). Quant au duc de Bretagne, c'est lui qui, avec le 
duc de Bourgogne, contribua le plus, de son argent, à la délivrance de 
Ch. d'Orléans, Sans parler d'une caution de 20 000 saluts d'or, il avait 
donné au duc d'Orléans 22 000 écus, et il lui prêta encore 9 300 écus un 



LES ANGLAIS PRENNENT HAUFLEUR (1440, OCT.) 311 

tinué, surtout en Normandie *. Le comte de Somerset avait 
amené quelques troupes d'Angleterre, et le duc d'York, nommé 
une seconde fois lieutenant général et gouverneur de la France 
(2 juillet 1440) 2, faisait les plus grands efforts pour reprendre 
Harfleur, qui, par sa situation à l'embouchure de la Seine, gênait 
beaucoup les Anglais. Il avait chargé le comte de Dorset ' et 
Talbot d'assiéger Harfleur, tandis que le comte de Somerset * 
occupait fortement Fécamp et Caudebec, pour couvrir le siège 
(août et septembre). 

Richemont, revenu à Paris, organisa un corps de troupes, qu'il 
envoya au secours de Harfleur ^ avec Charles d'Artois, comte 
d'Eu, Dunois, La Hire, Gaucourt et Gilles de Saint-Simon. Ils 
allèrent d'abord à Dieppe et, de là, marchèrent sur Montivilliers 
et Harfleur. Le vendredi 14 octobre, ils assaillirent les Anglais, 
par eau et par terre, mais ils furent repoussés ; Gaucourt fut même 
pris *, et la ville dut capituler quelques jours après ''. Ce fut une 
grande perte pour la France. Cette perte fut du moins com- 

peu plus tard {Arch. de la Loîre-Inf., cass. 75, E, 177; Arch. du ministère 
des Affaires étrangères, t. »62, f»' 79-82 ; K 68, n» 3). 

1. Notamment aux environs de Vernon, Mantes, Bernay, Orbec, Cham- 
brois, Gacc, Exmes. Fauquemberge assiège Dangu (Eure), au mois de 
mars. Les Anglais avaient ravagé le Santerre (Fr. 26066, n»» 3931, 3957, 
3977, 3982, 3983; Fr. 26067, n°s 4013, 4026, 4028, 4029, 4035-4039, 4078). 
Les Anglais avaient aussi pris Folleville [arrondissement de Montdidier] 
(n» 4057; K 66, n" 13), Lihons [arrondissement de Péronne], brûlé l'église 
(Fr. 26067, no* 4028, 4029, 4037, 4038, 4161, et Godefroy, p. 343;. Sur 
l'armée de Somerset, voir aussi K 63, n<" 1», 1'' et suiv. ; Glairambault, 186, 
P- 6916, 6919. 

2. Rymer, V, l''* partie, 83. 

3. Edmond Beaufort, comte de Dorset, de Mortain et d'Hareourt (J. Ste- 
venson, t. Il, 308; Fr. 23189, f» 26). 

4. Jean Beaufort (Fr. 26066, n» 3933). J. et Edm. Beaufort étaient favo- 
risés par le cardinal Beaufort, et le duc d'York par Glocester. 

5. Il fallut encore lever sur les Parisiens des taxes onéreuses (Bourg, de 
Paris, p. 334 et 335). 

6. Gaucourt se racheta bientôt, et le roi lui donna plusieurs fois de l'ar- 
gent pour payer sa rançon {Portef. FoiU., 117-118, à la date du 1" décem- 
bre 1442; Fr. 25711, n<" 136-157; K 67, n« 19). 

7. Sur la perte de Harfleur, voir : J. Stevenson, t. II, 308-313; FenrCs 
letters, t. I, p. 6 (Harfleur « the whicb is a great jewel to ail England ») ; 
K 67, n» 36; Fr. 23775, n-^ 1444 et 1445, 1481, 1482, 1487; Pièces orig., 
1. 1404, n" 31583 i» et i*. Talbot fut nommé capitaine de Harfleur {Port. Font., 
117-118, à la date du 3 novembre) et de Montivilliers. Fr. 26067, n" 4076, 
4080, 4091, 4093, 4098, 4102, 4103, 4103, 4109, 4112, 4113, 4122, 4133, 4136, 
4137, 4142, 4143, 4134, 4160, 4164, 4169. K 63, n<" 127, i37 et 1«. K 66, 
no- 135, 139, i«3, 146, 151, 154, 156. Portef. Font., 117-118, au 10 avril et au 
10 novembre. Legrand, t. VI (Fr. 6965), f» 146. Berry, p. 412. Monstrelet, 
V, 418-424. J. Chartier, I, 239-260. Gruel, 216. D'après lé Bourg, de Paris, qui 
exagère toujours, il y avait 20 000 Français contre 8 000 Anglais (p. 355). 



312 LES FRANÇAIS PRENNENT CONCHES ET LOUVIERS (1440) 

pensée par roccupation de Conches et de Louviers \ positions 
avantageuses, d'où l'on pouvait inquiéter Verneuil, Evreux et les 
villes anglaises de la Seine, Vernon, Pont de l'Arche, même 
Rouen. Les fortifications de Conches et de Louviers furent aus- 
sitôt relevées, et, quand les Anglais voulurent reprendre ces pla- 
ces, ils les trouvèrent en état de défense. Vainement Talbot, 
Th. de Scales, Fauquemberge, avec GOO hommes d'armes et 
1 800 archers, voulurent les attaquer.- Richemont vint, avec le roi, 
à Chartres % où ils réunirent des forces assez considérables pour 
contenir les Anglais, tandis que d'autres troupes françaises, à 
l'ouest, faisaient une diversion vers Domfront, AlençOn et Falaise 
(novembre et décembre) ^. Vers le même temps, le 19 octo- 
bre 1440, le connétable, qui était revenu à Paris, parvint à 
reprendre Saint-Germain en Laye *. 

Cependant l'indiscipline et les ravages des gens de guerre ne 
causaient pas moins d'embarras à Richemont que les ennemis *. 
Malgré sa sévérité bien connue, il ne parvenait pas à se faire 
obéir; il lui fallait parlementer, traiter avec les récalcitrants, 
payer leur soumission douteuse. C'est ainsi que Roger de Pier- 
refrite, lieutenant de Jacques deChabannes au Bois de Vincennes, 
refusa de quitter cette place, dont le duc de Bourbon avait pro- 
mis la restitution. Il exigea préalablement une certaine somme 
et des lettres d'abolition pour tous ses méfaits antérieurs, ce qui 
ne l'empêcha pas, quand il voulut bien partir, d'emmener l'ar- 
tillerie et tout ce qu'il put emporter, brisant ou brûlant tout le 
reste. Arrêté par ordre du connétable, il récusa sa juridiction, en 
appela au Parlement, et on ne voit pas si ce malfaiteur fut 
enfin châtié ^. 

1. Conches, arrondissement d'Evreux. Robert de Floques, Pierre et Jean de 
Brézé prirent Conches; Saintrailies occupa Louviers, et on releva les forti- 
fications de ces places (Berry, p. 412; Gruel, 216; K 68, n» 7). A cette même 
époque, les Français pillent Pont-l'Evêque (Fr. 26067, n« 4157; Fr. 25775, 
no 1486; K 66, no^ 162, i63^ lesj. 

2. Avec le Dauphin, le comte du Maine, etc. (Y* fos 49-50, 64-65; X*» 
8605, f<" 73 vo, 74). 

3. Fr. 25775, n" 1452-1473, 1475-1479, 1481, 1489,1490; Fr. 25776, n»» 1510, 
1516-1520; Fr. 26067, nO" 4170-4185. Le comte de Somerset était capitaine de 
Falaise, et Th. de Scales capitaine de Domfront, le comte de Dorset capitaine 
d'Alençon. Voir aussi Berry, p. 412 ; Fr. 26068, n"» 4228, 4232. Le roi resta 
encore à Chartres pendant le mois de décembre. Il y ordonna la levée 
d'une aide de 200 000 1. en Languedoil pour l'entretien des gens d'armes 
de Conches, Louviers, etc. (Fr. 25711, n» 135, et Fr. 20877, n» 36). 

4. Gruel, 216. Il est étonnant que le Bourg, de Paris ne dise rien de ce 
fait, mais il est mentionné de la manière la plus précise par le Journal de 
J. Maupoint, p. 26, ce qui prouve, une fois de plus, l'exactitude de Gruel. 

5. Voir le Journal de J. Maupoint, p. 26, et le Bourg, de Paris, 351-352, 

6. Voir Append. LXXII. 



RAVAGES DES ÉCORCHEURS (1440) 313 

Cet exemple montre bien les difficultés qui entravaient sans 
cesse les efforts de Richemont; il fait voir aussi qu'il ne recou- 
rait pas toujours à cette justice sommaire qu'on excuserait pres- 
que en de pareils cas. Ailleurs, c'était la garnison de Corbeil qui 
arrêtait les approvisionnements amenés à Paris par l'Yonne et 
par le Loing *. L'audace des routiers ne connaissait aucun frein. 
Ces hommes habitués à la violence, à la débauche et au crime, 
ne se contentaient pas de demander au pillage ce qui leur était 
nécessaire; ils prenaient plaisir à commettre les attentats les 
plus odieux ^.L'Ile-de-France et la Champagne, dont Richemont 
avait le gouvernement, étaient, aussi bien que les autres pays, 
infestés par ces bandes, et il ne les pouvait débarrasser de ce 
fléau. Il y avait beaucoup à faire de ce côté. En outre, la Lor- 
raine était désolée par une guerre incessante, pendant l'absence 
du roi de Sicile. Le comte de Vaudemont attaquait les Etats de 
René ; l'évêque de Verdun était en lutte avec son chapitre ; de part 
et d'autre, on appelait des routiers, qui exerçaient d'effroyables 
ravages. Charles VII et le connétable étaient mêlés eux-mêmes 
à ces querelles : ils avaient envoyé des troupes qui avaient pris 
part à la guerre. Le damoiseau de Commercy ^ profitait de ces 
désordres pour continuer ses brigandages. 

. Il était temps de rétablir le calme dans ces pays, et la présence 
du roi n'y était pas superflue. Il fallait aussi débarrasser la Bour- 
gogne des routiers, qui, malgré la défense de Charles VII, ne ces- 
saient d'y pénétrer, au grand mécontentement de Philippe le 
Bon. D'ailleurs le connétable se proposait de revenir, avec le roi, 
dans l'Ile-de-France, pour achever l'expulsion des Anglais, quand 
il aurait pacifié la Champagne et la Lorraine. 

Paris ne pouvait être tranquille tant que les ennemis occu- 
paient des places dans le voisinage. C'est ainsi que, au commen- 
cement de 1441, ceux de Mantes firent une tentative sur la porte 
Saint- Jacques. Le connétable était alors à Paris. Il envoya 

1. X«a 24, au 21 juin 1448, et JJ 178, f»' 120-121. C'était, il est vrai, pen- 
dant la Praguerie; mais il ne semble pas que le duc de Bourbon ait rendu 
Corbeil, quoique le Bourg, de Paris (p. 352-353) le dise. Il est fort étonnant 
que J. Foucault, capitaine de Corbeil pour le duc de Bourbon pendant la 
Praguerie, ait été ensuite nommé capitaine du Bois de Vincennes par lo 
roi. Voir Append. LXXII. 

2. Gruel, 216. Le Bourg, de Paris, 351, 352, 355-356. LL 414, f» 102. Sur 
les ravages des escorcheurs dans le Laonnois, voir JJ 176, f" 51. 

3. En 1440, il avait vendu le château et la moitié de la ville de Com- 
mercy à Louis, fils de René d'Anjou. 11 avait, depuis longtemps, des 
démêlés avec le connétable (Coll. de Lorraine, t. 293, n" 21; Dumont, //wf 
de Commercy, I, 234-245). Voir aussi X*» 25, au 20 décembre et au 14 février 
1453 (a. st.). 



314 RICHEMONT CHATIE LES ÉCORCHEURS EN CHAMPAGNE 

son lieutenant, Jean de Malestroit, Gilles de Saint-Simon, Geof- 
froy de Couvran et Jean de Rosnyvinen, qui passèrent la Seine 
à Saint-Cloud et battirent les Anglais K 

Après avoir reçu, à Paris, le duc et la duchesse d'Orléans ^ 
(16 janvier 1441),Richemont partit pour la Champagne. A la fin 
de janvier, il était avec le roi à Troyes. Bien que la misère fût très 
grande, il demanda 1 000 livres tournois, que les notables lui prê- 
tèrent ^. Le 26 janvier, Charles VII ordonnait à ses officiers d'em- 
pêcher les incursions des gens d'armes sur les terres du duc de 
Bourgogne, qui se plaignait des infractions faites au traité 
d'Arras *. 

A Bar-sur-Aube, le bâtard Alexandre de Bourbon, un des plus 
féroces brigands de l'époque, mandé par le roi, ne craignit pas 
de se présenter. Nul capitaine de routiers n'était plus exécré. Il 
avait été un des principaux chefs de la Praguerie ^, avec son 
frère, le duc de Bourbon. Les plaintes qui s'élevaient contre lui, 
les abominables forfaits dont on l'accusait ^ excitèrent dans l'es- 
prit du roi la plus vive indignation. Il n'empêcha pas le conné- 
table de faire justice. Saisi par le prévôt des maréchaux, Tristan 
l'Hermite, le bâtard Alexandre de Bourbon fut aussitôt jugé, 
condamné à mort, enfermé dans un sac et jeté à la rivière. Cet 
exemple produisit beaucoup plus d'impression que le châtiment 
de quelques obscurs coupables ; on comprit qu'avec Richemont 
les ordonnances ne seraient pas toujours lettre morte. Plusieurs 
compagnons du bâtard et dix ou douze autres chefs de routiers 
furent décapités ''. D'autres, plus avisés, se gardèrent bien de ve- 
nir, notamment Antoine de Chabannes, comte de Dammartin % 
qui avait été longtemps avec le bâtard Alexandre de Bourbon. 

Le roi et le connétable passèrent ensuite dans le Barrois, con- 
tinuant de châtier les Ecorcheurs. Un jour, comme Richemont 

1. J. Chartier, II, 14-13; d'Argentré, 798; Le Baud, 487; D. Félibien, II, 
831. Il est étonnant que le Bourgeois de Paris ne parle pas de cette tenta- 
tive (voir p. 358-359). 

2. LL 218, f" 27; LL 414, f« 102. 

3. Tuetey, Les Ecorcheurs, t. I, p. 51. Boutiot, i/zs<. de Troyes, t. Il, p. 8 et 9. 

4. Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 10. Le 13 février, le roi et le conné- 
table sont à Langres (JJ 177, f° 5). 

5. D'après Mcnstrelet (V, 458) et la Chron. Martinienne (f» cclxxxvi v»), 
on crut que le roi voulait frapper en lui un des principaux chefs de la 
Praguerie. 

6. Gruel, p. 216; le Bourg, de Paris, p. 356. Sur les ravages du bâtard 
de Bourbon, voir Fr. 25711, n» 137; JJ 185, P 215 v. 

7. Tuetey, Les Ecorcheurs, t. I, p. 76-77. 

8. Il avait épousé tout récemment, en 1439, Marguerite de Nanteuil, qui 
lui avait apporté en dot le comté de Dammartin (voir l'article Chabankes 
dans la Biographie Didot, t. IX, et la Chron. Martinienne, f" cclxxxv). 



ANTOINE DE CHABANNES ET ROBERT DE SARREBRÛCK 315 

se trouvait dans un village de ce pays avec cinquante lances, 
Antoine de Ghabannes, que Charles VII avait mandé encore une 
fois auprès de lui, parut tout à coup, « avec deux cens chevaux, 
toutes gens d'eslite *. Et alors qu'il arriva audit villaige, le con- 
nestable estoit en unes fenestres, et, faignant de monstrer bon vi- 
saige, dist audit conte de Dampmartin : « Capitaine, Dieu vous 
garde. Si vous voulez venir devers le Roy, je feray qu'il vous 
fera bonne chière. » Et le dit conte lui répondit : « Monseigneur, 
je vous remercye. Je n'ai point envie de boyre de Teaue, car le 
Roy ne me fera jamais le tour qu'il a fait au bastardde Bourbon. 
Si vous avez vouloir autre chose me dire, s'il vous plaist, me le 
direz. » — Icelluy connestable, voyant qu'il n'avoit gens assez 
pour le prendre, luy dist : « Adieu, capitaine; je vous prie, vivez 
sur le peuple le plus gracieusement que vous pourrez. » Ce qu'il 
promist faire. Et devez savoir que le dit conte ne descendit 
oncques de dessus son cheval, ne toute la bende qui estoit avec 
luy*. » Ce petit tableau, si vivant, ne met-il pas en pleine lumière 
le mal qui rongeait alors la France, l'audace insolente des rou- 
tiers, leur esprit d'indépendance et d'insubordination, les obsta- 
cles auxquels se heurtait sans cesse le connétable, dans sa tâche 
de réformateur ? Quelque temps auparavant, ce même Chaban- 
nes répondait hardiment au roi lui-même, qui le congédiait en 
ces termes : « Adieu, capitaine des escorcheurs! » — « Sire, je 
n'ay escorché que voz ennemys, et me semble que leurs peaulx 
vous feront plus de prouffit que à moy ^. » Et pourtant il s'en 
faut que, parmi les capitaines de routiers, Antoine de Chabannes 
fût un des plus mauvais. 

Il fallut ensuite s'occuper du damoiseau de Commercy, Robert 
de Sarrebrûck, ce grand seigneur qui n'agissait pas autrement 
qu'un capitaine de routiers. A l'approche des troupes royales, il 
eut peur, sachant que le connétable était là. N'osant combattre 
le roi, il négocia et obtint des conditions assez avantageuses, par 
un traité qui fut conclu à Vaucouleurs *, le dernier jour de février 
1441. On lui rendait les places qui lui avaient été prises; mais il 
s'engageait à demander pardon au roi, au connétable, et à leur 
donner pleine satisfaction ^. Le lendemain, l^"- mars, il fît sa 
soumission devant l'amiral Prigent de Goëtivy, Robert de Beau- 



1. Chron. Martinienne, f" cclxxxvi v. 

2. Chron. Martinienne, f" cclxxxvi v». 

3. Chron. Martinienne, f" cclxxxv v". Ant. de Chabannes devint grand 
pauetier, puis grand maître de France (Anselme, VII, 131; VIII, 669). 

4. Arrondissement de Commercy. 

5. Voir ce traité dans Dumont, Hist. de Commercy, t. I, 243-244. 



316 RICHEMOr<T AVEC LE ROI EN LORRAINE (1441) 

dricourt, bailli de Chaumont *, et Jean Bureau, trésorier de 
France *. 

La ville de Verdun, qui avait eu quelques différends avec le 
roi et avec le connétable, dut aussi se soumettre. Menacée d'un 
siège, elle conclut un arrangement avec Charles VII et lui paya 
10 000 florins ^ . Le roi et Richemont revinrent ensuite en 
Champagne, punissant les routiers, les chassant des places qu'ils 
occupaient, essayant de rétabir partout l'ordre et la sécurité. 
Pour mettre fin à la rivalité entre René d'Anjou et le comte de 
Vaudemont, Charles VII confirma, le 27 mars, à Reims, par une 
déclaration solennelle, les droits de René sur la Lorraine et sur 
leBarrois ^. 

Jean II de Luxembourg, comte de Ligny, qui avait toujours 
refusé de jurer la paix d'Arras, venait de mourir au château de 
Guise (janvier 1441) ». Son neveu, Louis de Luxembourg, comte 
de Saint-Pol, qui avait hérité de ses domaines, ne se montrait 
pas plus soumis, et même ses gens pillèrent, près de Ribémont •'j 
un convoi d'artillerie, que le roi faisait venir de Tournay '. Il 
fallut donc combattre aussi le comte de Saint-Pol. On lui prit sa 
ville de Marie *. En même temps, Richemont agissait auprès de la 
mère du jeune comte ®, pour amener celui-ci à la soumission. L. de 
Luxembourg céda. 11 vint à Laon faire hommage au roi, avec la 
comtesse de Ligny, Jeanne de Béthune, veuve de Jean de Luxem- 
bourg ^**. Ainsi le connétable entra en relations avec le comte 
de Saint-Pol, dont il devint le beau-frère quatre ans plus tard. 

A Laon '*, Charles Vil reçut la visite d'Eléonore de Portugal, 



d. Celui qui avait accueilli Jeanne d'Arc à Vaucouleurs. 

2. Collect. de Lorraine, t. 293, n" 19. P 2531, fos 189-190. Dumont, Hist. 
de Commercy, t. I, 244-245. 

3. D. Calmet, t. II, col. 821. Histaire ecdésiast. et civile de Verdun, Paris, 
1745, in-4, p. 387-390. L'auteur anonyme est, d'après Lelong, l'abbé Roussel. 

4. D. Calmet, t. II, col. 820-822, et Preuves, ccxxxviii. Lecoy de La Mar- 
che, Le roi René, t. I, p. 241. Lepage, Recueil de documents sur la Lor- 
raine, Nancy, 1855, in-8, t. I, 129-155. JJ 184, f 407 v°. 

5. Monstrelet, V, 4SI; Hist. de Bourgogne, IV, p. 248; Anselme, III,